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Israël et le devoir moral de reconnaître le génocide
Publié le : 16-01-2012

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous invite à lire une traduction de Gilbert Béguian de cet article mise en ligne sur le site de NAM (Nouvelles d'Arménie Magazine) le 13 janvier 2012.



Légende photo: Déportés arméniens, 1915
Armin T. Wegner


NAM

par Nadav Shragai*, Israël Hayom

Beaucoup de pays occidentaux ont reconnu le génocide des Arméniens perpétré par les Turcs, mais Israël s’est abstenu de le faire, invoquant “des intérêts économique et de sécurité “ avec la Turquie. Récemment une fois encore, alors que la question était débattue à la Commission de l’Education de la Knesset, la discussion émotionnelle s’est terminée sur une décision frileuse, influencée par la réaction de la Turquie.

Dans la mémoire collective arménienne, Deir es-Zor au nord-est de la Syrie est le lieu où s’arrêtent les chemins de l’enfer. Là, en 1915, les Turcs ont brutalement massacré ceux des Arméniens qui avaient survécu aux marches de la mort de la région d’Antalya. Beaucoup des Arméniens que les Turcs ont forcé à marcher vers Deir es-Zor n’ont pas survécu. Ils étaient assassinés le long de la route, ou moururent de faim, de soif ou d’épuisement.

Ceux qui malgré tout parvinrent à survivre à ce voyage d’agonie se nourrissaient de carcasses d’animaux et de cadavres d’enfants. Quelques uns des enfants arméniens sont devenus des preuves vivantes : ils ont inscrit leurs terribles épreuves à même leur peau et caché les mots sous des couches de poussière. Lorsqu’ils ont été pris, les Turcs les ont aspergé d’eau pour rendre les inscriptions visibles.

La Turquie ottomane a essayé en vain de cacher la destruction qu’elle avait perpétrée, ce que ses successeurs nient aujourd’hui, mais il y a quelques années, l’un des comptes rendus les plus persuasifs a été publié : le photographe Bardig Kouyoumdjian, petit-fils d’un survivant arménien du génocide, et la journaliste française Christine Simeone ont publié un album de Deir es-Zor. Ils ont eu des entretiens avec des survivants du massacre et les ont photographiés, mais se sont en particulier intéressés à leurs enfants. L’ancien journaliste israélien Joseph Algazy a téléchargé quelques unes de ses images sur son site Internet.

Eitan Belkind, un ex-membre de Nili, un groupe d’espionnage juif du temps de l’empire ottoman, témoigne avoir vu des milliers d’Arméniens brûlés vifs par des soldats circassiens servant dans l’armée turque. Belkind décrit ce qu’il a vu : “Les soldats circassiens ordonnèrent aux Arméniens de ramasser des buissons et des chardons et de les empiler en une grande pyramide ; ils réunirent ensuite là tous les Arméniens, près de cinq mille personnes, main dans la main, les entourèrent de buissons et de chardons et y mirent le feu, la fumée montant au ciel accompagnée de leurs plaintes misérables...Je me suis éloigné de cet endroit parce que je ne pouvais pas regarder l’horrible scène...Deux jours après, je retournais sur les lieux et j’ai vu les cadavres carbonisés de milliers de personnes“.

Henry Morgenthau, ambassadeur des USA en Turquie de 1913 à 1916, qui rendit compte de quelques unes des horreurs et essaya de venir en aide aux Arméniens, écrivit alors dans son journal : “Comme Juif, j’ai le devoir d’aider ces gens. Les Arméniens sont comme le Peuple Juif en captivité, mais ils n’ont pas un Moïse pour les diriger.“

Mais près de cent ans plus tard, Israël, l’état du Peuple Juif, appartient toujours au club des pays qui doivent encore reconnaître le génocide des Arméniens.

Se plier à la ligne d’Ankara

Presque personne en Israël ne suit la Turquie négationniste, mais le mot-clef habituel des décisionnaires d’Israël pour excuser sa conduite détestable est “intérêts“. Cette année, c’est “la relation critique et fragile“ (plus que jamais), avec la Turquie, ou, comme le dit Irit Lilian, chef su département Européen du Ministère des Affaires Etrangères : un geste mal évalué pourrait mener à “une suite stratégique extrêmement sérieuse“.

Par conséquent, comme les années précédentes, la Knesset s’est abstenue de qualifier la tragédie arménienne de génocide, accédant à la demande d’un membre du cabinet du Premier Ministre et du Ministère des Affaires Etrangères concernés par la détérioration des liens économiques et militaires déjà tendus avec la Turquie.

Cependant, Israël a pendant des années adopte la terminologie turque. Pendant la “lune de miel“ de ses relations avec la Turquie, au cours de laquelle les échanges commerciaux entre Jérusalem et Ankara ont atteint 3,5 milliards de dollars, Israël avait même aidé la Turquie à se justifier devant le monde. Shimon Peres, comme ministre des affaires étrangères sous Ariel Sharon, se donna la peine à l’époque de rencontrer Abraham Foxman, directeur national de l’Anti-Defamation League, pour persuader son organisation de modérer les termes d’une décision reconnaissant le massacre des Arméniens comme ayant constitué un génocide.

Il y a quelques semaines, Ankara a rappelé son ambassadeur en France, après que la chambre basse du parlement ait adopté une loi tendant à punir la négation du génocide des Arméniens. Ce n’était pas la première fois que la France reconnaissait le génocide des Arméniens. Le professeur Yaïr Auron, un expert en génocide, révèle qu’il ya quelques 10 ans, la Turquie avait en représailles d’une loi similaire, annulé un gros marché d’armes. “ Piteusement, le pays qui a bénéficié de ces marchés, s’élevant à des centaines de millions de dollars, c’était Israël “, a-t-il dit. L’an passé, la Turquie avait rappelé son ambassadeur de Suède après que son parlement ait lui aussi adopté une décision qualifiant les massacres de génocide.

La Turque a aussi menacé Israël, qui a toujours capitulé. Cela s’est produit lorsque en cinq ans, deux l Ministres israéliens avaient essayé de changer la politique officielle d’Israël. Le premier était Yaïr Tzaban, un membre du deuxième cabinet d’Yitzhak Rabbin, suivi de l’ex ministre de l’éducation Yossi Sarid, qui servit dans le cabinet d’Ehud Barak. Ils assistèrent à un service du souvenir en l’église arménienne de Jérusalem et ont effectivement reconnu le génocide des Arméniens, avant que leurs déclarations furent rapidement infirmées par leur gouvernement respectif.

Pogrom semble plus approprié

Pendant des années, jusqu’au système éducatif israélien a marché sur la pointe des pieds autour du sujet du génocide des Arméniens. Il y a quelques dix ans, le ministre de l’éducation avait demandé au professeur Auron d’écrire le plan d’une leçon sur le génocide au cours du vingtième siècle, le génocide des Arméniens en faisant partie. Deux ex-ministres de l’éducation, Shulamit Aloni et Yossi Sarid avaient approuvé le plan, mais leurs successeurs ont cédé sous la pression de leurs supérieurs et l’ont retiré.

Dans le système d’éducation israélien, des mots comme “pogrom“, “tragédie“ et “massacre“ sont employés dans le contexte arménien, mais on évite l’emploi des “holocauste“ et “génocide“. L’Historien George Hintlian, ex secrétaire du Patriarcat Arménien de Jérusalem dont 70 des membres de sa famille ont été tués dans le génocide, se dit avoir été réconforté dans le passé par ce qu’il appelle la différence entre “les attitudes du public israélien vis-à-vis de l’holocauste arménien et celle des dirigeants israéliens“. Cependant, les dirigeants de la communauté arménienne d’aujourd’hui trouvent l’occultation faite spécifiquement par le système éducatif israélien plutôt difficile de saisir.

Le 24 avril 1915, est largement considéré comme le jour où le génocide des Arméniens a commencé. Ce jour là, les Jeunes Turcs, un parti nationaliste qui avait chassé le sultan en 1908 qui régnait alors sur l’Empire ottoman jusqu’à sa chute au cours de la première guerre mondiale, ont ordonné l’arrestation de 250 personnalités de premier plan à Istanbul et de les abattre.

Plus tard, des centaines de milliers d’Arméniens - dont les vieillards, es femmes et les enfants - étaient conduits dans le désert de Syrie. Chaque jour, des milliers d’entre eux étaient tués. De la marche à la mort d’un groupe de 17 000 personnes, 180 seulement survécurent. Le nombre de victimes est estimé entre 1,2 et 1,5 million de personnes. Deux médecins de la ville turque de Trébizonde ont témoigné avoir vu des enfants être réunis dans deux édifices scolaires et gazés à mort. Dans d’autres cas, il a était rapporté que des femmes et des enfants était placés dans des embarcations et noyés dans la mer.

Les parlements de France et de 20 autres pays, dont la Grèce, l’Autriche et le Canada, ont reconnu le génocide. Les années passant, des ce ntaines de chercheurs du monde entier ont confirmé que ce qui s’était produit était un génocide, mais les Turcs ne s’y référent seulement comme “une guerre civile“, une “tragédie“, ou un “désastre“, et évaluent le nombre de morts à 300 000.

Histoire de vies bouleversées

Le professeur Auron, dont le livre : “Négation : Israël et le génocide des Arméniens“ analyse en détail la problématique du comportement d’Israël sur ce sujet, a déclaré cette semaine qu’à la veille de l’Holocauste du peuple juif, en août 1939, Hitler demanda à ses officiers SS sur un ton suffisant : Qui se rappelle aujourd’hui de ce qui est arrivé aux Arméniens ? “ Auron, dont le livre édifiant se doit d’être lu par tous les Juifs et tous les êtres humains, dénonce le fait que le génocide des Arméniens ne peut être formellement étudié aujourd’hui en Israël à l’Université Libre.

Entre temps, le professeur d’université hébraïque Yehuda Bauer, un chercheur renommé et historien des génocides, a aussi dit à Israël Hayom qu’Israël a le devoir moral de premier ordre de reconnaître le génocide des Arméniens“.

Les historiens du monde entier, insiste Bauer, “ont reconnu qu’un génocide s’est passé en Turquie ottomane“. Bauer ne voit aucun intérêt dans la comparaison avec l’Holocauste des Juifs. “ La comparaison peut avoir son utilité“, dit Bauer, “parce qu’on peut dire que l’Holocauste du peuple juif est un événement sans précédent, sans nécessairement le comparer à d’autres cas de génocide qui se sont produits auparavant“.

La vérité, c’est que la conduite israélienne vis-à-vis du génocide des Arméniens se détermine en opposant les intérêts à la morale. En juillet 1945, au lendemain de l’Holocauste des Juifs, le poète Nathan Alterman a écrit le poème “Interêts“. Usant de sarcasmes spirituels, Alterman pointait du doigt le comportement dérisoire des nations face à l’Holocauste des Juifs. C’est ainsi que les intérêts prennent le dessus : un jour, la télévision nationale avait capitulé devant le Ministère des Affaires Etrangères, en déprogrammant le film documentaire de Théodore Bogossian, ’Un Voyage Arménien’. Même une pétition signée à l’époque par des personnalités influentes telles Haim Gouri, Amos OZ, Hanan Porat, S. Yizhar et Amnon Rubinstein n’y a rien changé.

Les intérêts ont également pris le dessus dans l’affaire Naomi Nalbandian, native de Haïfa, d’origine arménienne, qui vivait avec sa famille à Jérusalem est et employée comme infirmière en chef de la section de rééducation du Centre Médical Hadassah. Naomi Nalbandian avait été choisie pour ranimer la flamme au cours de la célébration officielle du 55ème anniversaire de l’indépendance d’Israël. Elle écrivit un bref résumé de sa vie, notant entre autre qu’elle était ’de la troisième génération qui a survécu à l’holocauste des Arméniens’. Lorsque le Ministre de l’Education commença à distribuer la brochure mentionnant un bref rappel de la vie des personnes élues pour rallumer la flamme, la Turquie menaça, disant que mettre une telle brochure en circulation mettrait en danger les liens militaires et économiques avec Israël. Nalbandian protesta mais accepta finalement de reformuler en ’fille du peuple arménien qui a beaucoup souffert’. Deux mille brochures furent détruites, et les biographies des personnes choisies pour ranimer la flamme réimprimées.

Lieberman bloque la route

Le terme ambigu “intérêts“, apparemment, couvre plus que les relations stratégiques naufragées avec la Turquie, l’Azerbaïdjan est aussi dans le cadre.

Un petit rappel n’est pas inutile. La République Démocratique d’Azerbaïdjan partage une frontière avec l’Arménie à l’ouest, et avec la Turquie. Les Azéris, un peuple turc musulman, et allié aux Turcs (contre la Russie) au cours de la Première Guerre Mondiale, constitue l’essentiel de la population de l’Azerbaïdjan. Ils ont adopté la position turque sur le sort des Arméniens selon qui ce qui est arrivé au peuple arménien n’était pas un génocide, mais plutôt des morts en masse en temps de guerre ; Il y a quelques dix sept ans, l’Azerbaïdjan a engagé une guerre sanglante avec l’Arménie pour le contrôle de la province du Karabagh. Pour ce qui concerne Israël : l’Azerbaïdjan partage également une frontière avec l’Iran, et Israël vend des centaines de millions de dollars d’armes à l’Azerbaïdjan. Pour sa part, l’Azerbaïdjan fournit à Israël une grande partie de ses besoins en pétrole. Parmi ceux qui ont contribué à créer les liens avec l’Azerbaïdjan se trouve le Ministre des Affaires Etrangères Avigdor Lieberman (parti Yisrael Beitenu). Lieberman et les officiels du Ministère des Affaires Etrangères craignaient que la Turquie et l’Azerbaïdjan interpréteraient la discussion sur le génocide des Arméniens de la semaine passée comme une réaction à celle des Turcs dans l’affaire du Mavi Marmara. En mai 2010, les commandos israéliens avaient abordé un navire humanitaire qui avait forcé le blocus de Gaza, et au cours des combats qui s’ensuivirent avec les militants Turcs, neuf d’entre eux avaient été tués. Comme allié de la Turquie, les Azéris pourraient voir dans la reconnaissance du génocide une ingratitude, un geste qui pourrait mettre en cause les fournitures de pétrole.

Le bureau du Premier Ministre s’adressant au président de la Knesset Reuven Rivlin, lui a demandé de reporter les discussions à plus tard. Rivlin a refusé. Il avait suivi cette affaire arménienne depuis déjà deux décennies, et à chaque fois frustré que les dirigeants s’opposent à la Knesset ou à ses commissions pour reconnaître le génocide des Arméniens. “Les intérêts économiques et de sécurité ne peuvent donner aux Juifs le droit d’ignorer la tragédie d’un autre peuple“ dit-il. La discussion a été ouverte, mais ne s’est conclue pour cette fois, qu’en une décision “parve“ [un terme en yiddish qui signifie neutre, insipide, NdT] dépourvue de consistance.

Moshe Arens, ex ministre de la défense et ministre des affaires étrangères, a dit à Israël Hayom : “Israël doit se demander à elle-même si elle pourrait accepter la non-reconnaissance de son Holocauste par un pays dans le monde, quel qu’il soit, à cause d’intérêts économiques et de sécurité. En dépit de la nature sans précédent de l’Holocauste Juif, le point de référence est le même pour l’Holocauste des Arméniens. C’est un crime de masse, un génocide dans lequel plus d’un million de personnes sont mortes, et aune considération politique, de sécurité ou politique ne peut mettre ce fait en cause.

“ Je ne ferai de compromis avec ma conscience que si j’étais convaincu que reconnaître l’holocauste des Arméniens serait un risque pour l’existence de l’état d’Israël“, a dit Arens. “Mais ce n’est pas le cas, et au nom de principes moraux, spécialement comme Juifs, le génocide des Arméniens devrait être reconnu, même s’il y a un prix à payer dans nos importations et exportations d’armes et de pétrole“. Selon Arens, de son temps, la question n’a jamais été soulevée, et par conséquent, aucune décision n’était à prendre.

Benjamin (Fouad) Ben-Eliezer (Parti Travailliste), ex ministre de la défense et des infrastructures nationales, était tout désigné du fait des relations militaires et économiques avec la Turquie et l’Azerbaïdjan, et a choisi de ne pas accorder d’entrevue sur ce sujet cette semaine. Sur sa décision de ne pas aborder la question, son porte-parole a expliqué : “l’homme sage sait quand il doit garder le silence“.

* Nadav Shragai est un éditorialiste israëlien qui a collaboré 26 ans au journal Haaretz

vendredi 13 janvier 2012,
Jean Eckian ©armenews.com

Traduction Gilbert Béguian pour Armenews






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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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