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TURQUIE • "Nous avons tué Hrant Dink"
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L'assassinat de Hrant Dink, rédacteur en chef de l'hebdomadaire turco-arménien bilingue Agos, est unanimement condamné par tous les médias turcs qui divergent au moment d'interpréter cet acte. Faillite du gouvernement pour certains, nationalisme exacerbé pour d'autres ou tergiversations de l'Union européenne sont sur le banc des accusés.

Samedi 20 janvier, au lendemain de l'assassinat, les éditoriaux étaient marqués par une profonde tristesse, certains éditorialistes invitant même directement leurs lecteurs à participer aux funérailles de Hrant Dink prévues demain mardi 23 janvier, à Istanbul. "Nous devons courir à l'enterrement de Hrant Dink. Je considère que c'est un devoir, à la manière des centaines de milliers d'Espagnols qui manifestent contre les crimes d'ETA. Moi, j'irai à ces funérailles et je vous invite à en faire autant. Que le monde entier puisse voir notre attitude", écrit ainsi Taha Akyol dans Milliyet.

La condamnation de cet assassinat, exprimée avec une rare émotion, est unanime. En revanche, les avis divergent sur les conséquences de ce crime et sur ses causes. "A travers ce crime, c'est la Turquie qui est visée", ont écrit de nombreux journaux et éditorialistes turcs, reprenant ainsi les déclarations de la classe politique, majorité comme opposition, faisant allusion à d'éventuels complots ou manipulations externes survenant à un moment délicat sur le plan des relations turco-européennes et alors que le Congrès américain pourrait adopter prochainement une loi sur la reconnaissance du génocide arménien.

Ertugrul Özkök, rédacteur en chef de Hürriyet, considère ainsi que "cet assassinat va pousser la Turquie dans un complexe de culpabilité vis-à-vis de la question arménienne. Cet assassinat est en effet un grave coup porté à la Turquie qui, à propos des affirmations concernant le pseudo-génocide arménien, s'apprête à subir une grande offensive. Il s'agit donc là d'un des plus graves assassinats de l'Histoire de la République turque." Et Ertugrul Özkök de rejeter l'hypothèse d'un crime qui aurait été commis par un "jeune fou" isolé.

L'autre éditorialiste vedette de Hürriyet, Emin Cölasan – auteur d'éditoriaux très durs à l'égard de ceux qui, en Turquie aujourd'hui, essaient de briser le tabou sur la "question arménienne" et qui est pour cela très amer à l'égard d'Orhan Pamuk et de l'Union européenne – préfère rejeter la responsabilité de la mort de Hrant Dink sur l'incompétence du gouvernement AKP, incapable selon lui d'assurer la protection des citoyens. "Il est très facile de faire de la littérature sur l'affaire Dink, écrit le bouillant éditorialiste, mais ne pas voir dans cette affaire la responsabilité du gouvernement reviendrait à manquer de respect pour la société turque." Et Emin Cölasan de lier cet assassinat à l'insécurité croissante en Turquie où la police est dépassée "du fait que ces prérogatives ont été rabotées à la suite des ordres de l'Union européenne" !

Nombre de ses confrères ne partagent pas l'analyse de Cölasan qui consiste à rejeter la culpabilité sur des causes externes à la Turquie. Dans Vatan, Cengiz Aktar s'indigne ainsi : "Nos spécialistes insistent pour voir dans cet assassinat une provocation. Cet acte ouvrirait désormais la voie à l'adoption par le Congrès américain d'une proposition de loi sur le génocide arménien. En d'autres termes, ce crime serait l'œuvre de cercles tirant leur intérêt d'une opposition systématique à la Turquie, c'est-à-dire les Arméniens, les Français, les Américains, les Argentins, les Suisses. Mais bien sûr, les Turcs n'auraient rien à voir là-dedans !"

"Hrant, qui depuis quatre ans recevait régulièrement des menaces de mort des quatre coins de la Turquie et qui était devenu la bête noire des cercles nationalistes à l'intérieur de notre pays, aurait donc été assassiné par ces puissances extérieures ? !" s'interroge ironiquement l'éditorialiste de Vatan.

Ismet Berkan, de Radikal, titre son éditorial : "Nous avons tué Hrant Dink". Selon lui, l'ambiance nationaliste entretenue par certains en Turquie explique que ce type de meurtre soit possible. "Avant, lorsque de pareils crimes étaient commis, je pensais tout de suite à 'l'Etat profond' [qui désigne en Turquie les gangs, formés de militants d'extrême droite plus ou moins liés à la pègre, commettant des basses œuvres pour le compte d'une partie de l'appareil d'Etat].

Ce n'est plus le cas aujourd'hui, car ceux qui alimentent le nationalisme en Turquie ont créé un tel monstre qu'il y a désormais dans les rues de nos villes de nombreux jeunes inspirés par La Vallée des loups [du nom d'un feuilleton et d'un film valorisant l'action violente au service de la cause nationaliste turque] et pour lesquels même 'l'Etat profond' n'est pas assez nationaliste."

Hasan Cemal, dans Milliyet, s'en prend sans les citer mais avec des allusions claires à tous ceux – journalistes, ministres, acteurs… – qui, ces dernières années, ont alimenté par leurs prises de position le discours nationaliste en Turquie. "N'est-ce pas toi qui a du sang sur les mains ! Toi qui n'a de cesse de crier ou d'écrire sur les 'traîtres à la patrie' ? N'est-ce pas toi qui excite la population contre les Arméniens en qualifiant le chef du PKK [kurde] de 'sperme d'Arménien' ? [déclaration de la ministre de l'Intérieur Meral Aksener en 1997]. N'est-ce pas toi qui glorifie la violence, le monde de la pègre et les Rambos avec tes feuilletons télévisés de loups ? [allusion à La Vallée des loups]. N'est-ce pas toi à nouveau qui accuse ceux qui ont soutenu le plan Annan à Chypre de trahir et de vendre la patrie ? N'est-ce pas toi enfin qui cherche sous chaque pierre un ennemi de la Turquie ? […] Eh bien oui, c'est toi, mon frère, qui a maintenant du sang sur les mains, le sang de mon estimé collègue Hrant Dink. Ne le vois-tu pas ? Que peux-tu donc bien encore écrire ou dire maintenant ? Pourquoi ces larmes de crocodile ? !"

Dans Zaman, le Pr Ihsan Dagi, de l'université d'Ankara (ODTÜ), s'interroge également : "A quoi ont donc contribué le ministre de la Justice Cemil Ciçek en déclarant que ceux qui ont organisé la Conférence arménienne [où en 2005 pour la première fois en Turquie, la question arménienne, y compris la thèse du génocide, était abordée sans tabous] avaient 'poignardé la nation dans le dos' ainsi que Deniz Baykal, le leader du CHP [opposition parlementaire, kémaliste et nationaliste], en déclarant : 'Nous ne permettrons jamais que l'article 301 du Code pénal [qui punit l'insulte à l'identité turque et sur base duquel Hrant Dink fut condamné] soit supprimé' ? Ces prises de position ont excité un nationalisme chauvin qui a conduit à la mort un compatriote arménien patriote."

Gülay Göktürk, dans Bugün, s'en prend à l'Union européenne qu'elle accuse du fait de ses tergiversations à l'égard de la Turquie d'avoir une part de responsabilité dans le climat de provocation régnant actuellement dans le pays : "Pendant combien de temps allez-vous laisser la Turquie dans cette situation idéale pour la provocation ? Quand allez-vous comprendre qu'en laissant un pays aussi longtemps dans l'incertitude, vous l'exposez dangereusement à toutes sortes de manipulations ? Quand donc vous rendrez-vous compte que cette indécision est fatale pour tous ceux qui depuis des années se battent avec courage pour la démocratisation de la Turquie ?"

Pierre Vanrie



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Source/Lien : Courrier International



   
 
   
 
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