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Turcs et Arméniens pleurent le journaliste dans une rare démonstration d’unité
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Voici la traduction d'un article paru en anglais le 23 janvier 2007

International Herald Tribune - Europe

De Sebnem Arsu et Susanne Fowler
Publié le: 23 janvier 2007

ISTANBUL: Plus de 50 000 personnes, officiels turcs et arméniens inclus, se sont déversées dans le coeur d’Istanbul, dans une rare démonstration d’unité, mardi pour dire un dernier adieu à Hrant Dink, le journaliste turco-arménien qui a été tué devant l’immeuble de son bureau la semaine dernière, une mort que de nombreux Turcs espèrent qu’elle sera le catalyseur d’un changement.

Le Patriarche Arménien, Mesrob II lors du service funéraire de Dink s’est élevé contre les restrictions de la liberté d’expression et a appelé urgemment à l’élargissement des relations potentielles qui se dégèlent entre l’Arménie et la Turquie et qui sont apparues depuis le meurtre.

"Il est inacceptable de juger et d’emprisonner quelqu’un pour ses idées et encore moins de le tuer," a déclaré Mesrob durant le service qui a duré une heure en l’église Sainte Mère de Dieu du patriarcat arménien. "Il est mystique que ses obsèques soient l’occasion d’un rassemblement d’officiels Arméniens et Turcs."

Plus de 600 personnes se sont serrées dans l’église vieille de 175 ans, et des centaines ont suivi le service par le biais de haut-parleurs situés dans les salles latérales, tandis que bien d’autres encore attendaient dans les rues adjacentes, aux alentours de l’église.

À l’intérieur, sur le cercueil de Dink, reposait une croix faite de fleurs blanches, et trois de ses meilleurs amis encadraient le cercueil, chacun tenant une bougie ceinte de rubans noirs.

Déchirées par des disputes territoriales et un conflit historique sur la mort estimée à 1.5 million d’Arméniens pendant la Première guerre mondiale, un sujet dont Dink a souvent parlé, les relations diplomatiques entre la Turquie et l’Arménie sont gelées et la frontière est fermée depuis 1993.
Mais les officiels Turcs et Arméniens étaient ensemble pour la commémoration de Dink.

Les officiels turcs —le vice-premier Ministre de Turquie, Mehmet Ali Sahin, le Ministre de l’intérieur Abdulkadir Aksu, le Gouverneur d’Istanbul Muammer Guler et le Chef des forces de sécurité, Celalettin Cerrah — étaient assis au premier rang de l’église. Deux généraux étaient également présents. Un conseiller du Premier ministre, Omer Telik, était là également.
Le vice-ministre arménien des Affaires étrangères, Arman Kirakossian était assis derrière eux ainsi que Karen Mirzoyan, le représentant permanent arménien de l’Organisation de coopération économique de la Mer Noire.

Parmi les autorités religieuses, l’archevêque de l’Église Arménienne d’Amérique, Khajag Barsamyan. Impressionné par la force de la réaction publique envers la mort de Dink, Barsamyan a souligné dans une interview, la puissance du sentiment positif pour atteindre des idéaux.

"Hrant Dink était un homme qui soutenait le dialogue et la coopération," a-t-il dit. "Son âme sera en paix lorsqu’il verra que son assassinat a suscité des avancées positives entre les deux pays."

Plus tôt, avec les centaines d’officiers de police déployés en tenue de combat et le la circulation interdite dans les grandes artères, sur les parties normalement chaotiques de la ville planait une sombre atmosphère, tandis qu’une musique arménienne éthérée sortait des enceintes placées le long de l’avenue de la République. Des Turcs de divers groupes ethniques se tenaient là, épaules contre épaules, beaucoup en pleurs. D’autres se penchaient aux fenêtres et au-dessus des barres des balcons pour regarder passer la procession.

La veuve de Dink, Rakel, s’est adressée à la foule et a déclaré que, à moins que les autorités n’apprennent comment un jeune de 17 ans "peut devenir un assassin, nous n’arriverons à rien."
"Ne vous contentez pas de ce jour, ne soyez pas satisfaits de ce jour," dit-elle d’une voix tremblante en turc, avec un fort accent arménien. Elle a demandé instamment à la foule de suivre les traces de son mari en travaillant à la démocratie et à la paix régionale, en ayant de la compassion et non des insultes envers l’autre.

La famille de Dink avait demandé que le silence soit fait lors de la cérémonie de recueillement devant la porte des bureaux Agos, l’hebdomadaire bilingue dirigé par Dink, mais le cortège a exprimé son émotion par des applaudissements et des chants spontanés. Les rares qui ne chantaient pas ont appelé à la solidarité entre la majorité musulmane et les communautés minoritaires y compris les communautés kurdes et juives.

Au départ de la procession, le cercueil de Dink reposait à l’intérieur d’un corbillard noir garé devant ses bureaux. Le corbillard a ensuite pris la direction de la Place de Taksim, avec à son bord au moins un religieux arménien, assis à l’avant. Les membres de la famille suivaient à pied.

Sera, la fille en pleurs de Dink, tenait dans ses bras un portrait de son père et à son passage, les gens jetaient des fleurs et applaudissaient en hommage. À un certain moment, le défilé est passé près de très hauts panneaux publicitaires pour une marque de blue-jeans, qui titrait "Fais l’histoire."

Des oeillets rouges ont été distribués aux membres du cortège par le service municipal local, ou de petits panneaux noirs et blancs proclamant, "Nous sommes tous Hrant Dink" en turc d’un côté et en arménien de l’autre.

Sur d’autres pancartes on pouvait lire "Meurtre 301," une référence à la loi turque au titre de laquelle de nombreux écrivains et intellectuels, Dink et le Prix Nobel Orhan Pamuk inclus, ont été poursuivis dans des procès intentés par des nationalistes.

De nombreux amis et collègues de Dink tiennent le gouvernement pour responsable à un certain degré de la mort de Dink, car il a permis aux groupes nationalistes de lui intenter des procès, le forçant à comparaître, puis à être condamné pour insulte à l’identité turque, ce qui a donné une certaine notoriété aux nationalistes.

L’article 301 reste un obstacle à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne qui demande urgemment à la Turquie d’abolir cet article. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a montré une certaine bonne volonté pour que l’article soit réécrit, et a demandé l’année dernière, aux organisations non gouvernementales de lui proposer une ébauche à soumettre au Parlement.

Le déploiement de sécurité qui a entouré ces événements mardi a été le contrepoint du manque de protection accordée à Dink, alors qu’il recevait des menaces des nationalistes à l’intérieur et à l’extérieur d’un tribunal d’Istanbul lors de son procès l’an dernier.

Les émotions débordaient lors de la marche. Une vieille femme, d’origine arménienne, pleurant dans la rue, a dit qu’il était "important de se rappeler également que la Turquie était devenue une République avec notre sang aussi." Elle a demandé à ce que son identité reste cachée, parce qu’elle avait peur d’être elle aussi abattue pour avoir parlé.

La police dit que Ogun Samast, 17 ans, a avoué avoir tiré sur Dink, et que c’est Yasin Hayal qui lui a donné l’arme, un nationaliste qui a posé une bombe dans un Mc Donald en 2004, et qui est également en détention. Toux deux sont originaires de Trabzon, une ville de la Mer Noire, sur la cote Est de la Turquie, ville qui est connue pour abriter un fort sentiment nationaliste.

Les autorités turques disent que Dink, 52 ans, a été tué pour avoir exprimé ses opinions. "Ses écrits étaient emplis de démocratie, de paix et de bon nationalisme", Aslihan Eker, 29 ans, dit que les bords de son foulard rouge, soigneusement repliés dans son manteau, et les lunettes noires qu’elle porte sont là pour cacher ses larmes. "Qu’aujourd’hui, les gens disent qu’ils sont tous Arméniens a une signification, et j’espère que nos cris apporteront le message de paix à ceux qui voient les Arméniens comme nos ennemis."

© Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN 2007



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