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Turquie : l’assassin de Dink, jugé en tant qu’enfant
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - « Au procès de Dink ce lundi, les juges ont décidé que le tueur présumé, Ogün Samast, devrait être jugé devant le Tribunal pour Enfants d'Istanbul. Il est par conséquent utile de rappeler aux juges et aux procureurs de Turquie que la Cour européenne des droits de l'homme, ou CEDH, a émis le 14 septembre 2010, un jugement au sujet du procès Dink, que le Ministère turc des Affaires étrangères a décidé de ne pas contester. La CEDH a déclaré la République de Turquie coupable ne pas avoir protégé le droit à la vie d'un citoyen et ne pas avoir conduit d’enquête minutieuse dans le procès Dink. Cependant, après le jugement de la Cour européenne, une voie a été tracée pour "récompenser" le tueur présumé, et laisser de côté l’examen efficace des accusations portées contre lui ! […] Si Samast est jugé par un Tribunal pour Enfants, il pourrait être condamné à 7 ans et demi de prison selon les normes européennes. Puisqu’il est en prison depuis plus de 3 ans et demi, Samast pourrait être libéré. » Le journaliste Cengiz Çandar, lui-même poursuivi en justice pour avoir critiqué les manquements de la Justice turque dans l’affaire de l’assassinat du journaliste arménien, Hrant Dink, a exprimé son écœurement concernant le transfert du procès du meurtrier Ogun Samast vers un Tribunal pour enfants, dans un article paru en turc dans le quotidien Radikal. Cet article a été traduit en anglais par l’équipe du Hurriyet Daily News le mercredi 27 octobre 2010 et le Collectif VAN vous en propose la traduction en français.


DÂ’un tueur on fait un enfant


Hurriyet Daily News

Mercredi 27 octobre 2010
Cengiz Çandar

J'ai assisté à plusieurs audiences du procès pour le meurtre du journaliste arméno-turc Hrant Dink. Pas seulement une fois, mais deux ou même trois fois… J'ai récemment exprimé mon opinion dans un article intitulé « Aucune justice n’émanera de cette salle de tribunal. » Et maintenant, je suis poursuivi devant un tribunal à cause de cet article.

Au procès de Dink ce lundi, les juges ont décidé que le tueur présumé, Ogün Samast, devrait être jugé devant le Tribunal pour Enfants d'Istanbul.

Il est par conséquent utile de rappeler aux juges et aux procureurs de Turquie que la Cour européenne des droits de l'homme, ou CEDH, a émis le 14 septembre 2010, un jugement au sujet du procès Dink, que le Ministère turc des Affaires étrangères a décidé de ne pas contester. La CEDH a déclaré la République de Turquie coupable ne pas avoir protégé le droit à la vie d'un citoyen et ne pas avoir conduit d’enquête minutieuse dans le procès Dink.

Cependant, après le jugement de la Cour européenne, une voie a été tracée pour "récompenser" le tueur présumé, et laisser de côté l’examen efficace des accusations portées contre lui !

Une décision honteuse

J'ai regardé l’émission "45 Minutes" sur TRT-News avec Hülya Hokenek à 13h00, après l'annonce du verdict dans le procès Dink, annonce qui a profondément attristé les gens qui ont une conscience en Turquie. Tuba Çandar, l'auteure d'un livre de 700 pages, intitulé Hrant, la première biographie publiée sur Dink, était l'invitée de 45 Minutes. Elle a rappelé le discours de Rakel, la femme de Dink, lors de la cérémonie d'obsèques :
« Peu importe son âge, qu’il ait 17 ans ou 27 ans ; peu importe qui est le tueur, je sais qu’il fut un jour un enfant. Mes frères et mes sœurs, rien ne pourra être fait sans une remise en question de l'obscurité d’abord ; l'obscurité qui a fait d’un bébé un tueur. » [Nota CVAN : « l’obscurité » désigne l’Etat profond en Turquie].

Çandar a ajouté : « Bien que trois ans et demi se soient passés, nous avons vu que les ténèbres n’ont pas été remises en question et demeurent incontestables. Non seulement nous n’avons pas vu la remise en question de cette obscurité qui a fait d'un bébé un tueur, mais nous sommes témoins aujourd'hui, qu'en réalité un tueur est né d'un bébé. Je pense que la décision est une honte tant pour la loi que pour la justice. Et je sais que les gens qui ont une conscience en Turquie le pensent aussi. »

Différence entre loi et justice

Oui, c'est ce que pense Tuba Çandar. La loi et la justice ne sont pas identiques. La justice ne peut pas exister sans la loi, mais cela ne signifie pas que "la justice est égale à la loi". Le concept de justice est directement lié à la conscience. Indiscutablement, la décision mentionnée n'a rien à faire avec la justice, bien que la relation entre la décision et la loi puisse être discutée.

L'avocat de Samast a demandé le transfert de son client au Tribunal pour Enfants dans le cadre de la loi connue sous le nom de "La loi des enfants qui jettent des pierres". Et la décision du tribunal en faveur du client peut sembler normale sur le papier.

Paver la voie à la libération de Samast

Après la décision de la cour ce lundi, j'ai parlé à quelques avocats présents dans la salle du tribunal. J'ai appris que l'avocat de Samast demandera légitimement la libération de son client. C'est possible. Ce que l'on m’a dit, c’est que si Samast est jugé par un Tribunal pour Enfants, il pourrait être condamné à 7 ans et demi de prison selon les normes européennes.

Puisqu’il est en prison depuis plus de 3 ans et demi, Samast pourrait être libéré. Il semblerait que des journalistes diluent l’affaire Dink en essayant de justifier son meurtre par la colère d'enfants jouant dans les cafés de banlieue ; circonvenant ainsi la question et s’impliquant dans des querelles avec moi sur le sujet.

Si Samast est libéré, ils seront contents. Puisque nous devons être respectueux de la loi, il y a rien de plus à dire. D’autant que, qui ne lira pas une interview de Samast faite par un journaliste à la recherche du sensationnel ? Et cela ne sera-t-il pas présenté comme une histoire à succès du journalisme ?

La connection Ergenekon

En attendant, Erhan Özen qui purge sa peine dans la prison ouverte d'Iskilip, Çorum, a avoué qu’il travaillait entre 1997 et 2005 comme agent pour le JITEM, un groupe clandestin supposé être l'unité de renseignements de la gendarmerie, bien que son existence n'ait jamais été officiellement reconnue par l'armée. Özel a affirmé que les criminels dans l'affaire de la tuerie de la librairie Zirve ont été aussi impliqués dans l’affaire de Dink. « J'ai pris des photographies près du bâtiment d'Agos. Je prenais des photos de tout et de tout le monde dans le secteur y compris les gens qui entraient et sortaient de l’immeuble. Siran (le nom de code d'un homme travaillant pour le Général à la retraite Veli Küçük) a dit parlant de Hrant : « Le verdict est déjà tombé pour cet homme. Il va mourir. » [Nota CVAN : dans la version anglaise, l’auteur Cengiz Çandar utilise l’expression „Le crayon est déjà cassé pour cet homme“ (« The pen is already broken for this man »). Il décrit ainsi en anglais une coutume de la justice turque : en Turquie, lorsqu’un tribunal prononce la peine capitale pour un condamné, le juge casse son crayon. Appliquée à Hrant Dink, cette expression signifie que les tout-puissants, les décideurs de l’ombre, en quelque sort les membres d'un tribunal illégal l'ont condamné à mort : la décision est prise et il va être exécuté.]

« Nous avons emmené Hrant vers une voiture garée devant l’immeuble d'Agos, mais n'avons pas parlé en chemin. Nous nous sommes ensuite dirigés vers le Cimetière des Étrangers. Hrant est resté dans la voiture un moment puis il est reparti avec Yusuf (un autre nom codé). Plus tard, j'ai appris de Siran et Yusuf, que la personne dans la voiture était Sevgi Erenol (une suspecte d'Ergenekon en état d'arrestation). Ils m'ont dit que Hrant avait été averti. ! » [Nota CVAN : Sevgi Erenol est la nièce du dernier patriarche orthodoxe turc. Le Patriarcat Orthodoxe Turc, église fantoche regroupant des Turcs christianisés, a été créé de toutes pièces en 1924 par Mustafa Kemal Ataturk, et pratique en fait un nationalisme turc extrême. Lire : Turquie : l’extrême-droite sur la sellette].

Ce qui signifie ?

Cela signifie que si l'enquête sur l’affaire Dink ne va pas plus loin, si les liens avec le gang criminel Ergenekon ne sont pas examinés et si la décision de la CEDH n'est pas suivie, « D’un tueur on aura créé un enfant », dans le cas Dink.

La “Justice” ne prévaudra pas. Et un pouvoir judiciaire échouant à faire justice sera source de problèmes tant pour le gouvernement que pour la Turquie.

Cengiz Çandar est chroniqueur pour le quotidien Radikal, dans lequel cet article a été publié. Il a été traduit en anglais par l’équipe de Daily News.


©Traduction de l’anglais C. Gardon pour le Collectif VAN – 29.10.2010 – 07:35 - www.collectifvan.org






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Source/Lien : Hurriyet Daily News



   
 
   
 
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