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Turquie : la France décore le journaliste Ali Bayramoğlu
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - LÂ’Ambassadeur de France en Turquie, Son Excellence Monsieur Laurent Bili, a remis, le lundi 17 septembre 2012, les insignes de Chevalier dans lÂ’Ordre des Arts et des Lettres, à Monsieur Ali Bayramoğlu. La cérémonie a eu lieu au Palais de France à Istanbul "Vous avez fait le choix courageux d’être non seulement un témoin lucide, mais aussi un acteur engagé. Je fais référence ici bien sûr à lÂ’initiative que vous avez prise, avec dÂ’autres grands intellectuels turcs, dont certains nous font lÂ’amitié de leur présence ce soir, de la pétition « nous présentons des excuses ». Ce texte visionnaire a provoqué un très vif débat dans la société turque sur lÂ’attitude à adopter vis-à-vis du génocide arménien. Connaître et comprendre le passé est une étape indispensable pour lÂ’apaisement des passions et la réconciliation des mémoires blessées. Tôt ou tard, il faudra bien refermer les plaies ouvertes en 1915" a déclaré Laurent Bili à l'intellectuel turc. Sans citer le génocide arménien, Ali Bayramoğlu répondra néanmoins en évoquant lÂ’engagement et la mémoire de son ami Hrant Dink : "Ce combat pour promouvoir une conception universaliste de la citoyenneté, dans la liberté, l’égalité et la fraternité, nÂ’oppose pas la Turquie à la France ou à lÂ’Europe, ni lÂ’Orient à lÂ’Occident. Il oppose la Turquie à elle-même, comme la France à elle-même et lÂ’Europe à elle-même. Ce combat passe par un travail critique, lucide, parfois douloureux de reconnaissance de lÂ’histoire, avec ce que cela suppose dÂ’affrontement et ce que cela exige de morale intellectuelle. Mais cÂ’est le prix à payer pour que survienne une vraie démocratisation non seulement du système politique turc, mais surtout de lÂ’identité turque elle-même." La prudence d'Ali Bayramoğlu à parler clairement du génocide arménien, s'explique aisément : tapez le prénom et le nom de cet homme dans Google. Juste ça, et regardez. La première chose qui apparaît, cÂ’est la mention "ermeni" ("arménien", en turc). Cliquez. Il y en a des pages et des pages. Tous les journaux sÂ’y sont mis. De quoi lui donner des cauchemars pour les décennies à venir.

Légende photo : Ali Bayramoğl et lÂ’Ambassadeur de France en Turquie, Son Excellence Monsieur Laurent Bili

Ambassade de France en Turquie

Ali Bayramoğlu, Chevalier dans lÂ’Ordre des Arts et des Lettres

Remise des insignes de Chevalier dans lÂ’Ordre des Arts et des Lettres à M. Ali Bayramoğl


LÂ’Ambassadeur de France en Turquie, Son Excellence Monsieur Laurent Bili, a remis, le lundi 17 septembre, les insignes de Chevalier dans lÂ’Ordre des Arts et des Lettres, à Monsieur Ali Bayramoğlu. La cérémonie a eu lieu au Palais de France à Istanbul.

L’Ordre des Arts et des Lettres est l’une des principales distinctions honorifiques françaises. Institué en 1957, il rend hommage aux personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde.

L’Ambassade de France est particulièrement heureuse de ce bel hommage rendu à un très grand francophone, à un célèbre journaliste, une des plumes les plus influentes et avisées de Turquie, mais aussi à un combattant de la paix, de la réconciliation et de l’amitié entre les peuples.

Ali Bayramoğlu, Chevalier dans lÂ’Ordre des Arts et des Lettres

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Discours à lÂ’occasion de la décoration de M. Bayramoğlu, le 17 septembre 2012

Cher Ali BAYRAMOGLU,

Mesdames et Messieurs, chers Amis,

C’est un honneur et un immense plaisir pour moi de vous accueillir au Palais de France pour cette cérémonie qui rend hommage au parcours personnel et professionnel d’Ali BAYRAMOGLU.

Comme vous le savez, l’ordre des arts et des lettres est un ordre très spécial. Il récompense ceux « qui se sont distingués par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution … au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde ».

Cher Ali BAYRAMOGLU,

La République française rend aujourd’hui hommage, à un très grand francophone, à un célèbre journaliste, une des plumes les plus influentes et avisées de Turquie, mais aussi à un combattant de la paix, de la réconciliation et de l’amitié entre les peuples.

Conformément à la tradition, et au risque de faire souffrir votre modestie, permettez-moi tout d’abord de retracer vos remarquables parcours personnel et professionnel.

C’est dans la presqu’île de Gallipoli que vous voyez le jour en 1956.

Après vos études secondaires en 1973, vous partez étudier à l’Institut d’Etudes politiques de Grenoble dont vous serez brillamment diplômé en 1979. Viendrons ensuite un master et en 1985 un Doctorat de l’Institut des sciences sociales de la prestigieuse Faculté des sciences économiques d’Istanbul.

Non content de recevoir le savoir, vous avez souhaité le transmettre aux plus jeunes. C’est ainsi que pendant près de 20 ans vous avez été Maître de conférence à la Faculté des Sciences politiques et administratives de l’Université de Marmara.

Vous avez écrit plusieurs ouvrages sur vos sujets de conférence : « le mouvement islamique en Turquie » publié en 2001, « l’Armée en Turquie » en 2004, et « Pas de place pour la superstition dans la modernité » en 2006.

En 1990 votre carrière prend un nouveau tour, vous embrassez la carrière de journaliste et devenez un chroniqueur reconnu dont le grand public apprécie le magnifique style, comme la justesse et la force des analyses. Aujourd’hui, dans le quotidien « Yeni Safak », dans la revue « Aksyon », sur la chaîne de télévision 24TV, comme hier dans « Yeni Yizyi », « Star » ou « Sabah », vous évoquez avec lucidité les débats, les mutations ou les défis auxquels la société turque est confrontée.

Le chroniqueur est le plus souvent un simple témoin fidèle de son époque. Vous avez fait le choix courageux d’être non seulement un témoin lucide, mais aussi un acteur engagé. Je fais référence ici bien sûr à l’initiative que vous avez prise, avec d’autres grands intellectuels turcs, dont certains nous font l’amitié de leur présence ce soir, de la pétition « nous présentons des excuses ». Ce texte visionnaire a provoqué un très vif débat dans la société turque sur l’attitude à adopter vis-à-vis du génocide arménien.

En février dernier, j’ai eu la chance d’assister à un séminaire sur les « enjeux de l’histoire en Turquie et en France ». La similitude des défis entre nos pays était frappante. Pour les grands pays, les anciens empires, l’histoire c’est beaucoup de pages glorieuses, mais aussi comment pourrait-il en être autrement, des pages sombres. Connaître et comprendre le passé est une étape indispensable pour l’apaisement des passions et la réconciliation des mémoires blessées.

Avec vos amis, vous avez contribué à engager une dynamique, celle-ci va se poursuivre. Trop de temps, trop d’occasions ont déjà été perdus. Tôt ou tard, il faudra bien refermer les plaies ouvertes en 1915. Le ministre des Affaires étrangères de Turquie, Ahmet Davutoglu, a eu, à cet égard, en juillet dernier, des propos encourageants, dont vous vous êtes fait l’écho, qu’il convient de saluer.

En attendant, vous payez au prix fort votre engagement. Vous avez été menacé, et ces derniers jours encore, calomnié, insulté, vos propos et vos intentions ont été déformés par des esprits étroits. Ces basses attaques ne font pas honneur à leurs auteurs et nuisent malheureusement à l’image de la Turquie.

Cher Ali BAYRAMOGLU, Parmi vos mérites, je dois aussi mentionner « last but not least », puisque c’est la cause directe de la cérémonie qui nous réunit aujourd’hui, votre engagement envers la francophonie, envers la culture française et pour votre contribution à la réussite de la Saison de la Turquie en France il y a trois ans déjà.

Ali BAYRAMOGLU, Pour votre engagement intellectuel et pour votre contribution à l’amitié entre la Turquie et la France, nous vous faisons, au nom du Ministre de la Culture de la République française, Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

publié le 19.09.2012

*******************

Discours de M. Ali Bayramoğlu, le 17 septembre 2012

Monsieur lÂ’Ambassadeur de France,

Monsieur le Consul Général,


La distinction que vous me remettez aujourd’hui me va droit au cœur d’abord pour des raisons personnelles et même intimes.

J’ai fait l’essentiel de mes études supérieures en France, c’est dans l’université française que j’ai appris mon métier de sociologue, le français est demeuré ma principale langue étrangère de travail, je n’ai cessé de collaborer avec l’Ecole des hautes études en sciences sociales et avec le CERI.

J’ai gardé dans votre pays nombre d’amis avec lesquels je partage les joies et les plaisirs que m’apportent votre culture et votre art de vivre. Mais vous comprendrez que j’accorderai plus d’importance à la dimension politique et je dirai même philosophique de la décoration que vous me décernez.

Car, c’est surtout un combat de cet ordre que vous honorez, un combat que bien sûr je mène avec d’autres. Ici vous me permettrez d’évoquer l’engagement et la mémoire de mon ami Hrant Dink.

Ce combat pour promouvoir une conception universaliste de la citoyenneté, dans la liberté, l’égalité et la fraternité, n’oppose pas la Turquie a la France ou a l’Europe, ni l’Orient à l’Occident. Il oppose la Turquie à elle-même, comme la France à elle-même et l’Europe à elle-même.

Ce combat passe par un travail critique, lucide, parfois douloureux de reconnaissance de l’histoire, avec ce que cela suppose d’affrontement et ce que cela exige de morale intellectuelle. Mais c’est le prix à payer pour que survienne une vraie démocratisation non seulement du système politique turc, mais surtout de l’identité turque elle-même. Tel est le sens de ma participation au débat public.

Enfin vous me décorez de l’Ordre du mérite à un moment ou la France et la Turquie sortent d’une période difficile de leur relation diplomatique et entendent entamer une nouvelle phase de leur longue histoire commune.

C’est la modeste contribution des universitaires, des intellectuels et la lourde responsabilité des éditorialistes, des journalistes que de maintenir le dialogue et l’amitié entre les nations quand la politique les éloigne.

Votre geste à mon égard est un puissant encouragement qui nous est donné, à moi- même et à mes amis turcs et français, pour continuer à œuvrer au service de ce vieux compagnonnage entre nos deux pays. Merci encore… Et mes chers amis, mille mercis d’être venus.

publié le 25.09.2012

Discours de M. Ali Bayramoğlu, le 17 septembre 2012




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