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Turquie : Metin Hülagü, un « universitaire classique »
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Un département de langue et littérature arméniennes a été ouvert à l'Université Erciyes en Turquie. L’université, située dans la province centrale anatolienne de Kayseri, avait reçu la permission du Conseil de l’enseignement supérieur (YOK), de lancer un Département d’arménien et d’hébreu dans la faculté d’Arts et de Sciences. Un pas qualifié d’éminemment positif et qui vise, comme d’autres récentes initiatives de l’Etat turc, à présenter le visage d’une Turquie ouverte aux autres, et en l’occurrence, ouverte à ceux qu’elle a exterminés et spoliés.

Le Collectif VAN s’est penché sur l'homme qui dirige ce nouveau programme universitaire, le professeur Metin Hülagü, qui a déclaré : « La paix, la tolérance et le dialogue entre les Turcs et les Arméniens sont notre parti pris ».

On apprend dans l’article du Today’s Zaman que nous avons traduit ici, que « Hülagü a travaillé de nombreuses années sur la question arménienne et qu’il connaît bien les manques relatifs à ce sujet. Son approche de la situation globale est celle d'un universitaire classique. »

Il était dès lors intéressant pour nous, de préciser à nos lecteurs ce qu’est - encore de nos jours - un « universitaire classique » en Turquie.

Car d’ordinaire, les Chaires d’Université sont tenues par d’éminents spécialistes, « amoureux » du sujet traité. Mais, en ce qui concerne ce département de langue et littérature arméniennes de Turquie, il s’avère qu’il se trouve aux mains d’un personnage qui ne semble pas particulièrement arménophile...

On retrouve là encore la stratégie traditionnelle de l'Etat turc, qui consiste à faire obstacle aux reconnaissances du génocide arménien et à l’évolution de sa société civile, tout en présentant une façade respectable basée sur le dialogue et la « réconciliation ». On connaît la chanson.



Légende : Metin Hülagü, qui dirige le département de langue et littérature arméniennes à l'université Erciyes en Turquie.

Metin Hülagü, l'Adjoint du Recteur de l'Université d'Erciyes à Kayseri, a fait parler de lui lors de la pétition d’excuses des intellectuels turcs qui avaient demandé, en décembre 2008, pardon aux Arméniens pour « la Grande Catastrophe »[Nota CVAN : le génocide de 1915].

Cette pétition avait recueilli plus de 30 000 signatures et provoqué un « tremblement de terre psychologique » en Turquie. Metin Hülagü avait donné à l’époque une interview au journal turc Vatan, pour dénoncer le fait que sa signature s’était retrouvée sans son consentement sur le site d'excuses, www.ozurdiliyoruz.com. Il avait déclaré que les signatures étaient fausses. Deux autres universitaires, professeurs d'histoire, Şakir Batmaz et Gülbadi Alan, s’étaient également dit surpris de voir leur nom sur la liste.

A cette protestation légitime de voir son nom usurpé (si tel est réellement le cas, car ces fausses signatures peuvent avoir été insérées par des nationalistes turcs pour pouvoir ensuite attaquer la crédibilité de cette pétition), Metin Hülagü va ajouter tout un développement négationniste qualifiant de traîtres les intellectuels demandant pardon pour le génocide.

Dans l'article « Özür imzaları sahte » (« Les signatures d'excuses sont fausses », daté du 24.12.2008 sur le site du journal VATAN ), il tient ainsi les propos suivants :

« Les personnes qui demandent pardon à certains et qui disent que ces gens-là ont subi des injustices, sont en train de nous faire subir des injustices. En essayant de blanchir certains, ils accusent les autres. Nous condamnons avec virulence le fait que nos signatures soient mises dans cette liste. Je veux dire que c'est un scandale. Car il n'est pas possible d'expliquer ce qu'ils ont fait, ni par la raison, ni par la science. Sur quoi sont fondées les prétentions de ceux qui disent que, dans le passé, un génocide ou un massacre a eu lieu ? C'est un sujet débattu depuis 50 ans, mais personne ne détient de documents à propos de ces massacres. L'Arménie et la diaspora prétendent depuis 50ans [qu’il y a eu des massacres] mais jusqu'à aujourd'hui les Arméniens de la diaspora ne sont pas arrivés à mettre en évidence un seul document prouvant que 'nous les avions massacrés'. Alors comment est-ce que nos intellectuels peuvent prétendre ceci, sur quoi se basent-ils, je n'arrive pas le comprendre. »

Metin Hülagü se positionne donc sur une ligne encore plus dure que celle du gouvernement turc. Ankara nie en effet le génocide arménien, mais reconnaît au moins des déportations et des massacres (tout en contestant leur caractère intentionnel et en les qualifiant de mutuels).

Dans cette interview, Hülagü critique « les soi-disant intellectuels turcs » et se pose des questions sur le "profil de l'intello en Turquie".

Voici ses propos:

« C'est quoi le profil d'un intellectuel ? Est-ce qu'ils sont vraiment des intellectuels ? Comment doit être un intellectuel ? Qui doit-il défendre ? Est-ce que ces intellectuels sont des nôtres? Moi et mes amis, nous ne sommes pas devenus le prolongement de la diaspora arménienne en Turquie. Nous sommes au service du peuple turc. Nous sommes fidèles au peuple turc. Je pense que ce sujet doit cesser d'être le gagne-pain de certaines personnes. »

Dans un deuxième article, visible au lien suivant, le nom de Metin Hülagü apparaît également en tant que Président de l'organisation d'un symposium révisionniste organisé les 22–24 Mai 2008 par l'Université Erciyes et l'Université de Nevşehir.

Le titre en est « IIe Symposium international des recherches sociales : de la tolérance à la séparation » [Nota CVAN : les Turcs qui toléraient les Arméniens vivant dans l'Empire ottoman et qui ont dû s’en séparer !].

Parmi les têtes d’affiche de ce symposium, le Professeur Yusuf Halaçoglu, chantre du négationnisme pur et dur en Turquie.

En plus de tout cela, Metin Hülagü a écrit des livres sur Kemal Atatürk, l'Union islamique, les activités des missionnaires et leur influence sur les Arméniens, etc. Il est aussi lÂ’auteur de « Les Arméniens dans la société de tolérance » [« Hoşgörü Toplumunda Ermeniler » (4 volumes), Erciyes Ãœniversitesi Yayınları].

Par le terme « société de tolérance », Metin Hülagü essaie de réinventer un âge d'or ottoman où toutes les communautés auraient été égales aux yeux de l'empire, comme si les minorités n'étaient pas soumises à des impôts discriminatories tels que le devshirmé (l'impôt du sang, le rapt systématique des enfants des minorités, chrétiennes principalement) ou la jizya (impôt financier supplémentaire), comme si la volonté des peuples balkaniques et anatoliens de s'affranchir du joug tyrannique de l'empire n'était qu'une invention occidentale.

A noter que dans son discours du symposium, Metin Hülagü parle en premier lieu des pauvres Azéris massacrés par les Arméniens : une constante chez ceux qui ne reconnaissent pas le génocide de 1,5 million d’Arméniens dans l’Empire ottoman, mais n'ont pas de scrupules à utiliser ce terme pour les événements de Khodjalou – Xocali - en 1992. Des accusations montées de toutes pièces par l’opposition au pouvoir azéri à l’époque des faits, lors du conflit entre la République autonome arménienne du Haut-Karabagh et l’Azerbaïdjan.

Voici ce que dit l’universitaire en parlant du problème arménien : « Les ennuis causés par ce problème ne sont pas limités à la Turquie, son périmètre d'influence, s'élargissant et se renforçant de jour en jour, menace la paix régionale, et aussi la paix mondiale. Actuellement, par exemple, des milliers d'Azéris sont privés de leur propre patrie et sont laissés à l’abandon dans une vie de misère. »

Mais laissons la parole à l’un des deux élèves turcs qui apprennent l’arménien dans ce département chapeauté par Metin Hülagü : « La Turquie va de l’avant et nous devons nous ouvrir davantage au monde. Ceux qui termineront leurs études dans les départements tels que celui de la langue arménienne pourraient représenter la Turquie à l’avenir ».

Souhaitons surtout que la Turquie rompe dès à présent avec ses pratiques négationnistes et son double discours pour pouvoir être représentée de manière plus positive à l’avenir : sa jeunesse en a besoin.


Collectif VAN - 18 octobre 2010 – 08:15 - www.collectifvan.org

Avec le concours de S.C. pour la traduction des éléments en turc.


Biographie de Metin Hülagü :

Metin Hülagü (hulagu@erciyes.edu.tr) est né en 1962 dans un village appelé Erenler, qui se trouve près de Ceyhan [Nota CVAN : Adana].

Ce village avait été créé à la fin du 19ème siècle par des immigrés musulmans du Caucase et surtout d’Azerbaïdjan, et s'appelait à ce moment-là Karapapak [Nota CVAN : mot qui signifie « chapeau noir »], du nom d'une tribu.
Ensuite, le Sultan Abdül Hamid II avait donné au village le prénom de son fils cadet Abidiye, et finalement la jeune République de Turquie avait changé ce nom pour effacer les traces ottomanes islamiques et le village avait été nommé Erenler.

Metin Hülagü est de la même région que Yusuf Halaçoglu, qui est, lui, de Kozan près d’Adana également [Nota CVAN : l’ancien nom est Sis, ville créée au 12ème siècle, capitale du royaume arménien de Cilicie et ville du patriarcat arménien. Rappelons que les massacres d'Adana en 1909 avaient constitué de terribles préludes à l’extermination totale des Arméniens de Turquie en 1915 : Halaçoglu et Hülagü ont-ils tous deux baigné dans une atmosphère particulièrement arménophobe au sein d’une région de sinistre réputation ?].

Après avoir terminé ses études secondaires à Ceyhan/Adana et à Istanbul, Metin Hülagü a fait ses études supérieures à l’Université Marmara entre 1981 et 1985 (il a été probablement l'élève de Yusuf Halaçoglu, et peut-être été son collègue).

Il a vécu 3 ans en Angleterre pour y apprendre l'anglais et faire des études (sans doute envoyé par l'Etat). Depuis 1987, il est à l'Université Erciyes [Kayseri] d'abord en tant qu'Assistant, puis en tant qu’Adjoint du Recteur et désormais nouveau Chef du Département de Langue et Littérature arméniennes à l'Université Erciyes.

Avec le concours de S.C. pour la traduction des éléments en turc.


Lire aussi:

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