Aujourd'hui : Mardi, 10 décembre 2019
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du NĂ©gationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenętre !  Envoyer cette page ŕ votre ami-e !
 
Le génocide des Arméniens et la société civile turque
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Erévan accueillait le 15 mars 2011 une conférence internationale sur le thème «Renforcement de la sensibilisation de la société turque sur le Génocide des Arméniens». Organisée par l’ONG franco-arménienne Union Yerkir, en partenariat avec le Caucasus Institute et sponsorisée par la société lyonnaise FINECO, elle a notamment réuni Cengiz Aktar et Ali Bayramoglu, les intellectuels turcs initiateurs à la fin 2008 de la campagne «Je demande pardon». Cengiz Aktar est directeur du Centre pour l'Union européenne à l'Université de Bahcesehir après avoir été professeur d’études européennes à l’Université de Galatasaray d’Istanbul. Il est présenté en France comme étant « l’une des voix turques les plus écoutées, dans son pays comme à l’international. Il intervient fréquemment dans les médias français. » Cengiz Aktar s’avère en fait plutôt absent du champ de réflexion des démocrates en Turquie même, consacrant plutôt ses efforts à convaincre les Arméniens, les Français et les Européens, d’abandonner la qualification de génocide, au profit de celle de « Grande Catastrophe », terminologie sentimentale ‘lancée’ avec la pétition d’excuses. Le travail de mémoire mené en direction de la société civile turque a certes bénéficié incontestablement de l’accélérateur donné par la campagne «Je demande pardon», mais ce travail est essentiellement mené par d’autres intellectuels turcs et kurdes, moins courtisés par les médias européens alors qu’ils sont de véritables opposants au pouvoir en place à Ankara. Des intellectuels qui, eux, ne cherchent pas à masquer le génocide arménien derrière des concepts dénués de valeur juridique. Le Collectif VAN reproduit ici un article et une interview, parus dans le numéro d’Avril 2011 du mensuel France-Arménie et signés par Mickaël Jimenez Mathéossian. Ces deux textes ont été envoyés par l’ONG franco-arménienne Union Yerkir que nous remercions.


LĂ©gende photo: Cengiz Aktar et Ali Bayramoglu

A R M É N I E

Quelle place pour le Génocide arménien dans la société civile turque ?

Erévan accueillait le 15 mars dernier une conférence internationale sur le thème «Renforcement de la sensibilisation de la société turque sur le Génocide des Arméniens».

Organisée par l’ONG franco-arménienne Union Yerkir, en partenariat avec le Caucasus Institute et sponsorisée par la société lyonnaise FINECO, elle a notamment réuni Cengiz Aktar et Ali Bayramoglu, les intellectuels turcs initiateurs à la fin 2008 de la campagne «Je demande pardon».


« La Turquie a l’obligation de prouver par des actes qu’elle n’est plus un danger pour les Arméniens et l’Arménie. La Turquie doit cesser la destruction du patrimoine arménien, sa politique négationniste et d’isolement de l’Arménie, du Karabagh et stopper les violations des droits des Arméniens en Turquie. Cette politique de l’Etat turc condamne tout dialogue entre les deux sociétés à l’échec. Mais il ne faut pas sous-estimer l’impact des intellectuels turcs comme Cengiz Aktar et Ali Bayramoglu, qui ont déclenché par leurs actions une mutation de la société civile turque. » Dès le discours d’ouverture de Robert Tatoyan, représentant de l’Union Yerkir, le ton était donné. En préambule à son intervention sur le thème “Développer une politique de mémoire en Turquie”, Cengiz Aktar, professeur à l’Université Bahçesehir d’Istanbul, a rappelé que c’était son premier voyage à Erévan, et il s’est félicité de constater “l’approfondissement du dialogue”, qui atteindrait même selon lui un “point de non-retour”. “Avant 1977 et la création de la maison d’édition Belge, il était très difficile de disposer d’informations sur l’Arménie, rappelle Cengiz Aktar. Mais c’est avec Hrant Dink et la création du journal Agos que les Turcs vont découvrir les Arméniens. Il ne publiait pas seulement un journal, il nous a fait connaître réciproquement. Des réunions comme celle d’aujourd’hui nous permettent de nous rencontrer. […] Beaucoup de jeunes en Turquie travaillent sur le rapprochement, et des chaires d’arménien se créent dans les universités turques.”

«Il y a une brèche dans le mur de ciment»

Outre ce pan de la mémoire qu’il qualifie d’académique, Cengiz Aktar souligne que l’héritage cultuel et culturel arménien est également en voie de rétablissement, par la rénovation d’églises arméniennes ou la tenue de plusieurs expositions venues “ rafraîchir la mémoire”. Soulignant l’importance de ne se focaliser exclusivement ni sur le passé, ni sur le Génocide, Cengiz Aktar affirme qu’il faut aussi constater les événements positifs qui se déroulent en Turquie ces derniers temps. “La Turquie retrouve l’arménité et c’est très important.” Et de rappeler ainsi que la commémoration du 24 Avril, qui avait lieu traditionnellement dans des locaux fermés, se fait, depuis l’année dernière, dans la rue. “Cette année, la commémoration du 24 Avril se fera dans plusieurs villes, ce qui n’est pas chose facile en Turquie. Avec le temps, les Arméniens revendiquent leurs droits civiques et en bénéficient comme des citoyens à part entière, car la communauté arménienne de Turquie ne doit pas être considérée comme un groupe à part de la société turque.” Selon l’intellectuel turc, une remise en cause très sérieuse sur l’histoire doit être entreprise. “Il est essentiel pour la société que les Turcs reviennent à leur mémoire et à leur histoire. Le Génocide est aussi un drame turc, et s’affranchir de ce fardeau est une grande responsabilité qui incombe aux sociétés turque et arménienne. Il y a une brèche dans le mur de ciment, et nous ne pouvons plus faire entrer les génies dans la bouteille.[…] Il est important de dire qu’il existe des personnes comme moi ou Ali (ndlr : Bayramoglu) qui pensent comme nous. Aujourd’hui, il y a plusieurs Hrant Dink en Turquie – des Turcs et des Arméniens.”

«Nous menons un travail explicatif»

“Nous sommes turcs, intellectuels et démocrates”,
lance en guise de préambule Ali Bayramoglu, chroniqueur au journal Yeni Safak, avant de faire état d’un problème majeur au sein des milieux intellectuels turcs : la démocratie. “Sur le plan idéologique, apparaît la nécessité pour la Turquie de devenir une société plurielle afin de démilitariser la société turque.” Selon lui, l’identité turque est en reconstruction avec, en son centre, le problème du Génocide. “Nous menons un travail explicatif, affirme le journaliste. Il est essentiel de rétablir un lien entre les deux sociétés, car la reconnaissance fait partie de cette grande politique de reconstruction de l’identité turque. Ce qui est essentiel, c’est de se poser les questions : qui sommes-nous ? Qu’avons-nous fait ? Le malheur de 1915 est devenu visible, et même si la Turquie n’a pas encore le courage de prononcer le mot Génocide, elle est sur cette voie.” Revenant sur l’impact positif de la campagne du pardon, qui a recueilli 30 000 signatures en Turquie, Ali Bayramoglu conclut : “Les signataires de la campagne “Je m’excuse” sont les représentants de la Turquie de demain.” Les intervenants arméniens, quant à eux, ont mis en avant deux principales réserves face aux interventions de Cengiz Aktar et d’Ali Bayramoglu : tout d’abord, la société turque et surtout ses représentants démocrates ne peuvent se déresponsabiliser face aux actions négationnistes de l’Etat turc et à sa politique anti-arménienne. Deuxièmement, ils ont mis l’accent sur le fait que le «groupe du pardon» et les quelques intellectuels turcs qui ont reconnu le Génocide ne sont qu’une minorité insignifiante en Turquie, et qu’on ne peut se baser sur eux pour comprendre et juger la société turque ainsi que les relations arméno-turques.

Mickaël Jimenez Mathéossian

Sévak Artsruni : «La confiance ne pourra s’établir que sur des actes»

Sévak Artsruni, président de l’ONG Union Yerkir, organisatrice de la conférence, revient sur les raisons qui ont présidé à la tenue de cette conférence internationale.
France-Arménie : Une énième conférence sur le thème du Génocide, pourquoi faire ?


SĂ©vak Artsruni
: C’est la toute première fois qu'une conférence se tient en Arménie, incluant des intellectuels et des spécialistes de l’establishment arménien et turc qui parlent explicitement du Génocide de 1915. De surcroît, lors de la conférence du 15 mars 2011, les intervenants ont étudié les différents aspects de la prise de conscience de la société turque sur la réalité du Génocide, de l’identité et du patrimoine arméniens en Turquie ainsi que la politique négationniste de l’Etat turc. Cette conférence est allée au-delà de la réflexion théorique sur l’histoire et la mémoire du Génocide. L’Union Yerkir porte un regard différent sur le problème du Génocide.

La société turque doit prouver avant toute chose à la société arménienne qu'elle ne porte plus en son sein le projet d'annihilation et de désarménisation de l'Arménie. Nous mettons la confiance comme une condition préalable, et cette confiance ne pourra s'établir que sur des actes. Voilà pourquoi nous avons fait le choix de lancer des rencontres avec les représentants du “groupe du pardon" de Turquie.

F.A. : L’Etat turc pratique une politique négationniste vis-à-vis du Génocide des Arméniens, exerce un blocus économique contre l’Arménie et offre un soutien inconditionnel à l’Azerbaïdjan sur le problème du Karabagh. En quoi la société civile turque se démarque-t-elle de l’Etat turc ?

S.A.:
Depuis Mustafa Kemal, la politique négationniste et intolérante des différentes administrations de l'Etat turc vis-à-vis de la Cause arménienne a été homogène, mais la société civile turque, elle, n’est pas homogène. Au sein des 30 000 signataires de «l'appel au pardon», les approches des intellectuels turcs sur cette question sont divergentes. Vous avez des gauchistes, des démocrates-libéraux, des amis de Hrant Dink, des gülenistes (1), des personnes d’origine arménienne, des Kurdes, des idéalistes inconditionnels et des moins sincères. Durant 85 ans, le Génocide des Arméniens en Turquie a été un tabou qu’on a cherché à effacer. Aujourd’hui, cette page de l’histoire cachée de la Turquie est en train de s’ouvrir, mais la conception de génocide reste très subjective là-bas. Une grande majorité des intellectuels turcs savent que le Génocide est un fait avéré, mais chacun a son opinion quant à sa reconnaissance officielle. Ce qui se passe dans les milieux intellectuels turcs est très important, car à terme, cela va développer une conscience généralisée auprès des masses populaires. Nous pensons qu’en tant qu’Arméniens, nous devons absolument agir dans ce processus, sinon cette prise de conscience sur le Génocide servira le processus identitaire turc et le mouvement de démocratisation de la société turque, sans laisser aucune perspective de justice pour le peuple arménien.

F.A. : La Turquie a lié l’ouverture de sa frontière avec l’Arménie au problème du Karabagh, et les tentatives de dialogue arméno-turc ont toujours été instrumentalisées par la Turquie contre la reconnaissance du Génocide au niveau international. Avec cette conférence, n’allez-vous pas faire le jeu de la Turquie ?

S.A
. : Bien au contraire, là se trouve l'élément qui garde les deux Etats dans une position d’instabilité constante. La non-reconnaissance du Génocide des Arméniens par la Turquie est une bombe à retardement qui mine son présent et son avenir. La Turquie devrait être le premier Etat à comprendre qu’une Arménie indépendante et prospère apporterait la paix, le développement et la stabilité dans la région. Une Arménie débarrassée de la guerre du Karabagh et de tout conflit avec ses voisins. D’un autre côté, la reconnaissance mémorielle et morale du Génocide doit cesser d’être une priorité. Nous sommes devenus les otages d’une course à la reconnaissance internationale du Génocide. Nous devons dialoguer avant tout avec les premiers concernés, les Turcs. Nous ne pouvons parler de reconnaissance sans parler de justice, sans parler de l'isolement des Arméniens d’Arménie mais aussi du Karabagh et du Djavakhk, conséquences directes du Génocide de 1915. Nous sommes convaincus que le dialogue arménoturc reste inévitable et dépend avant tout du rattachement du Karabagh à l’Arménie ainsi que de la mise en place d’un programme mondial de protection des populations arméniennes et de préservation du patrimoine dans les pays de la région. Les Turcs ont compris qu’une politique panturquiste les condamnerait à la destruction. Dans cette même logique, ils doivent comprendre qu’une Arménie stable et prospère est la seule garante de la paix dans cette région qui est incontournable pour les intérêts géopolitiques mondiaux.

Propos recueillis par Mickaël Jimenez Mathéossian

(1) Du nom de Fethullah Gülen, ce penseur islamique proche du gouvernement turc actuel et accusé par le camp laïc de noyauter l'administration à l'aide de ses réseaux.


France Arménie / avril 2011 – pages 40 et 41


Lire aussi :

http://denisdonikian.wordpress.com/2009/03/29/grande-catastrophe-ou-genocide-reponse-a-cengiz-aktar/




Retour Ă  la rubrique



TÉLÉCHARGER :
 France ArmĂ©nie / avril 2011




   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org