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Appel pour le Prix Nobel de la Paix Ă  Ragıp Zarakolu
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - "Six des co-fondateurs de lÂ’initiative GIT (Groupe international de travail « LibertĂ© de recherche et dÂ’enseignement en Turquie ») et trois personnalitĂ©s intellectuelles ont adressĂ© au ComitĂ© Nobel, le 26 septembre 2012, un appel en faveur de lÂ’obtention par Ragıp Zarakolu, Ă©diteur, intellectuel et combattant des droits humains en Turquie, du Prix Nobel de la Paix. Voici la version librement adaptĂ©e en français du texte anglais envoyĂ©e Ă  Oslo. Cette initiative pour Ragıp Zarakolu doit permettre dÂ’attirer davantage lÂ’attention de lÂ’opinion internationale et des communautĂ©s scientifiques sur la situation des libertĂ©s individuelles en Turquie et le sort de ceux qui dĂ©fendent le droit aux Ă©tudes universitaires et Ă  la recherche indĂ©pendante : nombre dÂ’entre eux sont en prison ou sous le coup dÂ’inculpations en vertu de la lĂ©gislation anti-terreur." Le Prix Nobel de la Paix sera dĂ©cernĂ© ce vendredi 12 octobre 2012 Ă  11h00. Ragip Zarakolu a Ă©tĂ© nominĂ© en fĂ©vrier 2012 par cinq dĂ©putĂ©s suĂ©dois. L'appel du GIT attire Ă  nouveau l'attention sur l'intellectuel turc qui fait face, en ce moment mĂŞme, Ă  un nouveau procès en Turquie. L'Ă©diteur et militant des droits de l'homme risque de 7 Ă  15 ans de prison pour "terrorisme" : en rĂ©alitĂ© pour son engagement sur le gĂ©nocide armĂ©nien et les droits des Kurdes. Le Prix Nobel de la Paix se doit de saluer son action courageuse qu'il n'a jamais abandonnĂ©e, mĂŞme du plus profond de sa cellule.

GIT France

Appel en faveur du Prix Nobel de la Paix Ă  Ragıp Zarakolu

Mardi 2 octobre 2012

Six des co-fondateurs de lÂ’initiative GIT (Groupe international de travail « LibertĂ© de recherche et dÂ’enseignement en Turquie ») et trois personnalitĂ©s intellectuelles ont adressĂ© au ComitĂ© Nobel, le 26 septembre 2012, un appel en faveur de lÂ’obtention par Ragıp Zarakolu, Ă©diteur, intellectuel et combattant des droits humains en Turquie, du Prix Nobel de la Paix. Voici la version librement adaptĂ©e en français du texte anglais envoyĂ©e Ă  Oslo.

Cette initiative pour Ragıp Zarakolu doit permettre dÂ’attirer davantage lÂ’attention de lÂ’opinion internationale et des communautĂ©s scientifiques sur la situation des libertĂ©s individuelles en Turquie et le sort de ceux qui dĂ©fendent le droit aux Ă©tudes universitaires et Ă  la recherche indĂ©pendante : nombre dÂ’entre eux sont en prison ou sous le coup dÂ’inculpations en vertu de la lĂ©gislation anti-terreur.

Pour signer l’appel (en tant que chercheur, universitaire, étudiant, traducteur, éditeur, journaliste, intellectuel,..), merci de vous de se connecter au site du GITInitiative (www.gitinitiative.com) où vous trouverez le texte officiel de l’appel et la procédure pour le signer.

Les signataires

Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales/EHESS (histoire, sociologie), Yves Déloye, professeur à Sciences Po Bordeaux et à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (science politique), secrétaire général de l’Association française de science politique, Vincent Duclert, professeur agrégé à l’EHESS (histoire), Diana Gonzalez, enseignante à Sciences Po Paris (sociologie, esthétique), Emine Sarikartal, doctorante à l’université de Paris-Ouest, traductrice et éditrice (philosophie), Ferhat Taylan, doctorant à l’université de Bordeaux et traducteur (philosophie), co-fondateurs du GIT Initiative,

Alexis Govciyan, Président du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France, Président d’Europe de la mémoire ; Dr. Dalita Roger-Hacyan, maître de conférences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Roger W. Smith, professeur émérite au College William and Mary in Virginia, co-fondateur et ancien Président de l’IAGS-International Association of Genocide Scholars.

Dr. Salih Akın (Associate Professor of Linguistics, UniversitĂ© de Rouen) ; Dr. Janine Altounian (Researcher, Translator) ; Dr. Derya Bayir (Independent Scholar and Lawyer, UK) ; Dr. Avner Ben-Amos (Professor of History, Tel Aviv University, Israel), Johann Bihr (Reporters sans frontiers [Reporters Without Borders], Head of Europe & Central Asia Desk), Dr. Faruk Bilici (Professor of History, INALCO, France) ; Dr. Martin van Bruinessen (Emeritus Professor of Comparative Studies of Contemporary Muslim Societies, Utrecht University, Holland) ; Dr. Cengiz Cağla (Associate Professor of Political Science, Yildiz University, Turkey) ; Dr. Etienne Copeaux (Historian, GREMMO, France) ; Dr. Caroline Finkel (Honorary Fellow, University of Edinburgh, UK) ; Dr. Andrea Fischer-Tahir (Research Fellow at the Zentrum Moderner Orient Berlin, Germany) ; Dr. Zeynep Gambetti (Associate Professor of Political Theory, Boğazici University, Turkey, Co-founder of GIT Turkey) ; Dr. Zeynep Kadirbeyoğlu (Associate Professor of Political Science, Boğazici University, Turkey) ; Dr. Ali Kazancigil (Co-director of the journal Anatoli, Political Science) ; Dr. Raymond KĂ©vorkian (Professor, Institut Français de GĂ©opolitique, UniversitĂ© Paris 8-Saint-Denis) ; Dr. Michel Marian (Lecturer, Sciences Po Paris, France) ; Dr. Claire Mauss-Copeaux (Historian, GREMMO, France) ; Dr. Claire Mouradian (Senior Research Fellow in History, CNRS France) ; Dr. Esra Mungan (Assistant Professor of Psychology, Boğazici University, Turkey); Dr. Leyla Neyzi (Professor of Arts and Social Sciences, Sabancı University, Turkey) ; Ozden Ocak (PhD Candidate in Cultural Studies, George Mason University, USA) ; Zeynep Oguz (Ph.D. Candidate, Harvard University, USA) ; SĂ©ta Papazian (President of Collectif VAN, France) ; Dr. HĂ©lène Piralian-Simonyan (Psychoanalyst and Writer, Founding Member of AIRCRIGE France) ; Dr. Yasar Ozan Say (Visiting Lecturer, Department of Anthropology, Bridgewater State University, USA) ; Dr. GĂĽrel TĂĽzĂĽn (History Foundation, Turkey) ; Dr. GĂĽndĂĽz Vassaf (Psychologist, writer) ; Dr. Ipek K. Yosmaoğlu (Assistant Professor, Northwestern University, USA).


POUR RAGIP ZARAKOLU

APPEL EN FAVEUR DE SA DISTINCTION

PAR LE PRIX NOBEL DE LA PAIX

26 septembre 2012

Ragıp Zarakolu

Editeur indépendant et combattant des droits humains en Turquie.


Le 28 octobre 2011, lÂ’Ă©diteur indĂ©pendant et combattant des droits humains Ragıp Zarakolu, âgĂ© Ă  lÂ’Ă©poque de 63 ans, malade et affaibli, Ă©tait arrĂŞtĂ© une nouvelle fois dans son pays, la Turquie. Son fils, Ă©diteur lui aussi, avait connu le mĂŞme sort quelques semaines auparavant, pour les mĂŞmes faits de libertĂ© dÂ’expression traitĂ©s comme un crime terroriste. Loin de renoncer Ă  ses idĂ©aux devant cette Ă©preuve qui sÂ’ajoute Ă  tant dÂ’autres, Ragıp Zarakolu affronte lÂ’emprisonnement avec la dĂ©termination morale lĂ©guĂ©e par le combat pour les droits humains en Turquie.

Pour Ragıp Zarakolu, un mĂŞme engagement, commencĂ© des annĂ©es plus tĂ´t avec sa femme Ayşe Nur, reprend. Ils ont Ă©tĂ© tous les deux, depuis un demi-siècle, aux premiers plans de la mobilisation pour la Turquie dĂ©mocratique vivante. Ils ont connu lÂ’expĂ©rience destructrice de la prison turque, pour prix de leur combat en faveur de la « diffusion dÂ’une attitude de respect envers la diversitĂ© des pensĂ©es et des cultures de Turquie ». La promotion de cette attitude passe par un travail de connaissance et de vĂ©ritĂ© sur lÂ’histoire de la Turquie. Celui-ci exige la libertĂ© intellectuelle et politique autant quÂ’une Ă©mancipation sociale. Fidèles en cela aux hautes traditions intellectuelles du pays, ils ont donnĂ© au livre et Ă  lÂ’Ă©dition leurs lettres de noblesse. La contribution de Ragıp Zarakolu au progrès intellectuel et politique de la Turquie est inestimable. Par son engagement pour la dĂ©mocratie et la culture dans son pays, il a dĂ©montrĂ© quÂ’un tel combat servait les intĂ©rĂŞts de toute lÂ’humanitĂ© dans son effort de reconnaissance des valeurs communes de libertĂ©, de vĂ©ritĂ© et de dignitĂ©. Toute la vie de Ragıp Zarakolu et son existence de travail tĂ©moignent de ces convictions dĂ©mocratiques et dÂ’une action dĂ©terminĂ©e pour les dĂ©fendre.

Ragıp Zarakolu est nĂ© en 1948 Ă  BĂĽyĂĽkada, près dÂ’Istanbul, alors que son père Remzi Ă©tait sous-prĂ©fet de lÂ’Ă®le. Ragıp a grandi parmi les membres des communautĂ©s grecque et armĂ©nienne de Turquie. En 1968, il a commencĂ© Ă  Ă©crire pour les revues Ant (« Le Serment ») et Yeni Ufuklar (« Nouveaux Horizons »). En 1971, Ragıp Zarakolu est poursuivi pour « relations clandestines avec Amnesty International » et passe cinq mois en prison. En 1972, il est Ă  nouveau condamnĂ© Ă  deux ans de prison, quÂ’il a accomplis au centre de dĂ©tention de Selimiye (Istanbul) pour un article dans Ant sur Ho Chi Minh et la guerre du Vietnam ; il est libĂ©rĂ© en 1974 Ă  la faveur dÂ’une amnistie gĂ©nĂ©rale. Il sÂ’engage plus Ă  fond dans la dĂ©fense de la libertĂ© de pensĂ©e, seul moyen dÂ’assurer lÂ’expression de la diversitĂ© des pensĂ©es et des cultures de Turquie ». Avec sa femme, il crĂ©e en 1977 les Ă©ditions Belge (« Documents »), puis cofonde le quotidien DĂ©mokrat dont il prend la direction de la section « Ă©tranger ». JusquÂ’au coup dÂ’Etat de 1980, les Ă©ditions Belge avaient surtout publiĂ© des livres acadĂ©miques et thĂ©oriques. Puis, Belge a commencĂ© Ă  publier une sĂ©rie de livres Ă©crits par des prisonniers politiques : recueils de poèmes, nouvelles, romans. La liste des publications de Belge inclut aussi des traductions de la littĂ©rature grecque, des ouvrages sur la question armĂ©nienne et les Juifs en Turquie. De nombreuses publications concernent Ă©galement la question kurde en Turquie. Parmi les livres relatif gĂ©nocide armĂ©nien, figurent les traductions des Ă©tudes classiques dÂ’Yves Ternon et de Vahakn Dadrian interdites en Turquie, lÂ’ouvrage de George Jerjian, La VĂ©ritĂ© nous dĂ©livrera : ArmĂ©niens et Turcs rĂ©conciliĂ©s, et celui de Dora Sakayan, Un MĂ©decin armĂ©nien en Turquie, Garabed Haztcherian, qui a valu de nouvelles accusations en 2005. En novembre 2007, Zarakolu publie le livre de David Gaunt, Massacres, Resistance, Protectors sur le gĂ©nocide des Assyriens.

Cette activitĂ© Ă©ditoriale Ă  lÂ’importance politique, intellectuelle et morale considĂ©rable fait de Belge une cible permanente de lÂ’ultra-nationalisme frĂ©quemment au pouvoir en Turquie. Les Ă©ditions Belge ont Ă©tĂ© la cible de la censure turque depuis leur crĂ©ation par Zarakolu et sa femme Aysenur. Les charges ont valu au couple des peines dÂ’emprisonnement, la confiscation et la destruction des stocks de livres, et de lourdes amendes. Ragıp Zarakolu a Ă©tĂ© brièvement emprisonnĂ© en 1982, en raison de sa position dans Demokrat, puis expulsĂ© du pays jusquÂ’en 1991. En 1995, le siège des Ă©ditions Belge a subi un attentat Ă  la bombe, perpĂ©trĂ© par un groupe dÂ’extrĂŞme droite. Depuis le dĂ©cès prĂ©maturĂ© de sa femme en 2002, suite Ă  des emprisonnements successifs, les poursuites judiciaires ont continuĂ© contre Ragıp Zarakolu. Refusant cette destruction mĂ©thodique des droits civiques et de la libertĂ© dÂ’expression en Turquie, Ragıp Zarakolu sÂ’implique dans leur dĂ©fense. En 1986, il compte parmi les 98 fondateurs de la l'Association des droits de l'Homme de Turquie (IHD). En 2007, il accède Ă  la prĂ©sidence du ComitĂ© pour la libertĂ© de publication de l'Union des Ă©diteurs de la Turquie (TYB). Il est Ă©galement le reprĂ©sentant en Turquie du ComitĂ© pour la libertĂ© de publication de l'Union internationale des Ă©diteurs (IPA), et le prĂ©sident du comitĂ© pour les Ă©crivains emprisonnĂ©s du PEN-Club International en Turquie.

Si Ragıp Zarakolu est la cible dÂ’une persĂ©cution permanente dans son pays, il est en revanche honorĂ© au niveau international par des prix et des hommages prestigieux. Le 21 avril 2005, il reçoit Ă  lÂ’HĂ´tel de Ville de Paris, des mains du du maire Bertrand DelanoĂ«, la MĂ©daille du Courage pour ses publications sur le gĂ©nocide armĂ©nien. La mĂŞme annĂ©e, il est titulaire du prix de « la libertĂ© d'expression »conjointement attribuĂ© par l'Union des Ă©crivains norvĂ©giens et le Ministère norvĂ©gien de la Culture. En 2008, il est le laurĂ©at du Prix IPA « Pour la LibertĂ© de publier ». Il a Ă©galement reçu le prix « La libertĂ© de pensĂ©e et d'expression » dĂ©cernĂ© par l'Union des Ă©diteurs de Turquie, le prix « La libertĂ© de la presse » donnĂ© par l'Association des journalistes de Turquie. RĂ©cemment encore, lui a Ă©tĂ© remis par la Bibliothèque nationale armĂ©nienne la mĂ©daille d'honneur « Hagop Megapart » pour sa contribution Ă  la reconnaissance de l'histoire, la culture et la littĂ©rature armĂ©nienne en Turquie. En 2010, il fut au nombre des cinquante Ă©crivains retenus par lÂ’International PEN pour le cinquantième anniversaire de sa campagne dÂ’action en faveur de la libertĂ© dÂ’expression depuis 1960 (« Because Writers Speak Their Minds »).

*

Le mardi 4 octobre 2011, 150 personnes sont arrĂŞtĂ©es dans le cadre du procès « KCK », dans le Sud-est Ă  Diyarbakir et Ă  Gaziantep. Mais cÂ’est Ă  Istanbul que la rafle est la plus importante, avec 90 arrestations dont 83 membres ou dirigeants du BDP (parti kurde lĂ©gal), des journalistes, et aussi Deniz Zarakolu, fils de Ragıp, doctorant en sciences politiques et Ă©diteur pour Belge. Le 12 octobre, alors quÂ’il participe Ă  la Foire internationale du livre de Francfort, Ragıp Zarakolu rĂ©agit par un vibrant appel en faveur de son fils et de Suzan Zengin lÂ’une des principales traductrices attachĂ©es Ă  la maison. Il dĂ©nonce lÂ’acharnement policier qui frappe Belge, une nouvelle fois dans la longue histoire de ces Ă©ditions, honneur de la Turquie incarnĂ©e dans la tradition de la libertĂ© de pensĂ©e.

« Notre Ă©diteur Deniz Zarakolu, ingĂ©nieur, actuellement doctorant Ă  l'universitĂ© Bilgi d'Istanbul, a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© pour avoir donnĂ© une confĂ©rence sur La Politique d'Aristote dans le cadre de l'AcadĂ©mie du parti kurde BDP, parti lĂ©gal qui siège au Parlement. Deniz Zarakolu est l'auteur d'un livre sur Thomas Hobbes, dont il a traduit Le Citoyen ou les Fondements de la politique. Ironie du sort, il avait Ă©galement traduit, voici onze ans, un livre sur les problèmes du système juridique turc (The Independence of Judges and Lawyers in the Republic of Turkey: Report of a Mission, 1999, Centre for the Independence of Judges and Lawyers, Genève). Il a Ă©galement traduit des ouvrages scientifiques pour l'universitĂ© Bilgi, et il est traducteur au service des dĂ©lĂ©gations de militants des droits de l'homme venant d'Europe. Par ailleurs, l'un de nos auteurs, Aziz Tunç, arrĂŞtĂ© Ă©galement, est l'auteur d'un ouvrage sur le massacre de Maras en 1978, Maraş Kıyımı - Tarihsel Arka Planı ve Anatomisi (« Maras. Contexte historique et anatomie d'un massacre »). Il Ă©crivait un autre livre sur l'histoire de Maras et la multiculturalitĂ©. Sous prĂ©texte de la loi anti-terreur, ils vont devoir attendre au moins une annĂ©e jusqu'au dĂ©but de la procĂ©dure judiciaire, uniquement pour le fait d'appartenir Ă  un parti lĂ©gal et d'avoir donnĂ© une confĂ©rence Ă  l'AcadĂ©mie des sciences politiques du BDP. Pourtant ce type d'acadĂ©mie existe Ă©galement dans le cadre du CHP et de l'AKP, comme c'est une tradition Ă©galement dans les partis sociaux-dĂ©mocrates en Allemagne, en Suède et en Norvège. Parmi les personnes arrĂŞtĂ©es figurent Ă©galement Ayse Berktay et A. Dursun Yıldız. Notre traductrice Suzan Zengin, qui a vĂ©cu en Allemagne, a passĂ© deux annĂ©es en prison, oĂą elle a eu des problèmes de santĂ©, et a Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e voici deux mois. Il y a dix jours, elle a subi une opĂ©ration cardiaque et est restĂ©e dans le coma depuis. C'est un Ă©norme gâchis ! Nous craignons pour la santĂ© de mon fils Deniz Zarakolu, qui a des problèmes dÂ’asthme, et pour celle d'Aziz Tunç en raison du rĂ©gime d'isolation en prison. RĂ©cemment Suzan Zengin avait traduit les actes d'un colloque sur « Exil, massacre et anĂ©antissement des chrĂ©tiens d'Anatolie » (Ă©d. Tessa Hofmann) ; elle avait Ă©galement traduit pour nous une « Anthologie de la littĂ©rature chypriote grecque », une « Anthologie de nouvelles grecques sur Thessalonique » et une « Anthologie de chants et rĂ©cits populaires assyriens ». C'est en 1991 que suis venu Ă  la Foire de Francfort pour la première fois. A l'Ă©poque, c'est notre auteur Ismail Besikçi qui Ă©tait en prison, Ă  cause de ses travaux de recherche sur les Kurdes. Qu'est-ce qui a changĂ© depuis ? Tous ont connu la prison Ă  cause de leur engagement pour la paix, pour la libertĂ©, pour l'Ă©galitĂ©. Tous croient en la coexistence pacifique des diffĂ©rents peuples et cultures. Notre combat pour la vĂ©ritĂ© et l'humanitĂ© continue ! »

Les Ă©vĂ©nements de dĂ©but octobre 2011, avec lÂ’arrestation de son fils, avec le dĂ©cès de sa traductrice Suzan Zengin (des suites des conditions de sa longue dĂ©tention), sont parmi les plus graves que Ragıp Zarakolu a du affronter dans sa longue existence dÂ’intellectuel dĂ©mocrate et dÂ’Ă©diteur indĂ©pendant. Quittant aussitĂ´t Francfort pour Istanbul, il sÂ’emploie activement Ă  dĂ©fendre les inculpĂ©s quand survient sa propre arrestation le 28 octobre. Une autre figure du monde intellectuel et scientifique turc est arrĂŞtĂ©e au cours de cette rafle, BĂĽşra Ersanlı, professeure renommĂ©e de sciences politiques et de droit constitutionnel de lÂ’UniversitĂ© Marmara, spĂ©cialiste des processus de fabrique de lÂ’histoire officielle en Turquie, arrĂŞtĂ©e la veille de la table ronde internationale quÂ’elle devait prĂ©sider Ă  lÂ’UniversitĂ© Bilgi dÂ’Istanbul sur « Les questions controversĂ©es de lÂ’histoire de la RĂ©publique turque ». 48 autres interpellations sont effectuĂ©es par la police antiterroriste qui investit les bureaux istanbuliotes du BDP. Après une longue garde Ă  vue et une audience de 28 heures, le tribunal de Beşiktaş inculpe les deux intellectuels le 1er novembre dÂ’ « appartenance Ă  une organisation illĂ©gale », en vertu de la loi anti-terreur, et ordonne leur mise en dĂ©tention prĂ©ventive. Comme son fils dĂ©tenu dans une prison de haute sĂ©curitĂ© (Ă  Edirne), Ragıp Zarakolu est soumis au rĂ©gime des inculpĂ©s pour terrorisme dans la prison de Kocaeli, un Ă©tablissement pĂ©nitentiaire rĂ©putĂ© pour ses conditions implacables de dĂ©tention.

Les documents saisis au domicile des inculpĂ©s ainsi que la teneur des interrogatoires fleuves dĂ©montrent la vacuitĂ© des chefs dÂ’inculpation pour « terrorisme ». De sa prison de haute sĂ©curitĂ© de Metris, Ragıp Rarakolu dĂ©nonce ces mĂ©thodes dÂ’arbitraire par une lettre que son avocat transmet Ă  la presse. « Mon arrestation et l'accusation d'appartenance Ă  une organisation illĂ©gale font parties d'une campagne visant Ă  intimider tous les intellectuels et dĂ©mocrates de Turquie et plus particulièrement Ă  priver les Kurdes de tout soutien », Ă©crit-il. Zarakolu fait savoir Ă©galement quÂ’au cours du raid Ă  son domicile, la police n'a confisquĂ© que quelques livres comme «preuves du crime» et n'a rien trouvĂ© au sujet de sa soi-disant relation avec l'organisation en question. Les livres qui ont Ă©tĂ© saisis comme preuves du crime sont le 2e volume de Vatansiz Gazeteci (« Journaliste apatride ») de Dogan Ă–zgĂĽden, rĂ©dacteur en chef d'Info-TĂĽrk, Habiba d'Ender Ondes, le processus de paix de YĂĽksel Genç, les manuscrits de quelques livres sur le gĂ©nocide des ArmĂ©niens et sur l'histoire armĂ©nienne. Il ajoute que toutes ses cartes bancaires et de crĂ©dit ont Ă©tĂ© confisquĂ©es par la police. Rappelant qu'il est invitĂ© Ă  de nombreuses confĂ©rences Ă  l'Ă©tranger, principalement durant la semaine prochaine Ă  Berlin, puis Ă  l'UniversitĂ© Colgate, Ă  Los Angeles et dans le Michigan, Zarakolu dĂ©clare : « Le gouvernement devrait leur rĂ©pondre quant Ă  la raison rĂ©elle de mon arrestation. »

Zarakolu conclut sa lettre par l'appel suivant: « Lors de mon interrogatoire, ils n'ont posé aucune question au sujet de l'organisation dont j'étais accusé d'être membre. Ils ne m'ont posé des questions que sur les livres que j'ai écrits ou préparés à la publication, les réunions publiques où j'ai parlé ou auxquelles j'ai assisté. Je pense que tout le monde devrait conjointement réagir contre cette campagne d'arrestations qui se transforme en un lynchage collectif. Ces pratiques illégales doivent être arrêtées. » La voix des détenus comme la sienne est cependant étouffée par les assauts des médias islamistes qui n’hésitent pas à recourir, par exemple à l’antisémitisme, pour mieux discréditer le patriotisme des intellectuels démocrates. Ces lynchages médiatiques se conjuguent avec des piratages de site informatiques et des manipulations de données personnelles visant à corrompre l’image des inculpés dans les procès politiques. Les procès en diffamation sont interminables et les contre-enquêtes difficiles en raison de la fragilité croissante de la presse indépendante du pouvoir et de l’intimidation permanente de la défense allant jusqu’à l’emprisonnement des avocats.

*

MalgrĂ© les risques encourus, les protestations se multiplient en Turquie contre ces arrestations massives . La haute figure intellectuelle et morale de Ragıp Zarakolu est au cÂśur de ces mobilisations nationales et internationales. Un appel signĂ© de lÂ’ancien maire dÂ’Istanbul Ahmet İsvan, de lÂ’ambassadeur Temel İskit, de lÂ’Ă©crivain Yaşar Kemal et de plusieurs professeurs dÂ’universitĂ© est rendu public. LÂ’Initiative dÂ’Ankara pour la LibertĂ© de PensĂ©e lance une pĂ©tition intitulĂ©e « Ça suffit ! » , puis organise Ă  Ankara une « nuit de soutien » Ă  lÂ’Ă©diteur afin quÂ’il soit de nouveau « rĂ©uni avec ses livres ».

La mobilisation sÂ’organise Ă©galement au niveau mondial. Plusieurs pĂ©titions voient le jour, lÂ’une en langue anglaise (« Stop aux dĂ©tentions arbitraires en Turquie ! » ), une deuxième en langue allemande par le biais du Working Group against Genocide for International Understanding ). Les sections du PEN-Club, notamment celle de New-York, sÂ’engagent pour Ragıp Zarakolu. Aux Etats-Unis toujours, la Jeri Laber Human Rights Watch, lui attribue le 28 avril son Prix 2012. Apprenant lÂ’honneur qui lui est fait, Zarakolu dĂ©clare : « Merci pour ce prix très important et pour votre soutien Ă  la libertĂ© de publier. Je suis heureux dÂ’accepter ce prix, non seulement pour moi, mais au nom de tous les Ă©diteurs, Ă©crivains et journalistes qui restent en prison en Turquie. Bien que jÂ’ai Ă©tĂ© libĂ©rĂ©, je reste sous la menace dÂ’une nouvelle arrestation Ă  la faveur de lois anti-dĂ©mocratiques et de procès inĂ©quitables. JÂ’ai Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© sans raison donnĂ©e, et après cinq mois, jÂ’ai Ă©tĂ© libĂ©rĂ© sans raison donnĂ©e. Je ne suis pas un militant politique. Depuis près de 40 ans, jÂ’ai Ă©tĂ© un Ă©diteur et un dĂ©fenseur des droits humains. » En France, le Conseil de coordination des organisations armĂ©niennes lance une collecte de fonds afin de soutenir lÂ’activitĂ© de Belge au moment oĂą les Ă©ditions se voient privĂ©es de leur directeur : des commandes de livres sont ainsi adressĂ©es Ă  Istanbul.

Dès le 4 novembre 2011, des voix sÂ’Ă©lèvent pour demander que Ragıp Zarakolu deviennent un futur laurĂ©at du Prix Nobel de la Paix. « Cet homme nÂ’a rien Ă  faire en prison, il mĂ©rite le Prix Nobel », dĂ©clare Bjorn Smith-Simonsen, prĂ©sident de lÂ’IPA (International Publishers Association). Au dĂ©but de lÂ’annĂ©e 2012, des membres du Parlement suĂ©dois, Amineh Kakabaveh, Jens Holm, Bengt Berg, Siv Holma, Marianne Berg, Jan Lindholm et Valter Mutt, soumettent officiellement au ComitĂ© Nobel Ă  Oslo la candidature de Ragıp Zarakolu.

Dans le monde entier, des personnalitĂ©s de premier plan sÂ’expriment en faveur de Ragıp Zarakolu comme lÂ’Ă©crivain Paul Auster protestant contre la Turquie « parce que des journalistes et des auteurs sont emprisonnĂ©s ». InterrogĂ© par le journal HĂĽrriyet, il insiste : « Combien sont actuellement prisonniers ? Plus dÂ’une centaine ? ». Le Premier ministre Erdoğan rĂ©agit en accusant lÂ’Ă©crivain amĂ©ricain dÂ’avoir lÂ’indignation sĂ©lective puisquÂ’il ne sÂ’Ă©meut pas des violations des droits de lÂ’homme en IsraĂ«l. Et de conclure devant les cadres de son parti : « cÂ’est du mĂ©pris pour la Turquie ! » . Paul Auster, très par ailleurs très sensibilisĂ© Ă  lÂ’action des PEN (il est un membre important du PEN American Center), riposte en citant les chiffres de lÂ’organisation : « il y a Ă  peu près une centaine dÂ’Ă©crivains emprisonnĂ©s en Turquie, pour ne pas parler des Ă©diteurs indĂ©pendants tels que Ragıp Zarakolu, dont le cas est surveillĂ© de près par les PEN du monde entier ». Il ajoute : « Tous les pays sont imparfaits et assaillis par une myriade de problèmes, monsieur le Premier ministre, y compris aux Etats-Unis, y compris en Turquie, et cÂ’est une conviction ferme en moi que dans le but dÂ’amĂ©liorer les conditions de vie dans notre pays, dans tous les pays, la libertĂ© de parole et de publication, sans censure ni menace dÂ’emprisonnement, est un droit sacrĂ© pour tous les hommes et femmes » .

En Europe, une initiative d’ampleur prend la défense des emprisonnés. Elle débute par la publication dans le journal français Le Monde, deux semaines après les arrestations du 29 octobre, d’une tribune de chercheurs sur le « tournant liberticide en Turquie » (11 novembre 2011). Poursuivant leur action, les auteurs de l’article, rejoints par d’autres collègues, décident de la création d’un Groupe international de travail (GIT) pour la « liberté de recherche et d’enseignement en Turquie ». Un appel est lancé dans les trois langues (française, anglaise et turque) le 21novembre, signé par 33 chercheurs, universitaires et spécialistes, majoritairement basés à Paris et dont les différents statuts, nationalités ou origines se trouvent dépassés par un but commun, celui de défendre la liberté de recherche et d’enseignement considérée comme un droit démocratique fondamental – en Turquie comme ailleurs. Tandis que la déclaration devient l’objet d’un processus pétitionnaire avec pas moins de quatre listes de signataires totalisant plus de 500 noms collectés du 21 novembre 2011 au 15 février 2012, ses auteurs lancent la création d’une plate-forme d’information et de mobilisation des scientifiques et intellectuels à l’échelle mondiale.

Une première antenne du GIT Initiative est créée à Paris, et des règles de fonctionnement sont proposées aux collègues d’autres pays souhaitant s’impliquer dans ce réseau international. Organisation très décentralisée, dotée d’une forte autonomie, fondée sur l’exigence liberté politique que recèle la pratique de la recherche et de l’enseignement, le GIT Initiative va rapidement réunir de nombreux chercheurs et susciter la création de branches aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Grèce, en Suisse. Certaines d’entre elles font montre d’une grande activité dont témoigne le site du GIT North America. Individuellement, les membres du GIT interviennent dans les grands journaux et sur les sites mondiaux d’information. De nombreux chercheurs de nationalité ou d’origine turque, mais travaillant à l’étranger, rejoignent l’initiative, démontrant que le destin de la Turquie dépend aussi de ces élites intellectuelles mobilisées en dehors des frontières pour la démocratie.

Persistant dans sa politique de rĂ©pression, le gouvernement dĂ©clenche de nouvelles rafles, comme celle du vendredi 13 janvier 2012. Il confirme par ailleurs la gravitĂ© des crimes (imaginaires) reprochĂ©s aux prĂ©cĂ©dents inculpĂ©s. Le 19 mars 2012, le Procureur public dÂ’Istanbul, Adnan Çimen, requiert 7,5 Ă  15 ans Ragıp Zarakolu pour avoir « soutenu et aidĂ© une organisation illĂ©gale ». LÂ’acte dÂ’accusation de 2 400 pages est transmis au tribunal de Silivri (15e cour) qui doit juger Ă  partir du 2 juillet 193 personnes, dont 147 dĂ©tenus prĂ©ventivement.

Refusant pareil chantage au terrorisme dÂ’Etat, les soutiens internationaux aux prisonniers dÂ’opinion intensifient leurs ripostes. Ils sÂ’appliquent en premier lieu Ă  transmettre toute information utile Ă  la connaissance de la rĂ©pression intellectuelle en Turquie et du sort des prisonniers dÂ’opinion, ceux dĂ©tenus dans les prisons de haute sĂ©curitĂ© mais aussi les dizaines dÂ’Ă©tudiants ordinaires oubliĂ©s au fond de leurs cellules. Les mĂ©dias traditionnels de France, dÂ’Angleterre, des Etats-Unis, sont sollicitĂ©s, ainsi que les moyens numĂ©riques, sites, blogs, pages facebook,Â… Les prises de positions et dĂ©clarations des dĂ©tenus sont Ă©galement relayĂ©es comme la mise au point de Ragıp Zarakolu sur lÂ’extrĂŞme dangerositĂ© du nĂ©gationnisme turc et la nĂ©cessitĂ© de la combattre, non comme une expression intellectuelle mais une violence arbitraire menaçant la justice sociale et dĂ©truisant les libertĂ©s fondamentales .

Les ripostes intellectuelles augmentent et leur unité s’accroît. Déjà étroit lors de la création du GIT initiative, le lien entre les actions internationales et celles qui sont conduites en Turquie se voit puissamment renforcé par la naissance du GIT Türkiye qui se dote de sa propre déclaration inaugurale, d’un site internet, et de plusieurs centaines de membres. Une conférence de presse est tenue à Istanbul le 26 juin. Le GIT Türkiye intensifie alors ses activités et s’organise pour les prochaines audiences du procès « KCK » fixées au 2 juillet 2012 au tribunal de Silivri, un immense complexe judiciaire et pénitentiaire situé à 80 kilomètres d’Istanbul.

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Des libĂ©rations anticipĂ©es sont dĂ©cidĂ©es par le gouvernement turc afin de tenter de restaurer son image et de calmer les chancelleries occidentales. Le 10 avril 2012, Ragıp Zarakolu et 14 autres dĂ©tenus (plus six personnes Ă  Van) peuvent ainsi sortir de prison. Il est certain que lÂ’ampleur de la mobilisation nationale et internationale a jouĂ© dans la dĂ©cision du parquet. Mais cette première victoire ne peut suffire. LÂ’objectif principal demeure, la libĂ©ration de tous les prisonniers dÂ’opinion en Turquie et lÂ’abandon des poursuites. Car les charges demeurent pour tous les inculpĂ©s, et les libĂ©rations du 10 avril ne sont que conditionnelles, dans lÂ’attente des audiences de Silivri.

Bien quÂ’Ă©puisĂ© par la prison, malade et fortement affectĂ© par le maintien en dĂ©tention de son fils et de beaucoup de ses amis, Ragıp Zarakolu refuse que sa libĂ©ration puisse servir de propagande au gouvernement prĂ©sent. Il annonce son intention de garder le silence et se soustraire ainsi Ă  toute tentative de donner du fonctionnement de la justice turque une image « normale » : « Toute dĂ©claration que je pourrais faire serait utilisĂ©e pour donner une apparence normale Ă  une situation qui ne lÂ’est pas. Tout comme mon arrestation arbitraire, ma libĂ©ration inattendue et sans explication laissera au monde lÂ’impression quÂ’elles [les autoritĂ©s] ont commis une erreur et quÂ’elles se rĂ©tractent Ă  prĂ©sent », a dĂ©clarĂ© lÂ’Ă©diteur au journal HĂĽrriyet Daily News dans un entretien du 13 avril. « Quel que soit le commentaire que je ferai Ă  partir de maintenant, il ne servira quÂ’Ă  normaliser cette situation anormale, a-t-il ajoutĂ©. Aussi longtemps que les lois en question resteront en vigueur, la libertĂ© dÂ’opinion ne sera quÂ’un mensonge grossier et rien dÂ’autre. Il est possible aujourdÂ’hui de mettre les gens en prison sur des suppositions de conspiration ».

Dans cet entretien Ă  HĂĽrriyet, Ragıp Zarakolu explique comment son long combat se rattache aux valeurs qui furent celles de sa famille et de sa femme disparue, exemples dÂ’une Turquie vivante et dĂ©mocratique. Son père, Remzi Zarakolu, ex-gouverneur de la circonscription des Iles du Prince, a Ă©tĂ© naguère dĂ©mis de ses fonctions parce quÂ’il se situait dans lÂ’opposition. Il nÂ’a pas survĂ©cu Ă  cette persĂ©cution administrative, contraire Ă  son idĂ©al de libertĂ©. « Mon oncle, Zeki Zarakolu, un aviateur, est mort Ă  49 ans dÂ’une crise cardiaque, parce quÂ’il nÂ’avait pu se faire au coup dÂ’Etat de 1960. Lors du coup dÂ’Etat du 12 mars [1971], ils ont fait irruption chez moi ; ils me recherchaient [pour mÂ’arrĂŞter]. Ma vie sÂ’est passĂ©e entre les prisons et les tribunaux, et comme si cela ne suffisait pas, ils ont ruinĂ© la santĂ© de mon immortelle partenaire, Ayşe [Nur Zarakolu], lÂ’ayant enfermĂ©e entre des murs [de prison]. Elle nÂ’a jamais reculĂ© sur les sujets quÂ’elle savait ĂŞtre justes, et je lÂ’ai perdue, encore jeune, des suites dÂ’un cancer. En tant que famille, nous avons Ă  chaque fois payĂ© notre part. Comme si tout cela ne suffisait pas, mon fils Deniz avait Ă©tĂ© inculpĂ© Ă  la suite dÂ’un discours dÂ’adieu quÂ’il avait fait sur la tombe de sa mère[en 2002]. Si je suis Ă  prĂ©sent content parce que jÂ’ai Ă©tĂ© libĂ©rĂ© ? Non. JÂ’ai dĂ» abandonner mon fils derrière les barreaux de la cellule que je partageais avec lui. Avec lui, nous partageons la mĂŞme destinĂ©e. Nous continuons Ă  payer le prix des valeurs dans lesquelles nous croyons, dÂ’une gĂ©nĂ©ration Ă  lÂ’autre, de père en fils ».

LÂ’approche des audiences de Silivri suscite de nouvelles actions. Une tribune signĂ©e des membres principaux du GIT France est publiĂ©e par Le Monde. Elle dĂ©gage les enjeux gĂ©nĂ©raux de ce procès monstre. La grande revue scientifique Nature publie un article du Dr. Alison Abbott sur la mobilisation mondiale des chercheurs en faveur de leurs collègues de Turquie . De fortes pressions diplomatiques europĂ©ennes sont exercĂ©es sur la Turquie tandis quÂ’an sein du gouvernement et du parti AKP, les dissensions augmentent au sujet de la politique rĂ©pressive. Le 2 juillet, le GIT TĂĽrkiye, des membres de lÂ’IPA, du PEN, de lÂ’Association des Ă©diteurs turcs (TYB), et des correspondants Ă©trangers sont massĂ©s Ă  Silivri. Au cours dÂ’une confĂ©rence de presse improvisĂ©e devant le tribunal, Ragıp Zarakolu, rompant le silence quÂ’il sÂ’est imposĂ© depuis sa libĂ©ration, assimile les prisons en Turquie, celles en activitĂ© comme celles dont la construction bat leur plein, de « Goulag turc ». « Un cancer ronge ce pays avec ce procès KCK », dĂ©clare-t-il encore. Et il ajoute que la libertĂ© d'expression est gravement menacĂ©e dans ce pays, comme Ă  l'Ă©poque de 12 septembre 1980, date Ă  laquelle le pays a connu le plus grave coup d'Etat qui a prĂ©cipitĂ© la Turquie dans la dictature militaire.

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Le doute commence Ă  sÂ’installer chez les accusateurs dÂ’autant que le pouvoir politique envoie des signaux contradictoires. La consĂ©quence en est la dĂ©cision de mise en libertĂ©, le vendredi 13 juillet, de BĂĽşra Ersanlı, ainsi que de lÂ’Ă©tudiante BĂĽşra Beste Ă–nder et 12 autres accusĂ©s du procès « KCK ». CÂ’est une mesure limitĂ©e - de nombreux accusĂ©s restent en dĂ©tention comme Deniz Zarakolu, et aucune des charges nÂ’est abandonnĂ©e pour les autres -, mais nĂ©anmoins rĂ©elle. Elle bouscule la politique dÂ’acharnement judiciaire jusque-lĂ  systĂ©matiquement appliquĂ©e, et accorde une victoire symbolique Ă  ceux qui se sont battus pour Ragıp Zarakolu, BĂĽşra Ersanlı et tous les autres. CÂ’est aussi une victoire personnelle pour les emprisonnĂ©s qui ont transformĂ© leur cas personnel en nouveau combat pour les libertĂ©s fondamentales et la souverainetĂ© du savoir.

Le combat des intellectuels démocrates et de leurs soutiens internationaux est loin d’être achevé. Mais les développements judiciaires à venir, comme le sort de tous celles et ceux qui acceptent le sacrifice de leur liberté pour prix de leurs idées, ne cessent d’être observés par celles et ceux qui les défendent, en Turquie et dans le monde. Par leurs écrits puissants, leur courage résolu foi dans la liberté, les intellectuels démocrates de Turquie sont l’honneur de ce pays et le réveil des consciences fatiguées de l’Europe civilisée.

Au cÂśur de ces engagements, depuis un demi-siècle, se tient, inflexible malgrĂ© les annĂ©es de prison, lÂ’Ă©preuve des procès, lÂ’inquiĂ©tude pour ses proches et lÂ’Ă©puisement physique, Ragıp Zarakolu, combattant des libertĂ©s, de lÂ’Ă©dition indĂ©pendante et de la recherche de la vĂ©ritĂ© historique. Sa vie tĂ©moigne de son engagement, de sa rĂ©sistance Ă  lÂ’oppression avec ces armes de paix que sont les mots, les idĂ©es et les livres.

Ragıp Zarakolu mĂ©rite aujourdÂ’hui dÂ’ĂŞtre honorĂ© du Prix Nobel de la Paix. CÂ’est la recommandation que nous formulons solennellement en conclusion de cette dĂ©claration.


. Cité par http://www.susam-sokak.fr/article-editeurs-ecrivains-journalistes-etudiants-en-prison-86572767.html

. Cf. Vercihan Ziflioğlu, « Turkish Intellectuals Protest Arrest of Publisher », HĂĽrriyet Daily News & Economic Review, 3 novembre 2011.

. « Le 28 octobre 2011, lors d'une grande chasse Ă  l'homme Ă  Istanbul contre les militants des droits de lÂ’homme et les Kurdes, la police turque a Ă©galement interpellĂ© Ragıp Zarakolu, cĂ©lèbre dĂ©fenseur des droits de lÂ’homme et directeur de la Maison d'Ă©dition Belge. Zarakolu est Ă©galement le prĂ©sident, en Turquie, du ComitĂ© pour la LibertĂ© dÂ’Expression de lÂ’Association des Editeurs. Son fils, Deniz Zarakolu, Editeur de la maison d'Edition Belge, a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© le 4 octobre. Ragıp Zarakolu a publiĂ© de nombreux livres, tant sur l'oppression des minoritĂ©s nationales en Turquie que sur le gĂ©nocide armĂ©nien. Un peu plus tĂ´t le 28 octobre 2011, au cours de la mĂŞme chasse Ă  l'homme, la professeure BĂĽşra Ersanlı, experte en droit constitutionnel et membre de l'AssemblĂ©e du BDP, membre de la Commission Constitutionnelle du BDP, a Ă©tĂ© dĂ©tenue avec des dizaines d'autres. »

(http://gercek-inatcidir.blogspot.com/2011/10/yetti-artik_29.html)

. « Nous vous prions de signer la pĂ©tition pour faire pression sur le gouvernement turc afin quÂ’il libère immĂ©diatement tous ceux qui ont Ă©tĂ© mis en garde Ă  vue dans le cadre des “opĂ©rations KCK” et afin d'exiger que le gouvernement du Premier ministre Erdoğan prenne lÂ’engagement sincère de mettre fin Ă  sa rĂ©pression des efforts civiques en faveur des droits exigĂ©s par les citoyens kurdes de Turquie. »

(http://www.ipetitions.com/petition/detentionsinturkey/)

. AGA [Working Group Recognition Against genocide for international understanding - Berlin]

“Zarakolu Deserves the Nobel Prize, Not Prison,” BIA News Center, Istanbul, 4 novembre 2011.

“Zarakolu Nominated for Nobel Peace Prize,” BIA News Center, Istanbul, 6 février 2012.

. Cité par Reuters.

. Dave Itzkoff, « Paul Auster Responds After Turkish Prime Minister Calls Him “an Ignorant Man” », New York Times, 1er février 2012.

. www.gitinitiative.com

. http://gitamerica.blogspot.com/

. Ursula Gauthier, « Ragıp Zarakolu : En finir avec “lÂ’esprit gĂ©nocidaire” », Le Nouvel Observateur fr., 22 janvier 2012 (http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120122.OBS9495/ragip-zarakolu-en-finir-avec-l-esprit-genocidaire.html)

. HĂĽrriyet Daily News, 13 avril 2012, propos recueillis par Vercihan Ziflioğlu.

. http://www.nature.com/news/turkey-cracks-down-on-academic-freedom-1.10942

. Cité par GIT France (www.gitfrance.fr).

. Voir aussi : Vercihan Ziflioğlu, « Journalists Tried in Fresh Wave of KCK Case Today, » HĂĽrriyet Daily News, 10 septembre 2012.


Lire aussi :

Liberté pour Ragip Zarakolu : Dossier complet




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Source/Lien : GIT France



   
 
   
 
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