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"Hommage à Hrant Dink "
Publié le :

par Nükte V.Ortaq

vendredi 26 janvier 2007, Stéphane/armenews

jeudi 25 janvier 2007, mis à jour à 18:55

Turquie

Hommage à Hrant Dink

Nükte V.Ortaq

Les obsèques de Hrant Dink ont eu lieu mardi. La correspondante de L’Express à Istanbul livre le récit de cette journée où près de 200 000 Turcs, venus de tous horizons, ont rendu hommage au journaliste assassiné

Il y avait trop de soleil pour une journée de janvier, trop de gens réunis pour une simple marche d’adieu, trop de larmes dans les yeux des centaines de milliers d’hommes et femmes de tous âges réunis autour du cercueil de Hrant Dink pour que ce moment d’exceptionnelle douleur ne fasse naître un formidable espoir de salut.

Des Turcs de tous horizons

Qui aurait pu imaginer il y a seulement une semaine qu’un mardi matin à onze heures autant de Turcs de tous horizons se réuniraient pour suivre sur huit kilomètres, à pied, le cercueil noir d’un Arménien ?

Mais, Hrant Dink, était plus qu’un journaliste courageux, plus qu’un intellectuel intègre, plus qu’un orateur exceptionnel. Il était devenu, comme le disait le journaliste Oral Calislar, sans que personne ne s’en rende compte, la “conscience” d’une nation. Celle qui vous parle au plus profond de vous et que, pourtant, on voudrait si souvent faire taire.

Voilà peut-être pourquoi ils étaient si nombreux à s’être réunis. Très peu le connaissaient personnellement, la plupart l’ayant vu, entendu parfois, peut-être une seule fois, à la télévision.

En entrant dans l’avenue Halaskargazi, la plainte profonde d’un chant traditionnel arménien pénètre le coeur. La masse, largement silencieuse comme l’ont réclamé les organisateurs, arbore des petites pancartes rondes noires où différents slogans, en turc et en arménien ont été imprimés en blanc. La plupart d’entre elles rappellent : “Nous sommes tous Hrant, nous sommes tous Arméniens” ,reprenant la formule lancée le soir de l’assassinat par une foule de quelques milliers de personnes qui s’étaient rassemblées spontanément devant les locaux du journal Agos.

Etre Hrant est un objectif dur à atteindre : “Nous nous sommes tus, il a parlé”, me confiait une femme arménienne”. “Il a parlé, nous avons écouté", avais-je rectifié dans mon for intérieur.

"Tu as quitté ceux que tu aimais [...] Mais tu n’as pas quitté ton pays”

Les chants se taisent, son épouse Rakel, juchée sur le toit d’un autobus a pris un micro pour lire d’une voix perçante et tremblante la dernière lettre d’amour qu’elle a écrit à son époux. “Cela a été dur a écrire, mon amour. Tu as quitté ceux que tu aimais, tes enfants, tes petits-enfants, tu as quitté mes bras. Mais tu n’as pas quitté ton pays, mon amour”.

Sur ces dernières paroles, pas une personne ne retient ses larmes. Ses deux filles et son fils à ses côtés, ses mains tremblantes laissent s’envoler des colombes.

Dans son dernier article, Hrant Dink s’était comparé à ces fragiles oiseaux pour expliquer son inquiétude. “Mais, je sais que dans ce pays on ne tue pas les colombes”, avait-il dit. Il s’est tristement trompé. Lâchement abattu à bout portant par un garçon de 17 ans, Hrant Dink est mort à 54 ans.

Alors que le corbillard avance lentement, on joue à ses côtés du “duduk”, sorte de flûte arménienne au son mélancolique et profond.

Le convoi s’ébranle. Combien somme-nous, 100, 200 000 ? Le boulevard sur lequel avance le cortège est l’un des plus larges de la ville. Il s’étend sur 8 voies que bordent de larges trottoirs. L’artère est noire de monde. La foule est si nombreuse que depuis les premiers rangs il est impossible d’en deviner la fin.

Agos continue

Istanbul n’a pas connu de telle foule dans la rue depuis les années 1970. Les participants sont eux-mêmes surpris par l’ampleur de ce mouvement de solidarité. Hrant, l’orphelin, qui appelait les Turcs à se confronter à leur passé, sans haine, avec autant d’exigence que d’amour avait donc pénétré profondément le coeur de cette nation.

En créant Agos, son hebdomadaire bilingue en arménien et turc, il avait voulu créer un pont entre les communautés. En voyant la multitude aujourd’hui assemblée, qui pourrait dire qu’il a échoué dans son projet ? Les amis de Hrant se sont réunis pour faire vivre le journal malgré sa disparition, et pour que l’hebdomadaire sorte “normalement” vendredi. On parle même d’en éditer des versions anglaise et française dans un proche avenir.

En septembre 2005, lors de la Conférence Arménienne organisée à Istanbul, la première manifestation qui a permis d’entendre publiquement en Turquie des thèses différentes de la vérité officielle, Hrant Dink avait eu ces mots terribles : “Oui, je convoite ces terres, mais pas pour les prendre et les emporter, pour m’y faire enterrer”. Le départ de Hrant a été bien trop prématuré. Qu’il repose en paix sur cette terre qu’il aimait et qui lui a pris la vie.



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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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