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5ème anniversaire de Hrant Dink: réunion à la Chambre des Lord (part 1)
Publié le : 01-02-2012

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous invite à lire une traduction de Gilbert Béguian de cet article mise en ligne sur le site de NAM (Nouvelles d'Arménie Magazine) le 27 janvier 2012.













NAM

Réunion à la Chambre des Lords à la veille de la Journée Hrant Dink

18 janvier 2012

Le cinquième anniversaire du martyre de Hrant Dink a été marqué à Londres par une réunion à la Chambre des Lords le 18 janvier et une manifestation silencieuse devant l’Ambassade Turque le jour suivant. La réunion était organisée sous le patronage de la Baronne Randerson. Monseigneur Vahan, évêque de l’Eglise Arménienne a dit une prière pour ouvrir la réunion, et Desmond Fernandes a fait une intervention sur les persécutions qui se déroulent aujourd’hui en Turquie. Un discours du docteur Suran Cam sur les Crypto-Arméniens en Turquie a été lue. Hiarbir Mari a parlé des persécutions des Baluchis au Baluchistan occupé et Wilson Choudry a parlé des persécutions des Chrétiens au Pakistan.

Eilian Williams a cité Rakel Dink pour décrire l’expérience de ceux des Arméniens qui résident à l’intérieur de la Turquie : “Depuis toujours jusqu’à aujourd’hui, nous Arméniens sommes humiliés, insultés en tant qu’Arméniens ; nous entendons des gens employer le terme Arménien comme une malédiction. Nous l’avons entendu et nous l’entendons encore comme tel dans les journaux, à la télévision, dans les bureaux d’enregistrement des naissances ; nous l’entendons de la part des fonctionnaires jusqu’aux plus hautes autorités.“

Il a relevé qu’il n’a pas été fait droit à la demande de Rakel dans la décision rendue cette semaine, des membres de l’état profond, impliqués dans ce crime terrible contre la vie de Hrant Dink, étant restés hors de cause.

1/2 Les Crypto-Arméniens en Turquie, par le docteur Surhan Cam

En 1974 ? Hrant Dink fit la découverte d’une tribu perdue d’Arméniens à Varto, dans le Kurdistan. Ses membres ignoraient qu’ils étaient des Arméniens. Pas plus que d’autres ne savaient qu’ils étaient arméniens. Pour la plupart, c’étaient des Musulmans Alévis et ne parlaient que le kurde. Hrant apprit l’arménien à certains d’entre eux et épousa l’une d’entre elles. C’était une première découverte en l’espèce. Mais cela a été aussi la dernière.

On en sait très peu aujourd’hui sur les Crypto-Arméniens. Il n’y a aucune donnée précise sur leur nombre. Les estimations varient largement, depuis quelques centaines de milliers à des millions. Ne serait-ce que pour cela, parler des Crypto-Arméniens est un défi politique. La question est considérée un peu comme une “boîte de Pandore“ par certains commentateurs en Turquie comme en Arménie.

On attire l’attention sur l’emploi qui pourrait être fait des Crypto-Arméniens par le gouvernement turc pour saper la crédibilité des “marchands de génocide“ comme les appelle le pouvoir turc. Si leur effectif s’avérait être important après un dénombrement crédible, alors le gouvernement turc pourrait prétendre ’on ne les a pas exterminés puisqu’ils vivent parmi nous’. Sans polémiquer, cette sorte de stratagème pourrait ne rien rapporter au gouvernement turc, pouvant même se retourner contre lui en diminuant un peu plus sa crédibilité. Mais les implications latentes d’un tel débat à propos de Crypto-Arméniens méritent d’être examinées avec soin.

On entend s’exprimer quelques craintes à propos des dangers que comporte cette question, dans la mesure où des forces fascisantes en Turquie pourraient aller jusqu’à les désigner comme les boucs émissaires dans les troubles politiques et aussi économiques de l’actualité turque. Il serait hasardeux de sous-estimer de telles préoccupations, étant donné que des personnalités en vue des cercles de la gauche turque prennent part résolument à des campagnes incessantes contre les communautés comme celle des Juifs, des Kurdes, des Alévis et des Assyriens tout comme contre celle des Arméniens. Ils répandent l’idée que de tels groupes minoritaires, se prétendant turcs, contrôlent les affaires économiques et politiques en Turquie.

Il y a eu récemment une tendance à l’augmentation des tendances nationalistes. Entre autres, trois événements de la scène internationale y ont beaucoup contribué. L’un d’entre eux est la pénalisation récente de la négation des génocides en France. La réaction turque est allée jusqu’au gel des relations diplomatiques avec Paris, outre le mot d’ordre de ne pas consommer des produits français sur le marché intérieur. Le départ des troupes des USA d’Irak et la montée des tensions entre Washington et Téhéran à propos du détroit d’Ormuz ont dit-on mis en avant l’importance politique de la coopération de la Turquie avec l’Occident. Ces incidents sont considérés par les partisans de la manière forte et les militaires comme ’une opportunité à saisir pour réduire les Kurdes voyous’ La veille du jour de l’an, plus d’une trentaine de contrebandiers kurdes traversant la frontière Turquie-Irak ont été la cible de tirs et tués par les forces turques sans aucune sommation ou appel à se rendre. Ce faisant, disent les critiques, l’état turc terrorise les civils pour obtenir des mouvements d’indépendance kurdes qu’ils renoncent. La responsabilité de personne n’a été jusqu’à présent mise en cause jusqu’à présent dans cet ’accident’. A la lumière de ces développements, certains éditorialistes postulent que le parti AKP au pouvoir s’écarte des tendances islamistes (modérées) pour se rapprocher du nationalisme. Mais cette conclusion ne reflète qu’une face de la pièce.

Paradoxalement, il y a également une interprétation qui se développe en Turquie plus favorable à la démocratie et au respect des droits de l’homme. Lorsqu’Abdullah Gul, le président de la Turquie a rendu visite pour la première fois en Arménie pour une rencontre amicale entre les deux pays en 2008, beaucoup de commentateurs l’avaient interprété comme une manœuvre pour éviter que le Congrès des USA ne reconnaisse le génocide Un tel scepticisme pouvait se comprendre jusqu’à un certain point. Il y avait cependant une vague de fond qui se développai dans le pays. Cette vague est apparue à la surface au cours d’une démonstration historique en 2007 lorsque des centaines de milliers de Turcs sont descendus dans la rue pour protester contre l’assassinat de Hrant Dink. Ils scandaient ’nous sommes tous des Arméniens, nous sommes tous des Hrant Dink’. De même, dans un registre différent, Erdogan, le premier ministre turc, a dénoncé la longue histoire des politiques d’assimilation en Turquie. Et ce qui est non moins significatif, c’est qu’il l’ait fait au cours de sa campagne pour les dernières élections, avec l’idée qu’une telle stratégie accroîtrait sa popularité au sein de l’électorat. Après une victoire écrasante, il a aussi fait des excuses pour le massacre de Dersim qui coûta la vie à des milliers de Zazas en 1937-1938.

Le premier ministre turc ne dit aucun mot de regret aux Arméniens. Et les milieux bourgeois de gauche ne retiennent pas leur souffle dans la perspective d’ un tel geste étant donné que le mot ’génocide’ est toujours tabou en Turquie. Cependant, un examen plus approfondi des événements politiques devrait révéler une grande lame de fond. Il y a une levée de ce qu’on pourrai appeler ’les nationalismes non-turcs’. Par opposition au nationalisme conventionnel, les nationalistes non-turcs soutiennent qu’il y a une tension entre le turquisme et les intérêts nationaux. Les intellectuels de ce courant de pensée, par exemple, sont d’avis que l’intérêt de la Turquie serait de faire face à son histoire avec ses hauts et ses bas, comme l’ont fait beaucoup d’autres pays. De tels intermédiaires soutiennent que ’nous devrions commencer à parler des excuses aux Arméniens’. Un éditorialiste en vue a récemment déclaré sur ce point qu’’indépendamment de ce qui s’est passé et de la façon dont cela s’est passé, des millions d’Arméniens ont disparu, et ces disparitions en elles-mêmes constituent un génocide’. A la surprise de beaucoup d’observateurs, il n’a pas été arrêté pour cette remarque. De tels commentateurs ont aussi commencé à critiquer le sentiment officiel qu’accepter le génocide déclencherait les revendications de biens et de terres par les Arméniens. Ils soulignent de façon pragmatique les opportunités potentielles d’investissement des Arméniens de la diaspora, spécialement dans les provinces industriellement sous-développées de l’est de l’Anatolie.

L’histoire est un fardeau politique de la Turquie mais les réalités sociales des temps actuels contribuent à l’alourdir. La question des Crypto-Arméniens pose questions sur la fabrique de la société ’Turque’. Le kémalisme s’enorgueillit par l’identification à son slogan ’quel bonheur est celui qui peut dire je suis Turc’. L’orgueil, cependant, a commencé à céder la place à la crainte de ne pas savoir qui pourrait ou pourrait ne pas souhaiter réclamer la qualité de Turc, une fois que les gens auront la possibilité de le faire. Il est virtuellement impossible de savoir si oui ou non les Turcs finiront par se retrouver en minorité parmi les populations. La plupart de ceux qui décident dans le domaine politique, cependant, semblent s’être faits à l’idée que ’les personnes réellement d’origine turque se retrouveraient marginalisées’. Ils chuchotent également à propos de ’l’inversion du nettoyage ethnique ’ que constitue le retour des expatriés. Ce qui est sûr c’est que plusieurs milliers d’Assyriens, par exemple, sont déjà revenus au cours des années récentes. L’une de ces personnes était citée en grand dans les manchettes : ’Je suis de retour à la maison’.

Il existe un besoin de promouvoir l’idée que les droits de l’homme et la démocratie ne sont pas seulement pour la majorité mais aussi pour la minorité. Cela signifie entre autres que soit retiré l’article 301 qui criminalise arbitrairement les intellectuels et les journalistes sous le prétexte malveillant d’ ’insulte à la nationalité turque’. Le code sert essentiellement à museler les voix multiculturelles. D’autres cas de limitations aux libertés d’opinion devraient également être abolis par la nouvelle constitution qui remplacera l’actuelle on l’espère en 2012. Par-dessus tout, le droit des minorités d’exister sans devoir dénier leur identité ne peut plus être contesté. Pour cette raison, il est essentiel que le gouvernement turc garantissent aux minorités ethniques et religieuses qu’elles peuvent vivre selon leur propre culture et pratiquer leur langue et leur religion.

Quoi qu’il en soit, personne ne sera encore longtemps reconnaissant d’avoir le droit de vivre malgré ce qu’il est. L’état turc se doit de répondre à ses obligations culturelles. Pour commencer, les officiels du gouvernement devraient partager ce qu’ils savent des ancêtres avec le public au lieu de les tenir derrière des portes fermées. Ils doivent la transparence aux personnes sur ce qu’ils savent du passé ethnique des communautés locales. Les individus devraient également trouver de l’assistance pour retrouver une telle information lorsqu’elle n’est pas directement disponible. En outre, il est nécessaire que les populations reçoivent un soutien financier et institutionnel pour pratiquer leur culture. Le gouvernement fait encore défaut, par exemple, s’agissant de fournir des espaces urbains aux Alévis pour leurs cermevi (lieux de culte). Les communautés chrétiennes s’estiment heureuses lorsqu’elles sont autorisées à utiliser leurs propres églises, et lorsqu’on les laisse réunir les ressources financières pour leur entretien ou pour en construire d’autres. Tandis que le centenaire de la tragédie de 1915 s’approche, il est possible de préparer l’accès à une ère tournée vers l’avenir, marquée par des initiatives de construction de la confiance, et la démystification des préjudices entre les Arméniens et les Turcs. L’affaire Hrant Dink par exemple qui constitue en Turquie un procès de premier plan est une occasion de renforcer la confiance du public dans le système judiciaire parmi les Arméniens et les Turcs. Le procès est à présent emmêlé dans une guerre interminable à l’intérieur de l’état turc à travers une série de procès contre les auteurs militaires de complots, gangs et maffias d’extrême-droite. La raison en est que l’auteur est soupçonné faire partie de paramilitaires nationalistes. Toutes ces enquêtes judiciaires devraient immédiatement être finalisées conformément aux exigences de la justice.

En plus, les restrictions d’accès aux archives ottomanes devraient être levées pour les chercheurs nationaux et internationaux. En particulier, le gouvernement arménien devrait mettre à profit un appel récent du gouvernement turc pour le faire mutuellement tout en essayant de convaincre les pays tiers.

Et pour finir, des fonds spéciaux devraient être alloués, en particulier par la Commission Européenne, pour explorer la population des Crypto-Arméniens pour la restauration de leurs cultures menacées d’extinction.

Une étude qui a le mérite de mettre en évidence le cas déchirant des Crypto-Arméniens mais qui laisse beaucoup de questions sans réponse. Qui sont-ils (et que sont elles) et quel est leur nombre ? L’auteur positionne clairement les effets du code pénal turc, essentiellement destiné à maintenir le statut des minorités. Cette déclaration du premier ministre turc dénonçant la politique d ’assimilation aurait dû être développée (si elle est vraie) : la seule déclaration entendue d’ailleurs en France l’an passé était dirigée contre l’assimilation des émigrés turcs. De même cette tendance de “certains cercles de gauche“ à reprendre des campagnes dirigées contre les minorités devrait être précisée.

Il ya également dans cette étude une tendance fâcheuse à renvoyer dos à dos l’Arménie et les Arméniens dos à dos sur des questions importantes : le préjudice subi par les Arméniens en 1915 n’a pas besoin d’être démystifié par eux. Tout au plus y aurait-il besoin que les Arméniens aient une idée plus concrète des réparations qu’ils attendent. La même tendance à mettre dans le même sac la situation des archives arméniennes et celle de la Turquie est tout à fait inacceptable.

Il semble enfin que les espoirs de l’auteur sur les effets que pourrait avoir le procès des assassins de Hrant Dink soient déçus, suite au récent jugement rendu dans cette affaire. L’idée que se fait la minorité arménienne du système judiciaire en Turquie n’en sera pas changée. A suivre...

G.B

eilian@talktalk.net
vendredi 27 janvier 2012,
Jean Eckian ©armenews.com

Traduction Gilbert Béguian pour Armenews




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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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