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Sarkissian : lettre ouverte à Davutoglu
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Greg Sarkissian, l’un des chercheurs du Zoryan Institute basé à Boston, a publié une lettre ouverte au ministre turc des Affaires étrangères Davutoglu, en réponse à l’interview que ce dernier avait donnée au journal turc Milliyet le 26 mars 2010. Sarkissian note l‘hostilité profonde et persistante qui subsiste en Turquie envers les Arméniens et les autres minorités non turques, et pour laquelle personne en Turquie n’a jamais demandé d’explications, cette impunité n’ayant fait qu’encourager d’autres actes d’hostilité et de violence politique. « Très récemment, le 17 mars 2010, la menace émise par votre propre Premier ministre, M. Recep Tayyip Erdogan, de déporter les Arméniens de Turquie révèle l’étendue de la violence politique dans la psyché turc et le manque de respect total des droits humains. » relève le chercheur qui conclut « Lorsque votre pays sera capable d’accepter le fait qu’il y a eu une extermination planifiée des Arméniens en 1915, vous découvrirez que les Arméniens du monde deviendront les ambassadeurs bienveillants de la Turquie et de son peuple. » Le Collectif VAN vous propose la traduction de l'article en anglais du site Armenian Weekly en date du 5 avril 2010.

Lettre ouverte au ministre turc des Affaires étrangères Davutoglu


Armenian Weekly
28 mars 2010

Votre excellence M. Ahmet Davutoğlu,
Vous avez raison de vouloir normaliser les relations non seulement avec l’Arménie, mais également avec les Arméniens de la diaspora, et vous découvrirez que la plupart des Arméniens désirent également une normalisation des relations, mais sans aucune condition préalable.
Vous avez raison, les Arméniens de la diaspora ne forment pas une seule catégorie.

Quatre générations après 1915, ils sont intégrés dans leur pays d’adoption et certains sont totalement assimilés. Ils se considèrent eux-mêmes Américains, Argentins, Français, Iraniens, Libanais, Russes ou Syriens. Certain(e)s se sont marié(e)s à des musulman(e)s et se sont converti(e)s à l’Islam. Ils sont assez différents les uns des autres, selon le pays où ils vivent.

Cependant, ils partagent tous une histoire commune et un traumatisme incontestable, suite au crime de génocide commis par les Turcs ottomans en 1915. Ceci a créé un en eux un très fort sens collectif de responsabilité pour que justice soit faite. Si les “les personnalités éminentes qui ont participé aux funérailles de Hrant Dink” en 2007 ont été touchées lorsque le peuple turc a pris fait et cause pour Hrant Dink”, c’est dû au fait que ces Turcs, qui portaient des panneaux indiquant “Nous sommes tous des Arméniens”, reconnaissaient en fait que leurs compatriotes qui ont tué Hrant Dink montraient la même mentalité que celle des Jeunes-Turcs en 1915.

Je suis sûr que le peuple arménien dans le monde entier aurait pris fait et cause pour la Turquie, si le gouvernement turc avait reconnu la responsabilité des ses prédécesseurs, le gouvernement ottoman dans l’extermination planifiée des ses citoyens Arménien, [s’il] avait exprimé des excuses sincères et avait fait les efforts appropriés pour se racheter. Ceci construirait une certaine confiance entre les deux parties et permettrait à la paix de prévaloir.

“Nous devons faire preuve d'empathie afin de comprendre ce que les Arméniens ont vécu et ce qu'ils ont ressenti, mais ils doivent faire preuve de respect envers notre mémoire… 1915 est peut-être l'année de la déportation [tehcir] mais, dans le même temps, c’est l'année de Canakkale [la bataille de Gallipoli]. Ceci est très dévoyé, parce que les Arméniens ne sont pas la cause de Canakkale, mais c’est le gouvernement ottoman qui a été la cause de l’extermination de ses citoyens arméniens.

On peut comprendre le traumatisme des soldats turcs se battant pour l’existence de leur pays, mais en quoi cela est-il comparable aux atrocités commises contre des civils arméniens non armés ? Devrions-nous mettre sur un pied d’égalité la douleur et la souffrance des juifs et des autres suite à l’holocauste et la douleur des Allemands qui ont été tués par les Alliés lors de la Seconde Guerre mondiale, qui a été initiée par leur gouvernement ?

Vous déclarez “La question a une dimension psychologique. Elle a une dimension juridique. Et elle a une dimension politique et historique.” Pour les Turcs, ces dimensions sont incarnées en la perte massive de territoires de l’Empire, l’expulsion des musulmans des Balkans, l’intervention des Européens dans les affaires internes ottomanes et la lutte existentielle pour l’existence du pays.

Pour les Arméniens, elles sont incarnées par les massacres de 1894-1896, durant lesquels quelque 200 000 Arméniens ont été massacrés, puis les massacres de 1909 où de 15 000 à 30 000 Arméniens ont été tués, suivis par les déportations et les meurtres de 1915 à 1922 où 1.5 million d’Arméniens ont été exterminés. Ces mauvais traitements se sont poursuivis après la fondation de la République de Turquie avec la destruction des monuments culturels arméniens et des églises, la confiscation des propriétés de l’Église, l’assimilation forcée et les changements de noms, le Varlik Vergisi de 1942, l’assassinat de Hrant Dink en 2007, et des policiers se faisant fièrement prendre en photo avec Ogun Samast, tenant le drapeau turc comme s’ils participaient à un grand événement patriotique.

Tout ceci révèle une hostilité profonde et persistante envers les Arméniens et les autres minorités non turques dans votre pays, pour laquelle personne en Turquie n’a jamais demandé d’explications, et cette impunité n’a fait qu’encourager d’autres actes d’hostilité et de violence politique. Très récemment, le 17 mars 2010, la menace émise par votre propre Premier ministre, M. Recep Tayyip Erdogan, de déporter les Arméniens de Turquie révèle l’étendue de la violence politique dans la psyché turc et le manque de respect total des droits humains.

Chaque jour, les peuples du monde sont de plus en plus conscients du phénomène de génocide. Ce sont des peuples profondément engagés pour les droits humains universels. Ils exigent que leurs gouvernements interviennent pour prévenir d’autres injustices, comme au Darfour. Ils comprennent que pour être capable d’empêcher qu’un autre génocide n’ait lieu, ils doivent arrêter d’être complices de la négation du génocide. C’est la raison pour laquelle des pays tels que la Catalogne, la Suède et la Commission des Affaires étrangères des États-Unis adoptent encore des résolutions reconnaissant le génocide arménien. Car l’oubli et l’impunité pour la violence encourage la violence.

Vous dites que : “Si les intellectuels et les politiciens s’acquittent du devoir qui leur incombe, une nouvelle période de paix peut-être plus profonde s’étend devant nous.” Nous sommes de tout cœur d’accord avec vous. Par conséquent, donnez s’il vous plaît à vos intellectuels la liberté de s’exprimer librement sur les faits historiques concernant 1915. Ne les poursuivez pas en justice lorsqu’ils parlent de ces événements comme d’un génocide. Ne les traitez pas de “traîtres essayant de poignarder la nation par derrière” lorsqu’ils organisent des conférences comme ils l’ont fait à Istanbul en 2005. Ne les laissez pas être tués comme le fut Hrant Dink.

La plupart des Arméniens savent faire la différence entre la Turquie de 1915 et celle d’aujourd’hui. Personne ne tient pour responsable les Turcs d’aujourd’hui du crime de génocide commis par les Ottomans. Mais cependant, ils tiennent votre pays et votre gouvernement responsables de l’acte de négationnisme, qui est en lui-même considéré comme la continuation du crime de génocide.
“Défendre votre honneur national” ne pourra se faire que lorsque vos propres compatriotes seront autorisés à apprendre leur histoire sans risquer d’être poursuivis en justice. Cela leur donnera la connaissance nécessaire pour trouver une nouvelle langue pour dialoguer.

C’est la barrière psychologique la plus importante à abattre. Lorsque votre pays sera capable d’accepter le fait qu’il y a eu une extermination planifiée des Arméniens en 1915, non seulement vous découvrirez “Des communautés arméniennes avec lesquelles vous serez à même d’initier un dialogue”, mais vous serez également capable de gagner les cœurs et les esprits du peuple voisin de votre pays, la République d’Arménie, et les Arméniens du monde deviendront les ambassadeurs bienveillants de la Turquie et de son peuple.

Sincères salutations,

K. M. Greg Sarkissian

©Traduction de l'anglais: C.Gardon pour le Collectif VAN – 14 avril 2010 - 07:23 - www.collectifvan.org


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Davutoglu : les Arméniens doivent respecter notre mémoire





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Source/Lien : Armenian Weekly



   
 
   
 
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