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Ambassadeur turc en Autriche : "l'assertion qu’il y ait eu un génocide arménien est déjà une insulte"
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose la traduction de l'interview que Selim Yenel, ambassadeur turc en Autriche, a donné au magazine Public. Une langue de bois poussée à son paroxysme : elle ne parvient cependant pas à cacher que le négationnisme d'Etat est, en Turquie, érigé en religion.

Profil N°45/06

Interview: „Massacre, mais pas génocide“

Selim Yenel, ambassadeur turc en Autriche, parle de l’assassinat de centaines de milliers d’Arméniens – et du thème : dans quelle mesure son pays est-il responsable.

profil: Monsieur l’Ambassadeur, fort heureusement nous avons cette discussion à Vienne. Si nous étions à Istanbul ou à Paris nous pourrions finir en prison…

Yenel: Pas en Turquie.

profil: Pourquoi? En Turquie l’allégation de génocide est punie par la loi. En France, seule sa négation est interdite.

Yenel: En Turquie tout dépend de la façon dont la loi est interprétée. Certains procureurs sont plus sévères, d’autres le sont moins.

profil: Dans le cas de l’écrivain Orhan Pamuk cela fut assez sévère– il a été inculpé, simplement parce qu’il a dit qu’un million d’Arméniens avaient été assassinés.

Yenel: Mais Pamuk n’est pas passé en jugement. Le procureur voulait l’inculper, le juge l’a relaxé. Et cela s’est passé ainsi pour de nombreux cas.

profil: Mais s’il avait eu un autre juge, il est probable qu’il y aurait eu également une autre décision.

Yenel: N’oubliez pas, qu’il existe encore de plus hautes instances. Et il existe un mécanisme qui protège la liberté d’expression. Dans le cas Pamuk, les médias se sont aussitôt mis à hurler, alors que le gouvernement a clairement fait comprendre que ce n’était pas la bonne façon d’interpréter la loi. Il n’était pas le seul.

profil: Pourtant, on ne dirait pas qu’en Turquie cette loi soit contestée.

Yenel: Cette loi a été critiquée par l’Union Européenne. C’est pourquoi le Ministère turc de la Justice a décidé, de tout d’abord observer ce qu’il en est dans la pratique, et si elle est mal utilisée. Ensuite, on décidera si elle doit être remaniée.
profil: Pourquoi l’histoire – ou dans le cas de la Turquie, une interprétation de l’histoire - devrait-elle absolument être protégée par la loi ?

Yenel: Elle ne le doit pas. Nous croyons que l’histoire doit être discutée par les historiens. Cela n’est ni à la politique ni au Parlement d’en décider.

profil: Mais dans le même temps, on ne doit pas exprimer publiquement son opinion à ce sujet – ou dire quelque chose en relation avec les Arméniens, c’est ce qu’affirment des historiens réputés.

Yenel: Qu’il y ait autant de liberté d’expression que possible, qu’il y ait autant de personnes que possible qui puissent dire ce qu’elles veulent, – mais sans insulter personne. Dans la loi, on ne parle pas dès la première ligne des Arméniens, mais de l’insulte à l’identité turque.

profil: Et l’assertion qu’il y ait eu un génocide arménien est déjà une insulte?

Yenel: Oui, et je vais aussi vous dire pourquoi. Le mot génocide est très lourd. Si on l’utilisait pour les Arméniens, se serait une comparaison directe, une tentative pour intentionnellement, brouiller les pistes et comme pour les juifs parler d’extermination. Dans l’Empire ottoman la situation était complètement différente de celle de l’Allemagne nazie: Dans la partie Est de la Turquie, en 1915 il y avait une guerre civile, les Russes avaient essayé d’utiliser soulèvement des Arméniens à leur avantage. C’est la raison pour laquelle les Arméniens ont été déportés par les Ottomans vers les régions frontalières.

profil: Lors des déportations qui furent ainsi organisées, de nombreuses personnes furent massacrées.

Yenel: C’est vrai. La situation à l’époque était très difficile. Je ne nie pas que des cruautés envers les Arméniens aient eu lieu. Plus de 1000 citoyens ottomans ont d’ailleurs dû aller devant la justice pour cela. Ce qui veut dire qu’il y a eu des crimes pour lesquels chacun a dû endosser la responsabilité. Il s’est passé des choses graves, bien sûr. Mais, il y en a eu des deux côtés, également contre les Turcs. Après la guerre, il y a aussi eu un procès à Malte. Là, on a toutefois pas trouvé de preuves d’un génocide.

profil: Un instant: Winston Churchill, à l’époque Ministre britannique de la Guerre, a parlé d’honteux massacres en masse.

Yenel: Oui. Appelez ça atrocités ou massacres, mais pas génocide. Ce mot est trop. Il devrait être appliqué à quelque chose de bien pire, pour l’extermination totale de tout un peuple.

profil: Pas nécessairement. D’après la Convention de Genève, il peut être appliqué à l’extermination d’une partie d’un peuple. Ceci mis à part: Orhan Pamuk n’a jamais utilisé le mot génocide et il est traduit en justice comme traître à la patrie.

Yenel: Le mot non. Mais il a dit qu’un million de gens étaient morts.

profil: Quel serait le chiffre à votre avis?

Yenel: Pas un million, pour commencer. Nous ne voulons pas nous réduire aux chiffres, chaque meurtre est un meurtre de trop. Dans l’Est de la Turquie, vivaient à l’époque entre 300 000 et 600 000 Arméniens. Et même s’il y en avait eu un million, les Arméniens prétendent qu’il y a eu un million et demi de morts.

profil: L’Empire germanique, à l’époque allié de la Turquie et présent militairement, donnait le chiffre de 800 000 morts.
Yenel: Vous voyez, les chiffres sont controversés.
profil: Mais cela serait déjà bien plus que les 600 000 dont vous parliez.

Yenel: C’est possible. les Allemands faisaient partie de l’état major ottoman. Ils avaient probablement une bonne idée de ce qu’il se passait. Mais laissons donc cela aux historiens, qui pourront consulter les archives et faire des recherches.

profil: Trouvez-vous donc l̩gitime que le Pr̩sident iranien Mahmoud Ahmadinejad exige quelque chose de similaire Рune commission historique sur le g̩nocide des juifs?

Yenel: Pas du tout. Cela n’est pas comparable. Le génocide juif est bien documenté. Les dossiers sur l’Empire ottoman ne le sont pas. Il y a encore beaucoup ici à étudier. C’est cela que nous voulons: une discussion ouverte.

profil: Mais cela n’existe pas en Turquie. Un exemple: vous-même avait fait un commentaire dans la „Presse“. C’est pourquoi vous employez le mot „Massacre“ pour les turcs, mais pas pour les meurtres des Arméniens. Vous écrivez que 235 fonctionnaires arméniens furent arrêtés, mais vous ne dites pas que ceux-ci furent ensuite assassinés.

Yenel: Vous savez quoi? C’est votre interprétation.

profil: Non, une assertion reconnue – entre autres par le Bundestag allemand.

Yenel: Cela fait des décennies que ça dure, et c’est seulement au cours de ces dernières années que nous avons commencé à nous défendre. Entre temps, les Arméniens ont imposé leurs vues dans de nombreux pays européens, qu’ils ne veulent plus discuter. Pour eux, il y a eu un génocide, et il y a très peu à remettre en question, comme le fait que la terre tourne autour du soleil.

profil: Mais la Turquie s’est également positionnée. Pour vous c’est: il n’y a pas eu de génocide. Pourrait-il ressortir d’un débat historique qu’il y a eu un génocide?

Yenel: Non. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de débat. Les deux côtés ont souffert, les Arméniens probablement plus, car le gouvernement était aux mains des Ottomans. Mais il n’y a pas eu de génocide.

© Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN



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Source/Lien : Public



   
 
   
 
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