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A Paris, Egemen Bagis met en garde les Sénateurs sur "1915"
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le mercredi 6 avril 2011, s'est tenue au S√©nat fran√ßais, l'Audition de M. Egemen Bagis, ministre charg√© des affaires europ√©ennes et n√©gociateur en chef de la Turquie pour les n√©gociations d'adh√©sion avec l'Union europ√©enne. Egemen Bagis a d√©clar√© : "Je remercie le groupe d'amiti√© du S√©nat. Entre amis, nous pouvons √©voquer un point sensible, un sujet d√©j√† d√©battu par le pass√© au S√©nat. Il s'agit des √©v√®nements de 1915, dont certains s√©nateurs voudraient discuter √† nouveau. Notre r√īle de politiques n'est pas de nous pencher sur le pass√© mais de fa√ßonner l'avenir afin de r√©pondre aux aspirations du peuple. Ne rempla√ßons donc pas les historiens ! Ce ne serait bon ni pour nos nations ni pour les relations entre nos nations. Donc, j'en appelle √† tous les s√©nateurs et les mets en garde : si ce sujet revenait sur le tapis, cela porterait atteinte √† nos bonnes relations et provoquerait un dommage durable !" Le Collectif VAN vous invite √† lire cette information publi√© sur le site du S√©nat le 6 avril 2011.

Sénat

6 avril

Présidence de M. Robert del Picchia, vice-président -

Audition de M. Egemen Bagis, ministre chargé des affaires européennes et négociateur en chef de la Turquie pour les négociations d'adhésion avec l'Union européenne

Au cours d'une seconde séance tenue dans l'après-midi, la commission auditionne, conjointement avec la commission des affaires européennes, M. Egemen Bagis, ministre chargé des affaires européennes et négociateur en chef de la Turquie pour les négociations d'adhésion avec l'Union européenne.

M. Jean Bizet, président de la commission des affaires européennes.
- C'est avec un immense plaisir que nous vous accueillons aujourd'hui pour vous permettre de vous exprimer devant des sénateurs, mais également des députés français. Permettez-moi de vous transmettre les excuses des Présidents des commissions des affaires étrangères et des affaires européennes de l'Assemblée nationale, qui n'ont pu être présents aujourd'hui. Mais, je tiens à vous rassurer : la première Chambre est représentée par l'entremise du groupe d'amitié France-Turquie.

Votre visite à Paris est un nouveau signe de la vigueur des liens qui unissent la France et la Turquie depuis déjà plusieurs siècles. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la saison de la Turquie, qui s'est déroulée sur l'ensemble du territoire français entre juillet 2009 et mars 2010, a remporté un tel succès. C'est précisément parce que nos deux pays partagent une longue histoire commune, dont l'origine remonte au XVIe siècle, de nombreux sujets de préoccupation communs et une certaine fascination réciproque - je pense, par exemple, aux nombreux auteurs français qui ont séjourné en Turquie et ont écrit parmi les plus belles pages de la littérature française ou encore à la référence à la France dans la construction de la République de Turquie.

Il est vrai que nos relations connaissent parfois des périodes de crispation, mais pourrait-il en être autrement dans une relation d'amitié aussi longue ? C'est parce que nous sommes amis que nous pouvons nous parler avec autant de franchise et je suis persuadé que les éléments qui nous rapprochent finiront toujours par l'emporter.

Plus personnellement, je voudrais vous dire la joie que j'ai à vous recevoir au Sénat, une semaine après vous avoir rencontré à votre ministère à Ankara. Je profite de cette occasion pour vous renouveler mes remerciements pour l'accueil qui nous a été réservé lors de notre déplacement en Turquie. J'espère que votre séjour à Paris sera aussi constructif pour vous que l'a été le déplacement de la délégation de la commission des affaires européennes la semaine dernière.

M. Robert del Picchia, président - Au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, je suis très heureux, Monsieur le Ministre, de vous accueillir aujourd'hui au Palais du Luxembourg. Le Président Josselin de Rohan, actuellement en déplacement à Berlin pour parler de la transition en Afghanistan, m'a prié de l'excuser auprès de vous et de vous transmettre un message d'amitié.

Compte tenu du r√īle tr√®s important jou√© par la Turquie sur la sc√®ne internationale, je souhaiterais vous interroger plus particuli√®rement sur les orientations de la politique √©trang√®re de votre pays, notamment par rapport aux positions de l'Union europ√©enne. Nous avons tous salu√© le r√īle tr√®s positif jou√© par la Turquie dans les Balkans occidentaux pour favoriser la r√©conciliation r√©gionale, par exemple lors de la rencontre entre le Pr√©sident serbe et le Pr√©sident de Bosnie-Herz√©govine, sous l'√©gide du Pr√©sident de votre pays. De m√™me, au Caucase ou en Asie centrale, la Turquie a un r√īle important √† jouer pour favoriser la paix et la stabilit√©. Votre pays peut aussi aider √† la relance du processus de paix isra√©lo-palestinien, que nous esp√©rons tous ici.

Toutefois, sur certains sujets, la position de la Turquie para√ģt s'√©carter de celle de l'Union europ√©enne et de la France. Je pense notamment au dossier du nucl√©aire iranien ou au renforcement de la coop√©ration entre l'Union europ√©enne et l'OTAN. La Turquie s'oppose toujours au renforcement de la coop√©ration entre l'Union europ√©enne et l'OTAN, malgr√© les difficult√©s qu'entra√ģne cette situation sur les th√©√Ętres d'op√©ration, notamment en Afghanistan. Comment, d'apr√®s vous, pourrions-nous mieux coordonner la politique √©trang√®re et la politique de s√©curit√© et de d√©fense de l'Union europ√©enne et celle de votre pays ?

Enfin, nous souhaiterions conna√ģtre la position de votre pays √† l'√©gard des √©v√®nements r√©cents au Maghreb et au Moyen Orient, notamment concernant l'intervention en Libye. Le syst√®me politique turc est souvent consid√©r√© comme un mod√®le pour l'ensemble des pays de la r√©gion. Par ailleurs, votre pays exerce une influence importante, en mati√®re politique, √©conomique ou culturelle. Or, il semblerait que votre pays ait choisi d'adopter, du moins au d√©but, une position assez prudente et en retrait, comme en t√©moigne votre refus de participer √† l'intervention en Libye. Pourriez-vous nous expliquer les raisons de ce choix ? Ne pensez vous pas que la Turquie devrait s'impliquer davantage dans la r√©gion ?

M. Egemen Bagis - Nous avons en effet pu discuter la semaine dernière sur les négociations d'adhésion et sur les évènements du Maghreb et du Machrek. Il m'est agréable de poursuivre nos échanges, ici, dans un cadre plus large ; je vous remercie de votre chaleureux accueil et de me permettre de m'entretenir avec des représentants du peuple français après avoir rencontré depuis ce matin la presse française, puis les ministres M. Laurent Wauquiez et M. Bruno Le Maire.

Les relations entre la France et la Turquie remontent à 400 ans et la première des représentations que la France ait jamais ouvertes à l'étranger fut le Palais de France, sis dans ma circonscription d'Istanbul.

Plus d'un million d'Europ√©ens viennent chaque ann√©e en Turquie et nous avons avec la France toute une s√©rie de projets men√©s conjointement. Sur le plan international, m√™me si nous ne sommes pas toujours d'accord, l'important c'est que nous oeuvrons autour de valeurs communes : les droits de l'homme, l'√Čtat de droit et notre projet d'adh√©sion √† l'Union europ√©enne. Pour celle-ci, deux nouveaux chapitres ont √©t√© ouverts sous la pr√©sidence fran√ßaise et j'ai eu aujourd'hui confirmation que, pour le pr√©sident Sarkozy, en dehors des cinq chapitres sur lesquels il y a blocage, les trente autres ne posent pas de probl√®me et, pr√©f√©rant voir le verre √† moiti√© plein plut√īt qu'√† moiti√© vide, ce sont ceux-l√† que je veux consid√©rer.

Dans les Balkans occidentaux, la Turquie s'efforce d'oeuvrer pour la paix. La m√©diation men√©e l'an dernier par notre Premier ministre entre la Bosnie-Herz√©govine et la Serbie montre que nos efforts sont couronn√©s de succ√®s. La semaine derni√®re, nous √©tions en Mac√©doine, pays central en Europe, o√Ļ Kemal Atat√ľrk fit sa formation militaire. Aujourd'hui, la France et la Turquie coop√®rent en Libye, qui fit aussi partie de l'Empire ottoman. Il nous importe beaucoup que la paix et la prosp√©rit√© r√®gnent dans ces r√©gions car, si vous n'aidez pas √† √©teindre l'incendie chez votre voisin, le feu peut s'√©tendre jusqu'√† chez vous.

La Turquie, qui d√©tient le Secr√©tariat g√©n√©ral de l'Organisation de la conf√©rence islamique, m√®ne un constant travail de m√©diation, y compris dans le conflit palestino-isra√©lien. S'il n'y a pas de paix dans les Balkans occidentaux, il n'y aura pas de paix en Europe ni, en cons√©quence, dans le monde. C'est la m√™me chose pour le Moyen-Orient. Les hommes et les femmes qui, aujourd'hui, descendent dans la rue luttent pour la d√©mocratie et pour de meilleures conditions de vie. Ces pays se comparent √† la Turquie. Avec ces populations nous avons des valeurs communes et la Turquie est pour elles une source d'inspiration. Si nos traditions sont communes, la Turquie a pris de l'avance, depuis les Tanzimat de 1839, la cr√©ation de notre R√©publique en 1923 jusqu'√† nos n√©gociations d'adh√©sion. Cette avance, ce mod√®le que nous constituons pour ces pays justifient que nous soutenions leur demande de d√©mocratie. Mais, pendant ce temps, la Turquie ne doit pas √™tre entrav√©e dans son chemin vers l'Union europ√©enne. Et sur ce point, j'esp√®re le soutien de nos amis fran√ßais. La Turquie est candidate √† l'adh√©sion, elle joue un r√īle dans la politique europ√©enne de s√©curit√© et de d√©fense ; c'est un membre important de l'OTAN, un des plus anciens et des plus exp√©riment√©s, et elle entretient, avec les pays en crise du Maghreb et du Machrek, des liens beaucoup plus √©troits que bien d'autres pays de l'Organisation.

C'est pourquoi la Turquie s'√©tonne de ne pas √™tre convi√©e dans les sommets o√Ļ sont prises des d√©cisions importantes pour la politique ext√©rieure et de s√©curit√©, alors que la Bulgarie ou la Roumanie y √©taient invit√©es avant m√™me leur adh√©sion. Malheureusement, depuis plus de quatre ans, la Turquie, ainsi que d'autres pays candidats comme la Croatie ou la Mac√©doine n'y sont plus invit√©s.

En Libye, il semble que la diplomatie n'a pas √©t√© utilis√©e autant qu'elle aurait pu l'√™tre et que toutes les occasions n'ont pas √©t√© saisies. Il y a dans cette r√©gion des m√©canismes traditionnels ou tribaux dont il faut tenir compte. Qui peut nier les souffrances du peuple libyen ? C'est pour nous un peuple fr√®re qui fit partie de l'Empire ottoman et o√Ļ Atat√ľrk a risqu√© sa vie. Nous voulons la fin des effusions de sang, nous voulons, dans le cadre de l'OTAN, cr√©er des couloirs humanitaires et faire parvenir √† un cessez-le-feu. Ce n'est pas facile... Notre ministre des affaires √©trang√®res est aujourd'hui en Syrie. Avec la France, la Grande-Bretagne, les √Čtats-Unis et les membres de l'OTAN, il nous faut une vision commune. En tout cas, la Turquie n'a aucune pr√©tention territoriale dans ces r√©gions. Elle ne souhaite que la paix et la stabilit√©. En Libye r√©sident 35 000 de ses concitoyens, dont une partie a √©t√© √©vacu√©e - avec d'autres √©trangers, dont des Fran√ßais parmi les 25 000 personnes que nous avons rapatri√©es. Un bateau turc en a ramen√© jusque dans les h√īpitaux d'Izmir. A tous les dirigeants des pays en crise, nous vantons les m√©rites de la d√©mocratie et leur recommandons de proc√©der aux r√©formes que r√©clament leurs peuples.

Pour notre adhésion, 13 chapitres sur 33 sont ouverts alors que nos réformes devraient permettre d'en faire ouvrir 29. Sur les 20 chapitres restants, 17 demeurent bloqués pour des raisons politiques. Les évènements du Maghreb et du Machrek, et le fait que, pour ces pays, la Turquie soit une source d'inspiration, voire un modèle, devraient modifier la vision que les Européens ont de nous. (Applaudissements)

M. Jacques Blanc. - C'est avec beaucoup de bonheur que notre groupe d'amitié, très lié à son homologue au sein de la Grande Assemblée nationale de Turquie, mesure combien vous avez fait progresser la Turquie. Tous ceux qui ont eu le privilège d'y aller en reviennent convaincus que vous avez su y conduire un changement profond. Nous souhaitons que votre long cheminement vers l'Union européenne se conclue rapidement. Vous avez dit avoir mesuré que, de la part de la France, il n'y a pas de blocage pour l'ouverture de certains chapitres. En effet, la présidence française a été l'occasion d'avancées en ce sens.

Dans ce monde méditerranéen actuellement troublé, j'aimerais avoir votre analyse sur l'évolution de l'Union pour la Méditerranée (UPM) et sur la manière de lui donner un contenu plus substantiel, sachant qu'il faut dissiper vos craintes qu'il s'agisse d'une diversion à votre marche vers l'adhésion.

Au S√©nat, et dans tous les groupes politiques, il se trouve des √©lus qui souhaitent renforcer encore davantage les liens tant bilat√©raux qu'avec l'Union europ√©enne. Hier encore j'√©tais dans une r√©union consacr√© √† l'Afghanistan o√Ļ des militaires fran√ßais disaient pouvoir s'appuyer sur la Turquie. Et m√™me au-del√† de nos deux groupes d'amiti√©, vous pouvez compter sur beaucoup de responsables politiques qui ont mesur√© ce que votre pays pouvait nous apporter et apporter √† l'Europe. Nous souhaitons que tous aient une meilleure connaissance de votre pays et, √† cet √©gard, la saison turque nous a permis de mieux d√©couvrir ses r√©alit√©s culturelles, technologiques ou politiques. Nous souhaitons aller de l'avant.

M. Egemen Bagis. - Je remercie le groupe d'amiti√© du S√©nat. Entre amis, nous pouvons √©voquer un point sensible, un sujet d√©j√† d√©battu par le pass√© au S√©nat. Il s'agit des √©v√®nements de 1915, dont certains s√©nateurs voudraient discuter √† nouveau. Notre r√īle de politiques n'est pas de nous pencher sur le pass√© mais de fa√ßonner l'avenir afin de r√©pondre aux aspirations du peuple. Ne rempla√ßons donc pas les historiens ! Ce ne serait bon ni pour nos nations ni pour les relations entre nos nations. Donc, j'en appelle √† tous les s√©nateurs et les mets en garde : si ce sujet revenait sur le tapis, cela porterait atteinte √† nos bonnes relations et provoquerait un dommage durable !

Sur l'UPM, je partage votre sentiment. Nous sommes avec vous dans plus de 40 organisations internationales dont le Conseil de l'Europe, le FMI, la Banque mondiale, l'OCDE, etc. L'UPM est une enceinte de dialogue importante mais qui ne doit en aucun cas √™tre consid√©r√©e comme une alternative √† une autre enceinte. Pour que l'UPM soit dynamique, il faut la doter d'un Secr√©tariat g√©n√©ral efficace et r√©unir les pays membres de cette Union. Pour cela, la Turquie sera toujours √† vos c√īt√©s.

Je me suis rendu en Afghanistan et j'y ai vu la situation de nos soldats. A deux reprises, la Turquie a assur√© le commandement de la FIAS. Si notre pays n'y a pas eu de pertes, c'est qu'il sait dialoguer avec le peuple afghan. C'est bien pourquoi on devrait nous consulter dans les sommets europ√©ens. L'OTAN devrait prendre en compte notre expertise et ce que nous avons fait l√†-bas. C'est valable aussi pour la Libye : parce que nous sommes proches de cette population, nos alli√©s doivent √™tre dispos√©s √† nous √©couter. Je rappelle que la Turquie est pr√©sente militairement dans 31 pays o√Ļ elle oeuvre pour la paix et o√Ļ nos soldats, comme les v√ītres, risquent leur vie.

En 2010, la croissance de notre économie a atteint environ 9%. C'est aujourd'hui un pays plus puissant qu'hier - ce n'est pas moi, c'est l'OCDE qui le dit - et qui le sera encore davantage en 2011. Avec ce potentiel de croissance, avec sa population jeune, avec son armée puissante, elle peut beaucoup apporter à l'Europe - et au monde - parce qu'elle sait faire coexister l'islam et la démocratie. Cela, nos alliés doivent enfin le comprendre.

M. Jean Bizet. - Je reviens sur le sujet qui vous préoccupe, la proposition de loi visant à réprimer la contestation du génocide arménien. Certains d'entre nous y voient en germe une atteinte à la liberté d'expression et à la liberté des chercheurs ; j'y vois aussi une remise ne cause de la séparation des pouvoirs entre le législatif et le judiciaire. Je souhaite que nous n'allions pas plus loin sur le sujet.

Mme Catherine Tasca. Sur nos relations bilatérales et sur votre entrée dans l'Union européenne, nos groupes politiques ne sont pas monolithiques. Les divergences de vue traversent tous les groupes et il y a des opposants à l'adhésion sur tous les bancs. Mais vous avez aussi ici beaucoup d'amis qui militent en votre faveur.

Nous sommes aussi nombreux au Sénat et au sein de notre groupe d'amitié à ne pas souhaiter dresser à nouveau entre nous l'obstacle d'un texte de loi qui porterait tort à nos relations. Mais l'initiative parlementaire est libre...

Et puisque nous sommes ici entre amis, il serait utile que vous nous donniez le point de vue de votre gouvernement sur la question très contestée de Chypre.

M. Bernard Piras. - J'émettrai ici une voix un peu discordante sur le génocide arménien. Je suggèrerai, moi qui suis favorable à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, que votre pays reconnaisse le génocide. Le problème serait alors réglé ; les communautés arméniennes de la diaspora n'auraient plus à faire leur perpétuel forcing pour obtenir cette reconnaissance. J'ai noté avec intérêt les prises de position de certains intellectuels de votre pays, qui commencent à vouloir débattre de ce sujet que, jusqu'à présent il est interdit d'aborder dans votre pays. Je répète que je suis favorable à votre adhésion et ce que je vous dis, franchement, ne doit pas altérer notre amitié.

M. Egemen Bagis. - Nous sommes entre amis ; je vais donc parler franchement. Sur Chypre, la position turque est tr√®s claire. En 2002, lorsque l'AKP est arriv√© aux affaires, les grecs chypriotes ont eu la possibilit√© d'aller dans la partie nord de l'√ģle. Ensuite, nous avons voulu que des allers-retours soient possibles entre les deux parties. M. Erdogan, alors secr√©taire g√©n√©ral de notre parti, a convaincu le Secr√©taire g√©n√©ral de l'ONU et le plan Annan a √©t√© mis au point. Je me souviens des paroles de M. Annan qui, apr√®s avoir essuy√© trois √©checs, disait ne pas vouloir en essuyer un quatri√®me. M. Erdogan l'avait alors rassur√©, l'assurant que la Turquie serait toujours √† l'avant-garde pour la paix. En effet, 66% des Chypriotes turcs ont dit oui au plan Annan, tandis que 76% des Chypriotes grecs l'ont rejet√©, refusant ainsi le retrait des forces arm√©es, la r√©unification et la paix politique. Le Conseil europ√©en du 24 avril 2004 a alors d√©cid√© - sur proposition de la France - de lever les restrictions pesant sur le nord de l'√ģle. Depuis, sept ans se sont √©coul√©s et, sur les vingt- sept √Čtats membres, un seul a appliqu√© cette d√©cision ! En mati√®re de commerce et de circulation entre le nord et le sud de l'√ģle, il y a vraiment un injuste ¬ę deux poids, deux mesures ¬Ľ. Nous voulons que la d√©cision du Conseil europ√©en soit appliqu√©e. La multiplication des entraves √† notre endroit est inacceptable.

Sur la question arménienne : que chacun commence par balayer devant sa porte ! Quel pays peut affirmer qu'aucune faute n'a entaché son passé ? Lorsque je me penche sur les études et recherches historiques, je m'aperçois qu'il n'y a pas eu génocide. Cela n'empêche pas que vous puissiez être d'un avis contraire. En 2004, le Parlement turc, à l'unanimité, a décidé d'envoyer une lettre à la république d'Arménie annonçant que nous allions ouvrir nos archives et proposant que tous les pays fassent de même et désignent des experts pour qu'ils étudient toutes ces archives et rédigent un rapport. Malheureusement, l'Arménie a refusé cette proposition, en exigeant la reconnaissance préalable du génocide.

C'est pourquoi il est tout √† fait injuste de nous opposer cette question pour entraver notre adh√©sion. A aucun autre candidat on n'a demand√© de se confronter √† son pass√©. Lorsque l'Union europ√©enne a √©t√© cr√©√©e, a-t-on pass√© au crible le pass√© de chacun de ses membres ? Et lors de la derni√®re vague d'adh√©sion, tous les candidats satisfaisaient-ils √† tous les crit√®res requis ? Seul le respect de l'acquis communautaire est n√©cessaire pour adh√©rer. Et, je le r√©p√®te, nous, responsables politiques, devons b√Ętir l'avenir, non nous retourner sur le pass√©. Dans le cadre du groupe de Minsk, copr√©sid√© par la France, les √Čtats-Unis et la Russie, votre pays pourrait grandement faire progresser le dossier. Et plut√īt que de s'occuper de ce qui se serait pass√© en 1915, qu'on s'occupe donc de ce qui se passe actuellement en Azerba√Įdjan et des millions de personnes d√©plac√©es qui vivent sous des tentes. Qu'on s'occupe donc des questions actuelles et de l'avenir ! C'est ainsi qu'on pr√©parera un futur plus radieux. Ce n'est pas en se focalisant sur le pass√© qu'on r√©pondra aux aspirations de nos peuples.

M. Jean Bizet. - J'espère que M. Piras a été convaincu.

M. Bernard Piras. - Pas du tout !

M. Robert del Picchia, président. - Et quelle est votre position sur le nucléaire iranien ? La Turquie avait proposé une médiation...

M. Egemen Bagis. - La fronti√®re entre la Turquie et l'Iran est d√©limit√©e depuis 1639 ; nos deux pays partagent une culture commune depuis plus de mille ans. Leurs relations, tant culturelles qu'√©conomiques sont importantes. A titre d'exemple, 30% du gaz naturel consomm√© en Turquie provient d'Iran. Notre pays conna√ģt beaucoup mieux la mentalit√© perse que les autres pays de l'OTAN ou de l'Union europ√©enne. Il sait que les sanctions, embargos et autres condamnations ne sont pas efficaces et que le dialogue est la meilleure solution : mieux vaut ouvrir des McDonald's ou des Carrefour dans ce pays...

Dans le cas de l'Iran, comme de tout autre pays, nous sommes contre l'armement nucléaire. Soyez rassurés sur ce point. Avec le Brésil, nous avons tenté de convaincre le gouvernement iranien. Et des négociations avaient été entamées pour que de l'uranium très peu enrichi soit utilisé à des fins médicales. Nous avions aussi conclu un accord sur un troc. Malheureusement, le Conseil de sécurité a coupé court à tout cela en décidant des sanctions, auxquelles nous nous étions opposés. La Turquie n'est pas de ces pays qui attaquent les flottilles humanitaires... Et même si nous nous sommes élevés contre ces sanctions, il s'agit d'une décision du Conseil de sécurité et nous n'avons rien fait contre elle. Un avion a été obligé d'atterrir en Turquie et sa cargaison a été saisie. Nous faisons toujours notre devoir ; nous sommes respectueux du droit international.

En définitive, à qui nuisent les sanctions contre l'Iran ? Aux populations, non au gouvernement. Pour ce pays voisin qu'est l'Iran, nous serons toujours disposés à servir d'intermédiaire, si l'on nous en fait la demande.

M. Didier Boulaud. - Quel est votre sentiment sur le Sud du Caucase, une zone importante pour la Turquie, et en particulier sur les relations entre la G√©orgie et la Russie ? La Turquie avait jou√© un r√īle de m√©diateur durant la crise qui avait oppos√© ces deux pays. Aujourd'hui, la situation semble bloqu√©e : la Russie a mis la main sur deux r√©gions g√©orgiennes, l'Abkhazie et l'Oss√©tie du Sud. Que pensez-vous de la demande qu'a faite la G√©orgie d'int√©grer l'OTAN, organisation dont vous √™tes un membre important ? A long terme, ce pays souhaite √©galement entrer dans l'Union europ√©enne. Enfin, dans ce pays aussi, se pose le probl√®me des r√©fugi√©s, m√™me s'il est moins aigu qu'en Azerba√Įdjan.

M. Egemen Bagis. - Lors de la crise g√©orgienne, le premier ministre turc s'est rendu en G√©orgie : M. Sarkozy a oeuvr√© pour la r√©conciliation sur place ; nous avons suivi ce dossier de pr√®s. La Turquie veut la paix, que ce soit au Nord, √† l'Est ou au Sud de ses fronti√®res. Si cela est souhait√©, nous servirons volontiers d'interm√©diaire. Nous sommes attach√©s au principe de l'int√©grit√© territoriale. N√©anmoins, il faut √©galement tenir compte des mosa√Įques de populations dans ces r√©gions, traiter les ethnies sur un pied d'√©galit√© et respecter leurs aspirations. La Turquie entretient des relations commerciales, militaires et politiques avec l'ensemble de ces pays.

M. Jacques Blanc - Que pensez-vous de l'√©volution en Syrie, pays avec lequel vous entretenez des relations assez fortes ? Ensuite, quid de vos liens avec Isra√ęl ?

M. Egemen Bagis. - La Turquie a √©t√© l'un des premiers pays musulmans √† reconna√ģtre la souverainet√© d'Isra√ęl ; nous avons √©galement accompagn√© d'autres pays, tel le Pakistan, dans ce cheminement. Les n√©gociations entre la Syrie et l'Isra√ęl via la Turquie √©taient sur le point d'aboutir il y a deux ans, lorsque Isra√ęl a commis un acte de violence √† Gaza. Pas moins de neuf personnes ont trouv√© la mort dans l'attaque contre la flottille qui transportait une aide humanitaire. Le bateau ne se trouvait m√™me pas dans les eaux territoriales isra√©liennes ! Nous demandons des excuses, la moindre des choses pour les familles des victimes. Cette demande para√ģt raisonnable ; nous comprenons mal l'obstination d'Isra√ęl. Nous souhaitons le r√©tablissement de nos relations avec ce pays ; nous n'avons aucune difficult√© avec sa population. J'ai moi-m√™me conduit une d√©l√©gation importante √† une c√©r√©monie en m√©moire d'Auschwitz. Les citoyens turcs d'origine juive vivent en bonne intelligence avec leurs autres compatriotes.

Nous n'avons aucun problème avec le peuple israélien : nous condamnons seulement l'attitude des membres de son gouvernement et attendons de leur part des excuses.

M. Robert del Picchia, pr√©sident. - La Turquie voit son poids √©conomique et politique s'accro√ģtre chaque jour ; l'Union europ√©enne a besoin d'elle. Au terme des n√©gociations d'adh√©sion qui dureront encore des ann√©es, n'y a-t-il pas un risque que ce pays, consid√©rant son d√©veloppement, estime ne plus avoir besoin de l'Europe et n√©gocie une alternative √† l'adh√©sion ?

M. Jean-Louis Carrère. - C'est une plaisanterie !

M. Egemen Bagis. - Tout d√©pend de votre d√©finition de l'Union europ√©enne. S'agit-il d'une simple union √©conomique ? Avec un taux de croissance de 9 %, la Turquie aura peut-√™tre des doutes... En revanche, si l'Europe est √©galement une union politique, dot√©e d'un budget militaire important, nous voulons participer √† la construction de la paix. Gr√Ęce √† elle, vous avez r√©ussi √† √©loigner le spectre des guerres sanglantes qui vous ont oppos√©s aux Allemands et aux Anglais. Pourquoi l'adh√©sion de la Turquie vous g√™ne-t-elle tant quand notre relation n'est pas grev√©e par ce pass√© difficile ? Avec l'entr√©e de notre pays dans l'Union, un projet de paix √† dimension continentale prendra une dimension mondiale. Pour nous, il n'y pas d'alternative √† l'adh√©sion ; nous poursuivrons sur la voie des r√©formes √† accomplir pour int√©grer l'acquis communautaire. On ne change pas de recette d√®s que le di√©t√©ticien constate des difficult√©s... Voyez les efforts que nous avons r√©alis√©s : nous respectons 95 % des crit√®res politiques avec une √©conomie prosp√®re. Nous avons conclu une union douani√®re avec l'Europe, 66 % de nos √©changes sont orient√©s vers l'Europe ; plus de 5 millions de Turcs vivent en Europe : c'est plus que la population de plusieurs petits √Čtats europ√©ens. Nous sommes pr√©sents partout, si ce n'est dans les instances d√©cisionnelles.... Puisse cela changer dans un avenir proche ! (Applaudissements)

M. Jean Bizet. - Merci pour la clart√© de vos r√©ponses. Lors de son entretien avec le pr√©sident Sarkozy, le Pr√©sident G√ľl avait dit son souci d'une meilleure r√©partition des richesses entre les r√©gions, et au sein de la population ; cet aspect est important pour nous. Autre sujet qui a fait l'objet du point 6 de l'accord entre les deux chefs d'√Čtat : oeuvrer √† la ma√ģtrise de la volatilit√© des prix des mati√®res premi√®res au sein du G20. Une question essentielle quand la Turquie sera un important hub √©nerg√©tique demain ! Enfin, l'Union pour la M√©diterran√©e n'est pas un succ√©dan√© de l'adh√©sion √† l'Union. Nous esp√©rons que la Turquie participera activement au partenariat pour la d√©mocratie et une prosp√©rit√© partag√©e, annonc√© par M. Barroso. Nous serons tr√®s attentifs sur tous ces dossiers.




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Source/Lien : Sénat



   
 
   
 
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