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Marach, ou lÂ’abandon de la Cilicie par la France
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Les Arméniens ne peuvent « oublier ou pardonner la manière dont s’est fait la retraite de Marach [le 11 février 1920] par les soldats français dans la nuit, les pieds des chevaux emballés pour que les Arméniens de la ville ne se rendent pas compte de leur destin avant que les soldats soient sortis de la ville. Et tout ça, après que la France eut encouragé les Arméniens à revenir à Marach et à se battre contre les Turcs. Peut-être que la France, comme les autres Grandes Puissances, doit commencer par accepter sa propre responsabilité ainsi que celle du gouvernement jeune-turc dans cette tragédie que fut l’histoire des Arméniens de 1878 à 1923. »

Impossible d’évoquer le Mandat français en Cilicie sans parler, en ce 11 février, de la chute de Marach. Selon Vahé Tachjian, dans « La France en Cilicie et en Haute-Mésopotamie : Aux confins de la Turquie, de la Syrie et de l'Irak (1919-1933)», "le 9 février, le général Querette, commandant des troupes françaises des Territoires de l'Est, et le colonel Normand prirent la décision d'évacuer entièrement la garnison française. Le 11 février, la décision fut mise à exécution et un convoi composé de 4500 soldats et 3000 à 3500 réfugiés arméniens, quitta à la hâte la ville de Marach. Au cours de cette retraite, environ 1000 de ces réfugiés périrent de froid et de faim, sous une tempête de neige. La décision d'évacuer Marach fut l'objet d'une vive polémique dans les ranges du Commandement français.

Le siège de Marach par les troupes de Mustafa Kemal avait commencé le 20 janvier 1920. La plupart des 20 000 Arméniens de Marach étaient réfugiés dans les églises ou à la mission américaine. Dès les premiers jours de l'insurrection [turque], les quartiers passés aux mains des insurgés devinrent le théâtre d'atrocités commises à l'encontre de la population arménienne, privée de la protection des soldats français. Des massacres furent perpétrés par la population turque et des bandes armées, et environ 2000 Arméniens périrent. L'église de la Sainte-Vierge, dans laquelle étaient réfugiées des centaines de femmes et d'enfants arméniens, fut assiégée puis incendiée par la foule turque. Tous ceux qui s'y trouvaient y périrent brûlés vifs." [1]


Propos de Gérard J. Libaridian, au colloque turco-arménien sur le génocide de 1915 organisé par le CRDA et qui eut lieu à Paris, au Sénat, le 17 Juin 2000. Monsieur Libaridian a été l'ancien conseiller aux Affaires étrangères du Président Ter-Pétrossian :


« Je voudrais commencer par quelques remarques hors texte. Ma femme, qui vient d’une famille de survivants de Marach en Cilicie, n’était pas d’accord pour que je participe à ce colloque. Pas pour les raisons que d’autres dans la communauté à Paris ont présentées, mais parce qu’elle ne peut pas oublier ou pardonner la manière dont s’est fait la retraite de Marach par les soldats français dans la nuit, les pieds des chevaux emballés pour que les Arméniens de la ville ne se rendent pas compte de leur destin avant que les soldats soient sortis de la ville. Et tout ça, après que la France eut encouragé les Arméniens à revenir à Marach et à se battre contre les Turcs.

Peut-être que la France, comme les autres Grandes Puissances, doit commencer par accepter sa propre responsabilité ainsi que celle du gouvernement jeune-turc dans cette tragédie que fut l’histoire des Arméniens de 1878 à 1923. »

Le "film" de l'abandon

Par Gérard Bedrossian

En 1915, pour fuir les massacres, plusieurs milliers de villageois retranchés sur les hauteurs du Moussa Dagh, qui domine le golfe d'Alexandrette, résistent pendant quarante jours aux assaillants turcs. La marine française sauve les rescapés et les conduit à Port-Saïd. Mais bon nombre de survivants ne songent qu'à combattre à nouveau.

L'état-major naval décide alors de leur donner une instruction militaire. Rapidement, le noyau de ce qui deviendra la Légion arménienne est formé. Les volontaires veulent reconquérir leur pays, la Cilicie. Cette initiative reçoit l'appui de la France. Le lieutenant-colonel Romieu est dépêché en Egypte où, au Caire et à Alexandrie, les dirigeants de la communauté arménienne organisent, des comités de recrutement: De plus, près de 2 000 volontaires viennent des États-Unis en dépit de multiples difficultés.

En septembre 1918, ces hommes se distinguent sur le front de Syrie. Face aux Turcs appuyés par des éléments allemands et autrichiens, les légionnaires livrent un combat victorieux. Le général Liman von Sanders, commandant des forces germano-turques, déclare dans son ordre du jour qu'en face « il n'y avait ni Anglais ni Français mais des Arméniens décidés à se battre jusqu'à la mort ». Le général Allenby, généralissime de l'armée d'Orient, télégraphié à la délégation nationale arménienne à Paris: « Je suis fier d'avoir eu un contingent arménien sous mon commandement ( ... ). Il a pris une grande part à la victoire. » (12 octobre 1918.)

L'armistice de Moudros
La Turquie reconnaît sa défaite en signant un armistice à Moudros, au large des Dardanelles, le 30 octobre 1918. Les conditions de cet armistice prévoient notamment la liberté des détroits, la démobilisation de l'armée, la restitution des navires de guerre, etc. La Légion d'Orient, après avoir tenu garnison à Beyrouth, est envoyée en Cilicie. Les Arméniens commencent alors à regagner leurs foyers. En quelques mois, de Mersine à Adana, les soldats arméniens de la Légion d'Orient se déploient dans toute la région. C'est alors que les autorités françaises donnent à cette dernière, le 11 février 1919, le nom de Légion arménienne, avec pour chef le colonel Flye Sainte-Marie. Avec la Légion arménienne en terre d'Arménie, les survivants des déportations reprennent espoir.

Cependant, les Alliés se révèlent incapables de faire respecter les clauses de Moudros et de contrecarrer l'action d'un général jusqu’à là peu connu, Mustafa Kemal, qui a pris la tête de quelques unités non démobilisées. Ce dernier sait que les forces sont encore peu importantes et, surtout, n'ignore pas que l'opinion publique, en France, est préoccupée par les conséquences de la guerre qui vient de s'achever en Europe. La trahison viendra des politiciens, qui cèdent à la lassitude de l'opinion. C'est alors que Georges Picot, haut-commissaire de Syrie, se rend auprès de Mustafa Kemal, à Sivas. Encouragé, Kemal attaque Marache, le 21 janvier 1920.

Sachant que l'armée de Cilicie est abandonnée, sacrifiée, Kemal ne recherche pas l'armistice. D'ailleurs, à Paris, Aristide Briand, « l'apôtre de la paix », souhaite un accord avec l'ennemi.

La révision des traités
Le matin du 8 novembre 1922, les habitants des quartiers chrétiens d'Adana, la principale ville de Cilicie, se réveillent brusquement. De partout leur parviennent des cris et chacun se souvient des massacres d'avril 1909 où périrent près de 20 000 personnes. La foule enfonce les portes et se livre au pillage. Tous savent ce qui les attend. L'énergique intervention de Barthe de Sandfort, le délégué français auprès des Turcs, évite le pire. Le calme s'instaure. Pour peu de temps. Dans l'ombre, les dirigeants jeunes-turcs ralliés à Mustafa Kemal attendent le moment favorable pour agir...

Il ne restera bientôt plus, dans toute la Cilicie, que quelques centaines de chrétiens. Après l'abandon, le temps de la révision des traités arrive. En 1923, les délégués turcs dictent leurs conditions aux Alliés : c'est le lamentable traité de Lausanne qui, en enterrant... les Arméniens, en fait entérine le génocide ! Cette nouvelle injustice ajoutée à toutes les autres explique encore aujourd'hui l'actualité de la question arménienne.

[1] La France en Cilicie et en Haute-Mésopotamie : Aux confins de la Turquie, de la Syrie et de l'Irak (1919-1933) de Vahé Tachjian

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Source/Lien : Net Arménie



   
 
   
 
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