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À Bruxelles, la Fondation Boghossian se penche sur la reconstruction du dialogue turco-arménien
Publié le :

L'Orient Le Jour

Aline GEMAYEL | 01/10/2013

Une quinzaine d’experts venus de plusieurs pays se sont récemment réunis le temps d’une journée riche en témoignages et en informations.

« Reconstruire le dialogue mémoriel : l’exemple turco-arménien » est le thème développé lors des rencontres internationales organisées à la Villa Empain, siège bruxellois de la Fondation Boghossian. Dans le hall tout en marbre de ce somptueux cadre, fleuron du patrimoine Art déco belge, la journée a été riche en informations, en interventions et en témoignages. La thématique du dialogue turco-arménien a été abordée par une quinzaine d’intervenants, professeurs, chercheurs, journalistes, écrivains, artistes, venant de Belgique, mais aussi de France, de Suisse, de Turquie, du Canada, et s’est déclinée sur 3 grands axes : la dualité Turquie-Arménie ; la constructions des identités ; l’art et la mémoire.

En ouverture de cette journée de rencontres, Albert Boghossian, trésorier et membre fondateur de la fondation, a rendu hommage à Edouard Jakhian, « Arménien de Bruxelles », grand humaniste belge d’origine arménienne décédé en mai dernier. M. Boghossian a rappelé que le génocide arménien de 1915 demeurait « une plaie ouverte car non reconnu », et a lancé les débats en se demandant pourquoi ce génocide demeurait contesté par la Turquie.

Évelyne de Mevius, jeune doctorante, dont le mémoire de philosophie « L’Éthique reconstructive à l’épreuve du génocide des Arméniens » a été publié aux éditions Boghossian, a abordé la question de la reconnaissance du génocide arménien par le biais du prisme de l’éthique reconstructive qui implique une relecture en profondeur du récit permettant de « lever le destin » tragique de la relation entre Turcs et Arméniens. Elle a rappelé, en exergue, ce que soutenait Édouard Jakhian : « La fille ou le fils de la victime demeurera la victime ; la fille ou le fils du bourreau n’est pas le bourreau » ; Jakhian, qui se battait pour la reconnaissance du génocide arménien, mais qui n’en cherchait pas moins à retrouver les « justes » de Turquie, ces femmes et ces hommes qui ont aidé à sauver des vies arméniennes pendant ces sombres heures de l’histoire, et à leur rendre hommage. « 100 années n’auront pas permis de soulager la mémoire meurtrie du peuple arménien et d’ébranler l’armure négationniste qui empêche le peuple turc de reconnaître cette page noire de son histoire, a-t-elle rappelé. Seule la reconnaissance de ce drame pourrait apaiser, d’un côté comme de l’autre, le rapport conflictuel que ces peuples entretiennent avec leur passé et entre eux. »

Dualité Turquie-Arménie

La dualité Turquie-Arménie, débats modéré par le journaliste radio belge Eddy Caekelberghs, a abordé la question par le biais historique. C’est Olivier Mongin, directeur de la revue Esprit, qui a rappelé les différentes étapes de la reconnaissance du génocide des Arméniens, à travers cinq séquences, dont la première se situe au milieu des années soixante, avec une première évocation visible et commémorative du cinquantenaire du génocide ; et la dernière, la période 2009/2010, avec l’initiative turque d’une pétition qui réclame l’ouverture d’un dialogue sur la question du génocide des Arméniens.

Michel Marian, maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris, et Ahmet Insel, professeur à l’Université de Galatasaray et maitre de conférences à Paris I, ont détaillé « Le tabou arménien ». Pour le premier, la Turquie est victime d’une véritable amnésie de fait sur la question arménienne, amnésie provoquée aussi bien par le faible nombre d’Arméniens vivant encore en Turquie, et particulièrement en Anatolie (région d’où ont été expulsés et massacrés 1,5 million d’Arméniens), que par la coupure que revendiquent les Turcs entre la Turquie d’aujourd’hui et l’Empire ottoman à la fin duquel a été perpétré le génocide. Pour Ahmet Insel, depuis 20 ans, les choses ont évolué et il y a de « relatifs facteurs d’optimisme », notamment depuis la pétition de 2008, signée par 30 000 à 40 000 personnes et qui marque le premier acte de demande de pardon de citoyens turcs à leurs concitoyens arméniens « non pas sur le génocide lui-même, mais sur l’oubli, le déni de ce génocide et les actions discriminatoires qui en ont découlé ». La question du retour des Arméniens en Turquie commence à être abordée, affirme le chercheur, et les Arméniens sont autorisés à venir « visiter » la terre de leurs ancêtres, notamment dans la région d’Anatolie. Cependant, la question de la propriété, notamment des nombreuses terres appartenant aux Arméniens et spoliées, reste taboue. « Une circulaire interdit d’accéder aux registres du cadastre d’avant 1924 afin de protéger la sécurité de l’État. Et aucun travail de recherche historique ne peut se faire sur cette tradition de saisine des biens immobiliers », précise Ahmet Insel. « Aujourd’hui, la société turque a peur d’être chassée d’Anatolie, ces terres mal acquises. Nous sommes dans l’idée illusoire d’une société turque homogène. Sans mémoire équitable, pas de mémoire apaisée. La question arménienne doit faire partie du processus de démocratisation de la société turque. » Et d’insister : « La question arménienne reviendra comme un boomerang à la figure de la Turquie tant que celle-ci n’aura pas fait son travail de mémoire. L’identité turque s’est construite sur la négation de l’autre, sa disparition. Reconnaître ce génocide équivaudrait à se déconstruire, se nier soi-même », d’où la difficulté de cette reconnaissance.

Guillaume Pérrier, correspondant du quotidien Le Monde à Istanbul, est le coauteur d’une enquête sur « La Turquie et le fantôme arménien », menée depuis 2004 et les débats sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. « La tentative d’effacer la mémoire arménienne est un échec. L’arménité existe, la mémoire s’est transmise par l’oralité. Quand on s’arrête dans les villages d’Anatolie, la mémoire émerge à travers la mémoire cachée, les mensonges, même le négationnisme d’État. » Et de raconter l’histoire du palais présidentiel à Ankara, censé avoir été acheté à une famille arménienne, mais qui en réalité – des documents en attestent – a été spolié et offert à Atatürk en 1921. Dans d’autres villes, un véritable travail de rafraîchissement de la mémoire est en cours, a souligné le journaliste. « La question des “justes”, qui est une réalité de tout génocide, commence à émerger. Des responsables politiques locaux rendent hommage à des hommes turcs qui ont sauvé des vies arméniennes. C’est une clé qui peut être donnée aux Turcs afin qu’ils aillent vers cette mémoire. »

Hamit Bozarslan, directeur d’étude à l’Ehess (École des hautes études en sciences sociales) et spécialiste du Moyen-Orient, s’est demandé pourquoi le négationnisme se maintient alors que les informations tendent de plus à plus à prouver sa réalité. « Car nous sommes dans le cas d’un crime fondateur, a-t-il affirmé, un crime sur lequel s’est construit le pays. Les cadres qui ont mené le génocide ont été tous dans les instances dirigeantes du pays jusque dans les années soixante. La bureaucratie du génocide a été entièrement nommée par le parti kémaliste, d’où la continuité organique de l’État. Et les contestations actuelles place Taksim ont montré la vivacité des courants qui secouent aujourd’hui la Turquie. ».

Raymond Kévorkian, historien et directeur de la Revue d’histoire arménienne contemporaine, a relevé une singularité sur cette question du génocide des Arméniens : les élites Jeunes Turcs et les élites arméniennes étaient unies par des liens d’amitié. « Ce sont deux identités nationales qui étaient au départ parties pour construire un État commun. » Cette donnée historique et la trahison qui en a découlé pourraient expliquer en partie l’impossibilité des autorités turques à reconnaitre le génocide.

L’art et la mémoire...

Après la pause déjeuner, les débats se sont orientés sur un axe plus philosophique à travers la thématique de la construction et la reconstruction des identités. Jean-Marc Ferry, titulaire de la chaire de philosophie de l’Europe à l’Université de Nantes, a cherché à répondre à deux questions qui résument bien la difficulté du débat : pourquoi est-il si difficile d’amorcer le processus de reconstruction ? Que signifie pratiquement reconstruire une relation brisée ? Valérie Rosoux, licenciée en philosophie et docteure en sciences politiques, a détaillé les conditions qu’il faudrait réunir pour la réconciliation : rétablir la confiance, rétablir la vérité.

La journée s’est clôturée par des interventions autour de « L’art et la mémoire ». Modérée par Diane Hennebert, chargée de la direction de la Fondation Boghossian, cette dernière partie a regroupé des témoignages d’artistes ou de journalistes d’origine arménienne, tels Caroline Safarian, comédienne et écrivaine belge, ou Antoine Agoudjian, photographe français. Mémoire, transmission, des thèmes abordés avec des sensibilités et des approches différentes, mais tout aussi enrichissantes. Mehmet Koksal, journaliste belge d’origine turque, a apporté sa pierre à cet édifice en racontant les enquêtes qui l’ont mené à écrire de nombreux articles sur les pressions exercées par le lobby négationniste turc en Belgique.

La place et le travail des associations n’ont pas été en reste, puisque Sibel Asna et Arsinée Khanjian ont chacune détaillé les actions portées par la Fondation Hrant Dink à Istanbul et l’Institut Zoryan à Toronto. Pour mémoire, la Fondation Hrant Dink a été créée en 2007 et porte le nom du journaliste turco-arménien assassiné en janvier de cette même année. Cette structure milite à travers ses actions pour la liberté d’expression, le dialogue multiculturel et la paix. L’Institut Zoryan a pour objectif l’étude des génocides et des droits de l’homme.

Avec ces journées, la Fondation Boghossian, centre de dialogue entre les cultures d’Orient et d’Occident, n’en est pas à son coup d’essai. L’année dernière à la même époque, c’est Platon et l’Orient qui étaient aux programme avec banquet platonicien. Les prochains RDV devraient avoir pour thématique les périples (décembre 2013) et le sacrifice (printemps 2014).

Tous les intervenants ont souligné l’importance de l’année 2015, année de la commémoration du centenaire du génocide, notant que toutes les options restaient ouvertes. Année d’ouverture ou de rigidification, l'avenir seul le dira.




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Source/Lien : L'Orient Le Jour



   
 
   
 
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