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Le verdict de l’affaire Ergenekon plus sévère encore que celui de l’affaire Balyoz
Publié le :

OVIPOT

6 août 2013
Par Jean Marcou

Le verdict du procès Ergenekon a donc Ă©tĂ© rendu, le 5 aoĂ»t, Ă  la prison-tribunal de Siviri, près dÂ’Istanbul. Il a frappĂ© les observateurs par sa sĂ©vĂ©ritĂ©. 17 condamnations Ă  perpĂ©tuitĂ© ont en effet Ă©tĂ© prononcĂ©es, dont celle du gĂ©nĂ©ral İlker Başbuğ, chef dÂ’Ă©tat major de la lÂ’armĂ©e turque entre 2008 et 2010s ou celles des gĂ©nĂ©raux Şener Eruygur (ancien chef de la gendarmerie), Hurşit Tolon (ancien chef de la 1ère armĂ©e), Nusret Taşdeler (ancien chef de lÂ’Ecole de guerre) et Veli Küçük (fondateur prĂ©sumĂ© du groupe occulte de la gendarmerie, le JITEM). LÂ’universitaire Mehmet Haberal a Ă©tĂ© relâchĂ©, eu Ă©gard au temps quÂ’il avait dĂ©jĂ  passĂ© en prison. Mais les journalistes qui apparaissaient aussi comme des accusĂ©-phare de ce procès sont Ă©galement durement condamnĂ©s, en particulier : Tuncay Ă–zkan, directeur de lÂ’information de la chaine ShowTV, fondateur de la chaine KanaltĂĽrk, Ă©ditorialiste aux quotidiens Milliyet, Radikal et Akşam (condamnĂ© Ă  perpĂ©tuitĂ© avec une peine sĂ»retĂ©) ou Mustafa Balbay, Ă©ditorialiste au quotidien kĂ©maliste Cumhuriyet (condamnĂ© Ă  34 ans de prison). De nombreux dirigeants du İşci Partisi (le parti des travailleurs), cette petite formation dÂ’extrĂŞme-gauche nationaliste, sont aussi condamnĂ©s, dont son leader et fondateur, Doğu Perinçek (30 ans).

La lecture du verdict a provoqué des réactions très violentes de l’assistance et des condamnés. Certains d’entre eux comme Mustafa Balbay clamant leur innocence par une adresse au tribunal, d’autres tentant même de s’en aller. Des heurts avec les forces de sécurité ont opposé des proches et des amis des condamnés à la sortie du procès. Ainsi s’achève l’une des affaires les plus controversée de la vie politique turque pendante depuis 2007, et le plus emblématique des procès pour complot qui ont frappé l’armée et l’establishment kémaliste au cours des dernières années. On n’a toutefois peine à croire que le dossier soit définitivement clos, d’abord parce que les accusés ont décidé de faire appel de leurs condamnations, ensuite parce que les zones d’ombre, qui étaient apparues progressivement au fur et à mesure que l’enquête dévoilait son ampleur, demeurent.

Un début prometteur

LÂ’affaire Ergenekon est en fait une longue histoire, qui commence avec la dĂ©couverte dÂ’une cache dÂ’armes, au cours de lÂ’Ă©tĂ© 2007, dans le quartier dÂ’Ăśmraniye, Ă  Istanbul. LÂ’enquĂŞte passe dÂ’abord inaperçue avant dÂ’ĂŞtre portĂ©e au grand jour, en janvier 2008, par une première vague dÂ’arrestation qui surprend mais suscite des espoirs (cf. notre Ă©dition du 25 janvier 2008). Le coup de filet concerne en effet des activistes ultranationalistes, entre autres : lÂ’avocat Kemal Kerinçsiz, devenu cĂ©lèbre pour sÂ’ĂŞtre fait une spĂ©cialitĂ© de faire inculper, pour atteinte Ă  la «turcité», des intellectuels de renom comme Orhan Pamuk, Elif Şafak ou Hrant Dink ; et surtout le gĂ©nĂ©ral Veli Küçük, suspectĂ© dÂ’ĂŞtre le fondateur du rĂ©seau Ergenekon et dĂ©jĂ  impliquĂ© dans plusieurs affaires louches dont celle de Susurluk. Cet homme de lÂ’ombre apparait comme lÂ’activiste-type de ce quÂ’on sÂ’est mis Ă  appeler «lÂ’Etat profond» (conjonction de cercles occultes de lÂ’armĂ©e, des services de renseignement et de la police, veillant aux intĂ©rĂŞts de lÂ’Etat) en Turquie, Ă  la fin des annĂ©es 1990. LÂ’enquĂŞte Ergenekon prĂ©tend donc avoir mis au jour un rĂ©seau de barbouzes et dÂ’agents dÂ’influence, suspectĂ© de porter le combat dÂ’une nĂ©buleuse nationaliste Ă©tatique, qui a pris le nom de la vallĂ©e mythique dÂ’Asie centrale dÂ’oĂą seraient originaires les Turcs. LÂ’action de la justice est donc plutĂ´t bien accueillie par les mĂ©dias et dans lÂ’opinion. Elle semble ĂŞtre un indice supplĂ©mentaire des changements importants que connaĂ®t alors la Turquie et dÂ’une volontĂ© effective de mettre fin Ă  un certain nombre de dĂ©rives contraires Ă  lÂ’Etat de droit.

Les premiers doutes

Peu à peu pourtant, la poursuite de l’enquête Ergenekon surprend, se traduisant par la multiplication de vagues d’arrestations subites et spectaculaires qui confinent à la rafle, et qui touchent des militaires (d’abord à la retraite puis d’active), des avocats, des journalistes ou des universitaires… La procédure s’enraye parfois : des tribunaux se contredisent faisant relâcher certains accusés, après que de précédents juges les aient fait incarcérer. Les enquêteurs abusent de certains procédés, notamment le recours à des écoutes téléphoniques contestables (cf. notre édition du 28 août 2008). L’affaire Ergenekon, confiée de surcroît à des procureurs et à de tribunaux spéciaux, devient une sorte de voiture-balai, ramassant de présumés putschistes. Des personnes arrêtées sur des suspicions assez diverses voient leurs dossiers intégrés dans l’affaire Ergenekon. L’accusation qui prévaut généralement est celle «d’avoir voulu renverser le gouvernement». Du coup on se demande si Ergenekon fait le procès des agissements illégaux de «l’Etat profond» ou plus particulièrement d’opposants indésirables (cf. notre édition du 3 octobre 2008).

Le spectre des personnes arrĂŞtĂ©es sÂ’Ă©largit en outre dans un contexte oĂą la polarisation politique sÂ’accroĂ®t. Les annĂ©es 2008, 2009 et 2010 sont une pĂ©riode dÂ’affrontements sĂ©rieux entre le gouvernement et lÂ’establishment politico-militaire. La cour constitutionnelle est saisie dÂ’une procĂ©dure demandant la dissolution de lÂ’AKP (cf.notre Ă©dition du 2 juillet 2008). De nouvelles affaires pour complot apparaissent : lÂ’affaire Cage, le plan dÂ’action contre la rĂ©action et surtout le plan Balyoz. LÂ’ambiance politique a changĂ© Ă©galement : si lÂ’establishment kĂ©maliste est en pleine dĂ©confiture, le gouvernement apparaĂ®t de plus en plus installĂ©, omniprĂ©sent et suspectĂ© de vouloir crĂ©er un Etat AKP. En mars 2011, lÂ’arrestation des journalistes Ahmet Şık et Nedim Şener confirme que rien ne va plus dans la conduite de lÂ’enquĂŞte Ergenekon, car ces deux personnalitĂ©s sont tout sauf des putschistes potentiels (cf.notre Ă©dition 6 mars 2011). Ils resteront pourtant près dÂ’un an en prisonÂ… Les commentateurs se perdent en conjectures, Ă©voquant tantĂ´t la conduite dÂ’une vĂ©ritable chasse aux sorcières, tantĂ´t lÂ’emballement dÂ’une machine judiciaire turque fortement Ă©branlĂ©e par les mutations politiques rĂ©centes. MĂŞme le gouvernement manifeste une certaine gĂŞne Ă  lÂ’Ă©gard de certaines initiatives judiciaires. La tension est Ă  son comble lorsque, lors des lĂ©gislatives de 2011, le CHP parvient Ă  faire Ă©lire sur ses listes plusieurs des accusĂ©s emprisonnĂ©s, notamment Mustafa Balbay et Mehmet Haberal (cf. nos Ă©ditions du 27 avril 2011 et du 17 juillet 2011)

Ergenekon au cÂśur des clivages politiques turcs

Dès lors, le tribunal spĂ©cial de Silivri devient un théâtre dÂ’affrontements entre le pouvoir en place et ses opposants. Les proches et les amis des accusĂ©s campent sur place, assistent aux audiences, organisent des mouvements de protestationÂ… Mais les procès aboutissent finalement. En septembre 2012, le verdict de lÂ’affaire Balyoz tombe et condamne plus de 300 gĂ©nĂ©raux et officiers Ă  des peines de prison qui sont parfois Ă  vie (cf. notre Ă©dition du 22 septembre 2012). Le verdict de lÂ’affaire Ergenekon confirme donc cette sĂ©vĂ©ritĂ© et donne le coup de grâce Ă  une Ă©lite qui avait gouvernĂ© le pays avant lÂ’arrivĂ©e de lÂ’AKP au pouvoir. A cet Ă©gard, la condamnation Ă  perpĂ©tuitĂ© du gĂ©nĂ©ral Başbuğ est particulièrement symbolique (cf. notre Ă©dition du 7 janvier 2012). Il avait Ă©tĂ© le dernier responsable militaire de haut rang Ă  sÂ’opposer frontalement Ă  lÂ’AKP, entre 2008 et 2010. On sÂ’Ă©tonnera que son prĂ©dĂ©cesseur le gĂ©nĂ©ral Yaşar BĂĽyĂĽkanıt, un opposant tout aussi rĂ©solu qui traine des gamelles autrement plus lourdes, ait rĂ©ussi Ă  passer Ă  travers les mailles du filet (cf. notre Ă©dition du 4 novembre 2012). Certains ne manqueront pas de ressortir de sous le tapis le fameux accord prĂ©sumĂ© de Dolmabahçe, qui serait intervenu entre lÂ’ex-chef dÂ’Ă©tat-major et le premier ministre. Les voix et les voies de la justice sont dĂ©cidĂ©ment impĂ©nĂ©trablesÂ…

De façon significative, le verdict Ergenekon a été accueilli par des commentaires officiels gênés, tant à Washington qu’à Bruxelles. La porte-parole adjointe du département d’Etat, Marie Harf, s’est refusée à commenter officiellement le verdict de Silivri, mais elle a affirmé que les Etats-Unis comprenaient les inquiétudes formulées par les citoyens turcs, quant à la longueur du procès, son manque de transparence et sa façon de prononcer les condamnations. Sans s’exprimer elle aussi sur ce verdict, la commission européenne a rappelé qu’elle avait émis des doutes, à plusieurs reprises, sur la bonne conduite de l’enquête et sur un réquisitoire qualifié «d’attrape-tout »…

Jean Marcou




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Source/Lien : OVIPOT



   
 
   
 
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