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Turquie : au moins douze journalistes lourdement condamnés
Publié le : 06-08-2013

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous invite à lire cette information publiée sur le site des Reporters sans frontières le lundi 5 août 2013.









Reporters sans frontières

Publié le lundi 5 août 2013

Affaire Ergenekon : au moins douze journalistes lourdement condamnés

Le 5 août 2013, au terme de cinq ans d’instruction, la 13e chambre de la cour d’Assises spéciale d’Istanbul a rendu son verdict dans l’affaire « Ergenekon ». Parmi les 275 prévenus, au moins douze journalistes, accusés de collusion avec ce réseau putschiste ultra-nationaliste, ont été condamnés à de lourdes peines de prison. La Cour rendra publics les détails et le raisonnement de sa décision dans les semaines à venir.

Accès restreint au tribunal, perquisitions contre les médias nationalistes

Le verdict a été rendu dans l’un des tribunaux de la prison de haute sécurité de Silivri (banlieue nord d’Istanbul). Les forces de l’ordre avaient largement bloqué les accès routiers et sont brutalement intervenues pour disperser les groupes qui voulaient se rapprocher de la prison, faisant usage de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogène.

En vertu d’une décision du 2 août, l’accès à la salle d’audience était interdit aux observateurs et aux journalistes dépourvus de la carte de presse officielle (« carte jaune »). Des milliers de journalistes turcs ne disposent que d’une carte de journaliste délivrée par leur rédaction. Les forces de l’ordre ont été jusqu’à interdire l’accès de la salle d’audience à certains proches des prévenus, tels que Nazlican Özkan, la fille du journaliste Tuncay Özkan.

Signe supplémentaire de la criminalisation de l’opposition, les domiciles de plusieurs journalistes nationalistes avaient été perquisitionnés à Istanbul dans la matinée du 3 août. Le parquet les soupçonnait d’« appeler à des rassemblements susceptibles de porter atteinte à l’ordre constitutionnel et de créer un climat de chaos et de trouble, d’inciter des groupes à manifester violemment contre le gouvernement, et de faire pression sur le jury qui s’apprête à rendre son verdict dans le procès Ergenekon ». Parmi les journalistes visés figuraient Ilker Yücel et Osman Erbil (Aydinlik), Mustafa Kaya et Mehmet Kivanç (Ulusal Kanal). D’autres lieux ont été perquisitionnés, dont les locaux de l’Union de la jeunesse de Turquie (TGB) et le domicile du président de la branche d’Ankara du Parti des ouvriers (IP).

Très lourdes peines de prison

Les magistrats ont jugé que l’existence de l’« organisation terroriste Ergenekon » était désormais établie. La principale accusation retenue contre les prévenus est la « tentative d’anéantir le gouvernement de la République turque ou de l’empêcher d’accomplir son devoir, partiellement ou entièrement » (art. 312.1 du code pénal), à travers divers plans élaborés lors de réunions clandestines au sein de l’armée, des milieux académiques et politiques.

Le chroniqueur Mustafa Balbay, ancien représentant du quotidien laïc Cumhuriyet à Ankara élu député du parti d’opposition CHP, a été condamné à 34 ans et 8 mois de prison. Le journaliste Tuncay Özkan, également homme politique et ancien propriétaire de la chaîne Biz TV, a quant à lui été condamné à la prison à vie aggravée (sans possibilité d’amnistie). Les deux journalistes avaient déjà passé plus de quatre et cinq ans, respectivement, en détention provisoire.

Le chirurgien Mehmet Haberal, propriétaire de la chaîne Baskent TV (BTV), a été condamné à 12 ans et 6 mois de prison, mais la Cour l’a remis en liberté conditionnelle en tenant compte de la durée qu’il avait passée en détention provisoire. L’ancien directeur de publication de l’hebdomadaire nationaliste Aydinlik, Deniz Yildirim, a reçu une peine de 16 ans et 10 mois de prison.

Le dirigeant du Parti des ouvriers (IP) et chroniqueur d’Aydinlik, Hikmet Ciçek, a été condamné à une peine d’emprisonnement de 21 ans et 9 mois ; le journaliste Vedat Yenener, à 7 ans et 6 mois ; l’ancien directeur de publication de la chaîne nationaliste Ulusal Kanal, Serhan Bolluk, à 7 ans et 6 mois ; son successeur Adnan Türkkan, à 10 ans et 6 mois ; Turan Özlü, à 9 ans ; Güler Kömürcü, à 7 ans ; Ünal Inanç, à la tête du site d’information Aykiri Haber, à 19 ans et 1 mois.

L’écrivain Ergün Poyraz a été condamné à 29 ans et 4 mois de prison ; l’essayiste Yalçin Küçük à 22 ans et 6 mois. La Cour a en outre lancé un mandat d’arrêt à l’encontre du directeur de publication du quotidien nationaliste Yurt, Merdan Yanardag. En revanche, le journaliste Caner Taspinar figure parmi les 21 prévenus acquittés.

Parmi les autres personnalités lourdement condamnées figurent d’anciens militaires de premier plan tels que le chef d’état-major Ilker Basbug, le général Veli Küçük, les commandants Hursit Tolon et Sener Eruygur, le colonel Dursun Cicek. Mais également l’auteur de l’assassinat d’un juge du Conseil d’Etat en 2006, Alparslan Arslan, et celui d’une attaque à la grenade contre le siège du journal Cumhuriyet à Istanbul en 2008, Bedirhan Sinal. Ou encore l’avocat Kemal Kerinçsiz et le militant ultranationaliste Levent Temiz, qui avaient menacé le journaliste Hrant Dink avant son assassinat en 2007, le président du parti IP Dogu Perinçek, l’ancien président du Haut conseil de l’enseignement Kemal Gürüz… Les avocats des accusés se sont réunis après l’audience pour interjeter appel au plus tôt.

L’enquête sur le réseau « Ergenekon », soupçonné de manœuvres de déstabilisation et de tentative de coup d’Etat contre le gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan, a été lancée en 2007. Le procès s’est ouvert l’année suivante, avant d’incorporer progressivement vingt-trois actes d’accusations différents. Parmi les crimes dont la justice rend responsable « Ergenekon », figurent l’assassinat du journaliste turc-arménien Hrant Dink en janvier 2007, celui de trois missionnaires protestants en avril 2007, des tentatives de meurtre contre des défenseurs des droits de l’homme et des responsables de minorités religieuses.

Initialement saluée comme un progrès démocratique, l’enquête a suscité de plus en plus d’inquiétudes à mesure que les coups de filet de la police antiterroriste ciblaient des milieux toujours plus larges sur des fondements de moins en moins étayés. Une douzaine de journalistes restent poursuivis dans un autre volet de l’affaire, visant le site OdaTV et les journalistes d’investigation Ahmet Sik et Nedim Sener. La prochaine audience est fixée au 11 septembre 2013.




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Source/Lien : RSF



   
 
   
 
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