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Laisser l'histoire aux historiens
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - A l'occasion de la disparition de l'historien américain Donald Quataert le 10 février 2011, voici une interview que ce spécialiste de l'histoire ottomane et turque avait accordée au sociologue Tugrul Keskin. Elle a été reprise le 21 avril 2010 par Mehmet Berk Balçık sur son blog. Jusqu'en 2006, Donald Quataert était président du conseil de l'Institute of Turkish Studies à Washington. Il avait dû démissionner de son poste suite à des pressions du gouvernement turc, relayées par l'Ambassadeur de Turquie aux Etats-Unis, Nabi Sensoy. Son tort ? Avoir, au terme de plusieurs décennies d'études, qualifié de génocide les massacres d'Arméniens en 1915. Le gouvernement turc, qui est le premier à enfourcher le cheval de bataille de Liberté pour l'histoire, a une conception bien spécifique de la liberté et de l'histoire. Récemment, deux procédures juridiques ont été intentées aux USA par des associations turques, contre des journalistes, des chercheurs et des universités travaillant sur le génocide arménien. L'une d'elle est toujours en cours et vise l'Université du Minnesota ainsi que son Directeur du Centre d'études de l'holocauste et du génocide, Bruno Chaouat. Le Collectif VAN vous propose la traduction de cette interview avec le Prof. Donald Quataert sur la liberté universitaire, la question arménienne et les études turques (l'introduction est en turc, l'interview en anglais), menée par Tugrul Keskin, un sociologue turc « fermement opposé à l'utilisation du terme 'Génocide arménien' »... Nous en profitons pour saluer ici la mémoire de Donald Quataert. A noter : que ce soit sur le site de l'Institute of Turkish Studies ou dans l'article que consacre Hurriyet à la mort de l'universitaire, il n'est pas fait mention de l'utilisation, par Quataert, du terme de génocide pour les massacres anti-arméniens de 1915.

Légende photo : L'Ambassadeur de Turquie aux Etats-Unis, Nabi Sensoy, a indiqué en 2006 à Donald Quataert que « certaines personnes à Ankara » avaient menacé de supprimer le financement de l'Institut d'Etudes Turques, si Donald Quataert en restait le président. L'historien américain avait eu le « tort » de qualifier les massacres d'Arméniens en 1915, de génocide.

Introduction en turc. Sur son blog, Mehmet Berk Balçık présente en ces termes l'interview réalisée par le sociologue turc Tuğrul Keskin avec Donald Quataert :

"Donald Quataert est un historien spécialiste de l'histoire ottomane et turque. Il est l'auteur du livre intitulé Osmanlı İmparatorluğu : 1700-1922″ [Nota CVAN: L'Empire ottoman:1700-1922] édité par İletişim Yayınları. Il enseigne à la fois à Binghamton et à la State University of New York. Jusqu'en 2006, il était également président du conseil de l'Institute of Turkish Studies, où sont effectués des travaux sur l'histoire turque, la politique et la culture turques. Il a démissionné de la présidence suite aux réactions qu'il a eues après avoir écrit, dans un magazine académique, un article critiquant un livre.

Le livre traitait des massacres subis par les Arméniens et ses commentaires n'avaient apparemment pas été appréciés par les responsables de la République de Turquie qui apportaient les soutiens financiers à l'Institut. C'est une histoire démontrant la nécessité de parler des libertés académiques, de la liberté d'expression, et enfin des paroles qui hérissent nos oreilles : l‘"intervention politique dans l'histoire".

Tuğrul Keskin a diffusé sur le site des Sociologues sans Frontières (Sociologists without Borders), une brève interview qu'il a réalisée avec Quataert. La voici ci-dessous. C'est en anglais." [Nota CVAN : fin de l'introduction de Mehmet Berk Balçık en turc].

Commentaire de Mehmet Berk Balçık en fin d'interview :

Le titre original du texte était "Pourquoi Quataert a démissionné ?" mais j'ai changé le titre en pensant que cela correspondra mieux à l'actualité politique [Nota CVAN : les discours des hommes politiques turcs qui disent qu'il faut laisser l'histoire aux historiens]. Le contenu du texte est identique à l'original."

©Traduction du turc S.C. pour le Collectif VAN - 25 février 2011 - 07:00 - www.collectifvan.org



Interview avec le Prof. Donald Quataert sur la liberté universitaire, la question arménienne et les études turques

De Tugrul Keskin

Professeur d'études internationales et du Moyen-Orient.

Portland State University

tugrulkeskin@pdx.edu

J'ai interviewé le Dr. Donald Quataert, historien à l'Université Binghamton - State University of New York, sur la liberté universitaire, la question arménienne et les études turques. Le Dr. Quataert était le président du Conseil supérieur de l'Institut des études turques et il a démissionné en 2006 suite à une recension controversée de son livre, 'Les massacres des Armenians ottomans et l'écriture de l'histoire ottomane' publié dans the Journal of Interdisciplinary History en 2006. Selon certaines sources, tels les articles publiés dans Inside Higher Education par Scott Jaschik le 1 juillet 2008 [1] et le Huffington Post par Harut Sassounian le 3 juin 2008 [2], Nabi Sensoy, l'ambassadeur turc à Washington DC a insinué que le Dr. Donald Quataert devrait envisager de démissionner de son poste. Cet incident devrait profondément nous préoccuper en tant que chercheurs accordant une grande valeur à la liberté d'expression ; par conséquent, mon interview aspire à explorer la controverse qui a alimenté sa démission. Au centre de ce débat sur la liberté d'expression, la question est de savoir si l'on devrait permettre aux acteurs politiques de se mêler de la recherche universitaire au nom des intérêts nationaux. J'ai reçu des menaces de ce genre et deux responsables politiques turcs à Washington m'ont conseillé de ne pas écrire d'articles critiques sur la politique du gouvernement ; donc, j'ai tendance à prêter davantage d'attention à ce sujet. Même si cela est dur, je suis fermement opposé à l'utilisation du terme 'Génocide arménien' ; cependant, nous devons nous assurer que les acteurs politiques ne manipulent pas les débats universitaires. La liberté d'expression devrait être protégée que nous soyons d'accord ou non. En bref, selon la phrase généralement attribuée à Voltaire, je suis tout à fait d'accord avec la citation suivante : "Je désapprouve ce que vous dites, mais je défendrai jusqu'à la mort votre droit de le dire." (Extrait de "les Amis de Voltaire", 1906, par S.G. Tallentyre).

Donald Quataert est un historien spécialiste de l'histoire ottomane et turque à l'Université Binghamton - Université d'Etat de New York. Il est titulaire d'un doctorat en histoire, Université UCLA. Il a publié de nombreux livres et articles sur l'histoire ottomane, tel L'Empire ottoman : 1700-1922, Cambridge University Press. Il parle le turc ottoman, le turc moderne, l'allemand, le français et l'espagnol. Le Professeur Donald Quataert était président du Conseil supérieur de l'Institut des études turques. Il a démissionné en 2006.

Miners and the State in the Ottoman Empire: the Zonguldak Coalfield, 1822-1920

Binghamton University

History Compass

Tugrul Keskin : pourquoi avez-vous démissionné de l'Institut des études turques (ITS) à l'université de Georgetown ? Je l'ai lu qu'un haut fonctionnaire turc en poste aux USA vous avait demandé de démissionner. Est-ce exact ? Pouvez-vous expliquer, s'il vous plaît, la situation globale relative à ce qu'il s'est passé et pourquoi c'est arrivé ?

Donald Quataert : l'Institut ne fait pas partie de Georgetown, il est seulement situé là. J'ai joint la lettre de démission que j'ai envoyée à l'ambassadeur et à tous les membres et aux membres associés de l'Institut. Le problème concernait la revue du livre. Le directeur de l'Institut m'a vivement recommandé de parler à l'ambassadeur, car il, le directeur David Cuthell, avait entendu des rumeurs indiquant que l'ambassade était contrariée, car Ankara avait pris connaissance de cette recension et était très contrariée. Ainsi, j'ai appelé l'ambassadeur et nous avons eu une conversation cordiale. On ne m'a jamais dit de démissionner ; mais plutôt, l'ambassadeur a précisé que certaines personnes à Ankara avaient menacé de supprimer le financement de l'Institut, si j'en restais le président. Il ne m'a jamais demandé de démissionner, mais il m'a simplement dit ce que certaines personnes pensaient à Ankara. L'ambassadeur m'a encouragé à rester en tant que membre si je décidais de démissionner du poste de président.

Tugrul Keskin : pensez-vous que ceci était une suggestion ou un ordre direct de démissionner ?

Donald Quataert : ni l'un ni l'autre, c'était l'ambassadeur m'informant des sentiments d'Ankara. Quand j'ai demandé s'il y avait une chance réelle que les fonds soient supprimés si je ne démissionnais pas, l'ambassadeur a dit que la possibilité était bien réelle.

Tugrul Keskin : ce que j'ai entendu dire, c'est que quelqu'un aux USA a envoyé votre article, Les massacres des Arméniens ottomans à un ancien ambassadeur turc, Sukru Elekdag. D'après ce que je comprends, votre processus de démission a commencé à ce moment-là. Pouvez-vous s'il vous plaît clarifier ceci ?

Donald Quataert : j'ai entendu le même commentaire de la part d'un collègue. Je ne veux pas nommer le chercheur aux USA, qui est d'origine turque, qui a informé les officiels à Ankara. On m'a donné le nom de l'ambassadeur Elekdag comme étant l'un des responsables turcs qui a été profondément contrarié par la critique de mon livre.

Tugrul Keskin : pensez-vous que la façon dont ceci s'est passé est en conflit avec la liberté de l'enseignement ?

Donald Quataert : bien sûr, c'est en conflit avec la liberté de l'enseignement. Je ne m'attends pas à ce que l'on soit d'accord avec mes opinions, mais je m'attends vraiment à avoir le droit d'exprimer ces vues. Je crois que la liberté de l'enseignement exige que j'aie le droit d'exprimer mes idées et en même temps d'être un responsable, et même le président, d'une organisation. En exprimant mon opinion, tant que je ne m'identifie pas au poste, j'ai le droit d'avoir mon opinion. Quand j'ai écrit la recension, j'ai signé de mon nom, en tant que professeur d'histoire, Université de Binghamton. Selon les préceptes de la liberté de l'enseignement, l'Institut n'a pas été impliqué.

Tugrul Keskin : certaines personnes prétendent que dans votre court article, Les massacres des Arméniens ottomans publié dans Journal of Interdisciplinary History en 2006, vous affirmez que les Arméniens ont été massacrés en Turquie ottomane. Est-ce vrai ?

Donald Quataert : je suggère que les gens lisent le texte - et oui, j'écris vraiment que les Arméniens ont été massacrés dans l'Empire ottoman.

Tugrul Keskin : d'un côté, aux États-Unis, le lobby arménien a utilisé la dénommée 'politique du génocide' pour maintenir la puissance et la solidarité ethnique pour les Arméniens : de l'autre côté, certains chercheur turcs et des organisations aux États-Unis utilisent la question arménienne pour recevoir davantage de soutien financier de la Turquie et cette question devient leur occupation. Je pense que ceci est incorrect éthiquement. Quel est votre point de vue ?

Donald Quataert : si ce que vous dites est vrai, alors je suis d'accord avec le fait que ceci est incorrect éthiquement. Je ne prétends pas être un spécialiste de la politique des émigrés aux USA. Mon travail est d'étudier l'histoire ottomane. En ce qui concerne mes idées sur l'histoire ottomane, consultez les sept livres que j'ai écrits ou les quatorze livres que j'ai édités ou coédités.

Tugrul Keskin : quelles sont les erreurs des deux côtés : les Turcs et les Arméniens aux USA ?

Donald Quataert : pas de commentaires.

Tugrul Keskin : comment peut-on résoudre pacifiquement le conflit entre les Arméniens et les Turcs ? Les Turcs et les Arméniens peuvent-ils redevenir deux nations amies ?

Donald Quataert : Oui. La question est - est-ce que le destin des Arméniens ottomans est une question bloquant des relations pacifiques ? S'il en est ainsi, pourquoi ? S'il en est ainsi, comment ces questions peuvent-elles être traitées ? Un premier pas, peu facile, est de permettre d'en débattre ouvertement et librement dans chaque communauté.

Tugrul Keskin : je ne suis pas historien des relations arméniennes et turques ; je suis sociologue, cependant, pour autant que je sache, il n'y avait pas de conflit réel entre Arméniens et Turcs jusqu'à la fin du 19ème siècle, en réalité, jusqu'à l'arrivée de l'impérialisme britannique ou européen dans la région. L'impérialisme, dans le sens qu'il rend les groupes ethniques ennemis les uns des autres dans la région à des fins d'exploitation. Pensez-vous que le conflit entre les Arméniens et les Turcs est un produit de l'impérialisme ?

Donald Quataert : les musulmans et les chrétiens pendant la période ottomane étaient conscients des différences entre eux et il y a eu des violences occasionnelles avant le 19ème siècle. Mais lorsque les doubles forces de l'impérialisme et du nationalisme sont entrées dans le monde ottoman, les relations musulmans-chrétiens se sont gravement détériorées, engendrant des niveaux de violence toujours plus élevés. Et pourtant, la violence massive de 1915 contre les Arméniens ottomans n'était pas inévitable, elle était plutôt le produit de conditions historiques très spécifiques, y compris le fait que la Première guerre mondiale faisait rage à ce moment-là. Les historiens doivent examiner ces conditions spécifiques et ils ne doivent pas se permettre de considérer la violence comme étant inévitable ou un résultat nécessaire des relations entre musulmans et chrétiens, ou entre "Turcs" et "Arméniens" à la fin de la période ottomane.

Tugrul Keskin : comment développons-nous les études turques aux États-Unis ? Quel est votre avis sur ce sujet ?

Donald Quataert : j'ai travaillé dur pendant plus de vingt ans pour promouvoir une vue exacte de la Turquie, de l'Empire ottoman et de ses peuples, aux États-Unis et parmi les Américains. La Turquie est bien servie si la vérité et rien que la vérité est dite. Nous devrions exiger cela de nous-mêmes. La Turquie est un pays merveilleux, et ceux qui veulent présenter un seul côté d'une histoire ne lui rendent pas service.

Tugrul Keskin : Dr. Quataert, je vous remercie de cette interview.

Donald Quataert : merci.

La recension du livre de Dr. Donald Quataert se trouve sur le site suivant :

The Massacres of Ottoman Armenians and the Writing of Ottoman History; Journal of Interdisciplinary History, xxxvii: 2 (Autumn, 2006), 249-259.

[1] Is Turkey Muzzling U.S. Scholars?

[2] Turkish Ambassador Dismisses U.S. Scholar For Telling the Truth on Armenian Genocide

©Traduction de l'anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 25 février 2011 - 07:00 - www.collectifvan.org

Lire aussi :

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USA/Turquie : Liberté pour l'Histoire

Génocide arménien : la Turquie lâchée par ses historiens

Négationnisme : La Turquie force Donald Quataert à démissionner de l'Institut des Études Turques

USA : interdiction de signaler des sites internet « douteux »

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/07/04/AR2008070402408.html

http://www.historyoftruth.com/declaration-made-by-american-academicians-may-19-1985

Leading Ottoman historian passes away

The Institute of Turkish Studies




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Source/Lien : M. Berk Balçık



   
 
   
 
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