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Commémoration du génocide arménien
Publié le :

Le Blog de Jérôme Safar

Premier Adjoint au Maire de Grenoble, Conseiller régional Rhône-Alpes

Le 26 avril 2011 – 23h38

En mé­moire du gé­no­cide ar­mé­nien qui a fait 1 mil­lion et demi de vic­times à par­tir de l’été 1915, les as­so­cia­tions et la com­mu­nauté ar­mé­nienne gre­no­bloise se sont re­trou­vées sa­medi de­vant le khat­ch­kar du parc Paul Mis­tral pour por­ter le sou­ve­nir de cette page dra­ma­tique de l’his­toire. Cela a été l’oc­ca­sion pour moi de rap­pe­ler en quoi le tra­vail de mé­moire doit se conce­voir comme un moyen de construire la paix et non de conti­nuer des guerres ou de juger pour l’his­toire des peuples et des gou­ver­ne­ments.

Mesdames et Messieurs les élu(e)s,

Messieurs les Présidents des Associations,

Mesdames et Messieurs,

Comme tous les ans, nous nous trouvons ici devant le khatchkar de Grenoble afin de commémorer le génocide Arménien.

La date du 24 Avril 1915 marque en effet le début du premier génocide du XXe siècle. Ce jour là, 600 notables stambouliotes sont assassinés sur ordre du gouvernement « jeune turc ». Ces notables étaient tous Arméniens.

Jusqu’à cette date, l’empire Ottoman comptait une communauté Arménienne forte de 2 Millions d’âmes, 1 Million et demi vont trouver la mort dans le génocide.

Celui-ci ne devait malheureusement rien au hasard. C’est en effet à la fin du XIXe siècle, dans un empire en déclin que les haines religieuses vont être attisées pour consolider le pouvoir des Sultans. Il est remarquable de noter que pour les mêmes raisons, les Tsars de Russie vont procéder à la même époque et pour les mêmes raisons de politique intérieure, de la même façon en multipliant les pogroms.

Entre 1894 et 1896, ce sont déjà 200 à 250 000 Arméniens qui sont massacrés par le sultan en réponse à la demande de réforme et de modernisation des institutions politiques portées par les Turcs parmi lesquels de nombreux intellectuels Arméniens.

1 Million d’Arméniens sont alors dépouillés de leurs biens, quelques milliers convertis de force, des centaines d’églises sont brulées…en 1896, durant le mois de juin, dans la région de Van, pas moins de 350 Villages sont purement et simplement rayés de la carte.

À cette époque, le chroniqueur Américain, enquêtant sur les lieux des massacres écrit ceci:

pendant mes déplacements en Arménie, j’ai été de jour en jour plus profondément convaincu que l’avenir des Arméniens est excessivement sombre. Il se peut que la main des turcs soit retenue par la crainte de l’Europe, mais je suis sur que leur objectif est l’extermination et qu’ils poursuivront cet objectif jusqu’au bout si l’occasion s’en présente. Ils sont déjà tout prêt de l’avoir atteint.
“”

Le renversement du Sultan par le gouvernement « jeune turc » n’y changera rien. Ni les molles protestations des états Européens.

Le 1er avril 1909, on compte 20 à 30 000 morts à Adana. Les campagnes de boycott des commerces tenus par des Grecs, des Juifs et des Arméniens sont lancées et la folie qu’est la réécriture de l’histoire commence : le gouvernement explique ainsi que «la race turque» est rattachée aux Mongols de Gengis Kahn, aux Huns d’Attila…

Ce nationalisme débridé n’empêche pas la Turquie d’enrayer son déclin… bien au contraire.

Et lorsque la grande guerre éclate, le gouvernement Turc entre en guerre aux côtés des puissances centrales, l’Allemagne et l’Autriche–Hongrie. L’empire Ottoman est rapidement défait par l’armée Russe et perd 100 000 hommes. L’armée turque bat en retraite et multiplie les exactions à l’égard des Arméniens lors de cette retraite. Le 7 Avril 1915, dans la ville de Van un gouvernement Arménien autonome est proclamé.

Le prétexte est trouvé pour le gouvernement « jeune turc » qui va ainsi profiter de l’occasion pour accomplir son dessein d’éliminer les Arméniens.

Après l’assassinat des notables, des militaires Arméniens, des jeunes hommes, ce sont les femmes, les vieillards et les enfants qui sont réunis en long convois et déportés vers Alep. Les marches sont épouvantables, en pleine chaleur, sans vivres ni eau. Au total, les 2/3 de la population Arménienne vont disparaître durant l’été 1915…

L’Europe mettra plus de 60 ans, dans les années 80 à mobiliser son opinion publique pour se souvenir de ce génocide. Il faut saluer ici le travail remarquable des communautés Arméniennes à travers le monde qui ont inlassablement agi pour que la mémoire soit enfin reconnue.

Malheureusement le XXe siècle fut jalonné au fil de son histoire par des génocides : les Arméniens, la shoah, les Cambodgiens, les Tutsis… on pourrait croire que tout cela n’a servi à rien.

Pourtant il faut que notre travail de mémoire serve au contraire à expliquer quel espoir peut naître d’autant de souffrances humaines.

En France par exemple, Missak Manouchian se serait-il levé contre la barbarie nazie s’il n’avait été au plus profond de son être marqué par le massacre des siens ? Il faut bien admettre que lui comme ses frères, savaient et qu’ils refusaient cette logique qui amenait à exterminer et massacrer des populations au seul prétexte de leur naissance et de leur origine. Son sacrifice, comme celui de ses camarades a montré à quel point la Diaspora Arménienne était prête à se lever pour refuser la violence et l’injustice. Il est avec ses camarades, l’honneur des Arméniens de France et l’honneur de la France !

La France reconnaît ce sacrifice, comme elle reconnaît maintenant la réalité du génocide, elle a fini par répondre et il faut s’en réjouir en reconnaissant par la voix des parlementaires le génocide Arménien par une simple phrase : « la France reconnait publiquement le génocide Arménien de 1915 ».

Ce devoir de mémoire, cette commémoration sont ici d’autant plus importants à Grenoble dont l’histoire en tant que ville compagnon de la libération nous oblige plus encore à ce travail inlassable.

Nous le faisons en lançant un appel, non pas de haine contre le peuple Turc mais au contraire pour inviter la Turquie à regarder son histoire en face. Il s’agit bien de cela aujourd’hui, et ceux qui pourraient penser que cela n’arrivera jamais doivent espérer que comme en Tunisie, en Égypte, en Libye et en Syrie, malheureusement dans le sang et la douleur le printemps se lève aussi. Le devoir de mémoire sert aussi à cela.

Partout dans le monde les peuples ont soif de liberté et de vérité. Les arméniens, avec d’autres doivent appuyer ce mouvement et le soutenir, comme nous devons aider les intellectuels Turcs qui depuis l’assassinat de Hrant Dink veulent que la Turquie demande pardon et engage son travail historique. Ici en France, nous devons expliquer quel formidable espoir cela provoque et quelle chance de voir enfin la vérité établie et reconnue le devoir de se souvenir permet de construire.

La Turquie peut et doit se grandir par une telle reconnaissance, et nous nous devons d’affirmer qu’elle rentrerait ainsi pleinement dans la construction d’une entité Européenne qui prendrait tout son sens dans le concert de la mondialisation.

Avec nos amis de Sevan, avec la communauté Arménienne de l’agglomération nous sommes plus que jamais attentifs et déterminés, à ce que l’histoire, la culture, la mémoire, la langue Arménienne soient des facteurs de paix et d’ouverture.

La contribution de la communauté Arménienne à l’identité et au développement de notre pays est un message d’espoir après le martyr et l’exil. Il faut permettre à cette communauté d’entamer enfin son travail de deuil en cessant de nier le génocide.

Ce jour, doit entretenir ce message et cet appel.

Ayons ensemble la force de dire comme le fit Albert Camus dans une lettre à un ami Allemand écrite pendant la guerre :

"Nous avons aperçu que notre supériorité sur vous était d’avoir une direction…nous avons appris que l’héroïsme est peu de chose, le bonheur plus difficile…vous êtes l’homme de l’injustice et il n’est rien au monde que mon cœur puisse tant détester. Mais ce n’était qu’une passion, j’en connais maintenant les raisons. Je vous combats parce que votre logique est aussi criminelle que votre cœur. Et dans l’horreur que vous nous avez prodiguée…votre raison a autant de part que votre instinct. C’est pourquoi ma condamnation sera totale…mais dans le même temps où je jugerai votre atroce conduite, je me souviendrai que vous et nous, sommes partis de la même solitude, que vous et nous sommes avec toute l’Europe dans la même tragédie de l’intelligence. Et malgré vous-mêmes, je vous garderai le nom d’homme…nous sommes forcés de respecter en vous ce que vous ne respectez pas chez les autres…et jusqu’à la fin des temps ce sera le bénéfice de ceux qui vous ressemblent. Mais jusqu’à la fin des temps, nous, qui ne vous ressemblons pas, auront à témoigner pour que l’homme, par-dessus ses pires erreurs, reçoive sa justification et ses titres d’innocence…voilà pourquoi nous sommes sans haine.“




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Source/Lien : Le Blog de Jérôme Safar



   
 
   
 
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