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Arméniens : les dindons de la France ?
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Réuni le mercredi 4 mai 2011, le Sénat a rejeté la proposition de loi visant à réprimer la contestation de l'existence du génocide arménien en adoptant par 196 voix contre 74 une motion opposant l'exception d'irrecevabilité à ce texte. Robert Badinter a souligné « que les auteurs de cette proposition de loi, emportés par la compassion, sont tombés dans un piège, qu'ils tendaient du même fait à la communauté arménienne elle-même. Car, depuis la révision de 2008, un texte qui s'enracine dans un autre autorise le Conseil constitutionnel à se saisir de la constitutionnalité du premier, dès lors que lui serait posée une question prioritaire de constitutionnalité. J'en appelle à tous les hommes de cœur : cette initiative conduirait au contraire du but poursuivi. »

Autrement dit, selon l’ancien garde des sceaux, la loi pénalisant la négation du génocide arménien ne doit pas être rattachée à la loi du 29 janvier 2001 par laquelle « La France reconnaît publiquement l’existence du génocide arménien », car elle rendrait la loi de 2001 susceptible d’être retoquée au niveau constitutionnel.

Bigre. Les officines de l’Etat turc doivent amèrement regretter leur lobbying effréné à l’encontre de la loi pénalisant le négationnisme…

Certains ont estimé que Robert Badinter faisait un chantage inapproprié. Pourtant il est difficile d’imaginer qu’un homme de sa stature, Président du Conseil constitutionnel de 1986 à 1995, se fourvoie dans une interprétation erronée du droit.

Selon François Pupponi (PS), député-maire de Sarcelles, un nouveau texte doit être de nouveau déposé à l’Assemblée nationale : ne serait-il pas souhaitable que des spécialistes du droit constitutionnel se penchent sur la rédaction de ce projet de loi et veillent à ce qu’il ne soit pas un Article 2 de la loi de 2001 ?

Tout comme il serait bon que les nouvelles initiatives soient portées par toutes les tendances politiques, seul gage de réussite. Autre piste évoquée : l’application en France de la Loi-Cadre européenne. Mais celle-ci ne réprimerait que la négation des génocides reconnus devant une juridiction internationale.

Certains des sénateurs qui se sont exprimés ce 4 mai pour contrer la loi de pénalisation ont malheureusement étalé leur ignorance de l’histoire de France en estimant que la patrie des droits de l’homme n’avait rien à voir avec le génocide arménien. L’année 2011 signe pourtant un triste anniversaire. Cela fera bientôt 90 ans que les accords d’Angora auront été signés le 20 octobre 1921, par Franklin-Bouillon et Youssef Kémal Bey. Des accords par lesquelles la France se retirait de Cilicie, abandonnant aux mains de l’armée kémaliste turque, la population arménienne rescapée du génocide de 1915. Pour mémoire, la France, puissance mandataire en Cilicie, avait incité les Arméniens à se réinstaller en Cilicie afin d’y créer un foyer national arménien [1].

Par ailleurs, les opposants à la loi de pénalisation ont estimé que les Français d’origine arménienne n’étaient pas confrontés au racisme et au négationnisme en France. Mauvaise foi ou manque d’informations ? Quoiqu’il en soit, un dossier récapitulatif des délits commis ou relayés en France, peut leur être adressé sur simple demande… Ils peuvent d’ores et déjà trouver dans l’Observatoire du Négationnisme du Collectif VAN quelques pistes de réflexion.

A notre grande surprise, certaines des interventions entendues ce 4 mai au Sénat pourraient figurer sans problème dans les fascicules de propagande turco-azéris.

Madame Nathalie Goulet, Sénatrice de l’Orne, a « honoré » à sa façon la mémoire des 1 500 000 victimes arméniennes de l’Etat turc. Devant Charles Aznavour, présent dans l’hémicycle ce 4 mai 2011, elle a utilisé les paroles de la chanson « Ils sont tombés », écrite par ce grand artiste en souvenir du génocide arménien, pour les détourner et les appliquer aux Turcs-Azéris : « Les victimes de Khodjaly, hommes, femmes et enfants innocents, sont elles aussi tombées, et nul n'a élevé la voix ! ». La lecture de la biographie de Nathalie Goulet [Milsztein] en ligne sur Wikipedia et du jugement par lequel elle a été radiée de l’Ordre des Avocats, apporte un éclairage intéressant à son intervention.

Par ailleurs, les assertions de Madame Goulet selon lesquelles les Azéris n’ont rien à voir avec les entreprises génocidaires à l’encontre des Arméniens révèlent quelques lacunes historiques qu’il serait judicieux de combler [2]. Peut-être ignore-t-elle que les Azerbaïdjanais (ou Azéris) étaient – au début du XXe siècle - dénommés Tatars. Outre les massacres arméno-tatars de 1905-1907, rappelons qu’à l'été 1919, 700 chrétiens de la ville de Chouchi (Karabagh) ont été massacrés par les Tatars. Et que plus de 20 000 Arméniens y ont été massacrés durant le pogrom de mars 1920.

Quant à la période contemporaine, les noms de Soumgaït, Bakou, Kirovabad, Maragha, signent en lettres de sang, quatre pogroms anti-arméniens majeurs qui ont été perpétrés en Azerbaïdjan, entre 1988 et 1992 [3].

Concernant Khodjaly, Madame Goulet oublie de préciser que la responsabilité du massacre des civils azéris est imputée aux forces azerbaïdjanaises qui ont empêché l'évacuation des habitants de la ville. La plupart de ceux qui ont pu s'enfuir grâce au couloir humanitaire ouvert par l’armée arménienne ont été tués par les Azerbaïdjanais. Ayaz Mutalibov, président azerbaïdjanais au moment de cet événement, avait déclaré au journal russe Novoie Vremia (6 mars 2001) : « Il est clair que l'exécution de civils à Khodjaly fut organisée afin de légitimer un renversement en Azerbaïdjan »

Cette version est également confirmée par différents journalistes azerbaïdjanais. Ainsi, Eynulla Fatullayev, fondateur de Realny Azerbaïdjan et de Gundalik Azerbaïdjan, a publié un article dans lequel il affirmait que les forces armées azerbaïdjanaises partageaient la responsabilité de la mort des centaines de victimes civiles tuées lors de l’attaque de Khodjaly. Cet article lui a valu d’être emprisonné. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), a déclaré illégale le 22 avril 2010, la décision de la cour d’Azerbaïdjan, condamnant le journaliste Eynulla Fatullayev à huit ans et demi de prison le 16 janvier 2008. [4]

Remercions Madame Goulet de nous avoir donné l'occasion de contrer (à notre modeste niveau) la puissance de tir turco-azérie et revenons au débat.

M. Gérard Collomb, Sénateur du Rhône, a relevé le seul point positif de cette séance de discussions : « Il y a dix ans, les sénateurs n'étaient pas aussi unanimes qu'aujourd'hui à reconnaître le génocide arménien ». En effet, même les adeptes les plus cyniques de la Real Politik, ont utilisé sans frilosité le terme de génocide arménien.

Certes, ce n’est qu’une piètre consolation, mais elle a certainement fait grincer des dents dans la tribune dédiée à la diplomatie turque. Celle-ci entendra-t-elle l’appel de Badinter : « Puissent enfin nos amis turcs mesurer le fait que depuis les atroces génocides de la seconde guerre mondiale, les dirigeants de toutes les nations démocratiques s'honorent en reconnaissant les crimes commis sur tous les continents : là est l'honneur des grandes démocraties, là est l'honneur des grands dirigeants. » ?

Alors, que reste-t-il ? Au-delà du vote négatif de ce 4 mai, résultat prévisible au vu des pressions de l'Etat turc, notons que Michel Mercier, garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés, a annoncé certaines dispositions :

"D'autres qualifications pénales peuvent s'appliquer, au titre de la discrimination et de la haine raciale. Le gouvernement de la République ne restera pas inerte. M. Sarkozy a décidé que deux actions seraient lancées. Une circulaire sera adressée aux procureurs généraux susceptibles d'être saisis en faveur de Français d'origine arménienne. J'ai proposé une collaboration régulière avec les juristes de la communauté arménienne, comme nous le faisons avec le Crif. Nous sommes disposés à avancer ensemble. Sur la base de l'article 1382 du code civil, des actions peuvent être menées pour que justice soit rendue. Je veille à ce que cette jurisprudence soit correctement appliquée".

L’avenir dira si cette circulaire gouvernementale suffira effectivement à contrer la prose nauséabonde et haineuse qui est déversée en français sur de nombreux sites, souvent hébergés à l'étranger. Ou si cette nouvelle promesse illustre seulement que les Arméniens d’origine, citoyens de notre République, sont une fois de plus, les dindons de la France.

Collectif VAN – 4 mai 2011 – 07:15 - www.collectifvan.org


[1] Selon l’historien R. H. Kévorkian : « L’occupation française de la Cilicie, prévue depuis les Accords Sykes-Picot, prit fin dans des circonstances pour le moins dramatiques alors que la France signait les fameux accords d’Angora avec le gouvernement kémaliste. Il existe évidemment une littérature très importante sur le mandat français sur la Cilicie, la Légion d’Orient et le virage pris par la diplomatie française à l’égard des nationalistes turcs, émanant essentiellement des milieux militaires français. Ces témoignages sont cependant avant tout révélateurs du point de vue officiel de la France et ne concernent que très peu les circonstances du départ des troupes françaises et de la population arménienne qui avait pourtant été rapatriée en Cilicie des déserts de Syrie et de Mésopotamie par les Anglais et les Français au cours des années 1919-1920, ainsi que le transfert des compétences de l’administration coloniale aux fonctionnaires kémalistes. C’est pourquoi nous avons trouvé à propos de publier la correspondance adressée d’Adana par un officier de l’armée française du Levant, Vahan Portoukalian, à un de ses amis parisiens, M. Kourken Tahmazian, couvrant la période allant de novembre 1921 à janvier 1922, une dernière lettre datée du 27 mai 1922, envoyée d’Athènes, venant la clore. De formation juridique, Vahan Portoukalian participa en qualité d’officier aux combats en Champagne et en sortit avec la Croix de guerre 1914-1918, avant d’être envoyé en Cilicie, où il reçut notamment pour mission de diriger les services de l’Assistance française durant l’évacuation de la région et les quelques mois qui suivirent. C’est au cours de cette période qu’il fut amené à accueillir Aristide Briand, arrivé d’Angora où il était venu pour mettre au point avec les Kémalistes l’application des Accords d’Angora signés en octobre 1921.»
L’évacuation française de la Cilicie en 1921
vue par lÂ’officier Vahan Portoukalian


[Lettre de Vahan Portoukalian Ă  Kourken Tahmazian]

Adana, 14 novembre 1921

« Ainsi donc, la France s’en va après avoir dépensé des millions inutilement, et avoir rougi cette terre du meilleur de son sang. Elle s’en va, laissant derrière elle un sombre cimetière, un pays ruiné et une population exaspérée, qui la poursuit de ses malédictions. Elle s’en va en vaincue. Ourfa, Marach, Bozanti, Sis ne sont pas des noms glorieux pour sa renommée. De grâce, qu’il soit bien entendu que nos braves soldats et leurs superbes officiers ne sont pas en cause dans cette humiliation du drapeau français ; mais soldats et officiers, pour si héroïques qu’ils soient, ne sont que des hommes ; ils peuvent bien mourir, mais ils n’ont pas le don des miracles. La France s’en va, disais-je, poursuivie par les malédictions des chrétiens et des musulmans qui s’étaient fiés à ses promesses et qui se voient lâchés. « Vous êtes donc venus en Cilicie, nous disent-ils, pour nous compromettre, nous ruiner, et finalement nous abandonner à la vengeance de nos mortels ennemis ! Si vous n’étiez pas venus, nous aurions peut-être pu vivre comme nous vivions avant ; mais désormais, il n’y a plus de place pour nous en Cilicie ». Ils ont raison.

La France avait reçu mandat d’assurer la sécurité des minorités, dans leurs biens et dans leurs personnes. Briand, le 11 juin dernier, affirmait à la face de l’Europe que c’était un engagement d’honneur, un engagement réel vis-à-vis de toutes les puissances alliées. Et la France s’en va, laissant les chrétiens de Marach, de Zeïtoun, d’Ourfa, de Hadjine, de tout le vilayet sud du Taurus, de tout l’Amanus, déracinés, errants sur tous les chemins de l’exil. Ces débris, car la masse est anéantie, impuissante à les défendre, impuissante à les reconduire dans leurs foyers détruits, à les remettre en possession de leurs biens volés, elle les abandonne, elle s’en va. Elle s’en va laissant des garanties illusoires aux chrétiens réfugiés dans les dernières garnisons qu’elle occupait sur la voie ferrée. Il est vrai que Franklin-Bouillon leur garantit tous les droits obtenus par les minorités en Pologne et dans les Balkans. Et pour appuyer ces garanties, il leur donne la parole des Turcs. Les gens qui ont signé cet accord sont des naïfs ou des criminels. La parole des Turcs ! Ont-ils lu l’histoire, ces sinistres diplomates, ailleurs que dans Loti ?

Voilà donc le bilan de deux ans d’occupation [française] ; ruine du prestige militaire ; ruine du prestige moral de la France ; ruine matérielle des chrétiens ; accumulation de haine entre les deux éléments désormais irréconciliables ; accumulation de rancunes contre la France. »

L’évacuation française de la Cilicie en 1921
vue par lÂ’officier Vahan Portoukalian


[2] Le Karabagh et les tentatives génocidaires de la Turquie
Chouchi

[3] Les 20 ans du pogrom anti-arménien de Soumgaït

Incomplete list of innocent victims of Sumgait

Le procès des crimes de Soumgaït (Février 1988)

"An ordinary Genocide: Baku, January 1990" documentary screened in Yerevan

Janvier 1990, les pogroms anti-Arméniens de Bakou

Article de Wapedia sur les pogromes et massacres d'Arméniens de Bakou en Janvier 1990

Black January of 1990 in Baku. Anti-Armenian pogroms and massacre

Maragha

"Maragha, 10 avril 1992. Génocide ordinaire”

Lancement du site Maragha.org

Khojaly: The chronicle of unseen forgery and falsification

Xocali.net : le site qui dénonce la contrefaçon azérie


[4] L’emprisonnement d’Eynulla Fatullayev dérangerait-il ?

Massacre de Khodjaly


Lire aussi la retranscription des débats :

Génocide arménien : le Sénat rejette la loi anti-négationniste




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