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Londres : Manifestation de Soutien Ă  Ragip Zarakolu
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Une manifestation de soutien à Ragip Zarakolu s'est déroulée le 23 novembre 2011 au Parlement du Royaume-Uni, à Londres, sous le patronage de Michael Connarty, Membre du Parlement. Elle était organisée par Eilian Williams, infatigable militant des droits de l’homme en Solidarité avec les Prisonniers d’Opinion en Turquie - (Mouvement Soutenu par la Fédération Kurde du Royaume-Uni, le KNK, la Campagne Paix au Kurdistan). Le Collectif VAN vous invite à lire une traduction de Gilbert Béguian de cet article mise en ligne sur le site de NAM (Nouvelles d'Arménie Magazine) le 25 novembre 2011.


NAM

Zarakolu ou l’Histoire qui se répète

Manifestation de Soutien Ă  Ragip Zarakolu le 23 novembre 2011 Au Parlement du Royaume-Uni, Ă  Londres Sous le patronage de Michael Connarty, Membre du Parlement -

Organisée par Eilian Williams, infatigable militant des droits de l’homme en Solidarité avec les Prisonniers d’Opinion en Turquie - (Mouvement Soutenu par la Fédération Kurde du Royaume-Uni, le KNK, la Campagne Paix au Kurdistan)

Tessa Hoffmann a donné lecture d’un message de soutien adressé à Ragip Zarakolu : “Parmi les six livres saisis pour servir de “preuves“ contre Ragip Zarakolu, trois sont sur le Génocide arménien, dont deux sont des manuscrits. L’un est l’édition turque de mon livre “Persécution, expulsion et anéantissement des Chrétiens dans l’Empire ottoman 1912-1922“ qui a été traduit en prison par Suzan Zengin en dépit de ses graves problèmes de santé. Quand elle a été finalement libérée, elle est tombée dans le coma au cours d’une opération du cœur et mourut deux semaines plus tard à l’âge de 52 ans, sans s’être réveillée“.

L’avocate des droits de l’homme Margaret Owen, Estella Schmidt, Aysegul Meletti et Can Samet Atas ont également pris la parole au cours de la réunion pour parler de l’arrestation de beaucoup d’avocats, au moment même où le Président Gul dînait avec la Reine.

Khatchatur I. Pilikian a fait une déclaration : “l’historien écossais John Seeley l’a très bien dit : ’l’histoire est la politique du passé, et la politique, l’histoire du présent.’ Pour saisir comme il convient les raisons pour lesquelles le courageux intellectuel et éditeur des droits de l’homme Ragip Zarakolu est au nombre des plus récentes victimes de l’article 301 du code pénal turc, un article oppressif, il nous faut considérer le passé historique de l’oppression, les dirigeants oppresseurs, et la terreur que leur gouvernement impose au langage de la vérité.

Le langage de vérité est assurément la principale cible de toute autorité anti-démocratique partout et dans tous les âges. La définition que Shakespeare a donnée de la censure appliquée à l’Art convient certainement aussi à celle du Vrai : ’L’Art [le Vrai] rendu muet par l’autorité’ ; c’est ainsi qu’est satisfaite la vanité des grotesques acteurs politiciens. Il n’est pas étonnant que lorsque la censure, qui n’est rien d’autre que du vandalisme bureaucratique, finalement échoue, l’oppresseur décide l’élimination physique de l’auteur, qui agit avec son intégrité intellectuelle pour animer les consciences.

Là-bas vivait à l’époque un des grand poètes d’Orient, nommé Sarmad, dont on pensait qu’il était l’égal de Khayyam et d’Hafez. Les vers de Sarmad faits de critique sociale et morale provoquèrent l’ire de l’autorité suprême de l’Empire mongol, le Shah Aurengzeb. Aurengzeb avait déposé et emprisonné son propre père, le Shah Jahan du renommé Taj Mahal. Régnant sur 150 millions de sujets, le quart environ de la population du monde au 17ème siècle, qu’Aurengzeb se révéla incapable d’affronter la vérité, à plus forte raison l’accepter, qu’exprimait son poète lauréat particulier, Sarmad. Impuissant à le réduire au silence, le Shah ordonna la décapitation du poète en 1661. C’est le propre biographe d’Aurenbzeb, Ali Khan Razi, qui recueillit les derniers vers de Sarmad :

Tout était sombre Autour de moi Lorsque sortant d’un profond sommeil J’ouvris mes yeux une fois encore J’ai vu la terre entière Drapée dans les ténèbres Et c’est ainsi que fatigué de tout Je fermai mes yeux une fois encore

Sarmad n’était pas vraiment un poète révolutionnaire. Peu importe. Lorsque ses mots traduisirent la réalité du monde dans lequel il vivait, l’oppresseur en fut tout effrayé, lui qui était le plus puissant chef de l’Empire mongol du 17ème siècle.

Au cours du premier quart du 20ème siècle, un chef révolutionnaire du Moyen-Orient fonda une nouvelle république - la Turquie. Malgré cela, le potentat fondateur était incapable d’affronter la vérité dite par le poète révolutionnaire Nazim Hikmet, le poète lauréat du peuple turc. Le premier juin 1933, Mustafa Kemal, président de la nouvelle république, ordonna l’arrestation du poète et l’envoya en prison attendre la peine de mort. Pourquoi ? Le poète lui-même en donne la raison :

Ils veulent massacrer mes chansons Et étouffer la flamme ardente de ma colère

Entre temps, quelques mois seulement après, le 29 octobre 1933, Mustafa Kemal, en grand apparat et accompagné de l’envoyé officiel de Staline, Vorochilov, inspectait l’armée républicaine.

Condamné en 1938 à 28 ans d’emprisonnement, le poète était encore dans la prison de Bursa en 1942, l’année où le chef nazi de l’Allemagne rendit à la Turquie, dans un geste de bonne volonté, les cendres de Talaat. Comme on le sait, c’était talaat, le ministre de l’intérieur jeune turc, qui avait envoyé l’ordre télégraphique du génocide au gouverneur d’Alep, le 15 septembre 1915, disant : ’le gouvernement a décidé d’exterminer en totalité tous les Arméniens vivant en Turquie[...] sans pitié pour les femmes, les enfants et les invalides [...] sans tenir aucun compte des scrupules de la conscience, on doit mettre fin à leur existence’.

Talaat décrivait en fait les actions en cours de son gouvernement.

Le 24 avril 1915, à Istanbul, près de 300 intellectuels arméniens de toutes professions, étaient tous arrêtés, et rapidement à peu près tous furent massacrés. Jusqu’à la mi-mai 1915, la population civile arménienne était pratiquement privée de ses intellectuels ; 196 écrivains, 575 musiciens, 336 médecins, 176 enseignants et professeur d’université, 160 avocats, 62 architectes, 64 acteurs...tous, arrêtés, déportés, disparurent définitivement... L’acte suprême du processus génocidaire était en cours. Ayant aussi privé la nation arménienne des forces vives de sa population par la conscription des Arméniens avant que n’éclate la Première Guerre Mondiale, le gouvernement jeune turc de Talaat ordonna l’expulsion de ce qui restait de la population arménienne d’Asie Mineure - les vieux, les femmes et les enfants - vers les déserts du sud de la Syrie du nord. Vandalisme, viol, extorsion, torture sadique, famine, raids meurtriers, tout cela à n’en plus finir. Le cri perçant d’une humanité au plus profond de l’enfer...

Permettez moi de confesser, mes deux parents, qui purent survivre au Génocide de 1915, n’ont jamais cultivé aucun sentiment de haine envers le peuple turc. Et je me sens sereinement fier de cet héritage.

Et voilà qu’à présent, la République Turque d’Ataturk honore les restes de Talaat, le “héro tombé“ sur la Colline de la Liberté à Istanbul. Peut-être espère-t-on déposer dans le mausolée, avec la bénédiction de l’Otan qui plus est, les restes d’autres ’Héros Jeunes Turcs’... Après tout, lors de son 50ème anniversaire, en 1939, un an après la mort d’Ataturk, s’adressant à quelques généraux turcs, Hitler avait fait l’éloge, en la mémoire du premier président de la République de Turquie qui avait été à l’époque un camarade Jeune Turc, en disant : ’Ataturk a eu deux grands enseignants dans ce monde- Mussolini et moi’.

Et Nazim Hikmet était toujours en prison en 1948, l’année de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et aussi, plus concrète, de la Convention sur la Prévention et la Répression du Crime de Génocide. Le poète du peuple turc, le compagnon d’armes et de lettres d’Aragon, Maïakovski et Pablo Neruda continuai à écrire douze volumes de vers, considérés come les meilleurs de la littérature du monde, emprisonné pour près du tiers de sa vie entière. Le poète attirait l’attention de son peuple :

Tu tiens ce monde dans tes mains O mon peuple laborieux Et ils te nourrissent de mensonges Tandis que tu meurs de faim

La voix de Nazim Hikmet sonnait haut et clair en plein milieu du vingtième siècle.

Ce qui se passe à présent au vingt et unième siècle, c’est qu’un admirateur connu du poète Hikmet élève la voix pour soutenir les minorités nationales de son pays la Turquie. En outre, Ragip Zarakolu dénonçant entre autres, l’article 301 fasciste, nous remet en mémoire ce que John Milton, le poète révolutionnaire républicain déclarait dans son Apologie de 1648 : ’eux qui ont détourné le regard du peuple, lui reprochent d’être aveugle’.

Récemment, à propos du conflit kurde en Turquie, Action Canadienne a écrit : ’Depuis 1993, plus de quatre mille villages ont été détruits et plus de dix sept mille Kurdes innocents ont été tués par les Forces Spéciales Turques. A la suite des élections municipales du 29 mars 2010, quinze cents hommes et femmes politiques, intellectuels, représentants élus, maires et militants des droits de l’homme ont été emprisonnés jusqu’à ce jour. Que cela soit ou non insupportable, des centaines d’enfants kurdes ont été tués par les Forces Spéciales Turques depuis 1993 jusqu’à ce jour, et près de trois mille Kurdes enfants, âgés de six à dix-sept ans, sont en prison’.

Dans ce texte, Action Canadienne ne fait que prendre acte après coup du massacre génocidaire de Dersim par la République Turque, en 1937-1938, lorsque les forces terrestres et aériennes de l’armée turque avait anéanti 80 000 Kurdes alévis pour la plupart, femmes enfants et vieillards.

Il est évident, et triste, que le gouvernement turc continue sans relâche cette guerre qui ne dit pas son nom, une fois encore contre ses propres citoyens, incapable quoi qu’il en soit, de ’détourner le regard du peuple’, en l’espèce celui du peuple kurde en particulier. Mais il s’agit aussi du regard du peuple turc, j’ai tendance à le croire, ayant rencontré personnellement l’humaniste et courageux intellectuel turc, Ragip Zarakolu, ici, à Londres, partageant avec lui une tribune à la Chambre des Communes à la mémoire de Hrant Dink, le compagnon de lettres de Zarakolu, assassiné par un homme de main fasciste en 2007.

L’Assemblée Arménienne d’Europe vient de rendre publique une déclaration adressée au Monde Arabe, à l’Europe et l’opinion publique internationale : “Le premier ministre turc Erdogan accroît ses prétentions quant au rôle de juge dans les problèmes régionaux. Erdogan a atteint des sommets lorsqu’il a demandé au régime syrien de “ne pas massacrer“ des gens, ajoutant que ’sans cela, l’histoire se souviendra toujours de lui comme d’un sanguinaire’. Erdogan n’a aucun droit de donner des leçons de moralité, sauf s’il écoute les appels des dirigeants européens pour affronter les pages sombres de l’histoire de la Turquie. [...] La Turquie est pressée d’abolir le fameux article 301 digne du Moyen-âge, dont la dernière victime en date est l’éditeur Zarakolu, qui fait sienne la souffrance des minorités nationales - victimes de la politique discriminatoire de la Turquie.

Rappelons la façon dont notre honoré et éloquent génial intellectuel Bertrand Russel concluait dans sa déclaration, la Session de Stockholm du Tribunal sur les Crimes de Guerre au Vietnam de 1967 : ’Le long combat ardent pour la défense et pour la libération n’a pas de fin. Un tribunal tel que le nôtre sera nécessaire tant que le dernier homme qui meurt de faim ne sera pas nourri et qu’une possibilité de vie soit créée mettant fin à l’exploitation de beaucoup de personnes par quelques uns. Partout où des hommes luttent contre les souffrances, nous devons être leur voix.[...] Nous serons jugés non sur notre réputation ou nos prétentions, mais sur notre volonté d’agir’.

Il est bon de savoir que s’était créé un comité international, réuni à Paris et présidée par le poète Tristan Tzara, pour faire campagne afin que soit libéré l’écrivain emprisonné Nazim Hikmet. Le comité avait eu gain de cause. Le poète fut libéré en 1950. Mais son long chemin a continué et c’est ainsi que Hikmet nous décrit son Odyssée :

Je me suis rendu au Forum J’ai une fois encore convaincu le peuple Ne tuez pas vos frères Ne soyez pas tués par vos frères A bas la guerre

Je pense que Zarakolu et ses compagnons de lettres et tous les militants des droits de l’homme récemment mis en prison en Turquie se sont tous rendus au Forum pour la même raison. Leur long chemin continue en prison. Disons notre colère contre cette injustice et exigeons la libération du courageux intellectuel humaniste du peuple turc, et pour tous ses compagnons de lettres et militants des droits de l’homme victimes du fameux article 301. Au lieu du code pénal turc, à mon humble avis, la place de cet article est dans les poubelles de l’histoire.“

(Pour soutenir Ragip Zarakolu, la première manifestation devant Buckingham Palace depuis de nombreuses années a eu lieu mardi 22 novembre au soir, puis une autre de nouveau mercredi 23 le matin. Une veillée avait été organisée le même jour devant le 10 Downing Street. Des textes ont été remis aux parlementaires leur demandant de signer la Early Day Motion 2414 enjoignant l’Etat turc à libérer Ragip Zarakolu et les autres otages politiques emprisonnés.)

vendredi 25 novembre 2011,
Jean Eckian ©armenews.com

Traduction Gilbert BĂ©guian pour Armenews





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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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