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Turquie : « Que tous les menteurs se taisent »
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Hürriyet Daily News et les membres de son staff éditorial signent, dans la rubrique « Straight » [En direct de…], un article critiquant la mise en scène grotesque à laquelle s’est livré le maire AKP de Bayburt. Comme chaque année, la ville commémore sa libération le 21 février 1918, alors qu’elle était occupée par les Russes et « les irréguliers arméniens » [Nota CVAN : les Komités, comme les nomme la propagande officielle turque]. Le Hürriyet Daily News, journal turc de langue anglaise, s’interroge : « selon quelle logique, des adultes, censés être responsables, ont organisé un exercice avec des enfants de 10 ans parés de costumes d'époque pour effectuer des simulations de crucifixion de Turcs par des Arméniens ? » Le Hürriyet Daily News et ses rédacteurs estiment, avec raison, que l’exercice « serait certainement qualifié, dans de nombreux pays, de crime, d’incitation à la haine raciale ». Une manifestation qu’a sans doute appréciée avant de mourir le leader islamiste Necmettin Erbakan, auquel le Président turc Recep Tayyip Erdogan [AKP] a rendu hommage ce dimanche.

Le quotidien en profite pour féliciter Sezgin Tanrıkulu, numéro deux du Parti républicain du peuple [CHP], qui a déclaré : “Il est honteux pour la Turquie que des discours de haine soient inculqués à des enfants de cette façon.”
On est presque ému. Mais comment expliquer les soudaines préoccupations humanistes de Hurriyet, plus grand média de Turquie, dÂ’obédience kémalo-nationaliste (CHP) et de Sezgin Tanrıkulu, numéro deux de ce même Parti ?

Car la tendance politique kémalo-nationaliste n’a jamais brillé par son soutien à la minorité arménienne. Bien au contraire.

Détail non négligeable, l’article dont nous parlons ici, est paru uniquement dans la version anglaise on-line du quotidien turc Hurriyet. Version destinée, de fait, aux Européens et aux Américains. Il est normal que l’on y fasse bonne figure et que l’on soit outré de ce qui est condamnable.

Selon nos recherches, la version turque de Hurriyet, plus fort tirage de Turquie avec 360 000 exemplaires, ne mentionne ni cette mascarade macabre de Bayburt, ni l’analyse qu’en font les journalistes du Hürriyet Daily News et l’éminent représentant du CHP… Pourquoi ? Des divergences entre les deux équipes éditoriales de Hurriyet expliquent-elles ces différences de traitement de l’information ?

Crime, incitation à la haine raciale ? Hurriyet sait de quoi il en retourne : sept mois après la parution d’un article à sa Une, article qui désignait de facto Hrant Dink, le journaliste arménien de Turquie, comme étant un ‘pseudo-citoyen’ de Turquie, ce dernier était assassiné à Istanbul le 19 janvier 2007.

Signalons qu’à la gauche du logo de Hurriyet, sous le portrait de Kemal Atatürk, est inscrit le slogan du père de la Turquie moderne : „La Turquie aux Turcs“. N’est-ce pas là de l’incitation à la haine raciale ?

Nous nous permettons donc de reprendre comme « accroche » de cet article, celle qu’Ayse Gunaysu avait choisie pour son article écrit au lendemain de l’assassinat de Hrant Dink. Sous le titre « Que tous les menteurs se taisent », la militante turque des droits de l’homme y fustigeait toutes les larmes de crocodile des intellectuels et journalistes de Turquie. Dans le camp du CHP comme dans celui de l’AKP, chacun connaît sa partition dans ce jeu du poker-menteur.

Dommage, on aurait bien aimé croire à ce qu’on lit ci-dessous. Que cette mise en garde ne vous empêche pas d’apprécier l’article qui suit à sa juste valeur… Une traduction d’un article mis en ligne le mercredi 23 février 2011 et proposée par le Collectif VAN.




‘Dommage’ est le seul mot
Rubrique : En direct du Bosphore


Mercredi 23 février 2011

Hurriyet Daily News

Notre discussion ordinaire du matin sur le contenu de cet article était plus stimulante qu’hier. Car le sujet logique était évident : la simulation fratricide à Bayburt lundi, qui a marqué le 93e anniversaire de la libération de la ville des troupes russes et celles d’irréguliers arméniens pendant la Première guerre mondiale. Mais savoir quoi en dire s’est avérée être la question la plus difficile.

Car, selon quelle logique des adultes, censés être responsables, ont organisé un exercice avec des enfants de 10 ans parés de costumes d'époque pour effectuer des simulations de crucifixion de Turcs par des Arméniens, ou inversement ? C'était un événement officiel, tellement offensant qu’il nous a laissés dans le même état que le journaliste Etyen Mahçupyan, qui a dit à notre journaliste : "Quand j'ai vu l'histoire, je me suis dit un mot en moi-même : 'Dommage.'" On ne pourrait pas décrire ce rituel de façon plus éloquente.

Mais nous pouvons continuer à remettre en question la sanction officielle que l'on a offerte en apparence à cette honte. Et on pourrait hocher la tête de tristesse si cela avait été une chose organisée par une frange fanatique des nationalistes. On peut rire de ces jeux d’enfants de "Cow-boy et d'Indiens" qui ont trouvé une certaine respectabilité à des époques moins propices à la réflexion, non seulement aux États-Unis, mais en Europe et en Turquie aussi. Tous les Turcs d'un certain âge se rappellent avoir joué les aventures de "Red Kit" en faisant des pauses régulières pour permettre aux voitures de circuler dans les rues d'Istanbul.

Mais aucune excuse de naïveté ne peut être avancée pour excuser ou approuver cet incident. Car parmi ceux qui y ont assisté, se trouvaient rien de moins que le gouverneur de Bayburt, Kerem Al et le maire Hacı Ali Polat. Il y avait également des députés du Parti pour la justice et le développement, ou AKP, au pouvoir. Et même le commandant de la garnison militaire locale, le colonel Faruk Kayadelen, sÂ’est joint à lÂ’exercice qui serait certainement qualifié, dans de nombreux pays, de crime, dÂ’incitation à la haine raciale. Cela n’était pas un exercice de patriotisme, comme cela a été dit par ses partisans. C’était quelque chose de complètement différent.

Prétendre que c’était un effort pour garder les souvenirs historiques vivants est une insulte. Cela ne ressemble absolument en rien à la commémoration annuelle de la guerre, des souffrances et des pertes, qui est devenue un rituel à Çanakkale, une cérémonie qui depuis longtemps unit les gens qui se sont battus et sont morts des deux côtés pendant la même guerre.

Et ce n’était pas un incident isolé. L’an dernier, cet incident s’est attiré des critiques aussi, en particulier pour l’utilisation de sang animal censé donner un air d’authenticité. Le maire semble prendre tout cela sous l’angle de la fierté civique et de la promotion agressive, en disant que la ville a besoin d’améliorer son profil pour attirer de nouveaux investissements. De nouveau, dommage, c’est tout ce que nous pouvons dire.
Tout à son honneur, le numéro deux du principal parti dÂ’opposition, le Parti républicain du peuple, ou CHP, Sezgin Tanrıkulu, nÂ’a pas mâché ses mots dans sa réaction : “Il est honteux pour la Turquie que des discours de haine soient inculqués à des enfants de cette façon.”

Cette année, nous avons entendu les adolescents et les jeunes. L'année prochaine, voire avant, nous espérons entendre les adultes dans cette discussion de l'histoire.

* L’opinion exprimée dans la rubrique « En direct du Bosphore » représente l’opinion consensuelle du Hürriyet Daily News et des membres de son staff éditorial.

Sezgin Tanrıkulu

*sezgin.tanrikulu@chp.org.tr


©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 24 février 2011 – 07 :15 - www.collectifvan.org


Lire aussi:

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"Hrant a été assassiné. Que tous les menteurs se taisent"

Radikal: Kurtulamadık şu 'Ermeniler'den!

C’est à la Une de Hurriyet que le journaliste arménien de Turquie, Hrant Dink, a été qualifié de « traître » le 16 mai 2006.



Voir les photos de la manifestation:

Turquie : Bayburt, manifestation de libération ? (1ère partie)

Turquie : Bayburt, manifestation de libération ? (2ème partie)



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Source/Lien : Hurriyet Daily News



   
 
   
 
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