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Ayşe Günaysu : "Sommes-nous des « Turcs justes » ?"
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - "Je découvre ici et là que dÂ’aucuns nous appellent, nous qui demandons la reconnaissance du génocide des Arméniens, des Assyriens et des Grecs, ces peuples chrétiens de ce qui constitue maintenant la Turquie, des « Turcs justes ». Je ne me qualifierais pas, ni mes amis, de « juste », car pour moi un « juste » est quelquÂ’un qui protège des victimes et risque sa vie dans ce but. En Turquie, près dÂ’un siècle a été nécessaire avant que nous, un petit nombre de gens, ne réalisions que nous faisions tous partie des mensonges ambiants." Le Collectif VAN publie ici un texte sans concessions de la journaliste turque, féministe et militante des droits de lÂ’homme, Ayşe Günaysu, traduit par Georges Festa pour Denis Donikian et mis en ligne le 26 juin 2013 sur le site Ecrittératures.

Ecrittératures

Sommes-nous des « Turcs justes » ?

par Ayşe Günaysu

26 juin 2013

www.keghart.com


Je découvre ici et là que d’aucuns nous appellent, nous qui demandons la reconnaissance du génocide des Arméniens, des Assyriens et des Grecs, ces peuples chrétiens de ce qui constitue maintenant la Turquie, des « Turcs justes ». Je ne me qualifierais pas, ni mes amis, de « juste », car pour moi un « juste » est quelqu’un qui protège des victimes et risque sa vie dans ce but. En Turquie, près d’un siècle a été nécessaire avant que nous, un petit nombre de gens, ne réalisions que nous faisions tous partie des mensonges ambiants.

Le négationnisme ne consiste pas seulement à nier ce qui est arrivé. Il s’agit d’un climat global que chaque individu respire, fait sien, en s’assurant que son organisme tout entier s’y conforme et se comporte en conséquence. Il s’agit d’un style de vie, d’une manière d’être, propre non seulement à des individus, mais à la société en tant qu’être collectif.

Je ne blâme pas seulement une poignée d’élites dirigeantes. Le mal n’est pas seulement l’affaire de quelques gouvernants ; il est absorbé par les masses qui sont sujettes à ce pouvoir. Autrement dit, la version de la vérité propre au dirigeant est littéralement intériorisée par le dirigé, car il est confortable et sans danger de savoir ce que chacun est censé savoir et de voir ce que chacun est censé voir. Il s’agit là d’un instinct de survie.

JusquÂ’au milieu des années 1990, nous, à savoir une poignée de gens que lÂ’on nomme maintenant les « Turcs justes, » participions de ce mal – le négationnisme. Ce que quelques-uns (Yelda, la première personne qui appela publiquement lÂ’extermination des Arméniens un « génocide » sur une chaîne de télévision en 1996, et Neşe Ozan qui fut la cheville ouvrière dÂ’un comité au sein de la section stambouliote de lÂ’Association Turque des Droits de lÂ’Homme (I.H.D.), chargé de recenser les violations des droits des minorités) déclaraient à cette époque pour mettre en question lÂ’histoire officielle, ne put alors être entendu, jusquÂ’au début des années 2000, lorsque le processus dÂ’intégration dans lÂ’Union Européenne démarra et que les « droits des minorités » devinrent un sujet sensible, des fonds de lÂ’Union Européenne étant attribués à des projets liés aux « minorités ».

L’assassinat de Hrant Dink intensifia le processus et accrut le nombre d’initiatives d’O.N.G. et de la société civile, engagées dans la soi-disant « question » arménienne. Dix autres années durent s’écouler pour que des initiatives « pro-arméniennes » de grande ampleur commencent à utiliser le mot « G ». Un intervalle de 17 ans sépare l’usage public de ce mot par Yelda et celui de l’initiative DurDe (Dire non au racisme et au nationalisme) qui l’a utilisé pour la première fois lors de sa commémoration du 24 avril 2013 à Taksim. Entre temps, l’Association Turque des Droits de l’Homme (I.H.D.) avait commencé à commémorer publiquement le génocide en 2005, en utilisant le mot génocide. Mais sa parole resta inaudible, comme s’il existait un consensus tacite pour négliger ses efforts.

Or, reprocher à certains la marginalisation initiale de Yelda et de l’I.H.D. par leurs propres homologues, et la longue période de silence qui s’ensuivit parmi les groupes gauchistes et autres contestataires, a-t-il un sens ? Car c’est la dynamique culturelle, psychologique, sociale, etc. de l’environnement négationniste de la Turquie de l’après-génocide qui a régi ce processus – et qui perdure.
Beaucoup se demandent si ce petit nombre de gens est capable de changer les choses en Turquie.

Tout dépend de ce que nous entendons par le mot « changer ». Si nous parlons d’un changement dans la politique négationniste officielle de la Turquie et la mentalité du peuple turc en général, la réponse est non. Ces petits groupes ne peuvent et ne pourront pas susciter, même à long terme, un changement. Mais si nous entendons un changement dans les cœurs et les esprits, la réponse est oui. Chaque jour, leurs actions amènent un changement.

D’autres se demandent encore si ces gens, les soi-disant « Turcs justes », ne seraient pas utilisés par l’Etat turc comme des feuilles de vigne pour cacher la honte. La réponse est à la fois oui et non. Non, parce que la remise en cause de la thèse officielle du négationnisme est un phénomène à part entière, qui se développe en toute indépendance. Oui, en même temps, car cela aide la Turquie, qui a un besoin vital de se présenter comme une démocratie au regard de la communauté internationale, non seulement en termes de réputation, mais aussi en termes d’intérêts économiques et financiers. Or, les autorités turques ne peuvent manquer d’observer que la communauté internationale n’est pas naïve au point de pardonner la Turquie, au vu des actions et des déclarations d’une poignée de gens… Un pour mille, au sein des masses écrasantes qui composent la société turque, parallèlement à ces gouvernements autocratiques, antidémocratiques et nationalistes successifs, qui ont dirigé la Turquie depuis 1915.

Telle est la dialectique de la vie. Chaque chose évolue en quelque chose de neuf, durant une période donnée, et un même phénomène peut servir les objectifs de forces contraires. Néanmoins, en dépit de cette dialectique, je pense que l’Etat sera victorieux à chaque étape, tant que le gros du peuple turc continuera d’être ce qu’il est. Je pense que rien de bon ne sortira de la Turquie, compte tenu de son héritage historique génocidaire et sa perpétuation en cours, ininterrompue depuis lors, les mentalités ayant été, de génération en génération, formatées et conditionnées grâce à une mécanique négationniste bien orchestrée. Un crime qui reste impuni et un refus de se repentir constitueront toujours un obstacle à un progrès social et à un processus conduisant à une véritable justice.

Or, les efforts des uns et des autres pour dire la vérité aux Turcs, aux Kurdes et aux autres peuples musulmans sunnites sur ce qui s’est réellement passé en 1915 et ensuite, ont un sens. Libérer ne fût-ce qu’une seule personne des mensonges de la thèse officielle sur les Arméniens et autres peuples autochtones chrétiens d’Asie Mineure représente une victoire au niveau microcosmique contre le négationnisme, car chaque individu est un agent potentiel de changement, quelque portée que ce changement puisse revêtir.

[Ecrivaine, journaliste et militante des droits de lÂ’homme, Ayşe Günaysu vit à Istanbul. Depuis des années, elle lutte pour faire connaître la véracité du génocide des Arméniens auprès de lÂ’opinion turque et kurde. Elle a écrit cet article spécialement pour Keghart.com. Rappelons que son nom, dans les médias arméniens, apparaît pour la première fois sur le site Yevrobatsi.org auquel participaient Georges Festa et moi-même.]

Source : http://www.keghart.com/G%C3%BCnaysu-Denial

Traduction : © Georges Festa pour Denis Donikian – 06.2013





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Source/Lien : Ecrittératures



   
 
   
 
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