Aujourd'hui : Mercredi, 22 mai 2019
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
A l’université Galatasaray : l’étudiant Cihan, petit cousin éloigné du capitaine Dreyfus…
Publié le :

Le Monde - Blogs

YOL (routes de Turquie et d'ailleurs)

Publié le 22 mai 2012 par anne

Cihan Kimizigül, 22 ans, avait certainement buché dur pour être admis à l’université franco turque de Galatasaray (Istanbul). Le barrage hyper sélectif (cet infernal ÖSS) donnant le sésame pour poursuivre des études supérieures « est un entraînement d’athlète » se lamentait une postulante étudiante de Diyarbakir, venue chercher le calme pour préparer le concours à « la maison des femmes » de Kayapinar, où je l’ai rencontrée le mois dernier. Etre admis à Galatasaray doit exiger d’obtenir un nombre conséquent de points et quand on vient d'Adiyaman, comme lui, sans lycée prestigieux, ce n'était vraiment pas gagné d'avance !

Mais on n’a pas souvent vu Cihan sur les bancs de la belle université à la vue imprenable sur le Bosphore. Même si tous les étudiants de Galatasaray le connaissent et savent qu’il aime porter un pushi, une pièce de tissu aux motifs kurdes, portée par les villageois kurdes comme leurs pères le faisaient, ainsi que par des centaines de milliers de citadins pour affirmer une identité longtemps niée et toujours suspecte pour certains. Ou simplement parce que cela leur plaît Tous les Tekel grévistes de Diyarbakir affichaient le leur dans le campement d’Ankara, l’hiver 2011 (ce qui ravissaient même les plus fervents kémalistes venus les soutenir !) Et Cihan n’est sûrement pas le seul étudiant de Galatasaray à en afficher un. .

Si son pushi à lui est célèbre – et bien au-delà de l’université Galatasaray – c’est que celui qu’il portait l’a envoyé pour 25 mois ( 2 ans !) en prison préventive. Ce n’est qu’en mars dernier qu’il a été remis en liberté.

Le jour de son arrestation, il portait son pushi quand trois casseurs ont lancé des cocktails molotov contre un super marché du quartier de Kagithâne où il se trouvait. Leur visage était masqué d’un pushi.

Cihan aussi portait un pushi. Cihan était donc un des trois casseurs. On ne peut qu’être admiratif de l’implacable logique qui lui a valu d’être arrêté et placé pour 2 ans en détention préventive.

On se demande même si ce bout de tissu ne constitue pas l’arme du crime, en réalité.

C’est en poursuivant cette superbe logique que le 11 mai dernier, un tribunal d’Istanbul l’a condamné à une peine de 11 ans et 3 mois de prison, le déclarant coupable d’être membre d’une organisation terroriste, d’avoir été en possession d’explosifs et d’avoir causé des dommages à des biens privés. Responsable : le pushi qui constitue l’unique « preuve » de sa culpabilité. rapportait Today’s Zaman, quelques heures après l’annonce du verdict.

Dans ce pushi des juges ont donc réussi à trouver « une organisation terroriste », et de quoi condamner Cihan à une peine aussi longue que celle que devra purger Ogun Samast, l’assassin du journaliste arménien Hrant Dink. Assassin derrière lequel la justice n’a pas vu l’ombre de la moindre organisation terroriste par contre, du moindre petit complot, pas le moindre lien avec l’affaire Ergenekon et consorts dont les médias se font chaque jour ou presque l’écho.

Des policiers qui avaient posé avec le meurtrier érigé en héros viennent même d’être promus. Il est vrai que personne ne portait de pushi sur les photos.

Tous les juges de Turquie ne doivent pas se réjouir de l’issue du procès de Hrant Dink. En tous cas, ceux de l’affaire du pushi n’étaient pas unanimes, rapporte Mehmet Karli, professeur à Galatasaray. Deux juges et un procureur avaient demandé l’acquittement lors d’une audience précédente, tandis qu'un autre procureur exigeait une peine de 45 ans de prison - et s'il en avait encore eu la possibilité, il aurait sans doute demandé qu'on envoie l'étudiant au bagne à Askale !

Bref, on croirait reconnaître la même ligne de fracture que celle qui séparait les dreyfusards des anti dreyfusards, lors de l’affaire Dreyfus,. Quand reconnaître que le rapport qui accusait le capitaine Dreyfus était un faux, signifiait admettre que l’armée française avait eu tort, ce qui menaçait de ternir son honneur et d’affaiblir la grande nation française s’affolaient les antidreyfusards. Alors qu’un capitaine juif faisait un si beau traitre, dans la jeune 3ème République aux belles « racines chrétiennes », dont tous les citoyens étaient égaux pourtant .

«Ils n’ont pas voulu reconnaître une erreur » s’insurge Mehmet Karli « Ces juges jouent avec la vie d’un étudiant de 22 ans ». Il est certain que le soutien à son étudiant, dont les avocats devraient faire appel, ne faiblira pas.

Professeurs, étudiants et personnalités étaient présents au tribunal pour soutenir l’étudiant kurde au pushi, comme la députée CHP Melda Onur, les journalistes Ahmet Sik , accusé d’appartenir à l’organisation Ergenekon et lui aussi remis récemment en liberté après avoir passé un an en prison ou Özgür Mumcu, dont le père, un journaliste célèbre, a été assassiné sans que le crime n’ait jamais été élucidé. La remise en liberté en mars dernier de l’étudiant avait fait naître un espoir douché par la décision du tribunal. Après l’annonce du verdict, une marche de protestation à Taksim était organisée, réclamant justice pour Cihan Kirmizigül. Et la liberté pour tous les étudiants emprisonnés rapporte Bianet.

Alors que le nombre des prisonniers politiques a explosé en Turquie ces dernières années, ce sont des centaines d'étudiants et lycéens qui ont été emprisonnés. Une situation contre laquelle des enseignants ont décidé de réagir en fondant le mouvement « Ne touche pas à mes étudiants » (ögrencime dokunma) , dont Etienne Copeaux s’est fait l’écho sur son blog.

En signe de protestation, certains ont choisi de donner cours devant les portes de certaines prisons. Mais comme de nombreux chercheurs, voire des professeurs de renommée internationale, comme la constitutionnaliste Büsra Ersanli ont aussi été écroués, c’est peut-être à l’intérieur même des prisons que certains des étudiants incarcérés pourront poursuivre un cursus universitaire. A défaut, ils pourront déjà y parfaire leur éducation politique..




Retour à la rubrique


Source/Lien : Le Monde - Blogs



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org