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Alexis Govciyan : «Arméniens et juifs, nous avons une communauté de destin»
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le président du CCAF et de l'UGAB-Europe, a été interviewé sur le site du Crif. Il y aborde toutes les questions actuelles.












15/04/10

Vous êtes le président du CCAF et de l'UGAB-Europe. Quel est le champ d'action de ces organisations ?


Ce sont deux entités différentes. L'UGAB-Europe dépend de l'organisation mondiale Union Générale Arménienne de Bienfaisance dont le siège social est à New York et qui fonctionne par branches nationales et continentales. Il s'agit d'une des plus anciennes organisations arméniennes (création en 1906, au Caire, en Égypte). Elle compte des dizaines de milliers de membres répartis sur les cinq continents et sa mission est de maintenir et de développer l’identité et l’héritage du peuple arménien.

Dans ce cadre, ses activités sont multidimensionnelles : culture, éducation, actions sociales et humanitaires, réseaux professionnels et actions politiques pour la défense de la cause arménienne, (reconnaissance du génocide par la Turquie et les conséquences qui en découlent, soutien à l'Arménie et au droit à l'autodétermination du Haut-Karabakh).

C'est une organisation qui s'inscrit dans une approche inclusive de l'identité arménienne dans la mondialisation, c'est à dire qu'elle est ouverte à toutes les bonnes volontés pour peu qu'elles s'inscrivent en conformité avec nos principes fondateurs. Aussi, l’UGAB-Europe agit pour remplir toutes ces missions et aussi pour servir de plate-forme auprès des instances européennes.

Le CCAF (Conseil de Coordination des organisations Arméniennes de France), dont l'UGAB est membre-fondateur, regroupe la majeure partie des organisations arméniennes de France. Constitué en organisme national à partir de trois conseils régionaux (Paris Ile-de-France, Rhône-Alpes, PACA), le CCAF a une mission de représentation auprès des pouvoirs publics et d’action pour tout ce qui concerne l’intérêt général de la communauté arménienne de France.

C'est un Conseil qui est jeune, créé en 2001, à la suite d’une autre structure, Comité du 24 Avril mais qui a, déjà, en si peu de temps enregistré quelques résultats encourageants : le plus important étant l'union des Français d'origine arménienne, un soutien sans faille à l'Arménie, l'adoption de la loi sur la reconnaissance par la France du génocide des Arméniens et surtout le combat pour les valeurs essentielles et dans ce cadre, la lutte contre le négationnisme, quel qu'il soit.

Combien y-a-t-il d'Arméniens en France ?

On estime aujourd'hui le nombre d'Arméniens en France à près de 500 000 personnes. Mais il s'agit très essentiellement de Français d'origine arménienne que d'Arméniens résidant en France. Il y a en effet une diaspora ancienne, celle qui remonte à l'après-génocide de 1915 et une diaspora plus récente, celles marquées par les crises au Proche-Orient et dans l'ex-URSS.

Voici quatre ans, l'Assemblée nationale avait voté une loi reconnaissant le génocide des Arméniens. Depuis, rien. Pourquoi ?

Il s’agissait non pas d’une loi reconnaissant le génocide des Arméniens (c’était fait dès 2001) mais d’une loi pénalisant la négation en France de ce génocide. Il faut tout d’abord rappeler que cette loi est d'abord une grande victoire pour tous ceux et celles qui luttent pour la vérité historique.

C'est aussi une victoire pour les valeurs de la France, terre des droits de l'homme et du combat universel pour les libertés. En effet, après la reconnaissance par la France, du génocide des Arméniens, le 29 janvier 2001, le CCAF s'est attelé à l'adoption d’une loi portant sur la sanction de la négation du génocide considérant que le combat ne pouvait s'arrêter à une déclaration publique, fut-elle très importante. En effet, elle était incomplète car n'importe qui pouvait en toute impunité nier la réalité du génocide.

Et c'est arrivé à plusieurs reprises, et parfois de manière violente sur le territoire de la République y compris, depuis l'adoption de la loi en 2001. Vous le savez bien, la négation du génocide est une offense à la mémoire des victimes, et une insulte, une atteinte à la dignité de leurs descendants. Ainsi, grâce à notre démarche unitaire et républicaine, l'Assemblée nationale a voté le texte le 12 octobre 2006. Depuis, le Sénat bloque, en tout cas, ne prend aucune initiative pour mettre à l’ordre du jour de ses travaux l’examen de ce texte.

C'est en fait un processus qui nécessite patience et détermination. Patience, car le contexte national et international est sensible. Détermination, car nous irons jusqu'au bout.

Clarifions les choses, notamment à l'adresse de ceux qui s'opposent à ce qu'ils appellent cyniquement des « lois mémorielles » : il ne s’agit pas d’une loi mémorielle car la lutte contre le négationnisme ne relève pas de l'Histoire, comme le dit à juste titre Bernard Henri Levy, mais du Droit, a fortiori lorsqu'il s'agit d'un négationnisme d'Etat, c'est à dire un négationnisme devenu l'un des axes fondateurs de la diplomatie turque.

A fortiori aussi lorsque le négationnisme constitue une atteinte à l'ordre public et la paix civile. Je dois vous dire que je suis très inquiet car il y a de plus en plus de propos et d’actes négationnistes de la part de citoyens français d’origine turque, souvent manipulés mais pas seulement et il n’est pas bon de faire face à ce genre de situation dans notre République qui est celle du vivre ensemble.

Ces citoyens participent ou organisent des manifestations négationnistes, dans les écoles, on remet en cause la réalité du génocide et même chez certains élus locaux d’origine turque, cela devient aujourd’hui manifeste. Pour la défense de l'ordre public, nous ne pouvons plus entendre parler de profanation de cimetières juifs ou autres, de monuments dédiés aux victimes des génocides. Nous ne pouvons plus nous contenter de messages de soutiens contre ces attaques antisémites, racistes ou anti-arméniennes. Car même si les attaques contre les cibles arméniennes sont moins nombreuses que les actes antisémites en France, elles sont graves et préoccupantes pour l'ordre public.

Pour l'instant, l'affaire de la loi semble donc bloquée. Certains prétendent que le processus de normalisation des relations entre l'Arménie et la Turquie y serait pour quelque chose. C'est chronologiquement faux car elle a été bloquée avant ce processus, qui précisons-le, est aussi au point mort aujourd’hui. C'est politiquement faux également car notre démarche est républicaine et démocrate. Nous ne voulons pas importer en France le problème entre l'Arménie et la Turquie pour la simple et bonne raison que le génocide a été commis alors que l'Arménie n'existait pas en tant qu'Etat.

Il s'agissait d’un pouvoir central (Jeunes Turcs) responsable de l'extermination d'une frange de sa population au motif qu'elle était Arménienne. C'est le régime Jeune-Turcs à la tête de l'Etat ottoman qui a ordonné les massacres de ses sujets Arméniens ottomans, deux tiers de la population arménienne a ainsi été exterminée.

Notre approche n'est donc pas indexée à ce qui se passe là bas entre deux Etats.

Nous réagissons et agissons en tant que Français d'origine arménienne et non comme un instrument communautariste, car telle n’est pas du tout la vision que nous avons de notre destin.

On assiste à un rapprochement entre l'Arménie et la Turquie ? Pourquoi ? Qu'en espérez-vous ?

L'Arménie est un pays enclavé géographiquement et frappé par un blocus turco-azéri entamé en 1989 et durci en 1993. Il faut rappeler que sa frontière avec la Turquie est fermée par décision unilatérale d’Ankara. Or, personne ne dénonce en dehors de nous, ou presque, cette injustice sous nos yeux.

Nous devons vivre dans un monde ouvert. L'Arménie a besoin de se développer et de s'intégrer aux marchés internationaux. Son désenclavement est un long processus qui doit passer aussi et surtout par la Turquie. Mais une Turquie en phase avec son passé, qui cesse ses menaces récurrentes contre un peuple et une civilisation trimillénaire que le régime jeune-turc au pouvoir dans l'Empire ottoman agonisant a éradiqué en quelques années.

Ce rapprochement pourrait constituer aussi une marque de paix et de stabilité pour la région, si chacun remplit, comme je vous l'ai dit, honnêtement ses responsabilités.

Nous attendons de la Turquie qu'elle renonce définitivement à son négationnisme d'Etat, son mensonge permanent à l'égard du génocide et qu'elle arrête de menacer ceux et celles qui en Turquie ou ailleurs défendent la cause arménienne. Qu'elle mette aussi un terme à son arsenal judiciaire contre ceux et celles qui à Istanbul, à Ankara ou ailleurs défendent la vérité historique, parfois au prix de leur vie. Rappelons que le journaliste arménien de Turquie, Hrant Dink a été assassiné parce qu'il était Arménien et pour avoir oser dire et écrire la vérité sur 1915.

Nous attendons également le début d'un processus de réconciliation qui doit prendre pour point de départ la réalité du génocide.

Aucune personne, en Arménie comme en diaspora, aucune personne non-arménienne pour peu qu'elle soit honnête et de bonne foi ne remet en question la réalité du génocide. En Turquie, la société civile turque s'est d’ores et déjà emparée de son histoire et souhaite faire face à son passé. Aux politiques turcs d'en faire autant.

De la même façon, sur la question du Haut-Karabakh, les pressions sur l’Arménie doivent cesser. Dans ce cas, il s’agit d’une province arménienne rattachée à l’Azerbaïdjan en 1921 par Staline.

A chaque période de « libéralisation » du régime soviétique, les Arméniens, largement majoritaires dans la province, ont demandé leur attachement à l’Arménie, au nom de la justice et pour lutter contre l’azerbaïdjanisation du Haut-Karabakh. En 1988, cette demande s’est exprimée par le biais de manifestations soutenues d’immenses rassemblements en Arménie et dans la diaspora. Bakou a répondu par la répression, les pogroms et les exactions. Résultat, à la chute de l’URSS, une guerre a eclaté entre Arméniens et Azerbaïdjanais. En 1994, après une victoire militaire des Arméniens, un cessez-le-feu a été signé sous l’égide de la Russie puis de l’OSCE, laquelle a mis en place le groupe de Minsk co-présidé par les Etats-Unis, la France et la Russie.

Il s’agit, pour les Arméniens de maintenir et développer le Haut-Karabakh, alors que la Turquie, alliée d’Azerbaïdjan fait pression sur l’Arménie, depuis 1993. C’est ainsi qu’elle a fermé sa frontière avec l’Arménie et pratique encore aujourd’hui un blocus terrestre. Par conséquent, on ne peut rien espérer d’un semblant de rapprochement, si les questions fondamentales ne sont pas a priori abordées et réglées, et celle-ci est pour nous une question fondamentale.

Quelles relations entretenez-vous avec la communauté juive et son porte-parole politique le CRIF ?

Nos relations sont globalement étroites et de confiance et elles sont appelées à l'être de plus en plus. Etroites, car nous sommes deux peuples issus d'un passé terrible et d'un génocide. Nous avons un devoir envers les victimes et là, il convient de rappeler le soutien important du CRIF et de la communauté juive, lors du vote de la loi pour la reconnaissance du génocide. Il y avait eu une véritable mobilisation appuyée d’ailleurs par un appel solennel de 123 historiens mondiaux spécialistes de la Shoah pour que la France vote une telle loi et pour qu’il y ait une reconnaissance internationale.

Vous savez, nous avons une communauté de destin, car nous comprenons mutuellement nos souffrances, ces blessures que nous portons en nous. Relations de confiance aussi, car nous avons des visions et objectifs communs : la défense des valeurs de la République, la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, le négationnisme et la défense des normes universelles sur le concept de génocide. On ne peut pas placer sur un même plan ce qui s'est passé en 1915 contre les Arméniens, ou ce qui s'est passé entre 1939-1945 dans toute l'Europe contre les Juifs, avec ce qui se passe en Palestine ou ailleurs.

En effet, lorsque la Turquie parle de « génocide » pour ce qui se passe à Gaza, elle commet une grave erreur. Ankara commet d’ailleurs la même erreur pour le Xingjiang avec les Ouïgours, minorité musulmane réprimée par la Chine. Or Gaza et Xingjiang ne sont en rien des génocides ! Il faut le dire et le répéter. Ankara a-t-il l’intention par ces procédés pernicieux mais grotesques d’invalider la définition universellement reconnue du génocide ?

Les autorités turques veulent-elles disqualifier le concept de génocide ? On est en droit de se poser la question… d’ailleurs, comment expliquer le rapprochement entre l’Iran, le Soudan et la Turquie, qui chacun derrière le masque du négationnisme dénonce la réalité d’un génocide (Shoah, Darfour, Arméniens) ? C’est une question grave qui ne doit pas laisser passifs nos décideurs et législateurs, car le négationnisme d’Etat dans lequel la Turquie excelle depuis 90 ans fait des petits en Iran et au Soudan.

Que répondez-vous à ceux qui s’inquiètent des relations entre l’Arménie et l’Iran ?

S’agissant du négationnisme, j’ai parlé de l’Iran et son attitude envers Israël est inacceptable et doit être combattue par tous les moyens. Mais, l’Arménie est frappée par un double blocus imposé par l’Azerbaïdjan et la Turquie, depuis 1989 d’un côté et 1993 de l’autre. L’Arménie est donc un Etat enclavé, dont les ravitaillements en vivres et gaz passent par la Géorgie et l’Iran.

Aussi, l’Arménie n’a pas le choix et sait que la collaboration avec l’Iran peut avoir des conséquences dans ses relations internationales, mais Erevan exige la levée du blocus pour pouvoir diversifier ses approvisionnements et ne plus dépendre des relations aléatoires entre la Russie et la Géorgie d’une part et des relations incertaines entre la communauté internationale et l’Iran d’autre part. Attention cependant aux raccourcis, tenez, prenons l’exemple de l’Azerbaïdjan qui collabore étroitement avec l’Iran tout en fournissant 20% du pétrole et du gaz à Israël ! Vous mesurez bien là dans quelle situation nous nous trouvons…

C’est pour cela que la solidarité arméno-juive, au nom de l’histoire, des victimes des génocides et d’une conception commune de l’Humanité et de l’éthique internationale, doit être plus forte que la raison d’Etat et elle l’est dans les faits. Pour l’Etat arménien et pour les Arméniens du monde entier, la Shoah constitue l’inimaginable que les nazis ont commis, pour les juifs et la société israélienne, le génocide subi par les Arméniens est une réalité, c’est parce que nous nous comprenons dans la douleur, la mémoire et le respect de la dignité, même si l’Etat d’Israël n’a pas encore reconnu le génocide de 1915, au nom de ses relations avec la Turquie.




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Source/Lien : CRIF



   
 
   
 
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