Aujourd'hui : Mercredi, 11 décembre 2019
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Turquie : La liberté de l’historien
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - L’historien turc Halil Berktay a signé le 13 mars dans Taraf un article révélateur de la schizophrénie qui tourmente une grande majorité d’intellectuels de Turquie. Il est intéressant de constater qu’un historien, un intellectuel supposé réfléchir au destin des hommes, peut affirmer que « Non, l'acceptation du génocide n'est pas un but plus grand plus haut et au-dessus de la démocratisation de la Turquie. Non, la reconnaissance du génocide 1915 n'a aucun avantage urgent ou pratique pour le monde. » Halil Berktay ne peut pourtant ignorer que l’acceptation du génocide arménien porte en elle cette démocratisation qu’il appelle de ses vœux pour son pays. Selon lui, les demandes internationales de reconnaissance du génocide, portées par la diaspora arménienne sont « un prétexte pour chercher la vengeance à tout prix, justifier l'étroitesse d'esprit pour faire passer un sale moment à la Turquie. » Hélas, sans le vouloir, l’historien a prouvé – si on en doutait encore - que sa génération n’a pas échappé au système éducatif turc qu’il critique ici fort à propos. Le Collectif VAN vous propose la traduction de cet article.





La liberté de l’historien


Halil Berktay
Taraf

13.03.2010

En réponse à la question d’un étudiant doctorant : "Que devrait être le but de l'enseignement d'histoire," j'avais dit que, plutôt que de fournir un modèle ou une sorte d'utopie en tant qu’historien ou professeur d'histoire, j’avais toujours défendu le fait de partir d’une critique de ce qui existe, ce qui me mène à repenser ma propre pratique. J'avais indiqué qu’au premier niveau, le plus bas, nous trouvons quelques valeurs idéo-politiques. Et parmi celles-ci, la liberté, c'est-à-dire la liberté directe de l'historien, vient en premier.
Alors, aujourd'hui, est-ce que lÂ’histoire et l'historien sont libres dans ce pays ?

Comme dans n'importe quel domaine, oui et non. Ou c’est une liberté à moitié cuite, comme notre démocratie. En l’état des choses, l'idéologie officielle est vivante et se porte bien. La plupart des institutions d'enseignement supérieur sont plutôt prussiennes. À chaque niveau, du plus haut au plus bas, l'obéissance et le conformisme sont d’une importance primordiale. L'habitude de toujours marcher deux pas derrière "le Grand Professeur" qui porte son porte-documents, est arrivée de la province à la capitale sous la forme qui consiste à suivre l'État deux pas derrière lui, et de le défendre.

La hiérarchie et les grades/rangs façonnés sur le modèle de la hiérarchie militaire - aggravés par les pratiques d'humiliation, d'intimidation et d'assimilation - ne laissent aucune place à l’intelligence, l'honnêteté ou la lucidité, chez l'étudiant ou le jeune universitaire. On n'enseigne pas, on forme ; en formant, on moud. On écrase l'esprit, la possibilité de passer au-delà des lignes rouges. Et le ciment de tout cela, c'est le nationalisme.

Quand vous dites "cause nationale", le monde entier s’immobilise. Le vrai ou le faux s'évaporent ; "notre thèse" et "la thèse arménienne" (ou "le côté arménien") entrent en action. Et il ne reste plus de vérité, d'intégrité scientifique, ou de suprématie de la loi (comme l’ont prouvé maintes et maintes fois nos tribunaux). Il n'est pas facile de résister, ou de résister aux courants "des valeurs nationales et spirituelles" redéfinies par le nationalisme au cours des trente, vingt et particulièrement, dix dernières années. Dans les pays capitalistes développés, c’est peut-être l'argent, mais en Turquie, l'État, la nation, l'obéissance, la tutelle, plutôt que l'argent, l’emportent sur le namus (l'honneur) et la conscience.

De fait, je n’avais pas l’intention d’écrire sur ce sujet aujourd’hui. Surtout juste après la discussion de la conférence à Antalya (les deux côtés de la chaire, 18 février), pour en finir avec cette idée de liberté, je voulais passer au point suivant, le deuxième but de l’enseignement de l’histoire que j’apprécie bien davantage --“la richesse culturelle” - puis terminer avec la question “penser historiquement” que je considère comme le but suprême.
Si j'ai cédé à ma colère, c'est en raison de l’étalage grotesque et mesquin dans les médias, après le vote sur le génocide arménien de la Commission des Affaires étrangères du Congrès [américain].

J'ai écrit et dit plusieurs fois que je suis contre ces sortes de décrets de "quatrièmes parties", les efforts pour faire appliquer la reconnaissance de génocide par des pressions externes. Si ce pays réalise les conditions nécessaires pour faire face à son histoire avec le temps, cela sera et devrait être en tant que partie et dérivée de son propre processus de développement interne et de démocratisation. Non, l'acceptation du génocide n'est pas un but plus grand plus haut et au-dessus de la démocratisation de la Turquie. Non, la reconnaissance du génocide 1915 n'a aucun avantage urgent ou pratique pour le monde.

Eh bien, il est dit que la reconnaissance du génocide arménien empêchera d'autre génocides possibles sur terre (ou vice versa, que si le génocide arménien n'est pas reconnu, d'autres génocides auront lieu plus facilement). Je ne le crois pas du tout. C'est un prétexte inventé pour la "soykirimi Kaboul ettirme siyasi" (la politique de reconnaissance de génocide) [voir originaux turc et anglais.] sur laquelle se fixent les extrémistes au sein des nationalistes arméniens.

C’est un prétexte pour chercher la vengeance à tout prix, justifier l'étroitesse d'esprit pour faire passer un sale moment à la Turquie.C'est une attitude si myope que, si on comptabilise comme échec la description concrète du déracinement et de l'extermination des Arméniens - sans utilisation du terme génocide - dans toutes les déclarations des présidents américains le 24 avril, on pousse des cris de victoire, parce que la Commission a voté avec 23voix contre 22, pour inclure le mot génocide.

Je suis en train de lire les déclarations de l’ANCA : “Pourquoi nous avons gagné, comment nous avons gagné” et je suis dégoûté. Mais en même temps, à l'opposé polaire, je suis dégoûté des médias nationalistes, étatistes turcs fixés sur la "soykirimi inkâr siyasasi" (la politique de démenti de génocide) [sic]. En fait, je suis d'autant plus dégoûté, que ceux-ci mentent en toute connaissance de cause.

Ils sont à présent bien au courant de 1915. Au cours des dix dernières années, ceux qui ne le savaient pas l’ont plus ou moins appris. Ils le mentionnent dans leurs conversations privées, ils déclament leurs connaissances dans des interviews en “prime time” et ils expriment leur sympathie. Vous pourriez croire qu’ils ont appris quelque chose et sont devenus plus sages. Mais toutes ces convulsions hystériques reviennent d’un coup, les mensonges “nécessaires” et “libres” que Murat Belge mentionne. Tous ces rôles joués, cette hypocrisie, cette mise en scène. C’est dans cet environnement que la science libre (la liberté scientifique) se bat pour son existence.

©Traduction de l'anglais: C.Gardon pour le Collectif VAN – 16 avril 2010 - 07:23 - www.collectifvan.org




Retour à la rubrique


Source/Lien : Taraf



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org