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Une page blanche pour Hrant Dink
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Eloge posthume de Madame Lea Kirstein paru dans le quotidien allemand "Die Zeit" le 24 janvier 2007. Traductions française et anglaise transmises par Prof. Dr. Mihran Dabag Institut für Diaspora- und Genozidforschung an der Ruhr-Universitaet Bochum. Avec nos remerciements.

Le journaliste turco-arménien assassiné est tombé victime de trois balles, de même que dans la vie il est tombé victime de trois destins différents. Nécrologie.

Déposons une couronne aux couleurs de la Turquie sur la tombe de Monsieur Hrant Dink. Une communauté turque en deuil, en Turquie et en Europe, se déclare bouleversée et consternée du crime „lâche“ contre la liberté d’expression. On se retrouve ensemble dans l’adhésion commune pour la démocratie. Un d’entre nous. Exprimer sa douleur pour la mort de Hrant Dink est facile. On fait des déclarations de presse, des veillées funèbres et des marches de protestations sont prévues, on distribue des portraits de Monsieur Hrant Dink, copiés sur des morceaux de papier de 10 par 15 centimètres de grandeur. Fixés par des épingle de nourrice sur les pull-overs et les vestes ils symbolisent l’unité de la communauté en deuil. Il fait beaucoup de vent en ce mois de janvier. C’est une époque, pendant laquelle on parle de l’importance du souvenir politique, qui doit avoir la force de diminuer les différences, afin de pouvoir résister aux problèmes futurs: le terrorisme, le changement du climat et le manque d’énergie.

Un d’entre nous. Peut-être que le journaliste Hrant Dink n’y a pas cru dans le fond de son cœur. Mais l’homme Hrant Dink, lui, y croyait. Il a accepté les offres, qu’on lui faisait comme un orphelin affamé. Il n’a plus vérifié les paroles de la solidarité des intellectuels critiques turcs, il a accepté l’offre d’une solidarité en dehors de l’histoire comme il a de même accepté des invitations dans les restaurants du gouvernement allemand ou des partis, les invitations sur le Lac Léman ou à Petersberg, il se sentait totalement en sécurité dans les distinctions et dans la reconnaissance internationale. Monsieur Hrant Dink a donné son accord à la condition du «dialogue» politique, en disant «Parlons d’une solidarité universelle au lieu d’une responsabilité nationale.» S’il avait pu encore vivre au moins dix années, il aurait peut-être dû constater qu’il n’était jamais l’un «d’entre eux». Il aurait peut-être vu, qu’il n’existe pas de dialogue sans une reconnaissance préalable de la vérité. Il aurait peut être découvert par lui-même, que ceux, qui l’utilisaient pour leurs fins politiques, ne protégeaient pas. Mais avec sa mort il a le droit d’être désormais accepté dans la mémoire de la communauté populaire turque, qui s’est servie de son nom comme d’un instrument, pour prouver une «ouverture» de la Turquie. Le groupe d’intellectuels turcs, qui a invité Hrant Dink à leur table, afin de démontrer que la Turquie est capable d’appartenir à l’Union Européenne, a déjà des successeurs en vue. Les nouvelles preuves de l’aptitude de la Turquie à la démocratie doivent être désormais déjà être représentés par des Turcs : Un prix Nobel de littérature, une écrivain turque – il existe suffisamment de perspectives, pour pouvoir continuer sans dommage la politique d’image de marque. Oui, d’intégrer le meurtre de Hrant Dink de manière positive dans cette politique d’image de marque.

Monsieur Hrant Dink a été la victime de 3 balles, comme il a été la victime de 3 malheurs. En premier lieu, victime de sa foi, qu’en tant qu’Arménien on puisse vivre sans le souvenir du génocide, foi qui a été niée par le meurtre lui-même. En deuxième lieu victime du fait, que ceux qui défilent en son nom dans les rues des grandes villes européennes et insistent fortement sur le fait que le deuil est turc ne permettent même pas qu’il ait pu trouver en tant qu’Arménien une place en Turquie. Le troisième malheur est que justement les forces politiques, qui ont fait de lui l’exemple d’un «mélange de culture de la Turquie», ne le pleurent pas en tant qu’Arménien mais pleure leur investissement, ceci est particulièrement explicite en Allemagne.

Ainsi Hrant Dink est devenu ce qu’il ne voulait pas devenir : une victime de l’histoire arménienne. Une victime du «cote à cote» refusé. Une victime du souvenir refusé. Une victime de la reconnaissance refusée.

Une deuxième couronne manque sur la tombe de Hrant Dink. Il n’y a pas de drapeau arménien, que nous puissions déposer sur sa tombe. Il n’y a pas de fleur portant l’espoir, même symbolique, que nous puissions lui offrir. Peut-être seulement un morceau de papier blanc. Une page vide pour toutes les pages qu’il ne pourra plus remplir. Une page vide pour les pages qui manqueront dans les livres d’histoire turcs, les pages sur l’histoire de l’Arménie de l’ouest et sur le génocide de 1915/1916.

Ainsi Hrant Dink, qui rêvait, «d’être un d’entre eux», est redevenu avec sa mort «un d’entre nous». Car la société turque, dans laquelle depuis plus de cent ans on se bat pour une unité forte du point de vue cultuel et de droit, du point de vue linguistique et territorial, du point de vue des connaissances et historique, se montre durable, impitoyable et impénétrable,
La vie ne nous est que prêtée, elle ne nous est pas donnée.

Cependant, comment peut-on en tant qu’Arménien, comment peut-on en tant que membre d’une histoire, qui a été terminée en tant que membre d’une communauté qui ne devait pas vivre de nos jours, ne pas croire que la vie est un cadeau, être ouvert à l’espoir, ouvert à l’avenir ? Le meurtre de Hrant Dink nous a montré aussi clairement le prêt de notre vie qu’il nous montre ce qui est évident. Incertaine sur la terre, sur laquelle la diaspora arménienne se déplace de nos jours, elle ne reste ancrée que dans son histoire tourmentée racontée et chantée, l’histoire de la violence et de la perte, l’histoire du rejet de la foi et de l’espérance.

Pour répondre au meurtre de Hrant Dink on n’a besoin que de formuler une phrase succincte. Quatre mots suffisent et ce sont les mots que les survivants et leurs enfants et leurs petits enfants disent depuis cent ans : Nous n’oublierons jamais.



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