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Nier l’indéniable, par Yossi Sarid
Publié le : 22-04-2010

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - L’israélien Yossi Sarid a signé un article-hommage à son compatriote Yair Auron, pour son livre "La banalité de la négation : Israël et le génocide arménien". Yossi Sarid dit à ce sujet que Yair Auron « est aussi l’un des rares Israéliens à avoir réhabilité le nom du peuple juif et Israël, bien qu'Israël ait tellement peur d'offenser la Turquie qu'il est enclin à tordre les principes fondamentaux pour ne pas déplaire aux Turcs. Pour des intérêts de realpolitik, Israël se rend coupable de complicité en niant le génocide arménien. Par conséquent, comment pouvons-nous accuser d'autres nations de s’avilir quand elles nient l'holocauste pour des raisons de realpolitik ? » Le Collectif Van vous propose ici la traduction de cet article qui était paru le 28 avril 2006 dans Haaretz et qui, quatre années après, garde toute son actualité. Rappelons que l’historien et essayiste israélien Yair Auron était l’un des intervenants, avec son compatriote le Prof. Israël Charny, du Colloque international organisé par le Bureau Français de la Cause Arménienne qui s’est tenu le mardi 14 avril dernier à Paris, sur le thème : „Quelles conditions pour une normalisation des relations arméno-turques ?“



Nier l’indéniable


De Yossi Sarid

Haaretz
28/04/2006

"La banalité de la négation : Israël et le génocide arménien" de Yair Auron, Transaction Publishers. (La version en hébreu a été publiée en Israël par Maba: 308 pages, NIS82.)
Ce n’est qu’après la publication du livre de Yair Auron en anglais en Amérique et en Grande-Bretagne que la version en hébreu a été publiée ici. Ce n’est peut-être pas une coïncidence. Israël qui nie officiellement le génocide arménien, nie également officiellement sa documentation.

Auron discute intensément de l'attitude d'Israël face au génocide en général et au génocide arménien en particulier. L'apparition du mot "négation" dans le titre du livre n'est nullement un hasard. Nous, les juifs, sommes les premiers à exprimer notre choc et notre outrage quand notre holocauste est nié, ouvertement ou de manière voilée, cependant nous tournons le dos aux catastrophes subies par d'autres. Malheureusement, même la communauté universitaire israélienne ne tente pas énergiquement d’accroître la connaissance des autres génocides subis. Serait-ce parce qu'elle ne veut pas augmenter la douleur dans le monde ?

L'histoire de l'inhumanité de l'humanité sur la route de l’enfer est pavée de cas de génocides. Au seul siècle dernier, plus de 140 millions de personnes ont été assassinées et la soif de sang humain doit encore être satisfaite. Alors que ces lignes sont écrites, un génocide est commis au Darfour, au Soudan occidental, et le monde continue ses activités sans même un murmure de protestation, comme si la complicité dans ces atrocités le paralysait. Cependant, comme dans l'histoire de Caïn et Abel, le sang qui a été versé hurle. Mais même ici en Israël, apparemment personne n'écoute. Nous sommes peut-être juifs, mais nos oreilles ne sont pas circoncises (métaphoriquement).

Nous n'avons pas besoin de comparer des holocaustes ou des génocides pour comprendre et nous identifier à la souffrance d'autres nations. L'holocauste juif était si satanique qu'il nous permet – et même nous oblige - à partager la souffrance et la douleur des autres, mais il ne nous autorise pas à avoir un monopole sur le génocide. Même si nous partageons la souffrance et la douleur des autres, il nous restera toujours de vastes excédents…

Mon professeur et mentor, le professeur Yehuda Bauer, l’un des plus grands experts contemporains de l'holocauste, fait des distinctions précises et donne des définitions dans une lettre qu’il m'a écrite après la parution d’un de mes récents articles dans Haaretz :

« Je crois qu'il n'y a aucune contradiction entre le fait sans précédent [Nota CVAN : ‘unprecedentness’ : l’auteur utilise ce terme inexistant, comme substantivation de ‘sans précédent’. En France, le mot « unicité » est souvent employé pour la Shoah, mais la suite du paragraphe tend à démontrer que ce n’est pas le terme qui traduirait la pensée de Yehuda Bauer] de l'holocauste et ses implications universelles. Je ne dis pas que l'holocauste est unique, parce que s'il l’était, nous ne pourrions pas l'étudier, car il serait au-delà du champ de l'histoire humaine. Ce serait un événement non répétable qui est survenu à cause de forces supra-humaines et monstrueuses dans l'histoire. Néanmoins, l'holocauste était sans précédent; c'est-à-dire qu’il peut servir de précédent. C'est précisément ce qui est arrivé, même si ce n’est que partiellement, au Rwanda. »

« Ce mot lourd ‘unprecedentness’, bien qu’inexistant en hébreu ou en anglais, est un terme plus précis pour décrire la nature de l'holocauste. Nous pouvons définir l'holocauste comme le « génocide commis contre le peuple juif par les Allemands et leurs collaborateurs au cours de la Seconde Guerre mondiale. » Qualifier le génocide d'une autre nation ‘d’holocauste’ placerait tous les cas de génocides dans la rubrique de la catastrophe juive et un tel acte ne contribue en rien à la clarification ou à la commémoration de chaque cas particulier de génocide ou de tentatives pour empêcher de tels événements. Je crois que l'un des signes universels d'un génocide est le ciblage d'un groupe spécifique, unique, pour un massacre. »

« Le ciblage est lui-même universel dans chaque génocide. Par conséquent, je m’oppose à donner au génocide d’une nation, le même nom que celui d’une autre nation. Le ‘génocide’ englobe tous les cas d'une telle tuerie. L'holocauste est le cas le plus extrême de génocide jusqu'ici, mais il n'y a aucune garantie qu'un cas tout aussi extrême ou encore plus extrême ne surviendra jamais. En tant que cas le plus extrême, il pourrait servir de paradigme pour de futurs génocides.

C'est ce que pense le Groupe International pour l'Enseignement de l'Holocauste, le Souvenir et la Recherche, conjointement patronné par 24 nations, et c'est ainsi que l'holocauste est perçu par le groupe que je dirige, une équipe de militants engagés dans la prévention du génocide, qui a donné la priorité au Darfour dans son ordre du jour, parce qu'aujourd'hui un génocide terrifiant y a lieu. »

C'est le noyau de la lettre du professeur Bauer, qui contient beaucoup d’idées importantes et de clarifications.
D’autres actes de génocide et de politicide ont été commis au 20ème siècle plus que dans n'importe quel autre siècle, et il est parfois appelé "le siècle du génocide" ou "le siècle de la violence." Le premier cas connu de génocide au siècle précédent a eu lieu en Namibie, mais il a été en grande partie ignoré, voire presque oublié. Le deuxième était le génocide envers les Arméniens commis par les Turcs et son souvenir persiste malgré tous les efforts de la Turquie pour que le monde l’oublie.

Une personne qui est parmi les leaders dans la lutte pour empêcher le monde de l'oublier est le professeur Yair Auron. Il est aussi l’un des rares Israéliens à avoir réhabilité le nom du peuple juif et Israël, bien qu'Israël ait tellement peur d'offenser la Turquie qu'il est enclin à tordre les principes fondamentaux pour ne pas déplaire aux Turcs. Pour des intérêts de realpolitik, Israël se rend coupable de complicité en niant le génocide arménien.

Par conséquent, comment pouvons-nous accuser d'autres nations de s’avilir quand elles nient l'holocauste pour des raisons de realpolitik ? Malgré l'importance admise de la relation d'Israël avec la Turquie, c'est un fait regrettable et déprimant que cela force Israël à adopter une politique de négationnisme officiel qui pourrait se retourner contre nous un jour, quand d'autres nations nous font ce que nous faisons à d'autres, et que nous détestons tant.

Un génocide ne doit jamais être nié, peu importe les raisons ou l'identité des meurtriers et de leurs victimes.
On pourrait arguer du fait que si le monde n’avait pas adopté une politique de "retournons à nos affaires" face au génocide arménien, en lui tournant le dos et en fermant ses yeux, l'holocauste juif ne serait jamais arrivé.

Les nationaux-socialistes allemands ont tiré beaucoup d'encouragements de la complaisance, de l'indifférence et du silence des nations du monde et ont décidé que le monde ne protesterait pas excessivement ou ne serait pas excessivement choqué ou outragé si, après les Arméniens, la victime du génocide suivant étaient les juifs, dont le sang n'est pas plus rouge. Dans un discours célèbre, Hitler lui-même a mentionné le destin des Arméniens, sous-entendant ce qui attendait les juifs.

gnorer un génocide en impliquera un autre et les meurtriers émergent d'habitude de l'obscurité de la caverne nauséabonde que leurs prédécesseurs ont habitée. Ceux qui n'ont pas compris ce point jusqu’à présent - et beaucoup de responsables israéliens appartiennent à cette catégorie - le comprendront certainement après la lecture du livre d'Auron. On ne peut pas avertir l'humanité sur les génocides de demain sans révéler ceux d’hier, sans les reconnaître ainsi que leurs atrocités.

Pour tous les Arméniens du monde, l’attitude d’Israël et du peuple juif envers leur catastrophe est d’une importance cruciale. Ils ont besoin de notre reconnaissance parce que nous sommes les victimes naturelles, historiques, du génocide et parce que c'est essentiel dans leur lutte pour perpétuer la mémoire de leur génocide et ses implications. Ils recherchent le leadership de Jérusalem ; et pourtant, cette ville qui s’enveloppe dans un silence qui en dit long, est entourée par des collines d'indifférence.

Peut-être qu’aujourd'hui, le monde étant plus ouvert à la souffrance des juifs, nous pouvons nous-mêmes nous ouvrir davantage aux Arméniens. En septembre 2005, l'Assemblée générale des Nations Unies a décidé à l’unanimité que le 27 janvier serait le jour de la commémoration internationale de l'Holocauste et de ses victimes. Les pays du monde observeront dorénavant cette commémoration annuelle, l'anniversaire de la libération par l'Armée Rouge du camp de la mort d'Auschwitz-Birkenau. Je suis certain que le jour approche où la tragédie des Arméniens sera de la même façon internationalement reconnue. Je veux voir Israël soutenir cette cause.

"La banalité de la négation" n’est pas uniquement un document de recherche fascinant et informatif ; il défie aussi tous les négationnistes de génocides. Il fait honneur à son auteur et à ses collègues qui refusent d'accepter la politique négationniste de Jérusalem, dont les murs sont désormais tristement gardés par les aveugles, les sourds et les muets.
Le dernier livre de Yossi Sarid "Papiczek: He Didn't Know His Name" a été publié en hébreu et en anglais par Yad Vashem et Yedioth Ahronoth/Hemed Books.

©Traduction de l'anglais: C.Gardon pour le Collectif VAN – 22 avril 2010 - 07:23 - www.collectifvan.org




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Source/Lien : Haaretz



   
 
   
 
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