Aujourd'hui : Vendredi, 18 octobre 2019
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du NĂ©gationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenętre !  Envoyer cette page ŕ votre ami-e !
 
Justice turque : le témoignage d’un intellectuel turc
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Dogan Akhanli, l’écrivain turco-allemand arrêté en Turquie le 10 juillet 2010, alors qu’il s’y rendait pour voir une dernière fois son père malade (mort sans qu’il puisse le revoir), a commenté pour le journal turc VATAN, le déroulement des événements. Libéré, Dogan Akhanli n’était pas au bout de ses peines : nous venons d’apprendre que l’intellectuel allemand d’origine turque, qui était resté en Turquie après son procès du 8 décembre, a eu toutes les peines du monde à quitter la Turquie. Les douaniers à l’aéroport d’Istanbul lui ont signifié qu’en tant que citoyen allemand, il n’avait pas le droit de rester plus de trois mois en Turquie sans visa, peu importe que son séjour forcé soit dû à une détention ou non. Turquie 2011 : bienvenue à Kafka-land !

Résultat des courses : les fonctionnaires lui ont réclamé 250 euros, il y a eu des cris, de l’énervement. Ils l’ont prié de les suivre. Et au final, il n’y avait personne pour le contrôle de son passeport jusqu’au lendemain matin. Enfin, Dogan (Erdogan) Akhanli est arrivé en Allemagne avec des heures et des heures de retard.

Le Collectif VAN, qui représentait le Comité de soutien de Dogan (Erdogan) Akhanli en France, vous propose la traduction de l’article de Vatan du 9 décembre 2010, paru au lendemain de sa libération.




JÂ’ai subi beaucoup de torture, mais ...

Akhanli, l’écrivain arrêté en Turquie alors qu’il s’y était rendu pour voir une dernière fois son père, a commenté pour VATAN le déroulement des événements


Meltem GĂśNAY / VATAN
09.12.2010 21:31

L’écrivain Dogan Akhanli était venu pour voir son père à Istanbul où il a été arrêté et il n’a été libéré que 12 jours après le décès de son père. Il a dit “J’avais préparé ma défense mais lorsque j’ai su que mon père était décédé, j’ai décidé de ne pas me défendre, car ma douleur était immense.”

En 1989 Ă  EminönĂĽ (İstanbul), un bureau de change avait Ă©tĂ© attaquĂ© et lÂ’Ă©crivain Dogan Akhanli a Ă©tĂ© poursuivi pour lÂ’assassinat commis pendant ce cambriolage. 18 ans après, le 10 aoĂ»t 2010, alors quÂ’il Ă©tait venu pour voir une dernière fois son père malade, il a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© Ă  lÂ’aĂ©roport de Sabiha Gökçen Ă  Istanbul et transfĂ©rĂ© Ă  la prison de Tekirdağ. Il attendait son procès prĂ©vu le 9 dĂ©cembre afin dÂ’ĂŞtre libĂ©rĂ© et de pouvoir partir Ă  Artvin pour rendre visite Ă  son père. Mais son père a trouvĂ© la mort prĂ©maturĂ©ment et a Ă©tĂ© emportĂ© le 27 novembre. Akhanli, qui a utilisĂ© son droit au silence, a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© mais sa joie nÂ’Ă©tait pas totale. AujourdÂ’hui, Akhanli va se rendre au cimetière de son père. Juste avant de partir, attristĂ©, il a parlĂ© Ă  VATAN:

‘Le gendarme a dit ‘tu n’es pas libéré’
“Avant même que la décision du tribunal ne soit prononcée, j’ai été emmené dans la voiture pour retourner en prison. Pendant qu’on y attendait, un gendarme m’a dit ‘tu n’as pas été libéré’. A ce moment-là, je me suis demandé dans quelle sorte de pays je me trouvais. A quoi servait de bien se défendre ou d’être libéré dans ce type de procès où c’est la défense qui juge le système judiciaire [Nota CVAN : pour pouvoir défendre D.Akhanli, l’avocat devait attaquer la justice turque]. Et un désespoir immense m’a envahi, j’ai eu peur. Je me suis demandé : s’ils réagissent de cette façon-là lors d’un procès où l’opinion publique s’est tant mobilisée, quel sera l’avenir des enfants que j’ai pu voir en prison.”

‘Je suis quelqu’un qui a connu la torture en prison’
“Moi, j’avais été torturé. J’avais connu l’Etat qui disait ‘moi je suis l’Etat, je fais ce que je veux’ et je m’étais déconnecté, ensuite je ne m’étais jamais réconcilié avec cet Etat. 35 ans après, il n’y avait plus de torture, mais je suis tombé dans un tel système qu’il ressemblait à un cercle en flamme. Les preuves me concernant ont été éliminées au bout de trois jours. A partir de ce moment-là, que voulez-vous de moi, pourquoi cette colère ? Une distance s’est créée entre la société, matérialisée par la personne du procureur, et moi. Je me suis senti étranger, exclu. C’est un sentiment très lourd.”

‘Je n’ai pas pu m’en réjouir’
“C’est par les gardiens de prison que j’ai découvert que j’étais libéré, à mon retour en prison. Je leur ai demandé de ne pas plaisanter, mais ils ont confirmé ma libération. Il n’y avait plus rien à dire. Je voulais m’en réjouir mais je n’ai pas pu. J’étais tellement fatigué, tout ce que je ressentais, c’était un sentiment de ‘laissez-moi tranquille, je ne demande rien d’autre’. Mais mes amis sont venus me chercher. Nous sommes partis pour fêter l’événement, c’était une rencontre extraordinaire. Mon passé et mon présent s’étaient emmêlés. J’ai ressenti la solidarité et le soutien de l’opinion publique jusque dans mes moindres cellules. Je ne sais pas ce qui se serait passé s’il n’y avait pas eu ce soutien.”

‘Il est lourd de dire ‘je ne suis pas un assassin’’
“Il était très lourd d’être accusé d’un meurtre. Ce n’était pas une accusation quelconque. Je n’étais pas accusé pour ce que j’avais écrit ou dit. J’étais accusé d’un meurtre. Même l’idée de se défendre d’un tel crime me paraissait lourd à porter. Il était très lourd de dire ‘je ne suis pas un assassin’. Trois jours après mon arrestation, les preuves [à mon encontre] étaient devenues caduques. C’était définitif le 27 juillet. Les autres personnes du procès avaient témoigné que ce n’était pas moi. Les autres inculpés ont été libérés, pourquoi alors étais-je toujours poursuivi avec une demande de perpétuité pour une affaire où je n’avais rien à faire ? Il n’y avait pas assez d’éléments pour juger une personne pour crime. Mais j’ai eu peur car dans ce pays les gens deviennent des assassins facilement. Si ce témoin m’en voulait à cause de mes idéologies politiques et s’il avait dit ‘oui, c’était lui’ qu’allait-il se passer ? Je n’avais aucune chance.”

‘Je savais que j’allais être arrêté’
“Je savais que j’allais être arrêté mais je ne pensais pas que je pouvais être retenu aussi longtemps. L’arrestation était injuste. Si le procureur pensait que j’étais coupable pourquoi il ne m’a pas interrogé. Est-ce que c’est possible? On demande la perpétuité mais il n’y a pas d’interrogatoire.”

“J’ai préféré le silence car...”
“Après la mort de mon père, j’ai préféré le silence car il m’ont fait sentir que ce que je pouvais dire n’avait aucune importance. C'est-à-dire, je n’avais rien à dire en vérité. Qui suis-je, que suis-je, pourquoi y suis-je arrivé, c’est tout ce que je pouvais dire. Je pouvais prononcer trois phrases à propos de l’événement. Je n’ai aucun rapport avec cet événement, je ne connais pas ces gens-là. Je n’avais rien d’autre à dire. L’accusation n’avait pas la préoccupation d’éclaircir ce crime. Elle avait une personne entre ses mains qui avait été gauchiste dans le passé, qui ne s’était pas tenue tranquille par la suite, et qui n’allait pas dire des choses convenables maintenant. Quelqu’un qui ne nuirait pas à l’intérieur. De l’autre côté, il se dit défenseur des droits de l’homme. Voilà : l’homme que vous prétendez être un défenseur des droits de l’homme n’est qu’un assassin. C’était l’explication politique de cette attitude. En me condamnant, ils condamnaient aussi les droits de l’homme.”

“J’ai voulu cogner ma tête contre les murs”
“Lorsque j’ai appris le décès de mon père, la colère a puisé toute ma force. Casser tous les barreaux ou cogner ma tête d’un mur à l’autre, me nuire ou bien me taire à jamais : voici les états d’âme entre lesquels j’ai navigué. J’ai connu la torture. Vous m’avez torturé, vous m’avez exilé et ensuite vous m’avez empêché de voir mon père. J’ai pensé à mon père : c’était une personne tellement conciliante, ce n’était pas seulement injuste envers moi, en vérité c’était une injustice envers lui. C’était très lourd à porter. C’était à un point où la parole n’existe plus. J’avais préparé ma défense mais lorsque j’ai su que mon père était décédé, j’ai décidé de ne pas me défendre. Car la douleur était personnelle et une douleur personnelle ne devait pas être politisée. Si je parlais, j’allais parler de mon père. J’allais raconter que c’était inhumain, que c’était une chose inutile et que le retour en arrière n’était pas possible. Mais cela n’avait pas d’utilité.”

18 ans après, il a pu revoir Istanbul
“MĂŞme les images dÂ’Istanbul suffisent Ă  me faire pleurer. Lorsque je regardais les films de Fatih Akın les crises de pleurs mÂ’envahissaient uniquement parce que je voyais Istanbul. QuÂ’un tel İstanbul existait en moi. Seulement, lorsque jÂ’y suis arrivĂ© et quÂ’on mÂ’a emmenĂ© au commissariat, la ville mÂ’est apparue tellement laide. Je me suis fâchĂ© contre İstanbul. Mais aujourdÂ’hui, en allant au pont de Galata, je me suis rappelĂ© de lÂ’image que jÂ’avais vue lorsque mon frère mÂ’avait emmenĂ© la première fois Ă  Istanbul. Et je me suis Ă  nouveau rĂ©conciliĂ© avec Istanbul.”

Traduction du turc : S.C. pour le Collectif VAN - 10 janvier 2011 - 07:20 - www.collectifvan.org

Lire aussi :

Turquie : les Hemchintsi, si proches, si loin des Arméniens




Retour Ă  la rubrique


Source/Lien : Vatan



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org