Aujourd'hui : Lundi, 16 septembre 2019
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Turquie : « Cette douleur n’est pas la nôtre »
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le 12 mai 2011, Serhat Uyurkulak a signé sur le site turc Birdirbir, son point de vue critique et pertinent sur les termes de l’initiative de l’Association DurDe « Cette souffrance nous appartient à tous », menée par des intellectuels de Turquie le 24 avril 2011 à Istanbul : « D’aucuns peuvent se demander si l’enfer est vraiment pavé de bonnes intentions. Je ne suis pas sûr du genre de réponse que j'obtiendrais des Arméniens si je leur disais, dans le but d'être une personne avec une conscience claire, que je considère ce qu'ils ont vécu en 1915 comme ma propre douleur également. » L’article de Serhat Uyurkulak a été traduit en anglais sur le site Azad Alik. A partir de cette première traduction, le Collectif VAN propose aujourd’hui une version en français. Vous trouverez à la suite de cette traduction, le communiqué auquel Serhat Uyurkulak fait référence ici.

Légende photo : manifestation de l'Association turque DurDe à Istanbul (Taksim), le 24 avril 2011 : "Cette souffrance nous appartient à tous".



http://youtu.be/l6PFuzqP2D0



Cette douleur n’est pas la nôtre

Azad Alik - Birdirbir

Il y a besoin de justice, pas de compassion

De Serhat Uyurkulak


J’estime avoir de la chance de ne pas avoir vu beaucoup de décès de près. Mais, lors de la plupart des visites de condoléances, j'ai assisté à la même scène. Alors que la souffrance montait en flèche pour atteindre un degré presque palpable, quelqu'un fondait soudain en larmes et gémissait, disant qu'il voulait sortir le défunt de sa tombe et allant jusqu’à indiquer sa volonté de prendre sa place. Sous le regard étonné des membres de la famille, les gens s’interrogeaient discrètement les uns les autres pour savoir qui cette personne pouvait bien être. Et, souvent, il s'avérait que 'le voleur de chagrin' était quelqu'un que sa conscience tourmentait car il se sentait redevable au défunt de quelque chose, d'une façon ou d'une autre. La chose la plus étrange, c’est que la famille en oubliait presque sa propre peine pour que le ‘voleur de chagrin’ se sente mieux. Le vrai supplice commençait quand il lui incombait, à elle, de consoler cette personne qui avait quelque chose sur la conscience.

Je souhaite vraiment être quelqu’un ayant une conscience et une vie sans tache et j'essaie de faire de mon mieux pour vivre selon ce principe. « Avoir la conscience tranquille » est une expression utilisée dans la déclaration de l’initiative « Cette souffrance est la Nôtre », publiée de plus en plus souvent dans les réseaux sociaux et autres médias au fur et à mesure qu’approchait le 24 avril*. La déclaration affirmait que ce qui avait été fait aux Arméniens, qui étaient des sujets ottomans en 1915, devait être qualifié de crime contre l'humanité. De plus, les auteurs appelaient chacun d'entre nous, qui étions « unis sur la base des valeurs fondamentales de l'humanité », à déclarer que 1915 était « la douleur commune » de chaque personne vivant en Turquie.

D’aucuns peuvent se demander si l’enfer est vraiment pavé de bonnes intentions. Par exemple, je ne suis pas sûr du genre de réponse que j'obtiendrais des Arméniens si je leur disais, dans le but d’avoir la conscience tranquille, que je prends ce qu'ils ont vécu en 1915 comme aussi ma propre douleur. Je ne suis pas sûr, parce que je sais que j'appartiens à « un élément constitutif » qui a été privilégié par une République qui a décidé de soutenir l'État qui a commis le génocide (appelez-le exil forcé ou Grande Catastrophe si vous voulez) plutôt que de rompre les liens avec celui-ci. Bien que je ne me voie pas comme tel, c'est ce que je suis historiquement et structurellement.

Sans aucun doute, il est très dur d'accepter la situation telle qu’elle est, mais parfois les faits outrepassent les intentions. Si convaincus que nous soyons d’être radicalement différents des élites dirigeantes et même des gens ordinaires de la période autour de 1915, cela ne change pas grand-chose au tableau. De plus, aussi pacifiques et ouvertes au partage soient-elles, la bonne volonté et la conscience individuelles ne peuvent pas résoudre le problème principal, car la paix et la collaboration ne sont possibles que par le biais de la justice. Au-delà des intentions, il est nécessaire de reconnaître les faits survenus et il faut que justice soit faite. Malheureusement, la compassion des gens bien intentionnés, qui signifie à peine plus qu’une petite tape dans le dos, ne peut pas remplacer la vraie justice.

Dans ce pays semblable à une gigantesque maison de veillée funèbre, on attend des victimes qu’elles consolent et réconfortent tous les autres, particulièrement ceux qui ont mauvaise conscience. C'est précisément la raison pour laquelle je ne peux pas m'empêcher de dire que cette douleur ne nous appartient pas à tous, mais aux Arméniens. Je ne pense pas que le dire signifie qu’on est une personne sans coeur ou inhumaine. Au contraire, je crois qu'il est plus humain de ne pas m’approprier la souffrance de ceux qui ont été effacés de la surface de ce pays dont je suis un citoyen, eux dont j'ai utilisé les propriétés, les maisons dans lesquelles j'ai vécu, et de la richesse desquels j’ai profité même si ce n’est que structurellement parlant.

Ce qui est nécessaire, ce n'est pas d’avoir ce sentiment à la mode appelé empathie, mais d’assumer la responsabilité de ce qui est arrivé et de travailler pour la justice, bien que cela puisse être dur ou même insupportable à admettre.

Finalement, si 1915 a été notre souffrance commune depuis le début, pourquoi avons-nous attendu l’assassinat de Hrant Dink pour le ressentir et le déclarer ? Je me demande vraiment pourquoi.


*Association DurDe http://www.durde.org/ - Le site où l’appel était en ligne n’est plus en fonction : http://www.buacihepimizin.net/


©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 14 juin 2011 – 07:17 - www.collectifvan.org


Texte original en turc :

1915: BU ACI HEPİMİZİN DEĞİL


Lire aussi :

Génocide arménien : prise de conscience turque

Génocide arménien : « Cette peine est la NOTRE »

Pétition turque pour stopper la reconnaissance du génocide


L’article de Serhat Uyurkulak fait référence à cet appel intitulé « Cette souffrance nous appartient à tous » émanant de l’association turque DurDe. Contrairement aux militants de l’Association des droits de l’Homme de Turquie-IHD, les représentants de l’Association DurDe n’utilisent pas le terme « génocide arménien », mais celui de « crime contre l’humanité » :

Cette souffrance nous appartient à tous.

Le 24 Avril 1915
marque le début de la catastrophe dont fut victime le peuple arménien qui vivait depuis des siècles dans ce pays en côtoyant les autres peuples, mais qui fut arraché de ses terres, de sa maison, de son champ, de son travail, de sa profession par la force de l’Etat. Des centaines de milliers d’Arméniens ont péri, ont été tués, ont connu l’exil et toutes sortes de supplices, du seul fait qu’ils étaient Arméniens et sans qu’aucune distinction ne soit faite entre les femmes, les enfants, les vieillards et les malades.

Depuis lors, l’Etat et les gouvernements ont tenté de déguiser, sinon de sous-estimer et même de légitimer – en prétextant des raisons telle que celle de la révolte - cet événement abominable. Or, cet exil fatal, qu’aucune excuse ne saurait justifier, est à n’en pas douter un crime commis contre l’humanité.

Mais il importe de savoir que :

Tant que la politique officielle de lÂ’Etat qui nie ce crime perdure, la blessure qui saigne en silence dans le cÂœur des gens de ce pays sÂ’approfondit et paralyse de plus en plus notre esprit, notre conscience ainsi que notre sens du droit et de la justice.

Nous devons à présent mettre un terme à cela. C’est pour cette raison que nous convions tous ceux et celles qui souhaitent que ce pays soit celui des gens de bonne conscience à un devoir d’humanité qui a bien trop tardé. Nous appelons à déclarer que ce grave crime qui est marqué par la date du 24 Avril 1915 est une souffrance commune à nous tous qui nous réunissons autour des valeurs humaines essentielles. »




Retour à la rubrique


Source/Lien : Azad Alik



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org