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Soner Yalcin, journaliste parrainé par l’Humanité, emprisonné dans son pays
Publié le :

L'Humanité

le 16 Juin 2012

Lundi 18 juin a eu lieu l'audience du procès Odatv où onze journalistes-écrivains sont jugés, dont Soner Yalcın. Il fait partie des cinq journalistes de ce procès toujours maintenus en détention provisoire depuis plus d'un an. LÂ’Humanité a décidé de « parrainer » ce confrère, pour que la Turquie ne procède pas, en catimini, à lÂ’extinction de ces voix démocratiques.

Soner Yalcın est un des 94 journalistes incarcérés en Turquie, il a 25 de métier et a écrit 12 livres sur les assassinats politiques demeurant « sans coupables » (1), sur les organisations clandestines, sur les services secrets, sur le « gladio » (organisation secrète terroriste d'état) et sur les confréries. Dans son pays, tous ses livres sont devenus des bestsellers. Soner Yalcin a été appelé à témoigner à plusieurs reprises à l'Assemblée nationale turque et à la Cour européenne des droits de l'homme en tant que chroniqueur reconnu de Hürriyet, le plus grand et plus important quotidien turc.

Arrêté le 14 février 2011 pour avoir écrit des articles critiques sur le mouvement islamiste de Fetlullah Gülen qui a essayé de mettre la main sur le gouvernement de l'AKP (parti de la justice et de la liberté du Premier ministre Erdogan) et l'État turc par l'intermédiaire de ses cadres infiltrés, Soner Yalcin est incarcéré depuis 17 mois à la prison de Silivri en tant que membre présumé de l'organisation terroriste « Ergenekon ». Les preuves l'incriminant seraient des fichiers Word, mettant en danger la sécurité de l'état, trouvées dans les ordinateurs du site d'information Odatv.com dont il est le propriétaire. De plus, il est aussi soupçonné d'encourager des journalistes comme Nedim Şener ou Ahmet Şık d'écrire des livres sur la confrérie de Fethullah Gülen !

Il a été démontré par trois universités turques reconnues (ODTÃœ, Bogaziçi et Yıldız) et par Joshua Marpet de Data Devastation, société américaine experte en informatique et en cybercriminalité, que les fichiers Word trouvés dans les ordinateurs du site Odatv.com avaient été envoyés par virus. Malgré ces rapports, Soner Yalçın et 5 de ses collègues sont toujours incarcérés en prison. Dans la prison de haute sécurité de Silivri où séjournent les terroristes (et présumés terroristes), les conditions de détention sont particulièrement sévères. La politique de l'isolement y est appliquée, les rencontres avec les autres détenus y sont interdites, les détenus sont dans des cellules de deux personnes maximum et tous leurs faits et gestes sont filmés 24 heures sur 24. Les ordinateurs et machines à écrire sont interdits dans les cellules. Le journaliste Soner Yalcin malgré toutes ces conditions difficiles a réussi à écrire un livre de 550 pages : Samizdat, Hakikatlere Dayanacak Gücünüz Var mı? (Samizdat, aurez-vous le courage de supporter la vérité?

Pourquoi Samizdat ?

« Samizdat » en titre de ce livre fait référence au climat politique d'oppression et au tournant antidémocratique que connaît la Turquie ces dernières années. « Samizdat » est un mot d'origine russe pour parler des livres écrits, imprimés et distribués illégalement et dans des conditions difficiles en période de censure et de pression. Le journaliste Soner Yalcin s'est inspiré d'une conversation qui l'avait marqué entre Umberto Eco et Jean-Claude Carrière dans N'espérez pas vous débarrasser des livres (Editions Grasset & Fasquelle 2009) autour de la notion de « Samizdat », la technique du « Samizdat » remontant au 17ème siècle en France.

Soner Yalcin dans Samizdat décrit de manière documentée non seulement le complot illégal et injuste qu'il a subi, mais aussi les manipulations pas très nettes dont ont souffert d'autres détenus de l'opposition. Soner Yalcin décrit les traquenards utilisés pour emprisonner les généraux, les sous-officiers, les politiciens, les universitaires, les écrivains, les journalistes appelés les « euros asiatiques » proches de la Russie, le Chine et l’Iran par les diplomates américains dans les documents Wikileaks et avance la thèse qu’actuellement en Turquie un coup d’état civil est mené dans l’ombre des États-Unis.

Le leader du CHP, le parti socialiste et d'opposition, Kemal Kılıçdaroğlu a conseillé le livre Samizdat lors de son discours pendant la réunion du groupe parlementaire des députés et des membres du parti. Le livre a été distribué à tous les députés sociaux-démocrates qui ont fait une motion parlementaire invitant le premier ministre Erdoğan à répondre. Ces questions demeurent sans réponse pour le moment.

Où va la Turquie ?

Après la publication de livres tels que Binbaşı Ersever'in İtirafları (Les aveux du commandant Ersever, un élément des services secrets tué par ses opposants) ou Behçet Cantürk'ün Anıları (Les mémoires de Behçet Cantürk, un chef de la mafia tué par les forces clandestines de l'état), Soner Yalçın a reçu des menaces de mort et à continuer à écrire ses livres en cachette. Aujourd'hui, il a écrit son douzième livre à la main en étant sous surveillance dans une prison turque de haute sécurité.

En quatrième de couverture de son Samizdat, il décrit où va la Turquie de la façon suivante :

« Dans mon pays, la pensée est considérée comme un ennemi de la vie, comme un symbole du mal. On est hostile à ceux qui tiennent profondément à la pensée et la respectent, à ceux qui posent des questions, cherchent des réponses et les trouvent. Celui qui pense n'a pas d'abri...

Dans mon pays, les forces tyranniques de toutes sortes n'hésitent pas à tout faire pour l'amour du pouvoir et n'a qu'un seul désire, celui d'être confirmé et flatté dans son orgueil...

Dans mon pays, ceux qui parlent avec leur bouche plutôt qu'avec leur esprit ternissent la liberté en falsifiant les faits...

Dans mon pays, on essaye de faire taire à jamais en condamnant au silence un journaliste-écrivain, en le jetant en prison, en faisant oppression sur son journal ou sa maison d'édition...

Mais dans mon pays, les vérités peuvent persister.

En fin de compte, elles sont toujours écrites.

Comme un Samizdat... »

(1) Les autorités ne réussirent jamais à mettre la main sur les assassins, cependant tous ces meurtres non élucidés sont devenus affaires classées avec « coupable inconnu » ! Cette expression a donc fait son apparition dans la terminologie et l'histoire de la politique turque et c'est ainsi qu'après le coup

Quelques extraits de la défense de Soner Yalcin devant le tribunal

« Un journaliste ne peut pas se sentir obligé ou responsable de devoir faire des efforts pour complaire au pouvoir ».

MONSIEUR LE PRÉSIDENT, MESSIEURS LES JUGES,

Aucun régime, pouvoir ou tribunal n'a jamais été honoré de jeter des journalistes et des écrivains en prison.

L'histoire n'a jamais pardonné ceux qui ont pu juger les idées, les écrits et les livres.

La pensée n’a été jamais supprimée ni en la brûlant, ni en l’enfermant. Aucune méthode oppressive n’a jamais fait taire ni une voix, ni une lettre.

Tant qu'il y aura des journalistes-écrivains en prison dans un pays, ce sera autant de massacre de l'esprit.

Aujourd'hui, c'est la pensée qui est assise sur le banc des accusés. Or, la pensée ne peut pas être soumise à l’autorisation.

Il est connu que la force par la brutalité n'est pas infinie, le vrai jugement c'est celui de l'histoire.

Étant l’avocat de l’infini, l’histoire demande toujours des comptes à ceux qui sont capables de tout pour le pouvoir, qui mettent ses intérêts au-dessus de tout, qui suppriment ses opposants par les intrigues illégales.

MESSIEURS LES JUGES,

On risque de graves conséquences à faire du vrai journalisme en Turquie.

Être passionnément attaché à la vérité, être un journaliste honnête qui refuse de se compromettre dans notre pays signifie soit d'être licencié, soit arrêté soit massacré.

Pour cette raison, le journaliste passionné de vérité est une personne solitaire qui installe sa maison au pied du mont Vésuve.

Malgré tout, les journalistes courageux, qui ont de l’éthique et qui refusent le compromis ont toujours existé et existeront toujours. Car le journaliste qui risque sa vie dépasse le cadre réduit de sa vie terrestre et devient immortel, comme Ugur Mumcu, comme Musa Anter, comme Hrant Dink.

Les grands journalistes sont depuis toujours les plus courageux. Les grands journalistes ne rendent compte de leurs pensées à personne, et ce, quels qu'en soient les frais.

Il n'y a qu'une seule condition pour être journaliste: rester passionnément fidèle à la vérité.

Un journaliste ne peut pas se sentir obligé ou responsable de devoir faire des efforts pour complaire au pouvoir. Ce n'est pas possible. Et, si cela s'avérait possible, cela signifierait que dans le pays en question la liberté de la presse n'existe pas.

Je ne compte pas sortir honteux de cette prison où je suis entré avec dignité. Si un homme a de l'honneur, il en aura partout. S'il n'en a pas, il n’en aura nulle part. Le caractère d'un homme se dévoile dans les moments critiques et difficiles. Pour un journaliste, le plus grand des défauts pourrait être le manque de force de résistance.

MESSIEURS LES JUGES,

Je garderai et resterai fidèle à mes idées, mes écrits, à ma profession et à l’humanité de mon cœur malgré toutes les calomnies, les menaces, tous les mensonges, et piétinement sur ma vie privée et intime, dans une atmosphère sauvage où la haine aveugle les yeux.

Je résisterai pour rester humain. Car le plus honorable art de la vie est celui de rester soi-même.

Le plus dur est l'esclavage de l'esprit, la captivité physique est passagère. C'est pour cela que :

Toute ma vie, je me suis opposé à celui qui est avide, qui a l'esprit borné et fait souffrir les autres pour ses objectifs personnels. J'ai toujours été du côté des opprimés et honoré l'homme. Pour toutes ces raisons, on m'a jeté en prison.

J'ai été un ennemi de la mauvaise foi. J’ai combattu avec ma plume les ennemis de la lumière qui tiennent désinformées et ignorantes les masses. Ceux qui condamnent la lumière les masses analphabètes mal informées et ignorantes.

J’ai refusé de marcher avec hypocrisie dans des voies tortueuses.

J’ai rejeté la renommée qui passe actuellement pour avoir beaucoup de valeur.

Je me suis endurci contre ceux qui cachent et détruisent les informations et les nouvelles et qui écrivent des mensonges pour leurs propres intérêts, c’est pourquoi on m’a mis en prison.

Pierre Barbancey




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Source/Lien : L'Humanité



   
 
   
 
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