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Proposition de loi française sur la pénalisation de la négation du génocide arménien
Publié le :

Loi française sur le négationnisme du génocide arménien : la polémique enfle, sur fond de colère turque

Article paru dans l'édition du 18/10/2006

Par Laurence RITTER à Erevan

La proposition de loi française sur la pénalisation de la négation du génocide arménien, repoussée une première fois et représentée à l’initiative du Parti socialiste (PS) le 12 octobre a finalement été votée, par 106 députés pour et 19 contre, sur 129 votants et présents (49 de l’UMP, 40 du PS). Pour beaucoup de commentateurs, déchaînés après ce vote, la loi a des fins électoralistes très claires, à quelques mois de la présidentielle française, et alors que le « lobby arménien » est des plus actifs. Pour d’autres, la loi va bloquer le dialogue avec la Turquie. Pour d’autres encore, Jacques Chirac en tête, cette loi ne devrait pas passer le barrage du Sénat et donc ne jamais arriver à sa ratification finale sur le bureau présidentiel. Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan s’est d’ailleurs fait un plaisir d’étaler devant la presse de son pays les détails du coup de fil que le président Chirac lui aurait passé pour l’assurer de son soutien et qu’il était contre cette loi – information reproduite par le journal turc Zaman entre autres. Grand absent du débat finalement : les premiers concernés, les Arméniens, ceux de France particulièrement, alors que le landernau français s’interroge surtout sur les lois dites mémorielles, en omettant de préciser que le négationnisme du génocide arménien est bien une réalité en France – et ailleurs.

Il est clair que ce n’est guère en Arménie que l’on risque de nier le génocide. Aussi, la population a semblé moins concernée que les Arméniens de la diaspora de France par ce vote. Reste que le soir et au lendemain du vote, beaucoup ne pouvaient se retenir de dire au premier Français rencontré dans la rue combien on était heureux de ce vote. Comme l’explique Mariné, 30 ans, « il faudrait en fait une loi qui punit l’ensemble des négations de tous les génocides. Pour moi, cette loi est importante surtout parce que c’est la France qui l’a votée, et pas n’importe quel pays, mais bien le pays au cœur de l’Europe et où la communauté arménienne est la plus nombreuse ». Pour Harout, la cinquantaine, même son de cloche : la grandeur de la France est bien de savoir aller à contre-courant et de légiférer sur ce genre de dossier.

Certains essaient de dire que la liberté d’expression risque pourtant d’y laisser de plumes – « surtout ceux qui ont entendu quelques commentateurs étrangers le dire », ironise Archag, Arménien de France installé à Erevan. Bref, bien que plus indifférente que la diaspora arménienne – on voit mal quelqu’un venir hurler dans les rues d’Erevan que le génocide n’a pas existé ou souiller le mémorial de graffitis négationnistes –, on est sensible en Arménie à ce qui est décrit comme un vote important. Le gouvernement l’a, de son coté, dûment salué dans un communiqué publié le lendemain du vote, tandis que 500 à 1.000 personnes, des étudiants en très grande majorité, se sont réunis devant l’ambassade de France à Erevan dès vendredi pour saluer le vote de l’Assemblée.

En revanche, sur les ondes et antennes françaises, la loi ne cesse du susciter des propos âpres de commentateurs avertis. En tête, Daniel Cohn-Bendit qui a qualifié le vote de « bête et méchant ». Il a cependant rappelé lors d’un débat dimanche, sur Radio France International, combien il était attaché au dialogue avec la Turquie et à la défense du génocide arménien en général, et affirmé que justement, la loi était sur ce plan contreproductive. Le reste des commentaires est similaire : effet pervers, blocage du dialogue sont dénoncés de la part d’intellectuels, de députés opposés à la loi et différents hommes politiques.

Hrant Dink, intellectuel Arménien de Turquie et directeur de la rédaction du journal Agos, menacé d’une kyrielle de procès en Turquie pour justement avoir affirmé la réalité du génocide, était lui aussi opposé au passage de cette loi. Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, c’est aussi un romancier turc « reconnaissant », Orhan Pamuk, qui s’est vu attribuer cette année le prix Nobel de littérature, le même jour que le vote controversé, alors qu’il est connu en Turquie pour ses prises de position affirmant la réalité du génocide arménien. Le nobélisé a pourtant pris de suite ses distances avec la loi française. En fait, le vote a pour l’instant une valeur symbolique : il doit être ratifié par le Sénat et in fine par le chef de l’Etat pour avoir force de loi. Lors de la reconnaissance par l’Assemblée nationale française du génocide lui-même, en 1998, il avait encore fallu presque trois ans pour que le Sénat l’avalise et que le projet devienne réellement loi en 2001. Il secoue la Turquie, visiblement peu prête au travail de mémoire, mais aussi la France, au risque de voir le débat sur les lois dites mémorielles se rouvrir encore avec ses pour et ses contre tranchés et irréconciliables. Au milieu, demeurent les Arméniens de France qui, eux, savent ce que c’est que le négationnisme, avec entre autres manifestations de nationalistes turcs le4 avril dernier, lors de l’inauguration du mémorial du génocide de Lyon, dûment vandalisé d’ailleurs.

Au final, on reste surpris que ce vote déchaîne tant les passions françaises. Au-delà du vote, la question centrale reste celle de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Il est à peu près clair que seule une minorité reste persuadée qu’un projet est naturellement bon quand il dérange et donc, que l’adhésion turque à l’Union est souhaitable. Les opinions des populations semblent aller à l’inverse, surtout en France. Le fait de ne pas avoir inscrit explicitement la reconnaissance du génocide dans le cahier des charges déjà fort volumineux - et dont chacun sait d’avance que la Turquie n’arrivera jamais à le respecter - est finalement une manoeuvre assez habile que ce vote vient de remettre en mémoire : les Européens garde au fourreau cette épée de Damoclès que représente la question du génocide face à la Turquie.

Le risque pour les Arméniens est sans doute à termes d’être utilisés par tous ceux qui, pour d’autres raisons, ne veulent pas de la Turquie en Europe. Mais en attendant, c’est aussi une chance pour inciter la Turquie à faire son travail de mémoire, bien que celle-ci ne semble guère vouloir - ou pouvoir ? - s’y lancer. Pour Erevan comme pour la diaspora, que la Turquie aimerait bien diviser, les dossiers sont définitivement liés : la reconnaissance poussée par la diaspora et appuyée par l’Etat est une manière de forcer la menace turque à ne plus en être une, alors qu’Ankara a pris fait et cause pour Bakou lors du conflit du Haut-Karabakh d’une part, et ce faisant a d’autre part fermé la frontière arméno-turque depuis 1993. A défaut d’être menacée par le négationnisme turc directement, l’Arménie l’est très directement par l’Etat turc. On avouera que dans un tel contexte, il est difficile de penser que ce type de loi est complètement inepte. La portée de la loi va bien au-delà de ce qu’elle prétend imposer comme texte, chose que les commentateurs feignent tous d’ignorer, tant il est ardu de s’y retrouver dans la boite de Pandore ouverte par la candidature turque à l’Europe.

© CAUCAZ.COM | Article paru dans l'édition du 18/10/2006 | Par Laurence RITTER



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Source/Lien : Caucaz.com



   
 
   
 
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