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Il y a 25 ans, les pogroms anti-arm√©niens de Sumga√Įt [Azerba√Įdjan] - I
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Il y a 25 ans, un terrible pogrom a √©t√© perp√©tr√© √† Sumga√Įt, en Azerba√Įdjan, contre les Arm√©niens vivant dans cette cit√© ouvri√®re. Le documentaire ¬ę G√©nocide ordinaire. Sumga√Įt, F√©vrier 1988 ¬Ľ a √©t√© mis en ligne en mars 2012. La traduction du script de ce film est en ligne sur le site ¬ę karabakhrecords ¬Ľ. Le Collectif VAN, apr√®s relecture et correction, vous propose cette traduction, scind√©e en plusieurs parties. Des t√©moignages accablants qui r√©v√®lent - pour ceux qui voudraient en douter encore - la volont√© g√©nocidaire des dirigeants azerba√Įdjanais √† l'encontre de la minorit√© arm√©nienne. Les pogroms de Sumga√Įt, pr√©m√©dit√©s et pr√©par√©s au sommet de l'Etat az√©ri (alors sovi√©tique), se sont d√©roul√©s les 27 et 28 f√©vrier 1988. Aujourd'hui, rien n'a chang√© en Azerba√Įdjan : la haine et le racisme anti-arm√©nien sont le ciment de l'identit√© nationale ¬ę d√©fendue ¬Ľ par le Pr√©sident actuel Ilham Aliyev.

KarabakhRecords

G√©nocide ordinaire. Sumga√Įt, Fevrier 1988. Le script du film documentaire

1er mars 2012 6:49

Genocide Ordinaire. Sumga√Įt, Fevrier 1988



http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=BQFoc0WTcBg

Ce film est une accusation. L'accusation d'un crime contre l'humanit√© r√©alis√© en Azerba√Įdjan sovi√©tique du 27 au 29 f√©vrier 1988. L'accusation d'un g√©nocide qui s'est r√©alis√© durant 3 jours sans entraves et impun√©ment √† Sumga√Įt √† une demi-heure de route de la capitale Bakou.

Il ne faut pas consid√©rer la trag√©die de Sumga√Įt comme le r√©sultat de la d√©cision prise le 20 f√©vrier 1988, par les pouvoirs locaux du Nagorny Karabakh [enclave arm√©nienne] d'adresser une demande a Moscou √† propos du transfert de la r√©gion, du territoire de la R√©publique Sovi√©tique d'Azerba√Įdjan vers celui de la R√©publique d'Arm√©nie.

Sumga√Įt est une preuve tangible ainsi que la continuation de la politique de discrimination, d'assassinats impunis, de d√©portations, de nettoyages ethniques et de l'expulsion de la population arm√©nienne.

Vers la fin des ann√©es 80, les forces nationalistes d'Azerba√Įdjan ont renforc√© la politique de nettoyages ethniques, prenant mod√®le sur le Nakhitchevan d√©j√† nettoy√© de ses Arm√©niens. Si au d√©but du 20√®me si√®cle, les Arm√©niens constituaient 45 % de la population du Nakhitchevan, ce chiffre ne faisait plus qu'un pourcent vers la fin des ann√©es 70.

De juillet √† d√©cembre 1987, Assadov, le premier secr√©taire du Comit√© r√©gional du parti politique communiste de Chamkhor, a men√© une politique d'expulsion de la population arm√©nienne indig√®ne du village de Chardakhlou, la patrie de deux mar√©chaux, de trois H√©ros de l'Union Sovi√©tique, de cinq g√©n√©raux. Ce m√™me Assadov prononcera √† haute voix le 14 f√©vrier 1988 que ¬ę cent mille Azerbaidjanais sont pr√™ts √† toute heure √† p√©n√©trer au Karabakh et √† y organiser des massacres ¬Ľ.

Le 17 octobre 1987, l'observatrice de la Radio Liberté, Elisabeth Fuller, annonce que le village de Chardakhlu a été encerclé et bloqué par des troupes.

La d√©cision prise le 20 f√©vrier a √©t√© la r√©ponse de l'Artsakh [nom du Karabagh en arm√©nien] au g√©nocide blanc r√©alis√© depuis des dizaines d'ann√©es en Azerba√Įdjan. L'Azerba√Įdjan a r√©agi tout de suite par des actes de violence √† la d√©cision constitutionnelle des habitants du Karabakh. Le 22 f√©vrier, une foule constitu√©e de milliers d'habitants de la ville d'Agdam en Azerba√Įdjan s'est dirig√©e vers Askeran, le village le plus proche peupl√© par des Arm√©niens, en cassant tout sur le chemin et en provocant des accrochages. En cachant expr√®s la provocation organis√©e par l'Azerba√Įdjan, et plus pr√©cis√©ment l'assassinat de leurs propres compatriotes, le vice procureur g√©n√©ral de l'ex-URSS, Alexandre Katusev, a annonc√© √† la t√©l√©vision centrale qu'il y avait eu deux victimes et a soulign√© le fait qu'elles √©taient de nationalit√© arm√©nienne.

Le 26 f√©vrier, les journaux avaient publi√© la harangue du Secr√©taire G√©n√©ral du Comit√© Central du Parti communiste de l'Union Sovi√©tique, Mikha√Įl Gorbatchev, aux peuples d'Arm√©nie et d'Azerba√Įdjan. L'Arm√©nie a r√©pondu par la cessation des manifestations de milliers de personnes. La r√©ponse de l'Azerba√Įdjan a √©t√© Sumga√Įt.

Ces images sont uniques. Mises en place sans entraves et de sang-froid, les bandes de pogromistes féroces qui parlaient en azerbaidjanais par walkie-talkie et qui se donnaient des directives, ne pouvaient avoir qu'une seule structure : celle du Comité de la sécurité d'Etat, création de Heydar Aliyev, général du KGB.

Sous-titres: ¬ęIl n'y a que des √©coliers. Quand on y arrivera, tout de suite √† droite. ¬Ľ

- Septième.

- Parle !

- 90/02

- O√Ļ vont-ils ? (en azerbaidjanais)

- A la gare routière.

Dans l'article publi√© en 1989 dans le magazine Znamya (Drapeau), Georges Soros √©crivait : ¬ę Les suppositions selon lesquelles les premiers pogroms arm√©niens en Azerba√Įdjan ont √©t√© inspir√©s par la mafia locale dirig√©e par l'ancien dirigeant du KGB d'Azerba√Įdjan H. A. Aliyev ne sont pas irr√©elles ¬Ľ.

Le 26 f√©vrier, le gouvernement du parti communiste d'Azerba√Įdjan est arriv√© √† Sumga√Įt: le Premier Secr√©taire du Comit√© Central du Parti Communiste d'Azerba√Įdjan, Kamrian Bagirov, les secr√©taires de Comit√© Central du Parti Communiste G.Gassanov et le chef du d√©partement du Comit√© Central du Parti Communiste d'Azerba√Įdjan, Assadov.

Le m√™me jour un meeting a eu lieu sur la place centrale de L√©nine √† Sumga√Įt. Les soi-disant ¬ę r√©fugi√©s de Kapan ¬Ľ qui avaient √©t√© pr√©par√©s auparavant pour la provocation de la foule sont apparus sur la tribune. Ils chauffaient la foule avec des annonces mensong√®res sur des violences qui avaient lieu en Arm√©nie, sur les assassinats et les expulsions d'Azerbaidjanais. C'est l√† que le slogan ¬ęMort aux Arm√©niens!¬Ľ a √©t√© prononc√©.

Le 27 février, les voies de faits et les assassinats ont commencé à avoir lieu sans jamais avoir été arrêtés par les pouvoirs et les organes de justice. Les pouvoirs et la milice, comme il s'est avéré ensuite, s'occupaient d'autre chose. Ils préparaient les pogromistes à l'acte final.

Le 28 f√©vrier, les pogroms et les assassinats ont commenc√© √† prendre un caract√®re massif et sadique. Arm√©s de barres m√©talliques pr√©par√©es √† l'avance, de haches, de marteaux, de couteaux, de limes, les bandes trouvaient sans se tromper les appartements des Arm√©niens et y p√©n√©traient de force. Les gens √©taient tu√©s dans leurs propres maisons, mais souvent tra√ģn√©s dans la rue ou dans la cour pour une humiliation publique.

Le 28 février, les troupes sont entrées dans la ville, armées de cartouches à blanc et avec l'ordre de ne pas s'en mêler. Les assassinats les plus sadiques se sont surtout passés devant les yeux des soldats et des officiers.

Ces pages de la conclusion de l'Acte d'accusation ont jauni avec le temps. Pourtant les d√©tails qui y figurent ne cessent de choquer l'esprit et de traumatiser l'√Ęme tout en t√©moignant de la cruaut√© et du sadisme sans pr√©c√©dent avec lesquels se sont r√©alis√©s tous les assassinats des Arm√©niens de Sumga√Įt. Tout en √©pargnant le spectateur, m√™me aujourd'hui, apr√®s 22 ans [Nota CVAN : le film et la traduction datent de 3 ans], nous ne pouvons pas entendre tous les d√©tails de Sumga√Įt. Lors de la r√©union de travail du Bureau Politique du Comit√© Central du Parti Communiste du 29 f√©vrier 1988, √† la demande de Mikha√Įl Gorbatchev de raconter la mani√®re dont les assassinats se sont r√©alis√©s, le ministre Yazov a t√©moign√© : ¬ę Ils ont coup√© les seins de deux femmes, une a √©t√© d√©capit√©e, ils ont enlev√© la peau d'une petite fille. Les jeunes soldats qui voyaient les cadavres des Arm√©niens tortur√©s s'√©vanouissaient ¬Ľ.

¬ę Aux alentours de l'immeuble 26, devant les yeux de nombreux habitants du quartier, le groupe de bandits organis√© par Akhmedov, r√©unis par une seule id√©e, arm√©s de haches, de couteaux, de tuyaux et de barres m√©talliques ainsi que d'autres objets, se rendant compte du caract√®re particuli√®rement cruel de ces actes et en causant des souffrances particuli√®res aux victimes, a commenc√© √† battre avec ces objets les membres de la famille Melkumyan et Micha Hambartzumyan, en leur donnant plusieurs coups sur la t√™te et sur les autres parties vitales du corps.

Micha Hambartzumyan, n√© en 1941. Assassin√© dans la rue. Br√Ľlures, br√Ľlures au 3 degr√© sur les 2/ 3 de la surface de la peau. Fractures du cr√Ęne, congestion c√©r√©brale ¬Ľ.

T√©moin Muradov Jamal Ismail-ogli : ¬ę Des maisons ont √©t√© d√©truites. Notre milice ne faisait que regarder. Les bandits agissaient tr√®s exp√©ditivement. Ils trouvaient vite les appartements des Arm√©niens, je ne sais pas comment. Un jeune homme avec un micro g√©rait la foule. Tout le monde l'√©coutait. La bande √©tait arm√©e. Dans la foule, il y avait des gens de diff√©rents √Ęges, m√™me des enfants de 3-4 ans. Je voyais beaucoup de miliciens qui observaient et ne faisaient rien comme si cela ne les concernait pas.

Au centre, il y avait beaucoup de grandes pierres. D'o√Ļ venaient-elles? Je ne sais pas. Nous, on n'a jamais eu de pareilles pierres. Je voyais comment br√Ľlait un homme √† c√īt√© d'une voiture incendi√©e, j'ai eu peur. Ce ne sont que les barbares qui peuvent faire des choses pareilles.

Il y avait une femme qui √©tait battue f√©rocement. Puis, j'ai vu partout des cadavres dans les rues. Un peu plus loin, j'ai vu une femme nue sur le trottoir, tout en sang. J'avais peur, car je n'avais jamais vu de choses pareilles. Apr√®s, j'ai vu un jeune gar√ßon qui √©crasait la t√™te d'une personne encore vivante ¬Ľ.

Sous-titres: Victorya Grigoryan, la sŇďur de la d√©funte Seda Danielyan

¬ęDimanche soir √† 18h30, ils sont revenus √† la maison sans se douter de rien. Quelqu'un a frapp√© √† la porte et a demand√©: ¬ęVous √™tes Arm√©niens?¬Ľ Le mari de ma soeur a r√©pondu ¬ęNon, nous sommes Azerbaidjanais¬Ľ et ils sont partis. Quelques minutes plus tard, quelqu'un a appel√© au t√©l√©phone : ¬ęKolya, tu es chez toi?¬Ľ. Il a r√©pondu ¬ęJe suis chez moi¬Ľ. Ils ont dit : ¬ę Ne sortez pas, dans quelques minutes, nous viendrons vous chercher¬Ľ. 10-15 minutes plus tard, environ 25 personnes ont fait irruption chez eux et ont commenc√© √† les rouer de coups. Ensuite, ils les ont sortis de force dans la cour, ont tu√© le mari sur le coup, ont battu l'enfant sur la t√™te, ont battu affreusement ma sŇďur. Apr√®s le d√©part des pogromistes, il y en a d'autres qui sont arriv√©s et ont vu que ma sŇďur bougeait. Quand ma sŇďur a remarqu√© queils s'approchaient, elle a prot√©g√© le b√©b√© par son corps. Le visage de ma sŇďur a √©t√© d√©figur√©, on ne voyait presque pas son visage. La mani√®re dont ils l'ont tu√©e.

Seda Dani√©lyan, n√©e en 1938. A √©t√© tra√ģn√©e de force dans la rue avec son mari et son fils. A √©t√© tu√©e apr√®s de nombreuses tortures. Son mari, Nicola√Į Dini√©lyan a √©t√© tu√© aussi, leur fils a pu √™tre sauv√© √† l'h√īpital.

Sous-titres: Vitali Dani√©lyan, le fils des d√©funts Nicola√Į et Seda Dani√©lyan

Sous-titres: Ils sont entr√©s √† la maison et ont commenc√© √† saccager l'appartement. Ensuite, ils ont pris les passeports des parents et ont lu quelques mots. En russe parfait, quelqu'un a lu ¬ęDani√©lyan¬Ľ en accentuant sur le ¬ęyan¬Ľ et a tourn√© la page. Il y avait le mot ¬ęArm√©nien¬Ľ. Alors, il a dit ¬ęCela est suffisant¬Ľ. Ensuite, ils ont commenc√© √† crier qu'ils √©taient venus boire du sang. Ils m'ont frapp√© d'abord avec un gourdin, ensuite avec une armature. Apr√®s, j'ai retrouv√© mes esprits, j'ai essay√© d'aider mes parents, mais j'avais un bras cass√© et je n'ai pas pu le faire. Je suis sorti dans l'entr√©e de l'immeuble, j'ai commenc√© √† prier les voisins d'appeler une ambulance mais ils me repoussaient tous et fermaient tout de suite les portes.

Le t√©moin Val√©rie Kozoubenko qui a essay√© de cacher chez elle une famille arm√©nienne: ¬ęLes bandits qui sont entr√©s dans notre appartement, avaient des barres de fer, des armatures et de grands couteaux. Les barres m√©talliques √©taient de la m√™me longueur comme si elles avaient √©t√© sp√©cialement coup√©es. Ces bandits, absolument tous, √©taient v√™tus en noir et presque tous √©taient tr√®s jeunes. Nos t√©l√©phones ne fonctionnaient plus depuis le 28 f√©vrier¬Ľ.

Artach Arak√©lyan. A √©t√© tu√© le 29 f√©vrier. H√©morragie c√©r√©brale. Fractures des os du cr√Ęne, des c√ītes avec une l√©sion du poumon. Traumatisme du corps. Carbonisation du cadavre.

Son √©pouse, Asya Arak√©lyan, qui a √©t√© cruellement battue, a √©t√© sauv√©e par miracle. Le bandit avait essay√© de la br√Ľler vive.

Sous-titres: L'assistant du procureur général de l'URSS, N. Yémélyanov

Sous-titres: Nous √©tions, bien s√Ľr, au courant de la situation tendue, nous avions une information conforme. C'est pour cela qu'au sein du minist√®re public de l'URSS, un groupe sp√©cial a √©t√© form√©. En cas de n√©cessit√©, nous devions nous y rendre et prendre des mesures d√©cisives pour la cessation des d√©sordres et, le plus important, pour assurer une enqu√™te qualifi√©e des crimes qui ont eu lieu l√†-bas. Vers la fin du mois de f√©vrier nous nous attendions d√©j√† √† ce que toutes les d√©monstrations, les discours, se seraient mu√©s en actes de violence puisque la situation √©tait extr√™mement tendue. Ainsi, nous sommes arriv√©s √† Sumga√Įt au moment de ces d√©sordres. Il est √©vident que la situation √©tait. Je m'occupe des enqu√™tes criminelles depuis longtemps et mes coll√®gues sont des gens exp√©riment√©s mais nous avions eu tous une impression accabl√©e. Tout br√Ľle, les appartements sont saccag√©s, des cadavres, les femmes viol√©es sauvagement par 20-30 personnes. Ces bacchanales ont dur√© pendant quelques jours. Les employ√©s des organes de justice, plus particuli√®rement, la milice, n'accordaient pratiquement aucune d√©fense aux citoyens de nationalit√© arm√©nienne.

Le 20 mars 1988, le journal ¬ęLe Communiste de Sumga√Įt¬Ľ dans l'article ¬ę O√Ļ √©tait la milice?¬Ľ a √©crit : ¬ęJ'ai appel√© trois fois la milice,-disait d'un air agit√© au t√©l√©phone une lectrice qui n'avait pas voulu r√©v√©ler son identit√©,- jusqu'√† ce que les bandits enfoncent la porte des voisins. Chaque fois, j'avais comme r√©ponse ¬ęNous avons envoy√© de l'aide¬Ľ. Mais personne n'est venu.

Protocole de la réunion de la Cour Suprême de l'URSS du 3 novembre 1988:

Les documents de l'enqu√™te constatent que durant la p√©riode du 27 au 28 f√©vrier 1988, les organes des affaires int√©rieures de Sumga√Įt sont rest√©s inactifs et, en observateurs passifs, ne r√©agissaient ni aux violentes infractions de l'ordre l√©gal, ni aux nombreuses communications sur les d√©sordres ayant lieu dans la ville, ni aux assassinats des Arm√©niens et aux cambriolages, ni aux autres crimes y compris dans le quartier 41 A. Dans le t√©l√©gramme joint √† la pr√©sente demande on voit le r√īle instigateur de l'ancien premier secr√©taire du Comit√© municipal du Parti communiste azerbaidjanais de Sumga√Įt, Djakhanguir Muslim-Zad√©.

Le t√©moin Guliyev: ¬ęLes pogromistes avaient des barres - armatures sp√©ciales de 70 centim√®tres comme pr√©par√©es expr√®s pour les pogroms. Il n'y avait pas de milice dans la ville, je n'en ai pas vues. Les lignes t√©l√©phoniques √©taient coup√©es. Des pav√©s √©taient emmen√©s sp√©cialement. Les bandits avaient des gourdins et des casques qu ils avaient enlev√©s des soldats. Ces pogroms n'ont pas √©t√© pr√©par√©s en un jour. Ils ont √©t√© pr√©par√©s bien √† l'avance¬Ľ.

Verdict des Juges de la Cour Supr√™me de la R√©publique Sovi√©tique d'Azerba√Įdjan des affaires criminelles de premi√®re instance du 5 juin 1988: ¬ę L'accus√© S.M. Kerimov, avec un groupe de participants aux d√©sordres massifs¬Ö est all√© en voiture vers les usines ¬ęStalconstruction¬Ľ et ¬ę Les constructions de fer et de b√©ton¬Ľ, a charg√© la voiture aved des barres d'armatures m√©talliques et a emmen√© tout cela dans le quartier 41 A pour la distribution aux participants de d√©sordres massifs¬Ľ.

¬ę Mnatzakan, invalide de la 2√®me Guerre Mondiale, travaillait comme tourneur. Il a racont√© que quelques jours avant ces √©v√©nements, il avait re√ßu une commande pour un stock d'armatures. Coup√©es et taill√©es. Il avait vu ensuite toute son armature chez des pogromistes.

Dans l'article ¬ęSumga√Įt. Epilogue de la trag√©die¬Ľ publi√© le 22 mai 1988 dans le journal ¬ęLes nouvelles de Moscou¬Ľ, Victor Lochak a √©crit : ¬ę Il faudra encore √©lucider comment se fait-il que les 28 et 29 f√©vrier, plusieurs t√©l√©phones ont √©t√© coup√©s dans la ville, et qui r√©pondra pour les conseils soi-disant rassurants ¬ęRestez √† la maison¬Ľ au moment o√Ļ il fallait √©vacuer d'urgence les gens de la ville¬Ľ.

¬ęDurant les jours de la situation difficile, il y a eu la fabrication de haches, de couteaux et d'autres objets qui pourraient √™tre utilis√©s par des organisateurs de pogroms¬Ľ, informait le journal ¬ęLe Communiste de Sumga√Įt¬Ľ le 13 mai 1988.

Le témoin Ilyasov a fait des dépositions d'une extrême importance au tribunal.

¬ęJe crois qu'ils connaissaient d'avance les adresses des Arm√©niens. J'ai fait cette conclusion parce que les organisateurs des pogroms entraient sans h√©sitation dans les entr√©es des immeubles o√Ļ habitaient les Arm√©niens. Le matin du 28 f√©vrier, j'ai remarqu√© des tas de pierres dans les rues de la ville qui barraient les routes pour que personne ne puisse partir. Parmi les pierres, √† part les briques cass√©es et la scorie qu'on peut trouver dans les voiries, il y avait des blocs qui ne tra√ģnent pas comme √ßa, ils ont d√Ľ √™tre apport√©s de quelque part¬Ľ

Le procureur: D'o√Ļ venaient les barres d'armature dans la foule?

Le t√©moin: ¬ęEn premier lieu, elles pouvaient √™tre achet√©es dans notre usine, ainsi que dans bien d'autres usines, par exemple, dans l'usine des objets en b√©ton arm√©. Je n'avais jamais vu des barres pareilles chez aucune personne auparavant¬Ľ

Le procureur: ¬ęAviez-vous l'impression que tout cela √©tait organis√© d'avance, que ces barres √©taient pr√©par√©es sp√©cialement, que les pierres √©taient apport√©es sp√©cialement, que les adresses des Arm√©niens √©taient connues d'avance?¬Ľ

Le t√©moin: ¬ęOn peut dire que oui, mais je ne peux pas l'affirmer. Quand la foule est venue dans notre quartier, les pogromistes sont entr√©s imm√©diatement dans les entr√©es o√Ļ habitaient les Arm√©niens. Le fait, qu'ils demandaient par m√©gaphone les adresses des Arm√©niens n'√©tait qu'une d√©monstration, une pression sur la psychologie des gens. En r√©alit√©, ils connaissaient toutes les adresses des Arm√©niens, ils agissaient sans erreurs. Tout cela n'√©tait pas caus√© par des impulsions de voyou, c'√©tait une action port√©e contre un peuple sp√©cifique, contre les Arm√©niens. Pas contre les Russes ou d'autres peuples, contre les Arm√©niens. Ils ne cherchaient que des Arm√©niens¬Ľ.

Sous-titres: L'Inspecteur en chef du groupe d'instruction du ministère public de l'URSS, V.Reva

Si ce qui s'est pass√© √† Sumga√Įt avait √©t√© √©lucid√© √† temps et d'une mani√®re objective, il n'y aurait pas eu de situation pareille ensuite. Puisque notre peuple n'a pas √©t√© inform√© √† temps de ce qui se passait √† Sumga√Įt. Pourtant, c'√©tait pratiquement un g√©nocide l√†-bas. Quand la personne est tu√©e juste pour son appartenance √† une nationalit√©.

Durant le proc√®s, il s'est av√©r√© que pendant les jours de pogroms, toutes les routes, les entr√©es √† Sumga√Įt et les sorties de la ville ont √©t√© bloqu√©es par des groupes de pogromistes arm√©s qui arr√™taient le transport et y cherchaient des Arm√©niens. C'est de cette mani√®re que Gary Martirossov, qui est parti le 29 f√©vrier de Bakou √† Sumga√Įt pour chercher sa famille, a √©t√© tu√©. L'autobus a √©t√© arr√™t√© par les bandits, Martirossov a √©t√© tra√ģn√© de force hors du bus, a √©t√© battu et br√Ľl√© vif ensuite.

Ce n'est qu'une petite partie des nombreux t√©moignages et des extraits des documents judiciaires prouvant que Sumga√Įt √©tait planifi√© depuis longtemps et tr√®s soigneusement, que c'√©tait un acte organis√© et g√©r√© de g√©nocide des Arm√©niens. Dans les comit√©s des services publics du logement, il y avait des listes des adresses des appartements ou habitaient les Arm√©niens. Les lignes t√©l√©phoniques ont √©t√© coup√©es dans les appartements des Arm√©niens. Des armes blanches ont √©t√© fabriqu√©es dans les usines de Sumga√Įt, des litres d'essence ont √©t√© stock√©s pour la cr√©mation des corps, des biens et des appartements des Arm√©niens. Il y avait un accord criminel avec les autorit√©s locales, la milice et les m√©decins. Des provocateurs sp√©cialement pr√©par√©s pour manipuler la foule prenaient parole lors des meetings. Dans les quartiers o√Ļ il y avait des pogroms, il y avait des coupures d'√©lectricit√©. A l'int√©rieur des bandes de pogromistes, il y avait une coordination stricte des actions ainsi qu'une discipline. On conseillait aux Arm√©niens de ne pas sortir pour travailler et de rester chez eux. Les bandits apparaissaient dans les appartements 10-15 minutes apr√®s l'appel de la milice.

Traduction KarabakhRecords - Correction : Collectif VAN

A suivre.


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Source/Lien : KarabakhRecords



   
 
   
 
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