Aujourd'hui : Mercredi, 13 novembre 2019
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
La perspective de Reza : Janvier Noir, Bakou 1990
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Un article du site Azerbaijan International décrit les efforts du célèbre photographe irano-azéri Reza, arrivé à Bakou au cours des journées sombres de janvier 1990, « pour que l'histoire [de la répression soviétique à Bakou] soit connue du monde entier ». Reza a rejoint Bakou le 24 janvier 1990 pour couvrir la reprise en mains de l’Azerbaïdjan par l’armée russe. Une semaine auparavant, de terribles pogroms anti-Arméniens s’étaient déroulés du 13 janvier au 20 janvier 1990, dans la capitale azérie. Notons que le célèbre photographe - qui a pour ambition de « raconter l’histoire » et d’être présent au bon moment (« A quoi bon arriver quand l'action est terminée ») - a débarqué à Bakou 11 jours après le début des événements.

L’année 2010 s’achève et il nous a semblé important de revenir sur l’un des faits marquants de l’année, à savoir la commémoration du vingtième anniversaire des pogroms anti-Arméniens qui ont eu lieu à Bakou en Azerbaïdjan, du 13 au 20 janvier 1990 (lire aussi : 1990/2010 – Les pogroms génocidaires de Bakou). Ces pogroms, qui ont fait au moins 400 morts et 200 000 déplacés arméniens, ont fait suite à ceux de Soumgaït le 28 février 1988, et de Kirovabad, le 23 novembre 1988. Ils ont précédé les atrocités perpétrées le 10 avril 1992, par les troupes armées azéries contre le village arménien de Maragha en 1992 (Haut-Karabagh). Le Collectif VAN vous propose la traduction commentée des extraits d’un article publié sur Azerbaijan International au printemps 1998.

Janvier Noir: Bakou (1990)

Derrière les scènes. La perspective d’un photojournaliste


De Reza avec Betty Blair
Printemps 1998.

"Concernant le voyage que Reza a fait pour enquêter sur les événements du janvier noir en 1990. Il y avait trois journalistes de Paris : Reza, Ahmed Sel et Mme Shirin Malikova. Je leur ai obtenu des visas pour Moscou au Consulat soviétique à Paris, ce qui était très difficile à ce moment-là. Alors Rustam Ibrahimbeyov [le célèbre cinéaste] a organisé leur voyage à Bakou par le train. Ma fille Nigar Abutalibov les a rencontrés à Bakou et elle les a aidés en organisant une voiture et leur programme à Bakou.

Tous ces préparatifs en coulisses ont demandé un effort mutuel et ont impliqué plusieurs d'entre nous."
Les Azerbaïdjanais l'appellent "Janvier Noir" signifiant le massacre des civils survenu le 19 et 20 janvier 1990, quand les tanks soviétiques et les troupes sont entrés dans Bakou. L'opération ("le Coup") (Udar) était destinée à écraser la formation d'un mouvement indépendant en Azerbaïdjan.

Officiellement, 137 personnes ont été tuées ; officieusement, les chiffres se montent à au moins 300 et probablement plus. Même à ce jour - plus de huit ans plus tard, la vérité est inconnue et la plupart des documents - 200 boîtes, selon quelques comptes rendus - ont été confisqués et renvoyés à Moscou par l'Armée soviétique quand il a été clair que l'Union soviétique était sur le point de s’écrouler.

Janvier Noir s'est avéré être le début de la fin de la loi soviétique en Azerbaïdjan. Les membres du parti communiste qui avaient consacré leur vie à servir les intérêts de l'URSS, ont été affligés de voir que le Système se retournait contre eux. Les histoires abondent sur les Membres du Parti mettant le feu à leur carte d’identité. L’actuel Président de l'Azerbaïdjan, Heydar Aliyev, ancien membre du Politburo, a fait une critique caustique de Gorbatchev, l'accusant de diriger ce crime atroce.

Mais dans la confusion et le trouble ambiant, les Soviétiques ont réussi à supprimer tous les efforts faits pour divulguer les informations à la communauté internationale. Il y a eu deux exceptions notables : Mirza Khazar et sa petite équipe de Radio Liberty (soutenue par les Etats-Unis) qui a émis quotidiennement les rapports, de Bakou, et les efforts du photojournaliste de renommée mondiale, qui pour rester simple, se fait appeler, Reza.

L'article qui suit décrit les efforts de Reza pour s’introduire dans Bakou au cours de ces journées agitées et pour que l'histoire soit connue du monde entier. Son histoire se lit comme une fiction ou un scénario d’Hollywood. Mais le scénario est réel. Reza a vécu tous ces moments tendus et historiques décrits ci-dessous.

Extraits du carnet de voyage de Reza.

« Moscou - 22 janvier 1990. Je n'oublierai jamais ces jours-là. Plus de 50 journalistes internationaux et des photographes, y compris ceux représentant des noms très connus dans la branche - CNN, ABC, CBS, NBC, Reuters, AP - s'étaient faits enregistrer à l'Hôtel de Moscou. J'étais parmi eux. Moi et deux autres collègues venions d'arriver de Paris.

Quelque chose se passait à Bakou. Nous ne savions pas vraiment quoi. Nous avions entendu dire que des manifestations avaient lieu dans les rues et que des troupes soviétiques s'étaient déplacées dans Bakou. À part cela, nous ne pouvions que spéculer. »

[Nota CVAN : « Quelque chose se passait à Bakou. » Oui, un pogrom venait d’avoir lieu… Dans le documentaire « An ordinary Genocide, Baku January 1990» 1990/2010 , il est bien spécifié que les pogroms contre les Arméniens ont eu lieu du 13 janvier au 20 janvier 1990. Donc, de spéculation, il n’était plus question lorsque Reza arrive à Moscou le 22 janvier].


« Il semble que les Soviets avaient craint qu'un mouvement d'indépendance ne se déclenche en Azerbaïdjan. Ils ont cherché à l'écraser avant qu'il n'ait pris de l’ampleur. N'oubliez pas c’était l’époque Gorbatchev et Perestroïka.

Quelques mois plus tôt à peine, le monde avait observé l'effet domino qui avait eu lieu alors que l'Europe centrale gagnait sa liberté - le Mur de Berlin, la Pologne, la Hongrie et la Tchécoslovaquie. N'oubliez pas que les Soviétiques, avec la plus grande armée du monde, avaient aussi été forcés de se retirer face aux guérilleros afghans.

J'avais attrapé des bouts d’infos à Paris. Étant un photographe, une partie de mon travail consiste prévoir les clashs et les bouleversements avant qu'ils n'arrivent. A quoi bon arriver quand l'action est terminée. C'est ça, la photographie. Un journaliste peut arriver plus tard et travailler sur des sources analytiques, mais un photographe doit capturer la spontanéité du moment. »

[Nota CVAN : Effectivement. Reza n’avait donc pas « prévu » de capturer la « spontanéité » des pogroms anti-Arméniens dont toute la presse était pourtant en train de parler].

[Nota CVAN : Deux légendes de photos font référence aux Arméniens (de manière plutôt négative) :
1) En apprenant la mort d’un être aimé dans le conflit du Karabakh. Aghdam, Avril 1992. Photo: Reza. 2) Reza, 3ème en partant de la gauche, dans Chouchi (Karabagh) devant le Musée Culturel deux semaines avant que des forces militaires arméniennes ne l'aient occupé. Avril 1992 »]

« Notre équipe de Paris est arrivée à Moscou le 21 janvier. Rustam était perplexe. Il n'a vu aucune solution pour arriver à Bakou. Maintenant que les troupes et les chars étaient à Bakou, toutes les routes seraient bloquées et il serait très dangereux de voyager. »

Bakou enfin !

Arrivé à Bakou le 24 janvier.

« Fatigué, mais plein d'attente. En arrivant dans la gare, j'ai regardé par la fenêtre avec inquiétude. Là, debout et attendant que tout le monde descende du train, une longue rangée de soldats ! Je n'oublierai jamais la scène. Elle semblait sortie d’un d'un film d'espionnage de la Guerre froide - la seule différence étant que c'était la réalité et que j’étais en plein milieu de la scène.

Ces grands soldats russes, durs étant là avec leurs grands manteaux volumineux et leurs bonnets de fourrure, berçant leurs mitrailleuses. Ils semblaient si énormes, si menaçants…
Je n’avais pas peur d’être arrêté. Cela dépend du pays quand vous êtes photojournaliste. Vous savez que cela peut arriver – être arrêté, être frappé. Ce que je craignais le plus, c’était de ne pas avoir mon histoire, d'autant plus que j'étais azerbaïdjanais, moi-même, je voulais aussi faire part de ce récit au monde.

Une voiture nous attendait. Nous sommes allés dîner chez quelqu’un. C'était un merveilleux repas, particulièrement après ce voyage de deux ou trois jours où nous avions eu si peu pour manger. Que c’était bon d'être à Bakou. » [Nota CVAN : Bakou, où venait de se dérouler un carnage à l’encontre des Arméniens].

« Je n'oublierai jamais la tristesse de chacun. J'ai visité plus de 85 pays dans ma vie, mais je devais admettre que pendant cette période, Bakou était la ville la plus triste que j'ai jamais vue dans ma vie. Les gens étaient hébétés, totalement choqués et désorientés. C'était pour eux incompréhensible que les Russes aient orchestré une attaque (sur eux) et tué des gens innocents. Après tout, on leur avait parlé pendant 70 ans de la grande fraternité de l'Union soviétique. »

[Nota CVAN : Reza ne dit pas un mot sur les pogroms anti-Arméniens qui se sont déroulés du 13 au 20 janvier à Bakou et sur la « grande fraternité » arméno-azérie].

Juste comme un divorce


« Mais au milieu de toute cette tristesse, j'ai détecté un autre phénomène. Il semblait que les gens s’étaient rendus compte que l'Union soviétique s'effondrait. Une analogie pourrait être faite avec la vie en couple et finalement prendre la décision qu’il est temps de divorcer. Et ce sentiment de séparation et le désir d'indépendance a, d'une façon ou d'une autre, semblé donner de la dignité à la nation au milieu de son désespoir dû à la perte de tant d'amis et de membres de la famille. On aurait dit que les Azerbaïdjanais s'étaient décidés à aller de l’avant. Qu’ils savaient quoi faire faire. Que la décision avait été prise.

Au début des manifestations, les Azerbaidjanais avaient cherché à avoir de meilleures relations avec les Soviets parce qu’ils croyaient à cette relation. Après Janvier Noir, ils ont su que cette relation était terminée. »

[Nota CVAN : de même, les Arméniens du Haut-Karabagh ont compris après les massacres de Soumgaït, Kirovabad et Bakou, que leur « relation » avec les Azéris « était terminée ».]

La mission


« Nous sommes d’abord allés dans les hôpitaux. Je n'oublierai jamais l'horreur qui remplissait ces salles. Les pièces étaient si remplies, blessés et mort étaient couchés, sans surveillance, dans les couloirs. »

« Après quelques heures, nous avons décidé d’aller vers les chars. Nous les avons trouvés dans un secteur ouvert, mais il était impossible de photographier sans se faire voir. Nous avons eu l'idée de prendre des photos d'un appartement en face de leur position. »

« Dans les rues de nouveau, je savais que je devais faire attention à chaque photo prise car je voyageais délibérément avec seulement sept ou huit pellicules. Les soldats patrouillaient dans les rues. Les chars sont passés. En levant les yeux vers les appartements, nous pouvions voir des bandes de tissu noir qui pendaient, symbolisant la solidarité pour ceux qui étaient morts. Il y avait du noir partout. Il semblait que les Azerbaïdjanais n'avaient pas peur de faire de telles protestations symboliques. »

« Ensuite, nous sommes allés dans une morgue. De nouveau, l'entrée était bloquée. Cette fois, ils vérifiaient les papiers d’identité et notaient les noms de chaque personne venue pour identifier les corps. Mais il y avait une pièce dans laquelle nous avons réussi à entrer. Au centre de la pièce sur une table, il y avait les photographies des cadavres. Les gens sont entrés, les ont pris dans leurs mains, cherchant désespérément les êtres aimés, espérant ne pas les trouver là. »

« Nous avons appris que, le jour suivant, il y aurait une réunion énorme à Shahidlar Hiyabani (le Cimetière des Martyrs). Cela nous donnerait la chance d'être parmi le peuple, d’être témoin de leurs émotions. Nous savions que nous pourrions photographier librement. Peu importait que le type à côté de nous soit du KGB ou non. Il n'oserait pas causer des ennuis de crainte d'être attaqué par la foule. »

« Comme je le soupçonnais, aucun des journalistes n’avaient réussi à venir à Bakou. Il semble qu’alors que l’avion survolait le Caucase, le pilote a annoncé que malheureusement, l'aéroport de Bakou était fermé et qu'il devait détourner l'avion vers un aéroport plus proche. Comme par hasard (comme c’était pratique justement) c’était juste à Erevan (l'Arménie) où la presse soviétique avait déjà pris des dispositions, alors que les réfugiés arméniens étaient récemment arrivés, fuyant l'Azerbaïdjan, pour dire aux médias internationaux leur version sur la sauvagerie des Azerbaïdjanais.*»

[Nota CVAN : « leur version sur la sauvagerie des Azerbaïdjanais ». Selon Reza, il s’agit donc juste de la version arménienne de l’histoire… Est-il nécessaire de commenter ce parti-pris qui en rappelle d’autres ?].


« En regardant en arrière, ces jours à Bakou, je dois admettre que malgré toutes les années passées à travailler dans des endroits difficiles, j'avais terriblement peur que quelque chose nous arrive en Azerbaïdjan - que, d'une façon ou d'une autre, nous allions disparaître. Après tout, nous étions témoins d'événements et nous rassemblions des informations que l'Empire entier niait et que le monde entier attendait. Nous étions les seuls à pouvoir raconter l'histoire.”

Nota CVAN : “Nous étions les seuls à pouvoir raconter l'histoire ». Tout est dit dans cette conclusion de Reza. Pourtant, raconter l’histoire de la sanglante tentative de reprise en main de Bakou par les forces soviétiques n’impliquait pas nécessairement de passer sous silence, voire de mettre en doute ou minimiser, les pogroms anti-Arméniens de Bakou. Mais c’est ce qu’a malheureusement fait Reza. Un photographe pourtant salué dans le monde entier pour son « humanité ».


« Le message est simple, j’essaie d’expliquer que nous faisons tous partie d’une seule humanité. J’essaie de susciter l’empathie. Regardez : cette personne qui souffre est comme votre frère, votre cousin. Il faut l’aider. Pour aider quelqu’un, il faut l’aimer ».

Pour l’empathie avec les Arméniens de Bakou, on repassera. Et pour l’amour que leur témoigne Reza, aussi.

A noter : Reza bénéficiera d’une exposition permanente au musée du Mémorial de Caen à partir de janvier 2011.


©Traduction de l’anglais C. Gardon pour le Collectif VAN – 22 décembre 2010 – 07:30 - www.collectifvan.org

Commentaires Collectif VAN

* Si ce carnet de voyage date de 1990, une récente interview de Reza publiée en juin 2009 dans « The Paris Globalist », et reprise depuis sur de nombreux sites, enfonce le clou de „l’empathie“ :

„Une cinquantaine de journalistes étaient bloqués à Moscou. Un jour, les Russes nous ont annoncé qu’un avion militaire emmènerait tous les journalistes à Bakou le lendemain. Tout le monde était ravi, mais je me suis méfié. Le matin, j’ai appelé la réception pour me faire porter malade. Les autres journalistes se sont fait balader. Ils ont tourné dans les nuages en avion, on leur a dit qu’il n’était pas possible d’atterrir en raison du temps, et on les a déposés à Erevan, capitale de l’Arménie, où se trouvaient quelques réfugiés arméniens venus d’Azerbaïdjan. Au lieu de voir le massacre d’Azerbaïdjanais par l’armée russe, ils ont photographié des réfugiés arméniens massacrés par les Azerbaïdjanais.“

Lire aussi :

1990/2010 – Il y a 20 ans, les pogroms génocidaires de Bakou

Le mythe du génocide de Khodjalou

Rahim Namazov, journaliste azeri exilé à Toulouse

Rahim Namazov, journaliste azéri exilé en France

Amnesty demande la libération du journaliste azéri Eynulla Fatullaïev

Le mythe du génocide de Khodjalou

Azerbaïdjan - Rapport annuel 2002

Rahim Namazov, journaliste azeri exilé à Toulouse

L’emprisonnement d’Eynulla Fatullayev dérangerait-il ?

La Cour suprême approuve l’arrêt de la CEDH mais refuse la libération d’Eynulla Fatullayev

Le blogueur Adnan Hajizade accorde une interview exclusive à Reporters sans frontières

Azerbaïdjan : La liberté d’expression en danger

Article de Wapedia sur les pogromes et massacres d'Arméniens de Bakou en Janvier 1990

Black January of 1990 in Baku. Anti-Armenian pogroms and massacre

Maragha

Les 20 ans du pogrom anti-arménien de Soumgaït

Incomplete list of innocent victims of Sumgait

Victims Of Baku Pogroms Of 1990 Commemorated In Tsitsernakaberd

"An ordinary Genocide: Baku, January 1990" documentary screened in Yerevan

Le procès des crimes de Soumgaït (Février 1988)

"Maragha, 10 avril 1992. Génocide ordinaire”

Lancement du site Maragha.org

Khojaly: The chronicle of unseen forgery and falsification

Xocali.net : le site qui dénonce la contrefaçon azérie




Retour à la rubrique


Source/Lien : Azerbaijan International



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org