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Arménie/Azerbaïdjan : "Djoulfa : le chant brisé"
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose un compte-rendu de la soirée organisée par l’Organisation Terre & Culture (OTC), vendredi 17 novembre 2006, dans la salle de l’Eglise arménienne de Paris, lors de la projection et du débat autour de "Djoulfa : le chant brisé" d'Argam Ayvazian.

Destruction du cimetière arménien de Djoulfa : un patrimoine culturel de plusieurs siècles anéanti par le pouvoir azéri au Nakhitchevan.


Le film d’Argam Ayvazian est unique en ce sens qu’il permet de verser dans les archives nationales et internationales, les dernières images de ce qui fut un patrimoine culturel exceptionnel. Ayvazian a, en effet, filmé durant des décennies, le cimetière arménien de Djougha avec ses milliers de khatchkars (croix de pierre) ciselés. Malgré la piètre qualité des prises de vue, de la bande son et du montage, ce film nous permet d’accomplir un voyage dans le temps et dans l’espace.
Il nous donne à voir ce qui n’est plus : ces géants de pierre, encore debouts, surgissant de leur terre ancestrale, comme autant de témoins de la force d’un peuple enraciné sur son sol et gardien de ses traditions.

Lorsque la caméra filme les soldats azéris qui, de l’autre côté de l’Araxe, s’acharnent sur ces vestiges architecturaux des siècles passés, le spectateur devient malgré lui le témoin direct d’une folie meurtrière singulière : ces croix qu’on abat et qui se couchent sous les coups de boutoirs, ressemblent étrangement à des corps humains. Un génocide culturel qui en rappelle un autre, plus sanglant, mais identique sur le fond : le but en ce XXIème siècle, est d’anéantir définitivement toute preuve de présence arménienne sur nos territoires historiques. Effacer, détruire à tout prix des siècles de civilisation arménienne au Nakhitchevan, sans état d’âme pour la profanation des sépultures ou la richesse culturelle de cet art religieux.

L’armée azérie s’active. Les masses s’élèvent dans le ciel pour s’abattre violemment et briser la mémoire arménienne à Djougha. Image saisissante d’un camion-benne qui déverse – on aurait envie de dire « dégueule » - les Khatchkars brisés dans le fleuve Araxe. Des images terrifiantes, une voix-off retentit : « Otez vos mains de nos pierres. Les Arméniens vous regardent. Dieu vous voit… ». Nous savons déjà que l’irréparable est commis. Il ne reste plus rien de ce site unique. Pas un seul Khatchkar sur des milliers…(plus de 10 000 recensés). Depuis, un camp militaire azéri a été installé sur l’emplacement même de l’ancien cimetière historique.

Plusieurs prises de parole ont suivi la projection de ce témoignage filmé.

Kéram Kévonian a développé les étapes successives de la destruction du cimetière de Djougha ainsi que les différentes interventions faites par l’OTC auprès de l’UNESCO depuis 1998 (plus d’informations dans le Communiqué ci-dessous). Kéram Kévonian précise que l’Unesco a voulu en 1998, intervenir auprès de l’Azerbaïdjan, pour que celle-ci rende les Khatchkars (qui à l’époque étaient déplacés par convois ferroviaires) à l’Arménie, et qu’il a eu beaucoup de mal à faire comprendre à la vénérable institution, que les Khatchkars devaient rester sur leur emplacement initial, puisque Djougha est un territoire d’Arménie historique. Au vu de ce qui s’est passé depuis, on est en droit de se demander si ce choix était judicieux. Surtout lorsque l’on sait que les 37 Khatchkars du site de Djougha qui subsistent actuellement se trouvent pour la plupart en Arménie... (plus un Khatchkar exposé au musée de l’Ermitage à St Petersbourg).

Dzovinar Kévonian s’est ensuite penchée sur l’aspect juridique et politique de la question : en fait, les outils juridiques existaient en 1998 pour sanctionner les auteurs de cette destruction et la destruction totale du site aurait pu être ainsi évitée.
La convention de 1972 dite « Convention de Paris » signée par l’Azerbaïdjan, recensait alors le type de violation commise dans le Nakhitchevan, sans toutefois signaler la nature de la violation. Elle justifiait largement une intervention car le cimetière de Djougha appartenait au patrimoine mondial.

Après 2001, la destruction des deux Bouddhas par les Talibans rentrait dans le cadre de « Crime contre le patrimoine culturel mondial ». Pourtant, même dans ce cadre, il y avait eu alors uniquement une sanction morale du fait de l’absence d’une véritable définition du délit surtout en temps de paix.

Dans le cas du Nakhitchevan, une sanction morale n’a pas même été évoquée. Pourtant ces destructions s’inscrivaient tout à fait dans la notion de « Crime contre le patrimoine mondial », et engageaient la responsabilité de l’Etat. Elles pouvaient également induire une responsabilité pénale aux personnes agissantes.

Si, jusqu’en 2000, le contexte était favorable pour une action d’envergure afin de stopper la destruction du cimetière de Djougha, la situation internationale qui s’est dégradée dès 2001, a provoqué un basculement qui a freiné alors toute intervention (le conflit tchétchène, le raidissement de la Turquie et de l’Iran, la guerre en Irak, la question du Karabakh). Mais aussi et surtout les conditions imposées par l’Azerbaïdjan qui, donnant son accord de principe à une intervention d’experts de l’UNESCO à Djougha, a demandé en contrepartie que l’Arménie accepte qu’une commission d’experts se rende aussi au Karabakh pour constater les destructions du patrimoine azéri par les Arméniens. Notons que la réponse de l’UNESCO lors de sa dernière rencontre avec la délégation internationale de parlementaires le 17 octobre dernier fut : « Nous attendons la réponse de l’Arménie sur cette proposition». Depuis 2001, nous assistons donc à une absence de consensus commun.

L’intervention d’Argam Ayvazian a été révélatrice de son engagement personnel pour la sauvegarde du patrimoine de Djougha. Ses photographies et ses films font l’objet aujourd’hui d’archives précieuses. « J’ai tout filmé, et archivé 99% du patrimoine arménien au Nakhitchevan » a-t-il déclaré. Malgré des moyens modestes, Mr Ayvazian a financé personnellement son travail d’archive et d’édition.

René Dzagoyan du CCAF a pris brièvement la parole pour expliquer la manière dont la délégation parlementaire internationale (suisse, canadienne, grecque et française), réunie à l’initiative de l’association Suisse-Arménie, a été reçue le 17 octobre à l’Unesco à Paris. Il en a profité pour décrire les réactions des députés présents, qui se sont opposés violemment à Koïchiro Matsuura, Director General de l’UNESCO, pour sa réponse à la Ponce Pilate.

Après quelques questions du public, Kéram Kévonian a clôturé la soirée en soulignant la détermination absolue avec laquelle le travail sera poursuivi pour la reconnaissance et la condamnation de la destruction du cimetière arménien de Djougha. Le public a été invité à agir par les moyens qui lui sont propres.

Christine Papazian
Pour le Collectif VAN

Pour plus d’informations :
L'Azerbaïdjan élimine un patrimoine culturel datant de 12 siècles

COMMUNIQUÉ de L’organisation Terre et Culture
LA DESTRUCTION DU CIMETIERE DE L’ANCIENNE DJOULFA ET L’UNESCO : SEPT ANS D’ATERMOIEMENTS


L’organisation Terre et Culture réagit par ce communiqué à la conférence de presse donnée le 17 octobre 2006 par le secrétaire général de l’Unesco concernant la destruction du cimetière médiéval de l’Ancienne Djoulfa d’une valeur archéologique et historique unique, situé dans le Nakhitchévan. Par ses lignes, elle entend rappeler l’ensemble des démarches et interventions effectuées depuis 1998 auprès de l’Unesco et les réponses qui lui ont été fournies alors à plusieurs reprises par cette institution, notamment l’assurance de l’envoi dès l’année 2000 d’une mission d’experts.

En novembre 1998 a lieu la première phase de destruction du cimetière de Djoulfa.
Le 26 novembre, des observateurs iraniens voient depuis la frontière iranienne, des ouvriers renversant, bulldozer à l’appui, des pierres tombales et des stèles funéraires et les jeter dans des wagons situés sur la ligne de chemin de fer Érévan-Bakou.
Un premier courrier est alors adressé par l’Union internationale des organisations Terre et Culture (UIOTC) à M. Frederico Mayor, Directeur général de l’Unesco : cette lettre du 9 décembre 1998 l’informe de la destruction planifiée entreprise par les autorités du Nakhitchevan et demande trois choses :

- l’intervention de l’organisation internationale auprès du gouvernement azerbaïdjanais pour la suspension de ces actions destructrices ;
- la remise en leur place des pierres funéraires ;
- l’envoi d’une mission d’experts sur le terrain.

Un courrier similaire est adressé à l’UNESCO par la Fondation pour la Sauvegarde des Monuments arméniens (10 décembre 1998), par l’association Research on Armenian Architecture (16 décembre 1998) et par le Catholicos de tous les Arméniens, Karékine Ier (7 décembre 1998). Une réponse (12 janvier 1999) est reçue par l’UIOTC et la RAA de M. Hernan Crespo Toral, Sous-Directeur général pour la culture. Il y exprime sa vive préoccupation pour la question et affirme que l’UNESCO suit de très près la situation. Un dossier photographique est envoyé à M. Hernan Crespo Toral, ainsi qu’à M. Ahmad Jalali, ambassadeur délégué permanent de la République islamique d’Iran à l’UNESCO au début du mois de février 1999.

Les fonctionnaires de l’Unesco rencontrés le 17 février 1999 par l’Organisation Terre et Culture (Jan Hladik de la Division du patrimoine culturel et Stephan Matyk, expert associé) insistent sur la nécessité de ne pas porter l’affaire devant la presse afin de ne pas gêner les démarches en cours. Pourtant la question a été évoquée par les représentants de la République d’Arménie et de l’Azerbaïdjan lors de la 10e session du Comité intergouvernemental pour la promotion du retour des biens culturels à leur pays d’origine ou de leur restitution en cas d’appropriation illégale (25-28 janvier 1999).

En octobre 1999, l’Organisation Terre et Culture est informée par M. Mounir Bouchenaki, Directeur de la division du patrimoine culturel, que l’Unesco a l’intention d’envoyer sur place une mission composée des experts MM. Azedine Beschaouch et Léon Pressouyre (tous deux spécialistes d’archéologie, d’histoire de l’art et d’histoire monastique). Afin de préparer au mieux cette mission, l’Organisation Terre et Culture, après un entretien préliminaire avec l’un d’eux (15 octobre 1999) propose d’organiser une seconde rencontre avec l’un des spécialistes arméniens reconnus du patrimoine du Nakhitchevan, M. Argam Ayvazian, alors en Grèce.

En mai 2000, M. Argam Ayvazian, auteur de plusieurs ouvrages publiés à Érévan sur le Nakhitchevan et l’Ancienne Djoulfa est reçu par M. Azedine Beschaouch pour étudier les détails des itinéraires de la future mission. Cette rencontre a lieu à Paris, au siège de l’Unesco. Six itinéraires principaux sont établis et comprennent l’inspection de vingt sites. Ils visent à rendre compte de l’état des monuments arméniens les plus significatifs situés dans les frontières du territoire du Nakhitchevan. À cette date en effet, l’inquiétude grandit concernant une politique de destruction méthodique de l’ensemble du patrimoine historique de cette région. Dans le même temps, les autorités de la République d’Arménie sont informées de ces démarches.

Or, comme chacun sait, cette mission d’enquête ne s’est pas rendue sur les lieux en dépit de nouvelles demandes de l’Organisation Terre et Culture auprès de l’Unesco, suscitées par les évènements ultérieurs.

En novembre 2002, commence la deuxième phase de destruction du cimetière de Djoulfa.
Le 12 décembre 2002, l’UIOTC envoie un nouveau courrier à l’Unesco, adressé à M. Mounir Bouchenaki, devenu Sous-Directeur général pour la culture, pour l’informer de la reprise de la destruction du site en novembre 2002 - les stèles funéraires encore debout en 1998 ont été renversées et brisées. C’est une nouvelle demande d’intervention de l’Unesco pour l’arrêt des destructions et l’envoi en urgence d’une mission d’experts. La disparition totale du site est évoquée comme un risque réel et imminent. Les autorités politiques et religieuses arméniennes sont informées de ces nouvelles démarches.

Une nouvelle rencontre a lieu le 31 décembre 2002 avec trois fonctionnaires de l’Unesco, MM Lévi-Strauss, Carducci et Hladic : exposé de la situation, constitution d’un nouveau dossier documentaire, demande pressante d’une mission de l’Unesco pour l’arrêt des destructions de la nécropole de Djoulfa et d’autres monuments du Nakhitchevan, dont on sait désormais qu’ils sont eux aussi menacés de destruction.
M. Mounir Bouchenaki répond le 23 janvier 2003 en assurant que le Secrétariat général a pris bonne note de la lettre et pris contact avec les autorités de l’Azerbaïdjan pour de plus amples informations. Une deuxième réponse de M. Bouchenaki date du 17 mars 2003 Il est écrit une nouvelle fois que le Secrétariat suit attentivement la situation et reste en contact avec les autorités compétentes d’Azerbaïdjan.

Or, aucune mission ne se rend sur place. Aucune dénonciation officielle ne vient mettre un terme aux destructions entreprises.

En décembre 2005 a lieu la troisième et dernière phase de la destruction du cimetière de Djoulfa.
La nécropole de l’ancienne Djoulfa est entièrement détruite par des militaires azerbaïdjanais, armés de pelles, masses et buldozers. Il ne reste rien des 3.000 tombes, stèles et croix de pierre de cette nécropole.

Lors de la conférence de presse de la délégation franco-suisse reçue à l’Unesco le 17 octobre 2006, il est apparu que l’inaction de l’organisation internationale durant ces années n’a été ni justifiée ni explicitée. Or la responsabilité de l’Unesco a été engagée par le fait que de manière répétée des informations précises et documentées lui ont été fournies dès 1998, et que des assurances ont été données sur l’envoi d’une mission d’experts qui aurait pu sans nul doute mettre un terme au processus de destruction. Du reste, les premières interventions auprès de l’Unesco en 1998-2000 avaient entraîné l’arrêt immédiat des destructions.

Aujourd’hui, cette nécropole unique a été totalement anéantie. Aucune déclaration émanant de l’Unesco n’a été entendue sur le sujet, alors même que cette organisation a fait adopter par ses membres lors de sa 32e session en octobre 2003 une Déclaration concernant « la destruction intentionnelle du patrimoine culturel ». Cette déclaration définit la notion de « crime contre le patrimoine mondial ». Nous attendons depuis maintenant plusieurs mois que l’Unesco s’exprime sur les destructions opérées dans le Nakhitchevan, conformément aux missions qui sont les siennes.



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