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TURQUIE • On achève surtout les colombes
Publié le :

L'assassinat du journaliste turco-arménien Hrant Dink a suscité l'indignation générale en Turquie. Nombreux sont ceux qui lui rendent hommage et soulignent son combat pour un dialogue entre les communautés turque et arménienne.

"Je me sens comme une colombe. Je regarde à droite, à gauche, devant et derrière moi, avec la timidité d'une colombe. Mais je sais que dans ce pays on ne touche pas aux colombes. Les colombes continuent à vivre au cœur de la cité, même au milieu des foules humaines. Un peu timides certes, mais d'autant plus libres."

C'est ainsi que le journaliste turc d'origine arménienne, Hrant Dink, exprimait son inquiétude dans un ultime article rédigé la veille de son assassinat, à Istanbul, le 20 janvier 2007.

Si les foules n'ont pas su protéger la colombe, elles sont descendues dans la rue aussitôt après l'annonce de la nouvelle avec des sentiments mêlant le choc au désarroi, le dépit à la révolte. Quelque 5 000 manifestants – écrivains, journalistes, syndicalistes et représentants de partis politiques – ont marché jusqu'au siège de l'hebdomadaire Agos, que dirigeait Dink, en scandant des slogans : "Nous sommes tous Hrant Dink, nous sommes tous arméniens."

Un sursaut tardif pour ce journaliste malmené non seulement par l'extrême droite turque, mais également par la diaspora arménienne, qui le taxait d'être à la solde du gouvernement d'Ankara.

Homme de dialogue, Hrant Dink participait souvent à des débats télévisés en Turquie et à des conférences à l'étranger, à la recherche d'une meilleure compréhension entre Arméniens et Turcs. Dans le même désir de rapprochement entre la Turquie et l'Arménie, il avait également accompagné un groupe de journalistes turcs à Erevan.

Ses propos dérangeaient aussi bien les milieux extrémistes en Turquie que la diaspora arménienne en Europe et en Amérique. Notamment lorsqu'il a été parmi les premiers à critiquer la loi française – adoptée sous la pression des organisations arméniennes – prévoyant des peines de prison contre ceux qui contesteraient la qualification de "génocide" des événements de 1915. Dink avait dit qu'il irait en France pour défier cette loi.

Un tel personnage passait pourtant pour un ennemi de la Turquie aux yeux des milieux d'extrême droite, qui multipliaient les procès les plus délirants contre les intellectuels. Avec des débordements physiques n'épargnant même pas les avocats des prévenus devant la salle d'audience.

Si ce triste spectacle était finalement devenu presque une routine pour de nombreux journalistes, écrivains ou universitaires, le cas de Hrant Dink a pris une tout autre tournure. Le gouvernement turc, qui a adopté une loi ubuesque sanctionnant un délit mal défini sous l'appellation "d'insulte à l'identité turque", s'est rendu compte de son erreur. Mais, à défaut d'abroger cette loi, il a essayé de trouver un mécanisme qui aboutisse à un non-lieu, notamment dans le cas de personnalités célèbres dont les procès étaient trop embarrassants. Orhan Pamuk a ainsi été acquitté, Elif Safak, écrivain également, avait aussi bénéficié d'un non-lieu sans même assister à son procès. Dink, lui, s'est vu condamné à six mois de prison avec sursis, alors qu'il s'attendait, confiant, à un non-lieu lui aussi.

On lui reprochait une malheureuse phrase utilisée dans l'un de ses articles sur l'identité arménienne : "Le sang pur qui remplacera le sang venimeux du Turc existe dans les veines nobles que les Arméniens établiront avec l'Arménie." Dink a tenté d'expliquer ensuite le sens de ses propos, mal interprétés, mais il était déjà dans le collimateur des milieux ultranationalistes.

Face aux menaces, ses amis lui ont conseillé de partir. Le journaliste aurait pu choisir un exil doré, coiffé des lauriers d'un héroïsme facile. Mais il a hésité, discuté ce choix avec sa famille, et a fait part de ses doutes dans son dernier article : "Si nous partons, où devrions-nous aller ? En Arménie ? Mais moi qui ne peux me taire face à l'injustice, comment pourrais-je me taire face aux injustices là-bas ? Ne me trouverais-je dans un plus grand trouble encore ? Quant à la possibilité de m'exiler en Europe, ce n'est pas pour moi. Même quand je me rends en Occident pour seulement trois jours, mon pays commence à me manquer rapidement, je suis impatient de rentrer. […] Rester en Turquie est donc notre réel désir, et en même temps une obligation par respect à ces milliers d'amis, connus ou inconnus, qui nous soutiennent et qui combattent avec nous pour la démocratie en Turquie. Mais si nous devions partir un jour… Nous nous mettrons en route comme en 1915. Comme nos ancêtres. Sans savoir où nous irons. En marchant par les chemins où ils ont marché. En subissant la tourmente. Nous quitterions notre patrie en emportant nos douleurs. Et nous nous en irions, non pas là où mèneraient nos cœurs, mais là où nous mèneraient nos pieds. Peu importe la destination.

J'espère que nous ne serons jamais obligés de vivre un tel départ : nous avons énormément d'espoir, énormément de raisons pour cela."

En Turquie, les premières réactions d'émoi et de panique sont en train de céder la place à une inquiétude profonde concernant une question : qui a commandité cet acte ? Est-ce un acte haineux de la part des groupes fascistes, inconscients de ses conséquences extrêmement lourdes pour le pays, ou bien s'agit-il d'un plan plus vaste, à un moment où des pressions s'accumulent contre la Turquie ? Tout en regrettant la disparition d'un homme modéré, courageux et honnête, les Turcs ont peur que cet assassinat soit annonciateur d'une nouvelle période d'instabilité qui plonge le pays dans la violence. Comme l'avaient été les assassinats d'autres journalistes célèbres, tels que le rédacteur en chef du quotidien Milliyet Abdi Ipekçi (tué par l'homme qui a ensuite tiré sur le pape), ou le chroniqueur du quotidien Cumhuriyet Ugur Mumcu (resté non élucidé). A la différence des séismes internes engendrés par ces deux assassinats, l'attentat contre Hrant Dink risque de nuire gravement aux relations de la Turquie avec la communauté internationale, notamment avec l'Occident, et de la condamner, dans le meilleur des cas, à l'isolement ou, contre son gré, à l'enfoncement dans les crises du Moyen-Orient.

"Si on avait lancé un concours pour trouver l'acte qui porte le plus grand tort à la Turquie, on n'aurait pu choisir une meilleure cible", constate la presse turque.

Nur Dolay



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Source/Lien : Courrier International



   
 
   
 
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