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Les Démons du passé secouent l‘Allemagne
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Un documentaire télévisé sur le génocide arménien a été diffusé le 9 avril 2010 en Allemagne, sur la chaîne ARD. Intitulé „Aghet – Un génocide », il a rencontré un grand succès dans la presse allemande, qui le qualifie de film du siècle et rappelle que „Ce génocide, commémoré le 24 avril 2010 pour son 95ème anniversaire, a été qualifié par Raphaël Lemkin, l’auteur de la Convention des génocides adoptée en 1948 par les Nations-Unies, de premier génocide systématique du 20ème siècle ». Le film d’Éric Friedler montre ce qui a motivé les assassins et pourquoi l'Allemagne, et d'autres pays, sont restés silencieux. Il rappelle que la Turquie, sur le territoire duquel les crimes ont été commis, continue de nier les actions des dirigeants ottomans. L'Allemagne n'a pas officiellement qualifié de génocide arménien les événements de 1915, mais le parlement allemand, le Bundestag, a reconnu en 2005, la complicité de l’Allemagne dans les „meurtres de masse“ et a demandé à la Turquie de reconnaître sa «responsabilité historique».


Démons du passé ; histoire contemporaine : de nouveaux documents illustrent le génocide des Arméniens"

Les Démons du passé

Le génocide des Arméniens et les Turcs


3 avril 2010

De Bidder Benjamin, Steinvorth Daniel et Zand Bernhard
Der Spiegel 3 avril 2010

Le mois d'avril marque le 95e anniversaire du début du génocide arménien. Un documentaire télévisé original montre ce qui a motivé les assassins et pourquoi l'Allemagne, et d'autres pays, sont restés silencieux.

Tigranouie Asartian aura 100 ans cette semaine. Il y a deux ans, elle a abandonné couteau et fourchette, car elle avait perdu le goût, un an avant c’était ses lunettes, car elle avait perdu la vue. Elle vit au sixième étage d'un immeuble d’Erevan et depuis des mois elle ne quitte plus sa pièce. Elle frissonne, le froid pénètre la couverture grise posée sur ses genoux."J’attends la mort", dit-elle.

Il y a 92 ans, elle attendait dans un village du côté turc de la frontière d'aujourd'hui, cachée dans la cave d'une maison. Dans la rue gisait un jeune garçon arménien, mort. Dans une maison voisine, des femmes se faisaient violer, la fillette de 8 ans les entendait hurler."Il y a de bons et mauvais Turcs", dit-elle. Les mauvais avaient tué le garçon. Les bons l’avaient aidée ainsi que sa famille, à fuir avec les troupes russes qui se retiraient.

Le paysan Avedis Demirci a 97 ans, si quelqu’un dans son pays garde des archives de ce genre de choses, il est peut-être le dernier Arménien en Turquie à avoir survécu au génocide. Demirci regarde par la fenêtre le village de Vakifli, où fleurissent des buissons de laurier-rose et des mandariniers. Au loin, on aperçoit la Méditerranée.

En juillet 1915, les gendarmes turcs sont entrés dans le village. "Mon père m'a attaché sur son dos, lorsque nous avons fui", dit Demirci, "C’est ce que mes parents m'ont raconté." Armés de fusils de chasse et de pistolets, des gens de son village et de six autres villages se sont retranchés au Musa Dagh. 18 ans plus tard, l'écrivain autrichien Franz Werfel dans son roman "Les quarante jours du Musa Dagh" a décrit la résistance des villageois contre les soldats turcs qui avançaient.

"L'histoire est vraie", dit Demirci. "Je l’ai vécue, même si je la connais par les histoires que l’on m’a racontées." A part le livre de Werfel et la vue, de la colline du Tzizernakaberd, le mémorial d’Erevan, sur la montagne éternellement coiffée de neige, éternellement inaccessible, l’Ararat – il reste peu de souvenirs sur le génocide des Arméniens, dont les derniers survivants sont proches de la mort.

Entre 800 000 et 1,5 millions de personnes ont été tuées entre 1915 et 1918 dans l'est de la Turquie d'aujourd'hui, où elles sont mortes lors des marches de la mort dans le désert syrien. C'était l'un des premiers génocides du 20ème siècle. D'autres génocides - contre les Juifs d'Europe, au Cambodge et au Rwanda - ont depuis, pris leur place dans l'histoire, depuis le génocide arménien jusqu’à aujourd‘hui.

Le peuple arménien, après avoir subi une annihilation partielle, dispersé dans le monde et refoulé vers un pays qui est resté isolé jusqu'à ce jour, a mis des décennies à intégrer sa propre catastrophe. C’est seulement dans les années soixante, après un long débat avec les autorités de Moscou, que les Arméniens ont osé ériger un mémorial.

La Turquie, sur le territoire duquel les crimes ont été commis, continue de nier les actions des dirigeants ottomans. L'Allemagne, alliée de l’Empire ottoman lors de la Première Guerre mondiale, et l'Union Soviétique, bien disposée envers la jeune République turque, n'avaient aucun intérêt à faire connaître le génocide.

L'Allemagne n'a toujours pas officiellement reconnu le génocide arménien. En 2005, le parlement allemand, le Bundestag, a demandé à la Turquie de reconnaître sa «responsabilité historique», mais a évité d’utiliser le mot "génocide".

En raison du poids politique et stratégique d'Ankara pendant la guerre froide, ses alliés occidentaux ont jugé qu’un débat sur le génocide n’était pas opportun. De plus, le manque relatif de photos et de matériel filmé – comparé à l'holocauste et aux génocides plus tardifs – a rendu encore plus compliqué l’examen de la catastrophe arménienne. "Le développement des médias modernes", dit le réalisateur allemand Eric Friedler ("Le silence des Quandt") "est venu 20 ans trop tard pour l’étude de ce génocide."

Mais il y a des témoins contemporains, en particulier des Allemands et des Américains, dont les comptes rendus et la correspondance sont préservés dans des archives qui ont été étudiées principalement par des spécialistes. Pour marquer le 95ème anniversaire du génocide, la chaîne de télévision allemande ARD diffusera le documentaire minutieusement élaboré "Aghet" (en arménien "la Catastrophe"), qui redonne vie aux paroles des diplomates, des ingénieurs et des missionnaires.

Un ensemble de 23 acteurs allemands déclament les textes originaux – non pas dans le style d'un docu-fiction où l’on rejouerait les événements avec des dialogues semi fictifs et des costumes historiques, mais par le biais d’interviews simples qui tirent leur efficacité du choix des textes et de la présentation, plutôt que de la dramatisation de l’histoire.
Le premier interprète est l'acteur et l'auteur Hanns Zischler, qui a joué dans le film du metteur en scène Wim Wender, "Im Lauf der Zeit", en 1976. Il interprète les textes de Leslie Davis, qui était, jusqu'en 1917, le consul des États-Unis dans la ville d’Anatolie orientale de Harput [Nota CVAN : Kharpert], où des milliers d'Arméniens ont été regroupés et envoyés dans une marche de la mort vers le sud-est.

"Samedi 28 juin," écrit Davis, "il a été publiquement annoncé que tous les Arméniens devaient partir dans les cinq prochains jours. La signification d'un tel ordre peut à peine être imaginée par ceux qui ne sont pas familiers avec les conditions particulières de cette région isolée. Un massacre, aussi horrible que ce mot puisse paraître, serait plus humain comparé à la déportation.

Friedrich von Thun, acteur de cinéma et de télévision, qui a joué dans le film de Steven Spielberg "La Liste de Schindler," joue l'Ambassadeur américain Henry Morgenthau. Il décrit les rencontres avec le Ministre de l'Intérieur ottoman Talaat Pacha, qui, au début de l'opération, confronte Morgenthau à "la décision irrévocable" de rendre les Arméniens "inoffensifs".

Après le génocide, Talaat convoque de nouveau l'ambassadeur des États-Unis et lui fait une demande au sujet de laquelle Morgenthau a dit qu’elle était "peut-être la chose la plus stupéfiante que j'avais jamais entendue." Talaat voulait les listes des clients arméniens des compagnies d'assurance américaines New York Life Insurance et Equitable Life à New York. Les Arméniens étaient désormais morts et n'avaient plus de descendance, a-t-il dit, le gouvernement avait donc droit à leurs allocations. "Naturellement, j'ai rejeté sa demande", a écrit Morgenthau.

Les actrices Martina Gedeck et Katharina Schüttler retracent les mémoires de deux sœurs missionnaires, une Suédoise et une Suissesse. Hannah Herzsprung et Ludwig Trepte relatent les expériences de deux survivants et Peter Lohmeyer lit l’un des documents les plus choquants de l’époque, extrait dujournal du Consul allemand Wilhelm Litten.

Le 31 janvier 1916, Litten était sur la route entre Deir-el-Zor et Tibni en Syrie actuelle, où il a écrit la note suivante dans son journal : "Une heure de l'après-midi. Sur le côté gauche de la route, il y a une jeune femme nue, portant seulement des chaussettes marron aux pieds, dos vers le haut et tête enterrée entre ses bras croisés. 13h30. Dans un fossé, sur le côté, un vieil homme avec une barbe blanche, nu, couché sur le dos. Deux pas plus loin un garçon nu, dos tourné vers le haut, fesse gauche complètement déchiquetée."

Toute aussi froide et calculée fut la réponse du chancelier du Reich de l’époque, Theobald von Bethmann-Hollweg, à la proposition de l'ambassadeur allemand de réprimander publiquement pour le crime, les alliés ottomans de l'Allemagne. "Notre seul but était de garder la Turquie de notre côté jusqu'à la fin de la guerre, indépendamment du fait que les Arméniens aient péri ou non."

Selon l'auteur et metteur en scène Friedler, la richesse des images et des documents filmés, trouvés dans des archives aussi éloignées que Moscou et Washington, a même étonné les historiens qui lui ont fourni des conseils d’experts pour son film de 90 minutes. Le film montrera pour la première fois quelques incidents, comme le ré-enterrement pompeux en 1943 en Turquie des restes de Talaat Pacha, qui avait été assassiné à Berlin en 1921. D'autres documents identifient des individus que les archivistes ne connaissaient pas encore.

Le film propose également une description accablante du débat actuel sur le génocide, qui éclate seulement maintenant en Turquie, presqu’un siècle après le crime. Jamais, s’est déchaîné le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, la Turquie n'admettra que le génocide a eu lieu. Lors d’une exposition sur l'Arménie, des ultranationalistes en colère ont déchiré des photographies accrochées aux murs et ensuite, comme s'ils avaient perdu la tête, ils ont attaqué une voiture dans laquelle se trouvait Orhan Pamuk, le lauréat du Prix Nobel de littérature, qui était ramené chez lui après être passé au tribunal – pour avoir osé exprimer ce que les historiens ont prouvé depuis longtemps.

Pendant des décennies, les Arméniens nés après le génocide se sont sentis torturés et dérangés par celui-ci. "La tragédie," dit Hayk Demoyan, le directeur du mémorial du génocide à Erevan, est devenue "un pilier de notre identité nationale." Et le Président arménien Serge Sarkisian a dit au SPIEGEL :"la meilleure façon d'empêcher la répétition d'une telle atrocité est de la condamner clairement."

La génération turque post-génocide a dormi d’un sommeil tranquille. Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République turque, a fait une coupure radicale entre l'Empire ottoman et les trois hommes qui étaient les principaux responsables du génocide - Talaat, Enver et Djemal Pacha. Atatürk a admis que "des infamies" avaient été commises, des infamies que ses successeurs nient à ce jour, mais il a aussi laissé des fonctionnaires et de hauts militaires qui avaient été directement impliqués dans le génocide, participer à son gouvernement.

Les démons du passé se réveillent maintenant, en particulier sous la pression de la diaspora arménienne. Chaque printemps, avant le 24 avril, date anniversaire des arrestations des hommes politiques et des intellectuels arméniens dans ce qui était alors Constantinople, arrestations qui ont marqué le début des déportations de 1915, davantage de Parlements nationaux adoptent des résolutions reconnaissant le génocide arménien : la France en 2001, la Suisse en 2003 et, cette année, la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants aux USA et le Parlement suédois.

À chaque fois qu’une résolution est adoptée, Ankara en colère menace de représailles politiques – mais en fin de compte, ne va jamais jusqu'au bout. C'est devenu un rituel, dont le but a été remis en question par des hommes comme Hrant Dink. L'éditeur du journal turco-arménien Agos ne s'est pas arrêté sur la définition "du génocide". Au lieu de cela, il a voulu que la Turquie se confronte directement à son horrible passé.

Il a payé ses idées de sa vie. Le 19 janvier 2007, Dink a été assassiné en plein jour. Les 200 000 Turcs qui ont défilé dans les rues d'Istanbul pour ses obsèques, tenant des bannières qui disaient "Nous sont tous des Arméniens", ont humilié leur propre gouvernement avec leur franchise. La réalité à laquelle des milliers de Turcs sont confrontés dans leurs propres familles, semble avoir eu un impact plus fort que la pression diplomatique.

Au début des années 1980, l'avocate d'Istanbul Fethiye Çetin a découvert qu'elle avait des racines arméniennes. Sa grand-mère Seher s'est confiée à elle, après plusieurs décennies d’angoisse. En 1915, Seher, qui avait été baptisé du nom arménien de Heranoush, a vu les hommes de son village être égorgés. Elle a survécu. Elle a été emmenée dans la famille d'un officier turc et a été élevée comme une musulmane. Puis finalement, elle a épousé un Turc. Elle est devenue l’une de ces dizaines de milliers "d'Arméniennes cachées" qui ont échappé aux meurtriers et qui ont été turquifiées.

La révélation de sa grand-mère fut un choc pour Çetin et elle a commencé à voir son environnement avec des yeux différents. En 2004, Çetin a écrit un livre dans lequel elle décrit l'histoire de sa famille. "Anneannem" ("Le livre de ma grand-mère") est devenu un best-seller et d’innombrables lecteurs sont entrés en contact avec Çetin, pour nombre d’entre eux avec des mots de remerciements.
D’autres l’ont traitée de "Traîtresse". Mais le tabou était brisé.


Le film documentaire Aghet sera retransmis sur la Chaine Phoenix mardi 13 avril 2010 à 20h15.

Le film sera suivi dÂ’une discussion.

Sa diffusion est également prévue sur Arte à une date ultérieure et au cinéma.

©Traduction: C.Gardon pour le Collectif VAN – 12 avril 2010 - 08:43 - www.collectifvan.org

The Armenian Genocide and the Turks

Part 2: The Armenian Genocide and the Turks


Lire aussi:

L’Allemagne et le génocide arménien

Le génocide arménien présenté comme un docu-fiction à la télévision allemande




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Source/Lien : Moscowhack



   
 
   
 
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