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Pourquoi pénaliser la négation du génocide arménien était davantage une nécessité psychologique que politique
Publié le :

Atlantico

Publié le 31 janvier 2012

Hélène Piralian-Simonyan

Le Sénat a adopté la semaine dernière une loi pénalisant la négation des génocides. Si beaucoup d'Arméniens se félicitent de cette décision, la Turquie a condamné fermement le vote dénonçant un "acte irresponsable". Preuve que la question dépasse le simple cadre historique.

Le Sénat, à la suite de l'Assemblée nationale, vient de voter la loi qui pénalise « la contestation ou la minimisation outrancière d’un génocide ». En cela elle ne fait que compléter, en ce qui concerne le génocide des Arméniens, la loi de 2001 qui le reconnaissait sans toutefois pénaliser sa négation. Cette pénalisation de la négation des génocides s’aligne ainsi sur la loi Gayssot qui reconnaissait et pénalisait la négation du génocide des Juifs. Cependant, le génocide des Arméniens étant le seul à être reconnu en dehors de celui des Juifs, cette nouvelle loi ne concerne pour l’instant que lui. Cela dit, cette question ayant été largement rapportée et débattue dans les médias nous n’y reviendrons pas.

Cependant, on ne peut comprendre les enjeux d’un tel vote, qui pour certains concernerait un passé révolu, que si l’on comprend que, justement, ce passé n’est pas révolu et qu’au contraire, loin de passer, ses effets psychiques destructeurs ne font que s’amplifier avec le temps et ceci même s’ils restent largement inconscients. En effet, la négation d’un génocide maintient au présent le meurtre génocidaire qui reste toujours en activité, et se poursuit pour ses descendants tant qu’il n’a pas été reconnu par le pays qui l’a perpétré et, à défaut, des tiers. Tiers qui, dans ce cas, deviennent plus que des témoins, des garants de l’existence comme de la destruction de ceux qui ont été exterminés et dont on a voulu faire disparaître à la fois les traces et les corps, pour les effacer du présent mais aussi du passé donc du futur.

D’où sans doute face à cela l’obsession, l’acharnement des rescapés à vouloir témoigner et la hantise de la mort du dernier témoin vivant qui signifierait alors le risque de la disparition et la chute dans le néant de tout le groupe. Comme si tant que quelqu’un pouvait encore témoigner de cette volonté d’effacement des disparus, cet effacement était tenu en échec

Ce n’est donc que par cette reconnaissance que ces disparus peuvent, en réapparaissant, être réinstallés dans l’humanité et en redevenant des humains qui, ont vécu, qu’ils peuvent devenir des morts ordinaires pour leurs descendants. Des morts ordinaires dont il redevient alors possible à la fois de se souvenir et de faire le deuil (lire à ce sujet le livre de Daniel Mendelshon : Les disparus). Car nul ne peut naître ni faire le deuil d’un inexistant.

A partir de là on peut aussi comprendre que la négation d’un génocide ne puisse être considérée comme une simple opinion mais est véritablement un acte qui vient directement poursuivre l’acte génocidaire sur les descendants de ceux qui furent exterminés. Il n’est donc pas possible de séparer la reconnaissance d’un génocide de la pénalisation de sa négation.

N’est-ce pas le sens et ce qu’implique la notion d’imprescriptibilité qui s’applique aux crimes génocidaires, soulignant ainsi l’atemporalité de ce crime ?

Il n’en reste pas moins que la reconnaissance essentielle serait celle de la Turquie. Par ailleurs il est important de ne pas perdre de vue que si les héritiers des victimes du génocides des Arméniens perpétré par le gouvernement des jeunes turcs en 1915, demandent et attendent cette reconnaissance, elle n’est pas moins importante pour le peuple de Turquie qui, lui, subit également les effets de la violence liée à ce déni (lire le livre de Fethye Cetin : le livre de ma grand-mère). C’est pourquoi après l’assassinat de Hrant Dink journaliste arméno-turc assassiné devant son journal, une partie de la population et notamment des intellectuels turcs, s’est mobilisée pour que devienne possible une prise de conscience collective et une information juste et libre en Turquie sur cette question mais aussi sur toutes les autres questions que cette négation entraîne.[1]

Dés lors, peut-on dire de ces lois qui s’élaborent dans différents pays à propos des génocides, qu’elles soient de reconnaissance ou de pénalisation et en l’attente des positions internationales communes, qu’elles sont autant de rappels et de barrières contre la barbarie ? Elles visent à briser la filiation des génocidaires pour que désormais aucun génocidaire ne puisse affirmer comme Hitler le fit : « Qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? » et croire pouvoir, en toute impunité poursuivre, son oeuvre de mort.

[1] Voir entre autres la constitution d’ungroupe international de travail « Liberté de recherche et d’enseignement en Turquie » www.gitfrance.fr en décembre 2011 et l’appel dans Libération en date du 25 janvier 2012 et signée conjointement par des chercheurs Arméniens et Turcs.




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Source/Lien : Atlantico



   
 
   
 
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