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Expulsion des Juifs de Tel Aviv par les Turcs
Publié le : 21-03-2011

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - « Il est intéressant de souligner l'expulsion, peu connue et dont on parle rarement, de la petite communauté juive de la région de Tel Aviv-Jaffa par les Turcs en 1917. La communauté juive craignait avec raison que l'expulsion ne soit le début d'un processus semblable à celui subi par les Arméniens et d'autres non-Turcs en Turquie. Selon un livre publié en allemand à Tel Aviv en 1935, environ 4000 Juifs ont quitté leurs maisons. Partir fut très difficile. Ils ont souffert de la faim et de maladies et environ un cinquième des Juifs de Jaffa sont morts. » Le Collectif VAN vous propose la traduction d’un article en anglais, en ligne sur le site « Genocide Prevention Now », d’après les travaux de Adolf Bohm, Hozaah Ivrith, Yair Auron et Nadav Shragai. Le site GPN a pour rédacteur en chef le Professeur Israel W. Charny, Directeur Exécutif de l’« Institute on the Holocaust and Genocide » à Jerusalem. Israel W. Charny est le co-fondateur et l‘ancien président de l’IAGS (International Association of Genocide Scholars). A l’instar de Yair Auron, il fait partie des universitaires israéliens, spécialistes du génocide arménien.

Légende photo : Cimetière de Kfar Saba, Section des Victimes de la Déportation de Jaffa. Copyright : Avihu - 28 Mars 2009.

Un début d’expulsion des Juifs de Tel Aviv par les Turcs en 1917


Genocide Prevention Now
Titre original : "A Beginning Expulsion of Jews from Tel Aviv by the Turks in 1917"




Introduction de l’éditeur : il est intéressant de souligner l'expulsion, peu connue et dont on parle rarement, de la petite communauté juive de la région de Tel Aviv-Jaffa par les Turcs en 1917. La communauté juive craignait avec raison que l'expulsion ne soit le début d'un processus semblable à celui subi par les Arméniens et d'autres non-Turcs en Turquie. Selon un livre publié en allemand à Tel Aviv en 1935, environ 4000 Juifs ont quitté leurs maisons. Partir fut très difficile. Ils ont souffert de la faim et de maladies et environ un cinquième des Juifs de Jaffa sont morts.

Source: Bohm, Adolf (1935). Die Zionistische Bewegung Zvei Bande. Tel Aviv. Hozaah Ivrith Co. Ltd.

L’article qui suit regroupe des extraits de deux sources supplémentaires.

Yair Auron est l'auteur d’un excellent livre, publié à l’origine en hébreu et en anglais, La banalité de l'indifférence : le sionisme et le génocide arménien, qui documente en détail la triste histoire de la négation officielle de l’État d'Israël (à ce jour) du génocide arménien – ainsi que des récits de la commémoration du génocide arménien par de nombreux chercheurs israéliens, des dirigeants et des médias.
Sources: Extrait avec l’aimable autorisation de l’auteur, Yair Auron : (1995), La banalité de l’indifférence: l’attitude du Yishuv et du mouvement sioniste envers le génocide arménien. Tel Aviv: Dvir (with Kibutzim College of Education). 395 pp (Hebrew); and Auron, Yair (2000). La banalité de l’indifference: le sionisme et la génocide arménien. New Brunswick, NJ: Transaction Publishers.

Nadav Shragai est auteur et journaliste israélien. Il a publié l'Histoire du Tombeau de Rachel - Protéger la contiguïté d'Israël : le secteur E-1 et le lien entre Jérusalem et Maale Adumim - La lutte pour le Mont du Temple - Les dangers de diviser Jérusalem, et beaucoup d’autres œuvres.
Source : le matériel utilisé dans cette revue provient de Skyscraper City Forums
http://www.skyscrapercity.com/showthread.php?t=523382



Yair Auron :

Au printemps 1917, la petite communauté juive de Palestine a été abasourdie par un ordre publié par les autorités turques, de la déportation des 5 000 Juifs de Tel-Aviv vers les petits villages agricoles de la plaine de Sharon et de la Galilée. Cela aurait pu être le début d'un plan visant à déporter des Juifs dans les villages et dans la région de Jérusalem en tant que mesure de guerre d‘urgence, et le décret a généré une profonde inquiétude sur l'avenir de l'implantation juive dans le pays. Quand l'arrêté d'expulsion a été connu de l'organisation Nili, ses membres l’ont rendu public dans la presse mondiale. La communauté juive américaine a été choquée et les nations en guerre contre la Turquie ont publié des rapports sur les intentions turques d'exterminer les Juifs en Palestine, comme ils l’avaient déjà fait avec les Arméniens. L'opinion publique des pays neutres, ainsi qu’en Allemagne et dans l'Empire austro-hongrois, a été outragée, et Djemal Pacha a été obligé de reconsidérer son plan d'action. Il a promis de l'aide alimentaire et médicale aux réfugiés de Tel Aviv et a annulé les autres plans de déportation.

Mordechai Ben-Hillel Hacohen était l’une des sources les plus fiables et observatrices de l'histoire des Juifs en Palestine pendant la guerre. Dans son journal, La guerre des nations, il décrit en détail, sur des dizaines de pages, l'ordre d'expulsion de Djemal Pacha, la réaction des Juifs, la déportation elle-même et ce que Hacohen désigne par "l'exil" et les efforts qui, pour finir, ont réussi à adoucir le décret.

Le 30 mars 1917, Mordechai Ben-Hillel Hacohen a écrit dans son journal : "Pendant la nuit, on a entendu le bruit des chariots sur les pavés de Tel Aviv... le tumulte, le son de la cloche de l'exil..." L'ordre initial de Djemal Pacha appelait à l'évacuation immédiate des résidents Juifs de Tel-Aviv en raison d'événements liés à la guerre contre les forces britanniques et à la crainte de combats dans ce secteur. En effet, en avril 1917, il y avait eu deux assauts donnés par l'armée britannique basée en Egypte en direction de la Palestine (les première et deuxième batailles de Gaza) qui avaient abouti à des défaites britanniques désastreuses. Hacohen décrit une pétition soumise au Pacha de Jaffa, demandant l'annulation de l'arrêté d'expulsion, dans les termes suivants :

Premièrement, de crainte d’une discrimination entre nous et les Allemands et les Autrichiens et les Bulgares, et puisqu’on leur a accordé la permission de rester dans le pays et sous leur propre responsabilité, nous devrions nous aussi (les immigrants Juifs d'origine russe) avoir l’autorisation de rester.

Deuxièmement, un délai devrait nous être accordé, d'au moins deux semaines, pour organiser l'exode.

Troisièmement, qu’il soit permis aux pauvres aussi de rester en Galilée, Haute et Basse, dans les environs de Tibériade et de Safed et ne pas errer plus loin que Hama, où il n’y a aucun Juif et jusqu’où le long voyage, durant de nombreux jours et semaines, fera des morts parmi eux, et leur destin sera semblable à celui des Arméniens bannis, dont des dizaines de milliers ont péri en chemin.

Quatrièmement, qu’il soit permis que des gardes qui appartiennent à notre communauté, des personnes qui ont accompli leur devoir militaire, restent dans nos quartiers et protègent nos maisons et nos biens."

HaCohen ajoute un commentaire significatif dans notre contexte :
J'ai proposé que nous écrivions explicitement dans la pétition l'argument indiquant que nos pauvres ne soient pas forcés d’aller à Hama de peur qu'ils ne périssent comme les Arméniens. J'attache de la valeur au fait que le gouvernement turc a été souillé aux yeux du pays tout entier à cause de ses crimes commis envers les Arméniens et peut-être que le gouvernement reconsidérera ses idées de traiter les Juifs pareillement, mais nos politiciens ont dit que nous ne devons pas l'écrire de crainte que cela n’éveille la colère contre les pétitionnaires.

La peur des actions turques était liée à la crainte que les Turcs puissent faire à la communauté juive en Palestine, ou au moins aux éléments sionistes, ce qu'ils avaient fait aux Arméniens. Cette inquiétude a été exprimée dans d’autres sources, dès les premiers jours de la guerre, et nous pouvons donc en conclure que la tragédie arménienne était connue du Yishuv*.

HaCohen dit que le Pacha de Jaffa a rejeté la pétition et toutes ses clauses. "Il n'est pas du pouvoir des autorités de modifier une partie de l'ordre" et il a été envoyé par Djemal Pacha uniquement pour retarder la mise en œuvre de la déportation.

Les commentaires d'Hacohen contiennent plus d'une trace de critiques des politiciens qui n'osent pas agir et il a des mots durs pour la Turquie corrompue : "Leurs actes de violence et de vol ne cessent pas et ils inventent des charges diffamatoires, suçant jusqu’à la dernière goutte de sang et tout le monde peut voir que notre situation dans Eretz Yisrael est sans solution, sauf s’il y a un dirigeant différent, quel qu’il soit."

Dans le journal d'Aaron Aaronsohn à la date du 9 mai, nous trouvons : "Reuters [l'agence de presse] rapporte ce soir, mot pour mot, mon mémorandum L'évacuation de Tel Aviv." Le communiqué de presse a indiqué que le 1er avril, on a donné l’ordre d’expulser tous les Juifs de Tel Aviv, y compris les citoyens des Puissances Centrales, sous quarante-huit heures. Une semaine auparavant, trois cents Juifs avaient été expulsés de Jérusalem : Djemal Pacha a déclaré que leur destin serait celui des Arméniens ; on n'a pas permis aux huit mille déportés de Tel Aviv de prendre des provisions et après l'expulsion, leurs maisons ont été pillées par des foules de Bédouins; deux Juifs yéménites qui ont essayé de s'opposer au pillage ont été pendus à l'entrée à Tel Aviv afin que tous puissent les voir et d'autres Juifs ont été trouvés morts dans les dunes entourant Tel Aviv.

Certaines de ces informations se sont avérées plus tard inexactes. Pourtant, il faudrait indiquer que malgré la tendance d'Aaronsohn à dépeindre la situation en termes forts et précis, il ne l'a pas falsifiée délibérément.

Son journal pour cette période est rempli de l’inquiétude et de la crainte des Juifs en Palestine et contient des rapports partiels et fragmentaires. Par exemple, le rapport des deux Juifs pendus n'était pas vrai, et apparaît dans son premier journal. Rétrospectivement, nous verrons que le rapport publié par Reuters a réveillé la fureur de Djemal Pacha et sa réaction, et il a ainsi atteint son but.

Selon le journal d'Aaronsohn, nous apprenons qu'il a essayé d'enrôler des Juifs de Russie, les réfugiés de Palestine en Egypte et la communauté juive des États-Unis, ainsi que d’Angleterre. Avec l'aide de M. Mark Sykes, Aaronsohn a envoyé des télégrammes à plusieurs Juifs en vue aux Etats-Unis : à son frère, Alexander, qui y était à l'époque, au professeur Felix Frankfurter, aux juges Meyer Sulzberger et Louis D. Brandeis de la Cour suprême américaine.

Aaronsohn pensait que les informations pourraient être utiles pour organiser une campagne en vue de créer des brigades juives aux États-Unis qui se battraient contre les Turcs en Palestine. Cette possibilité est mentionnée dans les télégrammes, diversement formulée :"Pas une trace ni une âme ne resteront", et ensuite les Juifs n’auront plus aucune excuse de s'abstenir de mener une guerre totale contre les Turcs.

Chaim Weizmann fait également largement usage des informations qu’il a reçues d'Aaronsohn via Sykes. Il a transmis les lettres à des personnalités juives et sionistes : Chlenov, Sokolow, le Baron Rothschild, Jacobus H. Kann à la Haye et à De Haas et au bureau sioniste à Copenhague.

Djemal Pacha a ouvertement déclaré que la joie des Juifs à l'approche des troupes britanniques serait de courte durée et qu’il leur ferait subir le sort des Arméniens... Djemal Pacha est trop rusé pour ordonner des massacres de sang-froid. Sa méthode est de décimer la population en la faisant mourir de faim et de soif, les épidémies, etc. et selon lui, ce ne sont que des désastres envoyés par Dieu.
Ceux qui connaissent ses méthodes ne seront pas étonnés, si ensuite, de sévères sanctions sont infligées à ceux qui ont pillé et vandalisé, en suivant ses ordres, ou du moins avec sa complicité. Ce sera conforme à sa politique établie d'exciter une partie de la population contre l'autre et d’exterminer ceux qui ne sont pas Touraniens. Il est difficile de déterminer avec certitude quels facteurs ont incité Djemal Pacha à modifier son attitude envers les Juifs en 1917 et pourquoi la souffrance et la destruction ont été relativement modérées.

Hacohen résume l'incident : "Les murs ont des oreilles et la crainte de l'opinion publique en Europe et en Amérique est toujours très forte dans les cercles dirigeants en Turquie. Nos larmes sont plus abondantes que des chutes d’eau. C'est aussi bien." Hacohen indique aussi : "Il ne fait aucun doute que les expulsions de Jaffa et des villages entourant Jérusalem ont fait de terribles dégâts pour les Juifs et l'implantation juive."

Les historiens ont des opinions divergentes quant au poids relatif des diverses parties - particulièrement les États-Unis et l'Allemagne - qui ont aidé les Juifs en Palestine pendant cette période. Au contraire, quelques historiens soulignent l'influence de l'opinion publique juive dans le monde, puisque Djemal Pacha - qui pensait que les Juifs avaient une grande force politique internationale - craignait son pouvoir présumé.



Nadav Shragai:

Dans une section périphérique du cimetière Yavne'el, des douzaines de pierres tombales en basalte, sans nom, sont dispersées. Une seule est gravée de quelques lignes claires, racontant un conte épouvantable qui a presque sombré dans l'oubli : "À la mémoire de mes chers parents, Yaakov et Creina Klein (Keter) 35 et 38 ans et de mon frère Yehoshua Yona (z" l) 5 ans, déportés de Tel Aviv-Jaffa pendant la Première guerre mondiale en 1917, qui gisent enterrés dans cette section du cimetière et dont l’emplacement exact de leur corps est inconnu."

L'année 1917 fut difficile pour les Juifs dans ce qui allait devenir l’État d’Israël. L'armée britannique, avançant d’'Egypte vers le nord, avait conquis la partie sud de la Terre d'Israël et les Turcs menaient des combats d'arrière-garde féroces. Les Turcs avaient peur que la population juive aide les Anglais à conquérir la partie nord aussi. Le 28 mars 1917, le gouverneur militaire ottoman, Djemal Pacha, a ordonné l'expulsion des résidents de Tel Aviv-Jaffa. La veille de Pessah, le 6 avril 1917, la première ville hébraïque s’est vidée. Parmi les milliers d'expulsés se trouvait l'auteur Yosef Haim Brenner, qui s’est inspiré de ces jours-là pour écrire la nouvelle Hamotza (la Sortie).

Le docteur Gur Alroey, qui préside le Département d’études de la terre d’Israël à l'Université d’Haïfa, dit qu'il n'y avait rien d'héroïque dans cette expulsion. "Elle est presque impossible à comprendre aujourd'hui", a-t-il dit. "Des milliers de gens se sont simplement levés et sont partis, sans résister et c’est peut-être la raison pour laquelle personne n'aime s’en rappeler ou ne veut se souvenir de cette expulsion."

Ils se sont dispersés à Tiberiade, Safed, Kfar Sava, Petah Tikva, Zichron Yaakov, Jérusalem. Environ 2500 d'entre eux, principalement des pauvres, ont erré jusqu’aux moshavim (communautés agricoles) au nord. Ils ont dû lutter contre le climat, la faim, la pauvreté et le typhus. Ils ont survécu les premiers mois, mais pendant l’hiver 1917-18, des centaines sont morts de froid, de maladie et de faim. La plupart des morts ont été enterrés à la hâte, dans des tombes non marquées, dans tout le pays.


* Le Yichouv ou yishouv (l'implantation juive en terre d'Israël ») est un terme utilisé par les Juifs, pour désigner l'ensemble des Juifs présents en Palestine avant la création de l'État d'Israël. (source Wikipedia)


©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 21 mars 2011 – 07:40 – www.collectifvan.org



A Beginning Expulsion of Jews from Tel Aviv by the Turks in 1917

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Source/Lien : Genocide Prevention Now



   
 
   
 
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