Aujourd'hui : Samedi, 21 juillet 2018
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
Le Collectif VAN, partenaire du Festival de Douarnenez 2016
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Turquie : un assassinat avec « la motivation d'une haine barbare »
Publié le : 26-06-2013

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le 28 décembre 2012, Maritsa Kuçuk, une vieille dame arménienne de Samatya (Istanbul) a été assassinée avec une cruauté inouïe. Torturée, suppliciée, elle a été découverte morte dans son appartement avec une croix gravée au couteau sur sa poitrine dénudée. Ce crime faisait suite à une série d’agressions commises contre des personnes âgées arméniennes d’Istanbul. Devant les accusations de meurtres racistes, la police a trouvé fort opportunément un coupable idéal en la personne d’un Arménien qui ne jouit pas de toutes ses facultés mentales. La première audience du procès – qui d’ores et déjà ressemble à une farce – s’est tenue ce lundi 24 juin 2013 à Istanbul. L’avocate et militante des droits de l’homme Eren Keskin défendait les intérêts de la famille Kuçuk. Quant à l’avocat de Murat Nazaryan, il n’a pas jugé bon de se déplacer. Mais qui se cache réellement derrière les assassinats racistes d’Istanbul ? Le Collectif VAN vous présente la traduction de ce compte-rendu d'après le témoignage d'Ayse Gunaysu présente sur place.


Compte-rendu

Lundi 24 juin 2013, la première audience du procès de l’assassinat de Maritsa Kuçuk s’est tenue devant la 2ème Cour pénale d'Istanbul.

La Présidente de la cour paraissait sérieuse et attentive, mais l’ensemble a ressemblé à une farce. Un des juges a dormi tout au long de l'audience, le visage caché derrière sa main ; quand finalement sa tête est tombée en avant, il est devenu évident qu’il dormait. Il a été réveillé à la fin de la séance par la Présidente de la cour.

Comme prévu, les noms des plaignants [arméniens], les deux fils et la fille de Maritsa Kuçuk, ont soulevé des problèmes.

Une autre comédie s’est déroulée lorsque l'avocat de l’accusé Murat Nazaryan, un avocat nommé par l'Association du Barreau qui avait déjà une demi-heure de retard, a été appelé au téléphone par le greffier de la cour. L'avocat a d'abord dit qu'il était alors dans la partie asiatique d'Istanbul et qu’il ferait tout son possible pour venir le plus tôt possible, mais une heure après, quand il a été contacté une deuxième fois, il a dit qu'il ne viendrait pas. Cela signifiait que le tribunal n'auditionnerait pas la défense et que le procès de l’accusé se tiendrait en l'absence de son avocat, ce qui devrait provoquer le report de l'audience.

Les membres de la famille ont immédiatement deviné que certaines personnes avaient dû dire à l’avocat de ne pas se présenter. Le but a été atteint, l'audience a été écourtée.

La Présidente de la cour a lu les déclarations faites par la plaignante au commissariat de police. Puis, Eren Keskin, l’avocate des plaignants, a commencé à parler. Elle a déclaré: «Il est évident que l'enquête sur l'assassinat et la rédaction de l’acte d’accusation du procureur basée sur l’enquête sont biaisées. Il y a eu un certain nombre d'agressions dans Samatya et toutes les victimes étaient de vieilles dames arméniennes : aucun effort n'a été fait pour révéler un lien possible entre l'assassinat et ces agressions.

Aucune des victimes des autres agressions n’a été interrogée, l’accusé n'a pas été confronté à ces victimes pour être identifié, et elles n'ont pas fait partie de l'enquête. Nous apprenons par le rapport d'autopsie qu’absolument tous les os du corps de la victime ont été cassés. Son corps a été torturé. Il y a d'autres terribles constats que je ne veux pas aborder en détail ici. Le rapport indique clairement que l'assassinat a été commis avec une brutalité inimaginable qui implique la motivation d'une haine barbare. Nous pensons qu'il y a plus d'un auteur. Donc, nous exigeons que les attaques contre ces autres victimes arméniennes soient incluses dans l'enquête. »

Fait incroyable, le procureur de la République, qui est resté assis jusqu'à la fin de la prise de parole d’Eren Keskin, a commencé à parler lentement, presque dans un souffle, demandant à la cour de prendre la décision d'inclure les dossiers d'enquête de police des autres agressions dans le procès de cet assassinat, de convoquer les victimes au tribunal en tant que témoins, et de se pencher sur la possibilité d'un lien entre ces différents cas.

Six mois se sont écoulés depuis le 28 décembre 2012, date à laquelle Maritsa Kuçuk a été brutalement tuée, et le procureur n’a pas pensé jusqu’à ce jour à ce qui était évident dès le départ: la possibilité d'une série de crimes haineux contre les femmes arméniennes âgées dans Samatya ! Et ce malgré toute la couverture médiatique, le rapport de l'IHD qui a été relayé par la presse et le rassemblement de protestation à Samatya réclamant justice et la condamnation des crimes de racisme et de haine.

Entouré de deux soldats de la gendarmerie, Murat Nazaryan a été interrogé sur son identité. Il a dit qu'il était sans emploi, sans adresse, sans résidence permanente, et il a ajouté avec une voix difficile à entendre: «Je n'ai tué personne ». Le juge a dit : "Vous direz cela quand vous serez interrogé en présence de votre avocat."

L'audience a dû être close en raison de l'absence de l'avocat de l’accusé. Eren Keskin a donc déclaré: «Je ferai ma plaidoirie après que l’accusé soit correctement interrogé. »
Après l'audience, les membres de la famille Kuçuk ont parlé aux représentants de la presse et ont dit qu'ils croyaient que Nazaryan n'était pas seul et qu’il a été entraîné par d'autres et qu'ils voulaient que ces gens soient retrouvés. La fille a dit: «Je n'ai plus peur de personne désormais, je dirais ici qu'il y a d'autres personnes derrière cet assassinat. Chacun peut me faire ce qu’il veut, je continuerai à dire ceci : l’accusé n'était pas seul."
Malgré son âge avancé, on pouvait remarquer dans le public une musulmane "Hadji" (qui a fait le pèlerinage à La Mecque), une femme voilée, l'une des meilleurs amies de Maritsa Kuçuk qui avait également aidé la fille de celle-ci pour le nettoyage de l'appartement maculé de sang.

L'image globale de cette audience (à l'exception de la Présidente de la cour) est tout à fait en harmonie avec l'état général du système de justice en Turquie.

La famille de Nazaryan était absente. Tout comme la famille Kuçuk, il s’agit de descendants de rescapés du génocide. Mais la famille Nazaryan, en plus de la pauvreté dans laquelle elle se trouve, souffrirait de troubles mentaux.

La prochaine audience se tiendra le 14 août.


D'après le compte-rendu d'Ayse Gunaysu. Traduction Collectif VAN - 26 juin 2013 - 07:10 - www.collectifvan.org


Lire aussi:

Who Is Killing Armenians In Istanbul?

Le racisme anti-minorités, l’alpha et l’oméga de l’Etat turc

Nouvel assassinat d’un Arménien à Istanbul

Remise en mémoire des précédents crimes non élucidés

Le journal Agos donne des détails sur la tentative d’enlèvement d’une femme d’origine arménienne à Istanbul

Une autre femme âgée arménienne sévèrement battue à Istanbul




Retour à la rubrique



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org