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La Turquie, entre libération et répression
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - La Turquie projette au 5 janvier 2013 de lever l’interdiction frappant des centaines de publications. Cette mesure, qui ne ferait qu’entériner la liberté de publier d’ouvrages qui en réalité circulent déjà en Turquie, ressemble fort à un hochet à destination des alliés européens et américains d’Ankara : la Turquie vient en effet d’être classée à plusieurs reprises comme plus grande prison du monde pour les journalistes, devant la Chine et l’Iran. L’éditeur Ragip Zarakolu (en libération conditionnelle après avoir été incarcéré d’octobre 2011 à avril 2012) fait régulièrement des séjours en prison, du fait des ouvrages qu’il publie depuis le début des années 1990 sur le génocide arménien. Outre la figure symbolique de cet humaniste turc, des dizaines de journalistes, des centaines d’étudiants, des parlementaires, sont actuellement détenus pour « terrorisme » en Turquie. Ainsi, Deniz Zarakolu, éditeur comme son père aux Editions Belge, est depuis le 4 octobre 2011 derrière les barreaux… Son crime ? Avoir donné une conférence sur "La politique" d’Aristote dans le cadre de l’Académie du BDP (parti légal kurde). A propos, les œuvres du philosophe grec faisaient-elles partie des 2000 ouvrages illégaux en Turquie ? Ce n’est hélas pas le cas du manifeste d’Adolf Hitler, « Mein Kampf », qui se vend en Turquie ouvertement et y a même été classé best-seller en 2005. Le Collectif VAN vous présente une traduction de Gilbert Béguian d'un article en anglais du journal The New York Times mise en ligne sur le site de NAM (Nouvelles d'Arménie Magazine) le 25 décembre 2012.

NAM

TURQUIE

La Turquie projette de lever lÂ’interdiction frappant des centaines de publications

The New York Times

12 décembre 2012

ISTANBUL - Dans un ensemble d’essais publiés en 1959, l’écrivain Aziz Nesin faisait une déclaration apparemment anodine : “ Le socialisme est éthique “, écrivait-il.

Malheureusement pour M. Nesin, une erreur typographique changea le mot turc “ ahlak “ en “ allah “, entraînant la déclaration « Le socialisme, c’est Dieu ».

Un demi-siècle plus tard, le livre était encore officiellement interdit, comme ses distributeurs le découvrirent il y un an ou deux, lorsqu’une douzaine de copies fut confisquée à l’aéroport.

“ Elles avaient été saisies dans les bagages d’un collègue qui, à l’occasion d’un voyage à l’étranger, les avait prises avec lui pour faire des cadeaux à ses amis “, disait Suleyman Cihangiroglu, directeur de la Fondation Nasim, au cours d’une interview cette semaine.

Le livre, apprit-on à l’occasion de l’explication animée qui eut lieu avec les agents de l’aéroport, figure encore dans une liste de près de 2 000 publications qui sont officiellement interdites en Turquie selon des décisions à moitié oubliées de divers tribunaux, ministères, responsables de l’Etat d’urgence et autres institutions.

La liste des publications interdites s’est allongée pendant plus de soixante ans, mais cette histoire est sur le point de prendre fin.

Au 5 janvier, toutes les interdictions seront levées, libérant de leur interdiction 453 livres et des centaines de périodiques, magazines, et journaux, a confirmé cette semaine par téléphone le cabinet du Procureur Général chargé des crimes dans les media à Ankara.

“ L’abrogation de l’interdiction permettra à la société de tourner une page “, a dit le procureur Kursat Kayral dans une déclaration cette semaine, annonçant sa décision de renoncer à toute objection à l’abrogation de l’interdiction par le Parlement.

L’interdiction des livres n’était ni en phase avec le siècle de l’information ni vraiment adapté dans un pays qui a signé de nombreux accords internationaux sur la liberté d’expression et d’autres libertés fondamentales, a dit M. Kayral. En outre, la plupart des interdictions en réfèrent à des éditions dépassées ou à des lois obsolètes, tandis que certaines décisions de justice sont mêmes impossibles à retrouver à présent, a-t-il dit.

Dans un amendement à la loi sur la presse voté en juillet dans le cadre d’un ensemble de réforme judiciaire, le Parlement a déclaré nulles et non avenues les interdictions passées à moins qu’elle ne soient renouvelées par ordre d’un tribunal dans les six mois qui suivent la mise en application de la loi, un délai qui expire le cinq janvier. La décision du procureur de n’engager aucune action en renouvellement, signifie que toutes les publications seront autorisées à partir de cette date.

Parmi les œuvres qui retourneront dans la légalité figurent plusieurs livres du plus grand poète de Turquie du vingtième siècle Nazim Hikmet, dont une édition de ses “ Œuvres Complètes “, interdites par un tribunal d’Ankara en 1968, et le livre d’un théologien des plus influents du pays, Said Nursi.

La liste comporte également le Manifeste Communiste de Karl Marx ; une édition 1987 d’un Atlas Géographique National du Monde interdit par le gouvernement lui-même parce qu’il désignait le Kurdistan et l’Arménie ; une collection de chansons folkloriques de la province rebelle du Dersim ; un rapport sur les droits de l’homme de l’Association des Droits de l’Homme Turque ; et la bande dessinée italienne Capitaine Miki, mis hors la loi en 1961 pour “ détourner les enfants du droit chemin “.

En quelque sorte, la réforme aura pour effet d’aligner la loi sur la réalité sociale du terrain, où la plupart de ces livres ont été librement disponibles pendant des années en dépit des interdictions.

Quarante ans après que l’éditeur Suleyman Ege ait été condamné à sept ans et demi de prison pour avoir publié le Manifeste Communiste en turc, les lecteurs aujourd’hui peuvent choisir entre plusieurs éditions turques du livre et même une en kurde.

“ Nous n’avons jamais fait l’objet d’une enquête ou poursuivis “, nous dit Hayri Erdogan, un éditeur du Manifeste, dans une entrevue à Istanbul cette semaine. Sa maison d’édition, Yordam Books, a vendu plus de 6 000 copies de son édition en turc depuis 2008 et prépare une cinquième édition pour janvier ; il offre également la traduction kurde.

“ Mais le livre figure comme interdit dans des listes de diverses institutions comme la police et les prisons, en sorte que les prisonniers, par exemple, ne peuvent pas les lire “, nous dit M. Erdogan, ajoutant qu’il espérait que la mise à jour des interdictions rendrait sa lecture plus facile dans les écoles et dans les prisons.

De même, les œuvres de Aziz Nesin ont été vendues à ce jour à plus de huit millions d’exemplaires en Turquie, en des douzaines de rééditions de sa collection satirique Azizname, qui est restée officiellement interdite depuis 1987. Mais l’interdiction est toujours active dans l’armée, où les recrues sont suivies et les livres interdits confisqués, nous dit M. Cihangiroglu, le Directeur de la Fondation Nesin.

Il faudra voir si la levée légale des interdictions aura des effets dans l’armée et dans les prisons et si elles autoriseront les œuvres, a dit M. Cihangiroglu. Faisant référence à la confiscation des livres dans les aéroports turcs, il a ajouté : “ Nous espérons bien sûr que de tels incidents ne se reproduiront plus dorénavant “.

La question de l’impact que pourra avoir la levée des interdictions sur le droit d’expression en Turquie a provoqué un débat.

“ Clairement, une nouvelle page a été tournée “, a déclaré cette semaine dans un email Ibrahim Kalin, un conseiller du premier ministre Erdogan.

M. Kalin a ajouté que le gouvernement avait introduit “ des mesures de grande portée pour la liberté de la presse “ avec le train de réformes judiciaires.

Yavuz Baydar, un journaliste, médiateur pour les journaux et militant de la liberté d’expression, a dit au téléphone cette semaine que “ c’est sans aucun doute un pas positif “.

« Mais il est difficile de voir cela comme faisant partie d’une volonté d’ensemble, parce qu’il y trop de signaux contradictoires arrivant d’Ankara », a-t-il ajouté.

M. Baydar faisait référence à un projet d’amendement de la loi sur la loi de l’audiovisuel présenté par un député du parti au gouvernement ce mois-ci.

Cherchant à contrer la description frivole d’un sultan ottoman et son harem dans un mauvais feuilleton TV, la mesure rendrait illégal le dénigrement “ d’événements et de personnages historiques faisant partie des valeurs nationales “.

Ce mois-ci encore, l’autorité de surveillance des émissions TV a infligé une amende à une station de télévision pour avoir offensé les valeurs religieuses, ayant diffusé un épisode des “ Simpsons “, une série animée des États-Unis, dans lequel Dieu servait un café au diable. Et plusieurs autres dispositions de la loi anti-terroriste, la loi sur l’Internet, et le code pénal continuent d’entraver la liberté d’expression et la liberté de la presse, sans que le gouvernement, ni l’opposition n’agissent pour les changer, a dit M. Baydar.

NY Times

Traduction Gilbert Béguian

Relecture et corrections Collectif VAN pour la version en ligne sur le site du Collectif VAN.

mardi 25 décembre 2012,
Stéphane ©armenews.com


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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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