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Turquie : Bayburt, manifestation de libération ?
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Pendant que la jeunesse du monde arabe se cherche de nouveaux modèles et fait trembler les dictatures en place, les enfants et les jeunes de Turquie sont, eux, embrigadés dans des manifestations inquiétantes. Bayburt. Ce nom ne vous dira probablement rien, même si vous êtes amateurs de voyages du côté du Bosphore. Fief islamo-nationaliste aux mains de l’AKP, parti au pouvoir issu des anciennes formations politiques de Necmettin Erbakan, Bayburt se trouve à 1131 Km à l’est d’Istanbul et à 178 Km de la mer Noire, à l’intérieur des terres. Un « petit coin de paradis » qui tous les 21 février, célèbre la libération de la ville en 1918 par les troupes turques : suite à la révolution bolchévique de 1917, l’armée russe avait en effet abandonné les positions acquises durant la Première guerre mondiale et s’était retirée du conflit. Comme chaque année, la cérémonie de Bayburt a été organisée par la mairie (tendance AKP) et les représentants militaires. L’occasion de stigmatiser encore une fois les Arméniens et de les présenter à la population turque comme les ennemis à abattre et les auteurs d’exactions inhumaines contre les Turcs. Sachant que les Arméniens sont l’une des minorités actuelles de Turquie, on déplore ici l’interprétation d’un « vivre ensemble » assez préoccupant et dont l’Union européenne ne semble pas se soucier. Le Collectif VAN vous présente une vidéo de cette commémoration, disponible sur le site de la municipalité de Bayburt.


Légende: : Simulacre historique à Bayburt : des Turcs crucifiés par des soldats arméniens. Le négationnisme adapté à une Commedia dell'arte de mauvais goût ?


Bayburt Belediyesi from Bayburt Belediyesi on Vimeo.


http://vimeo.com/20278105

http://www.bayburt-bld.gov.tr/index.php?option=com_content&view=article&id=455:93-yl-doenuemue-cokuyla-kutland&catid=1:belediye-haber

Les 15 premières minutes de cette reconstitution primitive sont consacrées aux « irréguliers » (Komités) arméniens. Les Russes s'étant retirés en 1918 des provinces de l’Empire ottoman et donc de Bayburt, les méchants soldats arméniens ont le champ libre pour oppresser le peuple turc.

Devant un public composé essentiellement de jeunes enfants et dÂ’officiels présents à la Tribune (le gouverneur de Bayburt, Kerem Al ; le maire Hacı Ali Polat ; des parlementaires du Parti au pouvoir, AKP, et le colonel Faruk Kayadelen, commandant du poste militaire de Bayburt) la représentation « théâtrale » en plein air met en scène Archag, le chef (Pacha) des troupes arméniennes et son adjoint Krikor. Ils sont assoiffés de sang. A chaque fois, le soldat arménien Krikor demande : "Mon Pacha, est-ce que tu t'amuses bien?" et Archag Pacha répond "plus de sang, plus de sang".

Les irréguliers arméniens crucifient des Turcs sur la place publique et tuent le mollah Hafiz Suleyman. Ils s’en prennent ensuite à un enfant. Son grand-père, l’ancien combattant Murat Tchavouch, supplie qu'on prenne plutôt sa vie et qu’on laisse vivre son petit-fils. Archag lui propose un verre de vin en disant : « si tu bois ce vin et que tu te convertis, je vous laisse vivre ». Mais bien entendu, suivant les préceptes du Coran, Murat Tchavouch refuse de boire de l’alcool. Son petit-fils est abattu sous ses yeux et le vieillard connaît ensuite le même sort.

Des femmes turques (interprétées par des figurants masculins), cachées pudiquement sous de longs voiles, sont amenées brutalement. L’une d’elle tient dans ses bras un bébé qui pleure. Les soldats arméniens leur demandent de danser pour amuser le Pacha mais les femmes turques sont très vertueuses et fières : elles préfèrent mourir plutôt que de danser devant les hommes. Le bébé est jeté à terre et Archag ordonne : « il vaut mieux les brûler vives dans les cavernes ».

Mais juste à ce moment, les troupes turques arrivent et reprennent le contrôle de la ville de Bayburt. Tout est bien qui finit bien. Les Arméniens sont tués. Et l’histoire du génocide arménien est enseignée de manière inversée aux jeunes générations de Turquie…

La cérémonie se poursuit avec l'hymne national. Un jeune homme, en habit traditionnel, fait un salut protocolaire aux officiels présents. Il fait le salut des Loups Gris (ce n'est pas une bise : ils imitent les loups, comme si leurs oreilles se touchaient).

Le maire Hacı Ali Polat prend la parole : « Notre mémoire nationale ne doit pas être perdue et ces malheurs vécus sur ces terres il y a 93 ans ne doivent jamais être oubliés par les nouvelles générations. Nous devons avoir de grands idéaux, tout comme les [autres] États qui élèvent leurs générations dans lÂ’idée dÂ’une grande Arménie, avec des rêves orientaux et avec le rêve de s’étendre jusquÂ’aux mers chaudes. Nous ne devons pas oublier ce que nous avons enduré au cours de notre histoire. Nous devons développer Bayburt pour en faire une bonne ville. Nous le répétons ici et hors de la ville, ‘Investissez dans cette ville.Â’ Louez une maison à Bayburt pour les vacances, par exemple. Et si vous ne pouvez pas investir [ici], organisez au moins vos funérailles à Bayburt, pour avoir au moins un lien avec cette ville.”

Les élèves des écoles de la ville défilent ensuite au pas cadencé.

Une mascarade grotesque, d’un nationalisme affligeant, où les victimes deviennent les bourreaux. Elle est d’autant plus inquiétante qu’elle désigne l’une des minorités de Turquie, les Arméniens, comme étant une population ennemie, composée de traîtres à abattre. Avec un maire AKP (islamiste), Bayburt est également connu comme étant un fief du MHP (extrême-droite turque, les Loups Gris).

Le négationnisme, présent dans toutes les strates de l’Etat turc (et de son voisin l’Azerbaïdjan), est enseigné comme un dogme immuable.

On rêve du jour où les jeunes de Turquie et d’Azerbaïdjan se libéreront du joug de la haine et du mensonge qu’on leur inculque depuis des décennies.


http://www.bayburt-bld.gov.tr/index.php?option=com_content&view=article&id=455:93-yl-doenuemue-cokuyla-kutland&catid=1:belediye-haber


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Dans un article publié sur le site du journal turc Radikal le 23/02/2011, Gökçe Aytulu commente, lui, avec ironie cette manifestation au cours de laquelle les Turcs libèrent les villes turques du joug des méchants arméniens.

Sous le titre : « Nous n’avons pas pu nous libérer de ces ‘Arméniens’», et le sous-titre : « Après l'affaire des tabassages, il est difficile d'être 'Arménien' à Pasinler » , le journaliste turc indique qu’il devient difficile de trouver des figurants pour jouer les Arméniens, car, à chaque fois, les figurants arméniens se font tabasser ! L’année dernière, ils ont même failli s’entretuer car les armes étaient chargées…
Radikal signale qu’en conséquence, à Pasinler, le prix d’un figurant arménien est passé de 10 Lires turques à 5o LT…

Conclusion de lÂ’article de Radikal :

« Se libérer du langage de la haine»

Hannah Arendt dit que le langage politique de la haine sert à rendre légitime le pouvoir politique. La guerre, l’oppression ou bien la peur de ce dernier prolongent la vie du pouvoir dirigeant. Aussi longtemps que la peur perdure, exactement comme dans les périodes de guerre et de violence, la nécessité de discuter de la situation présente n’existe pas.

Les dirigeants municipaux peuvent penser qu’une génération de plus peut être élevée avec ces peurs. Mais dans une Turquie qui se transforme en un pays avec un peuple en panique, il serait plus sain de préférer se libérer du langage de la haine plutôt que de se libérer des Arméniens.

Il serait bon au moins de se rappeler des paroles de Hrant Dink que ces discours de haine ont séparé de nous: “S’identifier par rapport à l’identité de l’autre est une attitude maladive. Si pour faire vivre ta propre identité, il te faut un ennemi, c’est ton identité qui est malade.”


Traduction du turc : S.C pour le Collectif VAN - 28 février 2011 - 08:10 - www.collectifvan.org

L'article de Radikal


Lire aussi:

Turquie : « Que tous les menteurs se taisent »

Turquie: célébration haineuse et de mauvais goût


Voir les photos de la manifestation:

Turquie : Bayburt, manifestation de libération ? (1ère partie)

Turquie : Bayburt, manifestation de libération ? (2ème partie)



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