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La liberté d’expression en Azerbaïdjan
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - La publication de « Rêves de Pierre » par l’écrivain azerbaïdjanais Akram Aylisli a eu des répercussions très graves sur la vie de l’auteur qui a été déchu de ses titres honorifiques et de sa pension. Bien qu’Aylisli soit considéré comme « Écrivain du Peuple », son œuvre a suscité l’indignation en Azerbaïdjan car elle présente les Arméniens sous un jour positif et est axée essentiellement sur la violence azerbaïdjanaise, dans le cadre de la guerre du Haut-Karabagh. Si certains, en Azerbaïdjan, pensent qu’il faudrait suivre une telle démarche pour consolider la paix avec l’Arménie, d’autres estiment qu’il aurait fallu également représenter la violence arménienne. Pour Aylisli, il s’agit avant tout d’ouvrir la voie et de laisser ses homologues arméniens construire à leur tour un chemin vers la vérité. En filigrane, on devine la rhétorique en vigueur en Azerbaïdjan, selon laquelle le massacre de Khodjaly serait imputable aux Arméniens : est-ce une manière pour l’auteur de « sauver sa peau » ? Le Collectif VAN vous propose la traduction d’un article écrit par Daisy Sindelar le 8 février 2013 sur Radio Free Europe – Radio Liberty.

Légende photo: L’écrivain azerbaïdjanais Akram Aylisli, Photo: Azadllq Radiosu(RFE/RL)


En Azerbaïdjan, colère contre un auteur, mais pas nécessairement contre ses arguments

Radio Free Europe – Radio Liberty
Daisy Sindelar
8 février 2013

Pour accompagner cette traduction, il est bon de visionner un reportage sous-titré en anglais qui donne la parole aux acteurs présents sur le terrain du conflit du Haut-Karabagh en février 1992 (journalistes, hommes politiques, combattants). La vidéo, récemment postée sur YouTube, retrace avec précision la prise de Khodjaly par les combattants arméniens et montre la responsabilité du Front Populaire d’Azerbaïdjan dans le massacre prémédité de la population civile azérie.

VIDEO



Between hunger and fire: power at the expense of lives (Nagorno Karabagh)


L’œuvre de toute une vie vient de s’écrouler cette semaine pour l’auteur azerbaïdjanais Akram Aylisli qui a été déchu de ses titres honorifiques et de sa pension après avoir écrit un roman intitulé « Rêves de pierre » qui présente le rival régional arménien sous un jour sympathique.

Mais dans ce contexte d’indignation à propos de l’œuvre d’Aylisli, un dialogue plus calme a également vu le jour grâce à de nombreux Azéris qui demandent des mesures pour assurer la paix avec l’Arménie.

Les relations entre Bakou et Erevan sont profondément conflictuelles, envenimées par une haine consumante au sujet de la guerre de six ans du Haut-Karabagh, une région séparatiste majoritairement arménienne située sur le territoire azerbaïdjanais.

« Rêves de pierre » publié récemment dans le journal littéraire russe « Druzhba narodov » qui se traduit, de façon ironique, par « Amitié des Peuples » a suscité de l’amertume en décrivant uniquement les attaques des Azéris contre les Arméniens, notamment les pogroms à Bakou et à Sumgaït. Les attaques arméniennes à l’encontre des Azéris, telles que le massacre de Khodjaly en février 1992, sont manifestement ignorées [Nota CVAN : la journaliste reprend la rhétorique en vigueur en Azerbaïdjan, selon laquelle le massacre de Khodjaly serait imputable aux Arméniens. A ce sujet, voir le documentaire présenté plus haut].

Mais même certains Azéris, parmi lesquels Gunel Movlud, une poète azerbaïdjanaise de 31 ans et une réfugiée du Karabagh, qui ont souffert durant la guerre se sont manifestés pour faire l’éloge du livre d’Alylisli.

« Ce roman peut aussi jouer en faveur de l’Azerbaïdjan. Bien sûr, c’est sa propre opinion. Peut-être que ce qu’il dit n’est pas vrai, peut-être que ça l’est. Mais ce roman reflète quelque chose. Il montre que nous sommes une nation civilisée qui peut accepter sa part de responsabilité » a dit Movlud.

Autodafés

Beaucoup de ceux qui défendent Aylisli semblent stimulés, en partie, par la profonde animosité dont l’un des écrivains les plus respectés du pays est désormais la cible.

Après une semaine passée à manifester, à brûler des livres, et à exiger qu’Aylisly abandonne sa nationalité, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a accéléré le processus en faisant publier un décret officiel qui a déchu l’écrivain de 75 ans de son titre honorifique d’« Écrivain du Peuple » et qui a supprimé la pension présidentielle mensuelle de 1250 dollars qu’il recevait depuis 2002.

Aliyev a affirmé que ces mesures étaient une juste punition pour « avoir déformé les faits dans l’histoire azerbaïdjanaise et insulté les sentiments du peuple azerbaïdjanais. » Mais Aylisli – dont les douzaines de romans et de pièces écrits avant « Rêves de pierre » ne traitaient pas de la question arménienne – a accusé le gouvernement de dépasser les bornes en s’attaquant à l’ensemble de son œuvre.

« Je ne leur ai pas demandé de me donner ce titre. Et ils ne me l’ont pas donné pour ce roman. Ils me l’ont donné pour mes autres œuvres. Alors qu’est-ce que ça signifie ? Qu’ils annulent mes autres livres ? Je ne m’attendais vraiment pas à un tel décret » a dit Aylisli.

La répression est allée encore plus loin : en effet, on a demandé au fils d’Aylisli, un puissant agent des douanes, de démissionner de son poste, et le Théâtre national dramatique de Bakou a annulé la représentation tant attendue de la pièce d’Aylisli intitulée « Ne m’aime pas ».

Cette censure sévère peut être liée aux opinions ouvertement critiques d’Aylisli à l’égard de l’élite dirigeante de Bakou. En plus de ses descriptions du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, « Rêves de Pierre » montre un portrait à peine voilé de Heydar, père d’Aliyev et son prédécesseur en tant que président, comme un officiel corrompu qui achète la loyauté de l’intelligentsia de Bakou avec des appartements gratuits. Et un manuscrit plus récent intitulé « Grand Embouteillage » qui a seulement été publié sous forme de samizdat, soumettrait les deux Aliyev à une critique satirique virulente.

Mais la vague de soutien à Aylisli a même forcé le gouvernement à s’éloigner lentement de sa position querelleuse à l’égard d’Erevan.

Beaucoup d’Azéris ont été étonnés le 7 février lorsque la station de télévision publique du pays a diffusé un débat en direct sur la question arménienne. Le débat représentait de nombreux échanges conflictuels tels que celui-ci entre Aylisli et Musa Guliyev, législateur du parti au pouvoir :

Guliyev : Vous avez écrit des choses qui peuvent être utilisées par la propagande arménienne. Ils disent : « Regardez, les Azéris sont des barbares. Nous ne pouvons pas vivre avec eux ».

Aylisli : Vous faites cela aussi ! Chaque jour, vous maudissez les Arméniens, mais ensuite vous vous retournez et vous leur dites que nous devrions vivre ensemble.


La réaction arménienne

La question a été suivie de près en Arménie où les restrictions imposées à Aylisli ont fourni aux médias locaux une occasion nouvelle de critiquer le régime azerbaïdjanais.

« Agos », le journal édité en Turquie et anciennement dirigé par Hrant Dink, le journaliste arménien assassiné, a publié un compte-rendu cinglant de l’affaire, en remarquant que les pièces d’Aylisli étaient caractéristiques du paysage théâtral de l’Arménie soviétique et en citant l’écrivain lui-même qui affirme que « Rêves de pierre » était un message adressé aux Arméniens pour leur dire que « ce n’est pas la fin » et « que nous pouvons vivre ensemble ».

Levon Ananian, le président de l’Union des Écrivains d’Arménie, a apporté une réponse officielle à la controverse le 8 février en déclarant : « Félicitations à notre collègue azerbaïdjanais ! Il est cet homme courageux qui a ouvert le chemin, le chemin qui mène au repentir à travers la vérité ». Ananian a ajouté que « non seulement les Arméniens, mais aussi les Russes, tous les peuples qui sont préoccupés par l’avenir du pays… devraient partager ce courage ».

Il reste à voir toutefois si un auteur arménien relèvera le défi lancé par Aylisli à ses homologues littéraires de l’autre côté de la frontière. La semaine dernière, Aylisli s’est exprimé et a dit qu’il avait volontairement choisi d’axer son œuvre sur la violence azerbaïdjanaise et que c’était « le devoir des écrivains arméniens » de suivre l’exemple.

« Il n’est pas possible qu’un peuple commette de telles cruautés et n’écrive pas à ce propos » a-t-il ajouté.

En Azerbaïdjan, il y a ceux qui auraient aimé qu’Aylisli ait choisi de représenter les deux côtés du conflit. Rustam Behrudi, un poète azerbaïdjanais, dit que Bakou a dépassé les bornes en s’attaquant au romancier, surtout à une période où il prend des mesures répressives importantes contre ceux qui contestent le gouvernement et les prisonniers politiques.

En même temps, Behrudi dit qu’Aylisli a fait une erreur en représentant uniquement un aspect de l’histoire. Toute histoire du conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie devrait, dit-il, représenter les actions et les souffrances des deux pays.

« L’Azerbaïdjan a tellement de problèmes graves. Mais au lieu de résoudre ces problèmes, ils s’attaquent à un écrivain pour son roman. Qu’est-ce que la littérature ? Elle est avant tout liberté d’expression, elle est liberté » a dit Behrudi.

« Je ne pense pas qu’il soit légitime de s’attaquer à un écrivain ainsi. En même temps, je ne suis pas d’accord avec l’auteur sur certaines parties du romain. Si un Arménien était battu et tué à Bakou, et qu’un écrivain écrivait à ce propos, il devrait aussi parler des événements qui ont provoqué cette attaque. »

Traduction de lÂ’anglais par Tigran Mheryan pour le Collectif VAN - 08 mars 2013 - 06:10 - www.collectifvan.org

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Source/Lien : Radio Free Europe – Radio Liberty



   
 
   
 
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