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LÂ’instrumentalisation de Hrant Dink
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le journaliste arménien de Turquie, Etyen Mahcupyan, nous livre ici une analyse ironique de l’utilisation de Hrant Dink, transformé - par son assassinat en Turquie le 19 janvier 2007 -, en « outil à usage général ». Mahcupyan analyse en particulier un article de la journaliste et auteure Ece Temelkuran, récemment paru dans The Guardian. Ece Temelkuran avait déjà sévi avec son livre Deep Mountain sur la diaspora arménienne, une pseudo-analyse de réconciliation et de compréhension de « l’autre ». En tant que journaliste proche de l’AKP, Mahcupyan en profite pour voler au secours de cette formation politique qui soutient son organe de presse. On aurait aimé qu’il dénonce de manière plus affirmée les arrestations arbitraires de journalistes en Turquie : « Les conditions des procès de ces deux journalistes ne peuvent en aucun cas être approuvées » écrit-il en ce qui concerne les arrestations d'Ahmet Sik et de Nedim Sener, après avoir énoncé : « Le problème est que les écrits de ces deux personnes semblent agir au bénéfice des cercles Ergenekon et nous ne connaissons toujours pas la vérité. » Pour en revenir à la « courageuse » Ece Temelkuran, il faut absolument lire la critique de son livre (Deep Mountain), écrite en anglais par G. M Goshgarian et parue dans New Politics, t. 13, no. 2, Winter 2011 (voir le lien en bas de notre traduction). En tenant également compte de la version originale en turc, le Collectif VAN vous livre ici une traduction de l’article d’Etyen Mahçupyan, paru en anglais sur le site du quotidien turc Today’s Zaman le 2 février 2012.

TodayÂ’s Zaman

Jeudi 2 février 2012

ETYEN MAHÇUPYAN
e.mahcupyan@todayszaman

Les parasites de Hrant

Le meurtre de Hrant Dink l'a transformé en quelque chose d'autre que lui, en faisant un outil à usage général. La première étape de cette transformation a été de présenter Hrant comme « un gauchiste laïc » au point que cela a vidé de leur sens les liens émotionnels qu'il avait tissés avec la société. Et ainsi, nous voyons Hrant redessiné comme une figure planant au-dessus de la société, un héros qui est en même temps à l'extérieur de la société.

Dans la deuxième étape de cette transformation, l'État échange sa place avec celle du gouvernement actuel au pouvoir, et donc, alors que l'axe de la lutte pour les libertés est construit comme étant une opposition au Parti pour la justice et le développement (AKP), il y a une tentative de voir l'État revivifié par la dé-légitimation des procès Ergenekon. Mais cette position, que l'on pourrait qualifier « d'immoralité idéologique » est motivée par un opportunisme basé sur Hrant. C’est aussi transformer Hrant en un fantôme banal, vidé de son essence.

Cette transformation de la mémoire de Hrant en un outil, faite au nom de la gauche en Turquie, est le résultat d’une colonie de parasites s’attaquant à un événement, qui en réalité mérite un profond respect et de la sérénité, et s’en nourrissant. Le dernier cas de ce genre nous vient de l’auteure Ece Temelkuran. Son article, publié dans le journal The Guardian, a sans nul doute trouvé des échos positifs dans les cercles laïcs occidentaux. Mais pour ceux qui connaissent bien la Turquie, cette combinaison d'un manque de perception et de compréhension et du désir de se donner un certain crédit ne mérite vraiment rien d'autre que d’être qualifié d’écrit dégénéré.

Pour son article, Temelkuran a choisi ce titre : « Les journalistes turcs ont peur, mais nous devons lutter contre cette intimidation. » Ce que nous comprenons immédiatement en lisant ces mots, c’est que Temelkuran nous montre l’exemple d’un grand courage, une ligne directrice pour ses collègues journalistes. Mais malheureusement, la suite est assez minable et pour dire la vérité, c’est une analyse comique. Selon cette analyse, le fait que Temelkuran ait été licenciée du journal Habertürk est apparemment le résultat d’une stratégie de pressions du gouvernement, qui va aussi loin que le meurtre de Hrant. Elle écrit que la vraie volonté motivant l’organisation du meurtre de Hrant et le meurtre lui-même, est en fait celle du gouvernement. Bien sûr, Temelkuran ne parle pas vraiment du nationalisme qu’on essaye de raviver grâce aux autres assassinats ni des tentatives de rendre l’AKP « non national » et du complot Ergenekon dont les buts sont de plus en plus mis en évidence grâce aux aveux. Au lieu de quoi, elle présente Ergenekon comme une « allégation » indiquant essentiellement que les allégations de tentative de « créer le chaos et de préparer le terrain à un coup d’état » sont fausses. En bref, les idées de Temelkuran sont toutes présentées dans le cadre d’une thèse ultranationaliste bien connue, nous rappelant avec ses mots qu’elle n’est pas très loin idéologiquement du monde d’Ergenekon.

Afin de "marcher" sur de telles fondations pourries, on a vraiment besoin d’un pont suspendu qui peut vous permettre de sauter d'une réalité à une autre. Temelkuran utilise ce genre de pont en ce qui concerne les arrestations d'Ahmet Sik et de Nedim Sener. Temelkuran va jusqu’à suggérer que seuls ces deux journalistes ont vraiment fait des recherches sur ce qu’il s’est passé en coulisses quant au meurtre de Hrant Dink.

Laissant de côté, pour le moment, l’inconvenance de cette déclaration, certes le livre de Sener a été utile pour mettre en évidence certaines informations connues de la police mais il donne également l'impression qu'il essaie de protéger politiquement l'armée. Quant au livre de Sik, non seulement il n’a aucun rapport avec ce sujet, mais il a été écrit essentiellement pour prouver l'influence du mouvement Gülen sur l'État. Sener est blâmé pas à cause d'un livre qu'il a écrit, mais à cause d'un autre livre publié au nom de Hanefi Avci.

Le problème est que les écrits de ces deux personnes semblent agir au bénéfice des cercles Ergenekon et nous ne connaissons toujours pas la vérité. Mais la vraie question par rapport à ces deux personnes n'a aucun rapport avec des idées politiques et des engagements de leur part. Le fait que Sener a hurlé « Pour Hrant » quand il a été arrêté et que Sik a parlé de « ceux qui y touchent brûlent » - si ce ne sont pas juste des exagérations qui indiquent combien ces hommes se considèrent importants, cela montre sincèrement des faiblesses beaucoup plus profondes dans leurs mondes intérieurs.

Les conditions des procès de ces deux journalistes ne peuvent en aucun cas être approuvées. Les raisons du départ de Temelkuran du journal en question doivent être expliquées au public et il est important que ces raisons aient un sens. Mais essayer d’utiliser ces procès de victimisation comme des outils idéologiques, de même qu’utiliser Hrant comme un outil de ce genre, ne peut qu’être qualifié d’immoral. Parce que non seulement les vérités sont déformées, mais une personne qui a été tuée brutalement est également déformée et utilisée ensuite comme matière pour reconstruire la vérité.

En attendant, Temelkuran n'a pas oublié de dire que le livre qu'elle a écrit a été « voulu » par Hrant ni d’ajouter certains mots embarrassants du ministre de l'Intérieur. Car ainsi, en abaissant l’AKP au niveau de ce ministre gouvernemental, Temelkuran s’élève elle-même directement à la droite de Hrant.

En fait, il semblerait que les journalistes "turcs" n’ont vraiment pas peur. Au contraire, ils sont tout à fait courageux. Au point qu'ils n'hésitent même pas à aller au-delà de leur bassesse habituelle afin de manipuler la perception externe de la Turquie.

©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 10 février 2012 – 07:00 - www.collectifvan.org

Voir G. M. Goshgarian in New Politics, t. 13, no. 2, Winter 2011

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Source/Lien : Today's Zaman



   
 
   
 
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