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La trahison des Verts par René Dzagoyan
Publié le :

NAM

Cher Monsieur,

Dans votre chronique publiée dans le Nouvel Observateur du 2 février, « La Question Arménienne », vous manifestIez une fois de plus votre opposition à la loi sur la négation des génocides et appeliez par là même vos collègues du Sénat à voter contre elle. Votre position n’est pas nouvelle. En effet, dans la discours que vous prononciez en 2000 devant le Parlement européen dans la session que vous évoquez dans votre chronique, vous disiez déjà : « « Personne ici, et surtout pas moi, ne nie qu’il y a eu un génocide contre les Arméniens à la dernière époque de l’Empire ottoman... Si nous devons voter cela aujourd’hui, la majorité de mon groupe votera en faveur de cette résolution. Personnellement, je ne suis pas sûr de l’utilité de cet acte, parce que je veux porter ce débat à l’intérieur de la Turquie (...) Je propose que le Parlement européen organise lui-même un débat sur le génocide en Arménie, la majorité suivra et nous prolongerons le débat en Turquie. »

Vous y prononciez le mot de « génocide ». Dans votre chronique, vous évoquez ce terme en l’attribuant au Parlement européen. Dans votre bouche, il devient un « massacre ». Mieux une « rafle ». Une rafle.... La déportation et la mise à mort d’un million et demi de femmes, de vieillards et d’enfants... Autant affirmer que la Shoah n’était qu’une simple sauterie au Vel d’Hiv. Ce glissement sémantique aurait certes peu d’importance si vous n’occultiez pas simultanément des faits qui contredisent votre thèse, laquelle reste la même : « C’est en Turquie même que les Européens doivent aider Arméniens et Turcs à avancer sur le chemin, long mais inéluctable, d’une réconciliation. »

Le premier fait que vous occultez est que l’acteur majeur de cette réconciliation, Hrant Dink, a été assassiné à l’instigation des forces de l’ordre turques précisément parce qu’il avait prononcé ce mot que vous ne prononcez plus. Vous occultez aussi qu’avec l’accord du gouvernement, les véritables instigateurs de ce crime courent toujours. Vous prônez la réconciliation sur le terrain par le travail des intellectuels, mais vous occultez qu’Orhan Pamuk, prix Nobel, a été sauvé des procès dont le gouvernement d’Ankara l’accablait par la seule pression internationale et non pas par la volonté des gouvernants ankariotes. Vous occultez le sort de l’historien Taner Akçam, contraint à l’émigration pour avoir démontré par ses livres et ses recherches la nature génocidaire des événements de 1915.

Vous prétendez que « Année après année, un espace politique a commencé à s’ouvrir ». Parmi ceux qui vous ont cru, il y a aussi Ragip Zarakolu, éditeur de plusieurs ouvrages sur le Génocide des Arméniens, mais vous occultez le fait que lui et son fils Deniz sont aujourd’hui en prison. Vous occultez de même qu’à la date d’aujourd’hui, plus d’une centaine de journalistes, autant de juristes, trente-huit maires et dix-huit députés, sans compter les dizaines d’étudiants sont actuellement sous les verrous sous les prétextes les plus futiles dans cet espace politique certes ouvert à des politiciens étrangers comme vous, mais qui se ferment un peu plus chaque jour pour les simples citoyens turcs qui osent vous imiter sans bénéficier de votre impunité.

Vous parlez des Arméniens de Turquie qui « cherchent depuis longtemps à progresser sur ce dossier à travers une discussion franche et directe avec le pouvoir et la société turcs », mais vous occultez le fait que ces Arméniens, assistant chaque jour aux arrestations et procès arbitraires des Turcs de souche qui se croient libres de s’exprimer dans leur propre pays, sont terrorisés par ce qu’ils pourraient leur arriver, à eux les étrangers de l’intérieur, s’ils s’aventuraient à énoncer un tant soit peu le fond de leur pensée. Car eux savent, pour le vivre tous les jours, que dans cette Turquie dont vous vantez l’évolution, l’ultranationalisme, ouvertement affiché par les pouvoirs publics, ne fait que s’accroître et qu’il est ouvertement déclaré aujourd’hui, dans ses livres comme dans ses discours, par M. Davutoglu, ministre des Affaires étrangères, comme doctrine d’Etat.

Vous savez, comme ils le savent, que les Arméniens sont considérés dans leur propre pays comme des Untermenschen, des giavours en turc, dont on supporte à peine la présence et que la pire des insultes pour un Turc est d’être traité d’Arménien. Au cours de vos nombreux voyages en Turquie, n’avez-vous donc jamais vu ces pancartes que la police autorise aux portes des magasins, où on peut lire « Interdit aux chiens et aux Arméniens » ? Cela, monsieur Cohn-Bendit, ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Certes, de 1936 à 1945, il s’est bien trouvé des Juifs allemands pour essayer de « progresser sur ce dossier à travers des discussions franches et directes », comme vous dites. Vous savez mieux que quiconque ce qu’il leur est advenu. Les Arméniens de Turquie le savent aussi.

Le portrait idyllique de cette Turquie démocrate, ouverte au dialogue, assoiffée d’Europe, vous ne pouvez le tracer qu’au prix de ces occultations qui, par leur multitude, font de votre discours une supercherie. Supercherie d’autant plus condamnable que, ni dans cette chronique, ni dans ce qu’on peut lire ailleurs de vous, on ne vous a entendu prononcer une seule condamnation à propos de ces arrestations arbitraires, ces procès truqués et ces exils involontaires. Dans cette longue page en faveur de la Turquie, dites-nous où l’on pourrait trouver un seul mot de compassion, de soutien voire même de sympathie pour ces intellectuels, avocats, journalistes, étudiants et élus du peuple, qui croupissent actuellement dans les geôles de ce gouvernement dont vous ne cessez de vanter les mérites ?

Vous dites encore que « la Turquie ne pourrait intégrer l’Union sans dresser l’inventaire des périodes sombres de son histoire », mais cette histoire se déroule sous vos yeux. Elle est écrite mot à mot dans ces rapports sur les infractions aux droits fondamentaux des individus que vos collègues du Parlement européenne impriment périodiquement. Elle figure dans chacun des 8 702 recours déposés en 2011 devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme, qui place la Turquie loin devant l’Albanie, qui n’est pourtant pas réputée pour sa démocratie, avec ces 85 petits dossiers. L’histoire quotidienne des citoyens turcs s’écrit là, devant les tribunaux et dans les registres des prisons.

L’inventaire des périodes sombres de la Turquie commence donc par la liste de tous ceux qui, aujourd’hui, espèrent un mot de solidarité de la part de leaders d’opinion comme vous. Cette liste, vous la connaissez, elle s’allonge chaque jour davantage. Vous connaissez les noms qui la composent, vous connaissez les femmes et les hommes qui les portent. Vous demandez à la Turquie de regarder son histoire en face ? Commencez par vous souvenir de ces visages emprisonnés et demandez-vous si vous pourriez répéter les mots de votre chronique en les regardant bien en face. Je doute que vous puissiez le faire, car vous n’y verriez, comme disait Malraux dans son discours sur Jean Moulin, qu’un long cortège d’ombres défigurés.

En 2000, vous le disiez vous-mêmes, votre groupe au Parlement européen ne vous avait pas suivi dans ce mépris de l’évidence. Mais vous avez fait des disciples en France. En 30 septembre 2007, le groupe sénatorial des Verts avait signé un protocole d’accord avec le Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France, où on pouvait lire « Initiateurs de la loi du 29 janvier 2001 reconnaissant le génocide arménien, les Verts ont réaffirmé leur souhait de voir la proposition de loi condamnant le négationnisme du génocide enfin votée au Sénat. » Simultanément, les Verts sénatoriaux, à l’initiative de Patrick Farbiaz avait signé un appel demandant le vote de cette loi. Vous l’avez constaté, lors du vote du 23 janvier 2012, les Verts ont trahi leur engagement pour les mêmes motifs que les vôtres. Pour aller au bout de leur trahison, ils ont massivement signé le recours au Conseil Constitutionnel.

Dans votre chronique, vous terminez en regrettant que « les politiques en période électorale échouent si fatidiquement à faire primer la lucidité sur les calculs étriqués. » L’électoralisme ! Encore lui ! Mais là encore, vous occultez le fait qu’une bonne partie de l’électorat qui vous soutient en Allemagne est constitué de ces émigrés turcs auxquels, sous vos yeux, le premier ministre turc demande de ne pas s’intégrer afin de servir les intérêts de leur pays d’origine au lieu de servir ceux de leur pays d’adoption. Vous occultez de même que c’est ce même électorat que courtise en France le parti dont vous êtes le mentor, comme en témoigne le procès que la représentante des Verts, Mme Sirma Oran, d’origine turque, a intenté à Jean-Paul Bret, maire de Villeurbanne, avec l’accord de votre parti. Ce qui prête aujourd’hui à sourire quand on sait que les Verts, par un accord national, invite aujourd’hui ce maire socialiste de Villeurbanne à une alliance. Il est vrai que ceux que vous coachez, tout comme vous, n’en sont pas à une contradiction près. A électoralisme, électoralisme et demi. Comme vous le dites si bien, « la mémoire et les relations internationales fait (sic) partie des cartes traditionnelles du jeu politicien. » Visiblement, vous et votre parti êtes passés maîtres dans ce jeu. Dans celui qu’ils ont joué avec les Arméniens, les Verts ont triché. Si, pour avoir répondu aux désirs de la Turquie, les Verts recevront sans doute les félicitations d’Ankara, sachez que pour les Arméniens d’Europe, votre parti restera dans leur mémoire comme le parti de la trahison.

René Dzagoyan

jeudi 16 février 2012,
Ara ©armenews.com




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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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