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Génocide arménien : dialogue arméno-turc à UCLA
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Une « conversation sans préjugés » a été organisée à l’UCLA, entre la communauté arménienne de Los Angeles, Hasan Cemal [Djemal], le petit-fils de Djemal Pacha – l’un des trois principaux bouchers turcs de la nation arménienne et le Dr. Pamela Steiner, l'arrière-petite-fille de l’ambassadeur US Henry Morgenthau en poste à Constantinople en 1915. Pour mémoire, ce dernier avait largement contribué à faire connaître l’histoire du génocide arménien pendant et après les événements. Hasan Cemal a décrit les progrès faits en Turquie concernant la reconnaissance du génocide arménien. Il a demandé aux Arméniens de venir en Turquie pour participer "au rétablissement de la mémoire." Si les déclarations de Hasan Cemal ont laissé une bonne impression à l'auditoire, Pamela Steiner a révulsé l’assistance par son refus catégorique et intentionnel d'utiliser le mot génocide. À la place, elle a usé d’une terminologie négationniste typiquement turque, telle que : "la tragédie", "la souffrance" et "les événements de 1915." Le Collectif VAN vous propose la traduction de l’article du journaliste arméno-américain Harut Sassounian, édité par The California Courier le 7 avril 2011.

Le petit-fils de Djemal Pacha dit génocide, l’arrière-petite-fille de Morgenthau ne le dit pas


De Harut Sassounian
Édité par The California Courier
Éditorial de Sassounian du 7 avril 2011

Des centaines d'Arméniens sont venus à l’UCLA jeudi dernier pour écouter avec une grande appréhension Hasan Cemal [Djemal], le petit-fils de Djemal Pacha – l’un des trois principaux bouchers turcs de la nation arménienne. Cet événement unique et controversé, intitulé : "De Der Zor à Dzidzernagapert : une conversation avec Hasan Cemal" a été organisé par l’UGAB Asbeds.

Naturellement, une grande tension régnait. Le grand hall était rempli au maximum de sa capacité et de nombreuses personnes ont dû être refoulées en raison du manque de place. La présence de policiers armés et d’agents de sécurité à l'intérieur du hall était à la fois rassurante et inquiétante. Cemal a confirmé qu’on lui avait conseillé de ne pas venir à Los Angeles, mais heureusement tout s’est déroulé calmement. La chose la plus choquante de cette soirée ne fut pas ce que Cemal a dit, mais ce qu'une autre intervenante, le Dr. Pamela Steiner, l'arrière-petite-fille de l’ambassadeur Henry Morgenthau, n'a pas dit !

Kurken Berksanlar, le président de l'UGAB Asbeds, a souhaité la bienvenue à tous ceux qui venaient assister à "une conversation sans préjugés." Tout en admettant que certains Arméniens font preuve d’une grande suspicion envers les Turcs qui reconnaissent le génocide, il a estimé que les Turcs "progressistes", qui parlent ouvertement des événements de 1915…, semblent être hors de portée et de contrôle du gouvernement turc d'aujourd'hui. Berksanlar a ensuite présenté l'orateur principal, Hasan Cemal, et les deux autres intervenants, le Dr. Pamela Steiner et le professeur Richard Hovannisian.

Chroniqueur au journal Milliyet, Cemal a immédiatement convaincu son public sceptique en le saluant en arménien - "Parev harkeli paregamner" [Nota CVAN : « Bonjour chers amis »] - et en disant : "Je suis venu ici pour ouvrir mon cœur et vous ouvrir mon esprit. Je connais votre douleur, votre chagrin du génocide, votre chagrin du Medz Yeghern." Ignorant l'article 301 du Code pénal turc qui interdit l'utilisation du terme génocide arménien, il a courageusement répété ces mots plusieurs fois au cours de son allocution. Il a également condamné le gouvernement turc qui nie le génocide arménien, qualifiant cela "d’association au crime !"

Cemal a décrit sa visite émouvante au Mémorial du Génocide arménien à Erevan en 2008, où il a déposé trois œillets en souvenir de son ami proche, Hrant Dink, le journaliste arménien assassiné à Istanbul par des extrémistes turcs. Lors de sa visite à Erevan, il a eu une entrevue saisissante avec Armen Gevorkyan, le petit-fils de l'homme qui a assassiné son grand-père Djemal Pacha en 1922.

Cemal a décrit les progrès faits en Turquie au cours de ces trois dernières décennies concernant la reconnaissance du génocide arménien, allant d’un négationnisme total à une campagne d'excuses, en passant par la restauration d'églises arméniennes et la tenue de conférences universitaires sur le sujet. Il a demandé aux Arméniens de venir en Turquie pour participer "au rétablissement de la mémoire." Il les a exhortés à ne jamais oublier le passé, sans en devenir ses captifs.

Si les déclarations franches de Cemal ont laissé une bonne impression à l'auditoire, Pamela Steiner a révulsé l’assistance par son refus catégorique et intentionnel d'utiliser le mot génocide. À la place, elle a usé d’une terminologie négationniste typiquement turque, telle que : "la tragédie", "la souffrance" et "les événements de 1915." En tant que directrice du Projet Inter-Communal Trust-Building, elle a parlé "d'étapes possibles pour bâtir la confiance entre les Arméniens et les Turcs." Elle a abasourdi le public en demandant aux Arméniens de reconnaître que "le peuple turc [qui] a affreusement souffert pendant la Première guerre mondiale… a besoin et mérite cette reconnaissance !" Comme si cette requête n'était pas assez scandaleuse, elle a poursuivi en recommandant vivement aux Arméniens "d'envisager de reconnaître la souffrance turque avant qu'ils ne reçoivent une reconnaissance de la leur !"

Pendant la session questions-réponses, lorsque j’ai souligné l'ironie du fait que le petit-fils de Djemal Pacha utilisait librement le terme génocide arménien, alors que l'arrière-petite-fille de l’ambassadeur Morgenthau ne le faisait pas, la réponse du Dr. Steiner a été inadéquate. Elle s’est justifiée en disant qu'elle avait un rôle de "conseillère", recherchant "la conciliation" entre Arméniens et Turcs.

D'une voix solennelle, le dernier participant, le professeur Hovannisian, a donné une réponse polie, mais puissante aux orateurs précédents. Il a dit à Hasan Cemal que le vaste public arménien n’était pas venu écouter le journaliste turc qu’il est, mais le petit-fils de Djemal Pacha. Il a expliqué que comprendre la mentalité des criminels turcs ne peut en aucune façon justifier leurs actions.

Il a averti tout le monde de ne pas mettre sur un pied d’égalité la souffrance arménienne résultant de l’extermination intentionnelle et la souffrance des Turcs inhérente à la guerre. Il a souligné que les Arméniens recherchaient non seulement la reconnaissance, mais, ce qui est plus important, la restitution de leurs propriétés confisquées. Il a exhorté le gouvernement turc à restituer au Patriarcat arménien d'Istanbul les centaines d'églises arméniennes en Turquie. Enfin, dans une allusion directe au Dr. Steiner, le professeur Hovannisian a souligné que "la conciliation" exigeait "des actes de contrition." Une standing ovation a salué ses remarques.

J'ai trouvé Cemal franc et courageux. Il aurait pu facilement éviter l'utilisation du terme génocide arménien, étant donné que cela pourrait le mener en prison. Cependant, il n'a pas pris cela comme excuse et il a utilisé le terme de génocide plusieurs fois. Considérant son grand-père comme responsable "de la Grande Catastrophe", il a décrit la Turquie d'aujourd'hui comme "un pays maniaco-dépressif !"

Bien qu'il ne soit pas facile d'oublier que Hasan Cemal est le petit-fils de l'un des trois cerveaux du génocide arménien, il serait erroné de tenir les enfants responsables des péchés de leurs parents. Sa position s'est radicalement développée depuis sa visite à Boston il y a deux ans, car il avait alors évité le terme de génocide arménien. Je lui ai demandé à titre privé à la fin de son allocution à l'UCLA s'il ne s’inquiétait pas de passer en jugement pour avoir utilisé le mot génocide. Bien qu'il ait dit qu'il ne le pensait pas, il a trouvé suffisamment important de mentionner ma préoccupation dans un article qu'il a écrit pour Milliyet à son retour à Istanbul.

La seule note aigre dans les paroles de Cemal ce soir-là fut son rejet des demandes de retour des territoires arméniens de la Turquie. Néanmoins, il n'est pas surprenant d'entendre un Turc, quel que soit son degré de tolérance, défendre l'intégrité territoriale de son pays. Il a cependant déclaré que le gouvernement turc devrait faire des excuses aux Arméniens et leur verser des compensations financières.

D'autre part, le Dr.Steiner, en tant que juive-américaine et descendante directe de l'ambassadeur Morgenthau, n’a aucune excuse pour son refus persistant d'utiliser le terme génocide, malgré ses bonnes intentions auto-déclarées. Toute personne qui ne reconnaît pas la véracité du génocide arménien perd l’autorité morale nécessaire pour jouer un rôle constructif dans les relations arméno-turques. On ne peut pas rester neutre entre une victime et un persécuteur. Elle devrait tenir compte des mots sages du survivant du génocide juif, le lauréat du Prix Nobel, Elie Wiesel qui a déclaré : "La neutralité aide l'oppresseur, jamais la victime !"

En tant que conseillère pour les deux communautés, Pamela Steiner pense probablement qu'elle ne devrait pas prendre partie. Mais dire la vérité n’est pas prendre parti pour les Arméniens ou les Turcs, pas plus que reconnaître le génocide juif revient à se ranger du côté juif. En outre, son rôle de conseillère n’est pas clair. Le génocide n'est pas un conflit qui exige les services d'un médiateur. Comment peut-elle réconcilier deux nations sans que le persécuteur ne fasse d'abord amende honorable pour ce que son propre arrière-grand-père appelait "Le meurtre d'une nation !"

Deux jours après son allocution à l’UCLA, le Dr. Steiner m'a adressé un long courrier électronique expliquant plus en détails son rôle de conseillère, et elle a insisté sur le fait que l’ambassadeur Morgenthau aurait soutenu son travail. Je ne vais pas prétendre connaître son arrière-grand-père mieux qu’elle, mais étant au fait des efforts humanitaires de l'ambassadeur pendant et après le génocide, je ne doute pas un instant qu'il aurait mis tout en œuvre pour rendre justice aux Arméniens.

©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 07 avril 2011 – 07:05 - www.collectifvan.org

Mail UGAB Asbeds : asbeds@agbuca.org


Lire aussi :

Une rencontre vraiment historique !

ÉCLAIRAGE • Génocide arménien

http://www.hsph.harvard.edu/research/pamela-steiner/

http://hhi.harvard.edu/programs-and-research/previous-programs/inter-communal-violence-and-reconciliation-project

http://webapps.sph.harvard.edu/accordentG2/HHIEvent/rnh.htm




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