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«Nous sommes tous Arméniens»
Publié le :

Michel Wieviorka

L'auteur est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, à Paris.

L'assassinat de Hrant Dink à Istanbul, le 19 janvier dernier, devant le local du magazine arménien Agos dont il était le principal animateur, a une portée immense. Il s'agit là en effet d'un meurtre «global», au carrefour de questions les unes internes à la Turquie, les autres externes, et qui concernent l'Europe, voire le monde.

La Turquie est une démocratie, la seule où l'islam soit arrivé par les urnes au pouvoir. Cette démocratie est fragile, car menacée sur trois fronts. Le premier est constitué par le nationalisme turc, qui se renforce chaque fois qu'il peut invoquer des forces, externes ou internes, qui mettraient en cause la grandeur du pays. Le refus de voir la Turquie intégrer rapidement l'Union européenne, de plus en plus net aujourd'hui dans bien des pays concernés, alimente ce phénomène; mais aussi les efforts, du dedans comme du dehors, pour exiger du récit national du pays qu'il cesse d'ignorer les torts historiques de l'État, à commencer par le génocide arménien. Hrant Dink avait été condamné, avec sursis, pour avoir évoqué publiquement ce génocide, il était honni des milieux nationalistes, avec lesquels son jeune assassin était en contact à Trébizonde.

Deuxième péril pour la démocratie turque: le républicanisme, cette perversion de l'idéal républicain, hostile à toute reconnaissance des particularismes culturels ou religieux, et d'autant plus porté à la répression militaire qu'il est désormais localisé, avant tout, au sein de l'armée, dernière garante d'un kémalisme à bout de souffle. Hrant Dink non seulement incarnait une minorité, arménienne (estimée à 60000 personnes), mais il plaidait aussi pour d'autres causes minoritaires, à commencer par celle des Kurdes. Enfin, troisième danger: l'islamisme radical, qui voudrait soumettre le politique au religieux. Européen convaincu, Hrant Dink voyait dans la perspective d'une entrée de la Turquie au sein de l'U.E. une chance pour la démocratie dans son pays - ce qui était une idée détestable pour les nationalistes. Mais il n'était pas très apprécié dans les milieux les plus actifs de la diaspora arménienne car, contrairement à eux, il ne faisait pas de la reconnaissance par la Turquie du génocide de 1915 un préalable à toute discussion sur son intégration dans l'U.E. Il considérait qu'il fallait d'abord assurer cette intégration, et donc la démocratie : ensuite, son pays pourrait apprendre à reconnaître la face d'ombre de son histoire.

Du coup, l'émotion qu'a causée son meurtre a été plus vive en Turquie que dans les milieux arméniens du reste du monde. Lors de ses obsèques, parmi les dizaines de milliers de personnes qui défilaient, beaucoup brandissaient des pancartes affirmant: «Nous sommes tous Arméniens», ou «Nous sommes tous Hrant Dink». C'était là afficher le désir de vivre dans un pays ouvert à ses minorités, le refus de céder aux forces sombres du nationalisme, et en appeler à la liberté d'opinion et d'expression - n'oublions pas que Hrant Dink était un journaliste.

Sa mort est venue faire comprendre qu'il renversait, à sa façon, les termes de deux questions. La question arménienne tout d'abord: celle-ci n'est pas réductible au combat d'une diaspora tentant d'imposer du dehors à l'État turc de reconnaître ses crimes du passé, elle est aussi, et d'abord, la lutte, interne, en Turquie, de démocrates qui comptent dans leurs rangs la frange la plus politisée de ce qui reste des communautés arméniennes. La question de l'admission de la Turquie en Europe ensuite: celle-ci n'est pas un danger, pour ce continent et, au-delà, pour l'Occident, elle est le meilleur moyen de jeter un pont avec l'islam et d'éviter le «choc des civilisations» annoncé par le politologue Samuel Huntington.



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Source/Lien : Cyber Presse



   
 
   
 
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