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"Il y a assez de fous qui se promènent avec un pistolet en main"
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose la traduction d'un article paru en allemand le 20 janvier 2007

Le meurtre du journaliste turc d’origine arménienne Hrant Dink est un coup aux forces libérales, dit le politicien des Verts Cem Özdemir. Dans une interview donnée au SPIEGEL ONLINE ; il y voit les instigateurs dans la justice turque et l’administration, qui font tout pour torpiller l’entrée dans l’Europe.

SPIEGEL ONLINE : Pourquoi Hrant Dink a-t-il été assassiné ?

Özdemir: Par son apparence, il atteignait les Turcs moyens - ses mots étaient de ce fait bien plus explosifs que ceux d’un protagoniste radical. Quand il passait à la télé, des milliers de téléspectateurs se manifestaient avec des questions et Dink en a fait parfois l’expérience, certains révélaient soudain leur propre passé arménien ou leurs ancêtres. C’était une provocation vivante pour les nationalistes. Il remettait en question, simplement de par son existence, tout le modèle de la Turquie. Son nom s’inscrit désormais dans la longue liste de ceux qui ont payé de leur vie leur engagement pour les Droits de l’homme et la démocratie en Turquie.

Turquie: Attentat meurtrier de Hrant Dink

SPIEGEL ONLINE: Quelle place avait Dink en Turquie ?

Özdemir : Ce qui était spécial chez lui, c’est qu’il n’a jamais abandonné ce rêve d’une société multiculturelle en Turquie. Il ne voulait pas transiger sur le fait que Turcs et Arméniens ne pouvaient pas ne pas vivre ensemble. Il voulait que le paragraphe discriminatoire contre les chrétiens et les Arméniens de Turquie disparaisse. Il s’est exprimé clairement contre l’article 301 qui, sur la base d’insulte à l’identité turque, restreint la liberté de pensée. Lui même a été condamné et jugé. Au moins à présent cet article devrait être aboli. Peut-il y avoir une plus grosse insulte faite à la Turquie que le meurtre de ce militant pour les droits civiques? Dink s’est employé plus que tout autre à ce que la Turquie puisse être une société européenne ouverte. Il a aussi provoqué les Arméniens avec le fait qu’il vivait en Turquie- et il leur a indiqué : c’est aussi mon pays, et on peut le réformer.

SPIEGEL ONLINE : Qui soupçonnez-vous pour ce meurtre ?

Özdemir : Je soupçonne un coupable du clan des nationalistes. Surtout si l’on veut faire d’un jeune un assassin : bien plus dangereux sont les manipulateurs idéologiques. La Turquie doit enfin combattre l’ultranationalisme. Ce serait trop facile de ne rendre responsable que le meurtrier. Tous ceux qui ont attisé et propagé le nationalisme et la haine contre les minorités religieuses et ethniques sont co-responsables. Et d’ailleurs, pas seulement envers les journalistes.

SPIEGEL ONLINE : Quel rôle a joué la justice, qui a poursuivi Dink pour insulte à la Turquie ?

Özdemir : Les avocats qui ont porté plainte contre Dink, appartiennent à ceux qui attisent la haine et disent que ces gens sont des proies, pour déclencher le tir. Il est remarquable de constater que la vie de ceux qui se battent pour la démocratie et les Droits de l’homme est moins sûre que celle des ultranationalistes et des radicaux de droite. Déjà dans le procès de l’écrivain Orhan Pamuk la police n’a pas été en position ou n’a pas voulu assurer sa sécurité.

Cem Özdemir, Eurodéputé des Verts,
avait fait un portrait en Octobre 2005 pour le SPIEGEL ONLINE, du dérangeant rédacteur en chef turco-arménien, Hrant Dink. Il a salué le courage du journaliste et a écrit : "Quelqu’un comme Dink est assis entre toutes les chaises."

SPIEGEL ONLINE : Voyez-vous un parallèle avec la Russie, où dans une démocratie supposée, la journaliste Politowskaja a aussi été assassinée ?

Özdemir : Il y a des parallèles explicites, en ce qui concerne la sécurité. Le gouvernement turc cependant n’approuve pas le meurtre - ce que les critiques dans le cas de la Russie, et non sans raison, soupçonnent. Il veut éviter de tels cas. Mais ses possibilités sont limitées. Il y a encore en Turquie une sorte d’État dans l’État, qui tire les ficelles.

SPIEGEL ONLINE : Qui supporte ce nationalisme ?

Özdemir : La justice, une partie des forces de sécurité - toute l’administration, qui ne veulent pas voir la Turquie entrer dans l’Europe. Ces forces voient dans chaque étape de démocratisation leur position et leurs privilèges menacés et elles sont prêtes à tout. Celui qui voudrait conserver l’héritage de Hrant Dink, pour le faire au mieux devrait poursuivre sa voie : La démocratisation de la Turquie sur le chemin de l’Europe

SPIEGEL ONLINE : Est-ce que le meurtre est un moyen de confrontation politique en Turquie ?

Özdemir : Je ne l’espère pas. Mais je suis inquiet pour de nombreux amis. Les informations concernant les intellectuels que les nationalistes critiquent, équivalent à un dénigrement insupportable. Il y a assez de fous qui se promènent avec un pistolet en main, et qui écoutent ce que prêchent certains.

SPIEGEL ONLINE : Quand avez-vous rencontré Hrant Dink pour la dernière fois ?

Cem Özdemir : L’année dernière au cours du procès d’ Orhan Pamuk à Istanbul. Il attendait alors devant la salle d’audience, il a été insulté et agressé par les nationalistes.

SPIEGEL ONLINE : Avait-il peur pour sa vie ?

Özdemir : Quand des gens entraient dans sa rédaction, il en faisait toujours une blague, qu’il devrait sortir son pistolet et se défendre. La peur d’être assassiné en fait partie malheureusement, lorsque l’on s’engage, en tant que libéral en Turquie, à défendre les droits civiques. Mais Dink n’était pas celui qui aurait change sa vie ou son travail pour cette raison.
Interview mené par Jan Friedmann

© Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN 2007



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