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Ce que nous imposent les événements de Turquie
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose cette analyse d'Etienne Copeaux publiée sur son blog susam-sokak.fr, le dimanche 21 juillet 2013.

susam-sokak

Dimanche 21 juillet 2013








Au travail !
Ce que nous imposent les événements de Turquie


En mémoire d'Ugur

Mes esquisses d'études sur les années 1990 portent sur un passé récent, qui est à la fois celui de la Turquie et le mien. Mais au fur et à mesure, j'ai ressenti combien ce passé restait à bien des égards un présent. Si je mets à part une série d'articles publiés autour de l'année 2000, dans lesquels je pouvais parler au présent de cette période de l'histoire de la Turquie, j'ai attendu une quinzaine d'années pour exploiter les documents amassés au cours de mon séjour de quatre ans à Istanbul. Je pensais disposer d'un certain recul, et pouvoir faire un travail d'historien.

La période d'exercice du pouvoir par l'AKP, déjà longue, me semblait avoir fermé cette période, par une politique qui paraissait nouvelle sur bien des points.

Puis est survenu le tournant autoritaire, entre 2008 et 2011.

En travaillant sur certains événements de l'été 1998, en redécouvrant l'épisode de l'arrestation de la sociologue Pınar Selek, en recherchant quelles avaient été les suites de cette affaire, j'ai pris conscience d'une continuité : puisque les tourments judiciaires continuaient pour Pınar Selek, à travers douze années, à travers plusieurs gouvernements et péripéties politiques, c'est qu'une politique répressive se poursuivait. J'ai pu faire le même constat à partir d'autres exemples, notamment la répression du mouvement étudiant et le cas de Bahadır Ahıska.

Ainsi, tout en écrivant, je voyais changer ma perspective : dans le domaine de la guerre, et dans le domaine de la répression policière et judiciaire, le passé restait présent ; les motifs d'arrestation, de poursuite, d'emprisonnement restaient les mêmes d'une décennie à l'autre, si l'on exclut, bien sûr, les suites de l'affaire Ergenekon et un fait absolument nouveau, qui semblait concrétiser une rupture radicale, l'emprisonnement de militaires de haut rang.

Parmi mes articles de la série « Esquisses sur la Turquie des années 1990 », nombreux sont ceux qui, parfois de manière presque involontaire de ma part, tiraient des fils entre passé et présent, et tendaient à mettre en évidence une certaine continuité.

J'avais déjà présenté l'hypothèse d'une continuité dans un colloque organisé à Paris par l'OBTIC, en février 2010 ; en m'appuyant sur de nombreux faits, j'avais cherché à démontrer que l'arrivée au pouvoir de l'AKP, puis l'exercice du pouvoir par ce parti, n'avaient pas provoqué de rupture. La série des « Esquisses », commencée à la suite de ce colloque, continuait dans le même esprit.

Je réagissais contre une tendance qui consiste à tout déduire des phénomènes politiques de pouvoir, de gouvernement, d'organisation partisanes. Que le pouvoir passe des mains de forces supposées « laïques » à d'autres supposées « islamistes », ou de forces de centre gauche à des forces de centre droite, devait, selon cette optique, provoquer un changement.

Les Français de ma génération sont très sceptiques sur ce genre de jugement. Lorsque le pouvoir change de mains, ses extrémités restent longtemps stables ; les exécutants du pouvoir, tout en bas de la hiérarchie et dans la pratique quotidienne, constituent une formidable force d'inertie.

Tout cela me semblait aller dans le sens de mon hypothèse, selon laquelle la Turquie n'avait pas fondamentalement changé depuis la fin du XXesiècle ; même si le commandement de l'armée était passé sous contrôle au lieu de contrôler le gouvernement, il me semblait impossible qu'un changement fondamental survienne tant que la guerre au sud-est continuait. La Turquie restait un pays en guerre, avec ses lois d'exception, et le gouvernement de l'AKP, de mon point de vue, s'était coulé dans le moule de l'appareil répressif qui s'appuyait sur l'état de guerre. Je renversais même la perspective : l'Etat poursuivait la guerre parce que celle-ci légitimait le maintien de lois spéciales, la répression et le contrôle de la société, l'Etat utilisait la guerre comme moyen de gouvernement.

La longue suite d'événements répressifs semblait me donner raison ; l'annulation du troisième acquittement de Pınar Selek (février 2011) m'a fait penser que le pouvoir qui prenait cette décision était de la même essence que le pouvoir de 1998 (pourtant de centre gauche). Puis, l'arrestation de deux journalistes d'investigation, Nedim Sener et Ahmet Sık, en mars 2011, suivie en octobre de grandes vagues d'arrestation (dont celles de Ragıp Zarakolu, Ayse Berktay, Büsra Ersanlı) touchant tous ceux et celles qui cherchaient à participer à la recherche d'une solution pacifique au conflit du Kurdistan, touchant les milieux étudiants de gauche, les journalistes, les écrivains, traducteurs, éditeurs, bref cherchant à établir la peur et l'auto-censure parmi les intellectuels, tout cela me rappelait des épisodes des années 1990... et rappelait à d'autres les lendemains du coup d'Etat de 1980 ou même des années 1970. Continuité de la guerre, continuité de la politique répressive.


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Source/Lien : susam-sokak.fr



   
 
   
 
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