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Empêcher la répétition symbolique du génocide
Publié le : 12-11-2006

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose cette traduction de l'article paru en turc dans Radikal le 01/11/2006

Par Christopher Atamian
The Daily Star, Liban

Peu d'initiatives récentes ont suscité en même temps autant de ferveur, de discussions, d'applaudissements et d'outrages que le récent projet de loi à l’Assemblée Nationale Française, proposant de rendre la négation du génocide arménien punissable par la loi. Ce n'est pas étonnant, les Arméniens du monde entier ont soutenu l'initiative presque sans réserve, alors que la plupart des Turcs se sont opposés avec des arguments historiques. Ils refusent toujours de considérer les massacres de 1915-1923 comme un génocide. Peu d’historiens turcs acceptent l'étiquette de génocide, mais comme beaucoup à l'ouest, ils s'opposent au projet de loi, considérant qu’il restreint la liberté d’expression. Si le projet devenait loi - il serait l'équivalent de la Loi Gayssot, qui criminalise la négation publique de l'Holocauste juif.

D'ordinaire, le droit à la liberté d’expression devrait être protégé sous réserve de quelques contraintes et exceptions limitées. Par exemple, si un citoyen américain veut insulter les Etats-Unis, il est dans son droit de le faire, il a aussi le droit de profaner le drapeau américain. Le premier amendement est clair sur ce sujet et sur d'autres questions concernant la liberté d’expression. Dans certains cas, par exemple, quand la sécurité nationale est mise en danger - il est acceptable pour un Etat, après les consultations et votes nécessaires, d’intervenir pour limiter certains droits (si tout va bien, pour une très courte durée). Le fait que George W. Bush ait abusé sans scrupule de ce droit plus d'une fois, ne signifie pas que le gouvernement français ne doive pas employer ses pleins pouvoirs pour protéger ses citoyens arméniens contre des insultes et des affronts continus – de la part des Turcs ou des autres. De même, l'Etat français a le devoir de protéger ses citoyens turcs contre les attaques anti-turques ou anti-musulmanes.

Le projet de loi français fait suite à un précédent légal, à savoir la Loi Gayssot existante.
Le Monde et d'autres publications ont clamé que les deux lois sont différentes du fait que cette dernière servait essentiellement de rempart à l’antisémitisme existant et futur. Pourtant la loi arménienne sur la négation du génocide, fonctionnerait, contrairement à ce que proclament ses détracteurs, exactement de la même manière, pour protéger du racisme et de la discrimination existante contre les Arméniens de France. Des mémoriaux au génocide arménien ont été récemment profanés dans le pays, tandis que les Arméniens étaient sujets à toutes sortes d'abus ignobles - physiques et autres -, y compris des attaques violentes par les Turcs de France lors d'une commémoration récente du génocide arménien. La question qui se pose est la suivante : est-ce que les citoyens arméniens de France (et des autres pays qui ont voté de semblables lois anti-négation de l'holocauste) ne méritent pas les mêmes protections que leurs compatriotes juifs ?
La douleur d'une personne est-elle à placer au-dessus de celles des autres ? Quand les choses arrivent à leur point-limite, ce qui s'applique à un groupe devrait également s'appliquer à l'autre. En outre, les Français considèrent très justement que la mémoire historique est un droit de l'homme, et ainsi que la négation des événements historiques qui incitent ou encouragent le racisme est une violation de ce droit.

Les réformes positives des droits de l'homme réalisées en Turquie ces dernières années (discussion du génocide arménien dans les journaux et certains cercles intellectuels, ouverture d'une station de télévision en langue Kurde) sont au mieux des mesures cosmétiques. L'antisémitisme et l'anti-Arménisme effrénés sont des réalités dans le pays de la lune et des étoiles où le fondamentalisme islamique est en augmentation. Même si Elif Shafak, la célèbre romancière turque, et le journaliste arménien Hrant Dink ont été acquittés des accusations d'« insulte à l'identité turque » sous l'article 301 du code pénal turc, tous deux ont été harcelés à un degré qui dépassait largement les normes de n'importe quel pays civilisé. Dink a été accusé cinq fois par l'Etat turc, chaque fois avec la même loi, qui reflète le pire du fascisme d’Etat. Sa vie a été menacée et il a été déclaré persona non grata partout où il allait en Turquie - où les nationalistes veulent sa tête -, que dans la diaspora arménienne, où il est parfois vu en tant qu'un modéré ou traître pour ses idées sur les questions actuelles et le génocide arménien.

Le problème ce n’est pas seulement que les Turcs nient le génocide arménien en Turquie mais c'est qu'ils exportent cette négation en Europe. Nier le génocide de 1.5 million Arméniens, de Grecs pontiques et d'Assyriens c’est avoir des mauvaises intentions vis à vis d’eux et surtout refuser la dignité humaine aux Arméniens. La France a le droit de dire « Vous pouvez laisser couler votre poison chez vous, laissez-nous régler le problème du négationnisme dans notre pays. Même si ça n’a rien avoir avec notre sujet, quel est le degré d’acceptation de la France vis à vis de son passé de colonisation en Algérie ? On peut espérer qu’elle l’acceptera. En menaçant la France d’une décision de « rétorsion » concernant le « génocide Algérien », la Turquie a brouillé le débat sur l’histoire. Il se peut que le gouvernement des colonisateurs ait réalisé des massacres d’ampleur contre les ethnies de différentes langues et religions, mais selon les normes acceptées ce n’est pas un génocide.

Les Arméniens pendant le génocide ont été obligés de quitter leur terre, leur biens, et renoncer à leur dignité. Ils sont été les témoins de 1915 à 1923, du massacre de tous les hommes, des viols des femmes et des enfants, ils ont assisté aux tortures et aux mises à morts. Les gens ont été brulés vifs dans les lieux où ils se réfugiaient. Ils ont été noyés en masse dans la Mer noire. Les pendaisons et crucifixions étaient devenues monnaie courante.

Contrairement aux Allemands, non seulement les Turcs n’ont pas réussi à demander pardon aux Arméniens et à les indemniser, mais en plus, ils ont mis récemment en route une grossière campagne de négation qu’ils exportent dans le monde entier. Nier c’est l’étape final du génocide, et surtout c’est la répétition symbolique des crimes commis. Les Français ont dit : « ça suffit ! vous ne pouvez pas tuer encore une fois les victimes, du moins en France ».
La juste réponse qui devrait venir des Turcs, c’est l'acceptation de la réalité de ces événements qui nous causent de la souffrance, et non pas le nationalisme exacerbé qui va les pousser en dehors de la civilisation.


© Traduction N.T pour le Collectif VAN

Photo : Manifestation du Comité Talaat Pacha, place de la Bastille à Paris, le 18 octobre 2006 (Forum de l'Amitié Franco-Turque)





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Source/Lien : Radikal



   
 
   
 
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